Voile En Ligne 2013-06-19 @ 11:51:55 -04:00 UTC
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BVI Spring Regatta 2012, l’après course…

Le village de course de Nanny Cay, qui a été tant animé pendant les trois jours de régate, a plié bagage. La BVI Spring Regatta 2012 fait maintenant partie de l’histoire, j’imagine que les curieux ont suivi les résultats publiés sur le site Internet de la course : bvispringregatta.org.


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Pour moi la BVI Spring Regatta, ce fut trois jours intenses de compétition sur l’eau et des rencontres formidables avec des passionnés de voile et de course au large des quatre coins du globe. Aujourd’hui nous sommes dans l’après-course, et pour compléter le récit de mon expérience, je vous parlerai davantage des histoires des gens de voile que j’ai rencontré et qui m’ont accueilli comme membre de leur équipage.

Dans mes articles précédents vous avez pu rencontrer Richard Ewing, skipper de Molto Bene, un bateau qui pouvait compter sur un équipage à l’esprit sportif exceptionnel qui avait prouvé son niveau compétitif dès les premiers de course. C’était donc avec étonnement que j’apprenais qu’un nouvel équipage prendrait le relais pour la suite de la BVI Spring Regatta. En fait, Richard et sa conjointe offraient leur bateau à un équipage qui avait tragiquement perdu leur skipper deux ans plus tôt lors de l’International Rolex regatta de St-Thomas en 2010. Idarae, la femme de Richard, avait alors tout tenté en pratiquant les manœuvres de réanimation pendant une heure en attente de secours qui ont par la suite constaté le décès de Guy Eldridge par fracture cervicale. Très impliqué dans le monde de la voile, cet avocat des Bermudes avait mis sur pied un programme de course visant le développement de la relève. Après un an de transition, le Bénéteau 10R « Luxury girl » fut vendu et les jeunes se retrouvaient sans bateau. Molto Bene n’a pas connu les honneurs lors de cette régate, mais ce n’était probablement pas le plus important pour ces marins qui se réunissaient pour commémorer la perte du skipper Guy Eldridge.

Ce geste d’altruisme me forçait cependant à trouver un nouveau bateau sur lequel courir pour la 1ère journée de la BVI. J’ai été mis en contact avec le skipper Stuart Streuli, éditeur en chef de Sailing World, qui courait en classe « Bareboat » (voiliers de location), la plus importante avec 21 voiliers inscrits. Le plateau de coureurs est des plus hétéroclite, on y retrouve des équipes très compétentes qui se présentent pour défendre l’honneur de leur club et d’autres qui, en sont à leur premier départ en course, vous imaginez le chaos sur la ligne! Tous s’affrontent sur des parcours adaptés sur des montures relativement similaires, des voiliers de grande série avec « voiles blanches », aucun spinnaker autorisé. Stuart avait choisi un Jeanneau 44 i Sunsail, affrété avec un groupe de vieux amis du collège. Encore une fois donc, la régate était un prétexte pour se réunir.

Mais dans ce cas-ci, les souvenirs étaient beaucoup plus heureux, et on m’a d’ailleurs bien averti au départ de la règle de bord : « ce qui se dit sur le bateau doit rester sur le bateau… » Évidemment! Côté performance, on s’en doutait, l’expérience est bien différente, ces bateaux sont faits pour la croisière en location et ne sont pas des plus rapides, l’équipage n’est pas très aguerri non plus, seul Stuart et son ami Dave son des marins d’expérience, les quatre autres en sont à leur baptême, il y a vraiment pire comme première fois! Comme ils sont là pour apprendre, pas question de les mettre sur la touche pour la compétition, chacun apprend à occuper sa position désignée. Les régates sont toujours des occasions d’apprentissage uniques, mais malgré les efforts du skipper pour faciliter les choses, la pente est raide et les trois premières marches, trop hautes pour le niveau du groupe cette année. Personne n’est déçu, leur semaine de retrouvailles est un franc succès. Pour l’histoire, les gagnants de la classe Bareboat avaient baptisé pour la semaine leur bateau de location : « Sexy and we know it », ça c’est de la confiance en soi!

Pour les deux derniers jours de course, j’avais envie d’un retour en classe racing. À pied levé, j’ai eu la chance d’embarquer sur Jent, un superbe J 46 inscrit dans la classe no.7, aux côtés, notamment, de quatre Swan de plus de 50 pieds. Après une journée de course, Jent était au sommet du classement provisoire et son skipper Herny Van Melle, un néerlandais d’origine, voulait à tout prix consolider sa position dans les manches suivantes. Cette classe est cependant très compétitive et le principal rival : Northern Child, un Swan 51, a finalement affirmé son autorité au classement final en reléguant Jent à la 3e place du podium. Global Yacht racing, un First 47.7, a su se glisser entre les deux avec de bons résultats dans les différentes manches. Malgré une honorable performance, Herny, qui réside maintenant au Curaçao, un territoire outremer des Pays bas, était visiblement déçu. Jent et Northern Child ont croisé l’étrave à plusieurs reprises sur le circuit des Caraïbes ces dernières années et le jeune équipage de Jent semblait avoir un compte à régler.

Malheureusement, c’était un nouveau champ de bataille pour Jent et le manque de connaissance locale du Sir Francis Drake Channel a été à l’origine d’erreurs tactiques. Muni d’un asymétrique, Jent devait aussi ajuster sa stratégie et ne pouvait pas toujours se permettre de rester au contact pour contrôler ses adversaires. Pour aggraver la situation, Jent a peut-être dû faire face à son karma. En effet, l’équipage, qui n’avait pas manqué de blaguer sur les problèmes de vrillage de spi de Northern Child la journée précédente, a à son tour subi des ennuis avec la chaussette de spi qui se coinçait en tête de mât. Et malgré une discipline de bord germanique, on a même dû batailler pour remonter le spi sur le pont après l’avoir échappé à l’eau. Ouch! Les dés étaient joués… on se reprendra l’an prochain.

C’était ma première expérience de course dans les Caraïbes et je vous confirme déjà que ce ne sera pas la dernière. Comme plusieurs je deviens accroc aux eaux chaudes et aux régates des Caraïbes, je rapporte avec moi des souvenirs pleins la tête et le parfum du rhum antillais. En terminant, je voudrais remercier de façon toute particulière mon ami Lancelot Tremblay qui m’a accueilli pour cette magnifique semaine.

Ce fut un réel plaisir de partager cette aventure avec les lecteurs de Voile en ligne, bonne saison 2012 à tous!

Bruno Lachance

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