Crédit photos: Pedro Armestre/AFP/33rd America’s Cup et Daniel Ochoa//AFP/pool/33rd America’s Cup.
Après la farce légale devant les tribunaux, voici maintenant la farce sportive sur l’eau… Vous l’avez vu comme nous. C’était beau! Bien sûr ! De belles grandes machines qui avancent rapidement sur la Méditerrané. C’était même superbe à voir. On n’avait même pas besoin d’en avoir deux. Juste une seule aurait suffit à nous émerveiller tous, tellement la magie de l’ingénierie opérait.
Mais ce qui fût un peu moins magique, c’est l’aspect sportif. De ce côté, le fiasco est presque total. Dans ce qui a pris l’allure d’une véritable balade de santé, l’équipe BMW Oracle Racing a infligé une sévère correction aux Suisses du syndicat Alinghi dans le cadre du fameux dogmatch de la 33ième America’s Cup qui s’est tenue à Valence. 
Déjà vendredi en fin de journée au terme de la première partie gagnée par les Américains par plus de 15 minutes d’avance, on savait que les carottes étaient cuites pour Alinghi. En conférence de presse, le patron d’Alinghi, Brad Butterworth n’avait pas grand chose à dire. « Vous avez vu la course ? Que voulez-vous que je vous dise ? On ne construira pas une aile en deux jours» bredouillait le manitou suisse devant la peuplade de journalistes venus pour en savoir plus, et qui à l’instar du public, se demandaient surtout par quel miracle les Suisses allaient se relever d’un tel knock-out.
Le miracle ne s’est en effet jamais produit. Les Américains ont récidivé hier, humiliant une fois de plus les Suisses. En fait, ce match n’en fût même pas un. La domination américaine a rendu le spectacle affligeant d’un point de vue sportif. Les Suisses ont bien tenté de se relever lors du deuxième match. Leur catamaran a tenu tête au monstre « Dogzilla » pendant quelques minutes, le temps d’un bord de près. Mais une fois la première bouée contournée et les étraves au portant, on n’a pas tardé à diviser les hommes des enfants.
Il s’en trouvera bien quelques-uns pour poivrer l’équipage d’Alinghi pour ses deux erreurs lors des départs. Mais en toute objectivité, force est de reconnaître que ce n’est pas une erreur de plus ou de moins qui aurait changé quoi que ce soit au résultat final. Après quinze années d’absence, et des dizaines de millions flambés, les Américains ramènent enfin l’aiguière d’argent de ce côté-ci de l’Atlantique. Avocats, ingénieurs, architectes, et spécialistes des composites et de l’aéronautique en tous genres seront venus à bout de réaliser le rêve que cultivait le groupe dirigé par Russel Couts
Ce n’est pas la première fois que des résultats sportifs sont orientés par des innovations technologiques. Les Américains avaient eux-mêmes pointé les Néo-Zélandais du doigt il y a de cela quelques années. Sauf que cette fois-ci, l’issue du match n’a pas subit qu’une quelconque petite et insignifiante influence venant d’un ajout à la dernière minute d’une petite pièce qui fait toute la différence. Non ! Il s’agit plutôt de l’effet résultant du plus grand cas de dopage au fric et de gadget high-tech de l’histoire sportive moderne.
Voilà ! C’est là où nous en sommes. Une épreuve sportive dominé par la technologie et de moins en moins capable de contrôler ses coûts devenus aussi galopants que gargantuesques. On est à des années lumières des origines de la Cup. Les pères fondateurs qui avaient jadis imaginé cette compétition, ont dû carrément se retourner dans leur tombe en voyant la fameuse aiguière d’argent être attribué au vainqueur de ce challenge de souffleries et de logiciels de simulation plutôt qu’aux marins qui ont traditionnellement mérité la Cup.
Si d’aucun justifient cette course à la technologie en faisant une analogie avec la Formule un, il importe de rappeler que le public se fiche pas mal de la quantité de fric qu’on peut investir et des centaines de capteurs sensoriels placés dans les moindre recoins des bateaux. En autant qu’il reste du sport un peu… Mais quand une épreuve sportive est massacrée à ce point à grands coups de centaines de millions de dollars, là c’est autre chose. Bien sûr, si une clique peut tout de même s’en satisfaire et continuer de faire marcher les tourniquets, alors ce sera tant mieux. On ne pourra que s’en réjouir. Car oui, c’était spectaculaire à voir et ceux qui ont vu ce match ont pour la plupart aimé cela.
Mais parler de sport ici, c’est ratisser un peu large. Et quand on est moins poli on utilise le terme « tordu ». Affirmer que l’esprit de la Cup est quant à lui sauvegardé serait d’autre part, une insulte à l’intelligence. Il ne faut tout de même pas pousser le bouchon jusqu’à prendre les gens pour des imbéciles.
La seule consolation dans tout ça, C’est que cette orgie d’argent et de haute technologie permettent l’émergence et l’avancement de plusieurs innovations dans le domaine de la voile. Même si de toute évidence, ce n’est pas demain qu’on verra apparaître des voiles-ailes dans les yacht-clubs.
Fort heureusement pour l’America’s Cup, la pompe à fric continue de marcher à plein régime. Et tant qu’elle fonctionnera, le cirque pourra continuer. Mais pour combien de temps ? Qui voudra être le prochain Challenger ? Qui sera assez fou pour tenter une aventure coûteuse dont l’aspect sportif a été ruiné par les tribunaux, la technologie et par l’argent ?
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