Crédit photo: America’s Cup
Nous n’avons pas beaucoup parlé de l’America’s Cup depuis la mise en ligne du nouveau site internet de Voile en Ligne. En fait, la victoire d’Alinghi fût même oubliée dans notre revue de la décennie 2010. Est-ce pour une raison particulière ? Non aucune ! Il s’agit d’un simple oubli. Mais avouons que, s’il existe une certaine lassitude des amateurs pour l’interminable guérilla juridique qui est en train de tuer le sport et empoisonner la prestigieuse Cup depuis quelques années, on peut comprendre que ce désintéressement général se répercute dans les médias. De là à dire qu’il existe un lien entre notre oubli et cette situation déplorable, il n’y a qu’un pas que nous vous laisserons le soin de franchir…
Aussi, serait-ce que les amateurs préfèrent de loin le sport dans sa version la plus pure et la plus simple, aux ennuyeuses avocasseries qui pourrissent le milieu de l’America’s Cup depuis maintenant presque de trois ans.
De mémoire, le lock-out du baseball avait duré un an et ses conséquences furent dévastatrices pour la Major Baseball League. Or il n’est pas dit que certains amateurs désabusés ne feront pas sentir, en brillant par leur absence, leur mécontentement en voile aussi. Si tant est que le public soit autre chose qu’une entité négligeable pour les dirigeants de la Cup, il serait peut-être bon pour eux de commencer à réfléchir à ce que l’histoire raconte. Mais personnellement nous avons comme un petit doute quant à l’importance, disons « relative » des amateurs de voile pour les bonzes de la Cup. Nous nous trompons peut-être mais comme en F1, on dirait que ce monde là vit sur une autre planète.
Est-ce qu’on va en sortir un jour ? Dieu seul le sait car à chaque fois que la hache de guerre semble enterrée définitivement, on se surprend toujours d’une fois à l’autre de voir l’un ou l’autre des deux belligérants s’enfarger sur un petit bout du manche de la hache dépassant du sol.
Par ailleurs, tenter de décrire le différent qui oppose les protagonistes de l’America’s Cup est presque tout aussi complexe que d’essayer de déchiffrer la loi de la relativité. Questionné récemment sur le sujet, Le directeur associé du prestigieux magazine et site internet français Course Au Large, Fabrice Thomazeau avouait lui-même qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. C’est tout dire ! « Même pour des gens comme nous qui suivent attentivement et quotidiennement le milieu des courses à la voile, les détails de cette saga juridique restent très complexes et nécessitent énormément de temps pour comprendre tous les tenants et aboutissants de cet interminable imbroglio judiciaire » affirmait Monsieur Thomazeau.
Pour faire une histoire courte, commençons par dire que le tout a commencé bien avant cette défaite historique des Américains aux mains des Suisses. Les écarts du point de vue philosophiques entre les acteurs de la Cup n’ont eu de cesse de ressurgir depuis quelques années. Par exemple : les Américains ont manifesté leur désir de voir la Cup s’inscrire dans une démarche visant à accroître son internationalisation sa visibilité et ses revenus. Pour se faire, ils envisagent une démarche de transition s’inscrivant dans une formule « plus commerciale », une orientation qui semble déplaire souverainement aux Européens qui, de leur côté, argumentent en faveur du prestige de la Cup et du maintient de sa tradition séculaire axée sur la distinction. En d’autres mots, pas question de voir la Cup devenir le circuit de stock-car de la voile. Vous me suivez ?
Bien qu’elles aient allumé la mèche, ces nombreuses différences idéologiques n’expliquent cependant pas pourquoi le pétard a sauté. Personne ne se surprendra du fait que c’est à la suite de la pire défaite américaine de l’histoire de la Cup que les choses se sont gâtées. On sait combien les américains sont de mauvais perdants.
Mais cette explication est un peu facile et courte intellectuellement. Et les tribunaux, (même s’ils sont américains) ne peuvent quand même pas être tous partiaux. Or ils ont statué qu’à plusieurs égards, le syndicat suissse Alinghi n’avait pas respecté l’acte de donation. L’acte de donation est ce fameux document qui édicte les règles de l’America’s Cup.
Pour toutes une série de raisons dont nous vous épargnerons ici la nomenclature par soucis pour vos paupières qui risqueraient immanquablement de s’alourdir, les tribunaux chargé de juger l’affaire ont décrété la tenue d’un match entre les Américains et les Suisses. Ils ont par surcroît décrété que l’acte de donation n’empêchait pas les protagonistes de naviguer sur des multicoques.
Résultat : on se retrouve avec une compétition qui mettra aux prises les deux coqs à bord d’embarcations multicoques. Pour les Suisses, il s’agit d’un catamaran tandis que les américains eux, ont opté pour un trimaran. Les deux engins sont tout ce qu’il y a de plus dernier cri. Et comme de juste, ces nouvelles avancées technologiques font exploser les coûts…
Au moment où l’on se parle, On ne sait même pas si le match qui doit avoir lieu en février sera finalement tenu. Les deux protagonistes s’observent et s’étudient comme des chiens de faïence et l’un d’eux (les américains) compte encore une fois saisir les tribunaux de nouveaux faits qui selon lui, remettent en question l’équité de la compétition en étant non-conforme à l’acte de donation.
C’est à se cogner la tête sur les murs. On questionne systématiquement tout ce qui peut l’être, du type de voile et de leurs origines à l’assistance hydraulique en passant par l’emplacement de la course ou les infrastructures d’accueil sur les lieux du match. Aujourd’hui encore, les belligérants s’accusent mutuellement de tous les torts. Russell Couts, patron du syndicat américain BMW Oracle Racing se plaint de la mauvaise foi des Suisses tandis que Brad Butterworth patron du syndicat suisse réplique que les américains veulent gagner la Cup sans la disputer sur l’eau. La poursuite d’un feuilleton d’un ennui mortel…
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