Depuis que Roland Jourdain a annoncé qu’il avait perdu son bulbe de quille, tous le monde retenait son souffle. Non pas parce que nous espérions que Bilou puisse finir la course mais bien plutôt parce que tous ceux qui suivent les péripéties de ces marins savent que naviguer sans bulbe de quille est une aventure plus que périeuse. À n’importe quel moment, le bateau peut chavirer et mettre en péril la sécurité du marin. Et plus nous regardions les fichiers météo, plus nous savions que ceux-ci jouaient contre Bilou, et plus nos mâchoires se serraient et nos orteils se recroquevillaient dans nos godasses.
Tous le monde comprend le désarroi d’un gars comme Roland Jourdain. Surtout quand on pense que c’est pour lui un troisième tour du monde et que là-dessus, c’est son deuxième à finir en queue de poisson. Ce gars là a mis tout ce qu’il avait pour finir cette course et la gagner. Il aurait certes mérité un bien meilleur sort.
Mais nous savons que l’homme a du cœur au ventre. Et parfois, ce ne sont pas toujours les victoires qui font les gagnants. Bilou est un père de famille et personne n’aurait trouvé amusant de le voir risquer sa peau entre les Açores et les Sables d’Olones. Bref, le public n’en demande pas tant.
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