Crédit photo: www.jeanlecam.fr
Le navigateur Jean LeCam doit avoir hâte que l’année 2009 se termine. En effet, il s’agit certes de sa pire saison depuis qu’il navigue. Cette véritable annus horbilis a débuté par un chavirage le 6 janvier durant le Vendée-Globe.
Puis plus tard durant l’année, Jean LeCam s’est associé à Yves LeBlévec pour la Transat Jacques Vabre. Cette aventure marquait un retour aux multicoques pour le roi Jean qui espérait bien pourvoir enfin y aller d’une traversée victorieuse, Parti donc, sur un multicoque flambant neuf, le 8 novembre dernier, les deux hommes faisait route à bonne vitesse quand le bateau s’est soudainement retourné, mettant fin aux espoirs d’un podium qui était pourtant fort attendu. Un deuxième chavirage dans la même année. Il faut le faire…
On le sait, les casses sont à répétition depuis quelques années. Et loin d’être chanceux, le roi Jean est passé à la caisse plus souvent qu’à son tour. Que ce soit du démâtage de Bonduelle dans la Calais Round and Britain race au chavirage d’Actual, on ne peut qu’être lasse de cette guigne qui s’acharne sur ce talentueux marin.
Rappelons aussi que Jean LeCam n’a pas subit que des avaries. Il a également raté de très peu la plus haute marche du podium et cela, à deux reprises. Il fût entre autres, le dauphin de deux champions lors de courses où il a lutté avec acharnement jusqu’à la fin. On se souviendra bien sûr du Vendée-Globe 2004-2005 mais aussi de la route du Rhum 2006 qu’il avait perdu de peu aux mains de Roland Jourdain. LeCam avait alors fini deuxième à seulement 20 minutes de Bilou. Finalement, il y a aussi eu la Jacques-Vabre 2007 au cours de laquelle, LeCam alors parmi les leaders, est resté encalminé étant trop décalé dans l’ouest. Mentionnons en terminant cette nomenclature, que lui et son VM matériaux occupaient le troisième rang au classement du Vendée Globe quand la quille de son bateau s’est rompue entrainant le chavirage qui a mis fin à sa course en janvier.
Tous ces succès en demi-teinte ont d’ailleurs fait dire au plus coloré marin de la classe IMOCA que finir deuxième et quatrième ne constituait rien de moins qu’une « place du con », car en définitive, lorsqu’on est deuxième, il n’y en a que pour le premier et que de même, le quatrième est celui qui se fait évincer du podium. À travers l’hilarité générale causée par ses déclarations quelque peu intempestives, personne, pas même LeCam lui-même ne pouvait imaginer que la malchance pousserait le bouchon à ce point.
À tort ou à raison, LeCam reste un incroyable gagnant et l’un des combattant les plus coriace du monde de la course au large. Chaque fois que LeCam est à la barre, on sait qu’il va se passer quelque chose du point de vue sportif et qu’il livrera une course spectaculaire. Au surcroit, il est incontestablement et de loin le meilleur vendeur de son sport et l’un des marins les plus attachants qui soient. Malheureusement, les tuiles continuent de s’abattre sur Jean LeCam qui apprenait la semaine dernière que les tribunaux français venaient de rejeter sa poursuite contre les maisons mère de l’assureur qui avait charge de le dédommager suite à la perte de son Open 60.
Rappelons pour la bonne compréhension des choses que Jean LeCam était propriétaire de son bateau. Or, comme on le sait, les coureurs océaniques ne sont pour la plupart pas des millionnaires. Et LeCam, qui ne fait pas exception à cette règle, a besoin de ce dédommagement pour poursuivre sa carrière avec la construction d’un nouveau bateau. Il était question d’une solution abordable nécessitant les plans et les moules du bateau de Vincent Rioux. Or, cette nouvelle déconvenue vient retarder un échéancier déjà très serré. On sait qu’une participation au Vendée-Globe nécessite plusieurs années de préparation afin de maximiser un coursier.
On ignore pour l’instant si Jean LeCam ira en appel de cette décision qui est un véritable coup de massue au moment même où des discussions sont toujours en cours avec l’entreprise VM Matériaux pour la reconduction d’un partenariat-voile. Selon Monsieur Fabrice Thomazeau responsable des communications pour l’équipe de Jean LeCam et VM Matériaux, les avocats attendent d’une journée à l’autre, la version écrite du jugement pour en prendre connaissance, l’étudier et ainsi déterminer si motif d’appel il y a.
En attendant, l’absence de Jean LeCam pèse lourd sur le milieu de la course au large. En dépit de ses 50 ans bien sonnés, LeCam demeure un skipper de top niveau et règne parmi les meilleurs régatiers au monde dans les courses en solitaire. Compte-tenu des nombreux soubresauts qu’a vécu l’IMOCA depuis la fin du Vendée-globe 2008-2009 et de la crise économique qui a forcé de beaucoup d’entreprises à remettre en question leur implication dans le monde de la course océanique, on ne peut tout simplement pas se passer d’un marin aussi talentueux et charismatique que Jean LeCam.
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Marc Guillemot est le marin champion de la classe IMOCA pour l’année 2009. Armel LeCléac’h occupait avant la transat Jacques-Vabre, le premier rang de ce championnat, mais en raison de son abandon, il a été mis hors course pour ce titre annuel. Il ne restait donc que Marc Guillemot et Michel Desjoyeaux qui pouvaient raisonnablement aspirer aux grands honneurs. Marc Guillemot s’est donc assuré du titre en remportant la Jacques-Vabre et surtout, en terminant deux positions devant le skipper de Foncia.
C’est la consécration pour ce skipper exceptionnel. Marc Guillemot termine donc l’année aux antipodes de son commencement, alors qu’il avait dû se détourner pour venir au secours de Yann Eliès blessé. C’est aussi un juste retour des choses pour cet homme aux qualités humaines recherchées.
Force est maintenant d’admettre que Marc Guillemot a fait taire tous ses dénigreurs. Engagé dans le milieu de la course au large depuis de nombreuses années, victime de plusieurs malchances et d’un sévère accident qui aurait pu lui coûter la vie, rien ne sera finalement venu à bout de la détermination de ce marin attachant. Et parions pour ne pas dire espérons que le succès ne fait que débuter. Car personne n’en doutera ! Marc Guillemot mérite pleinement la reconnaissance sinon l’admiration de tous.
l’IMOCA, ses champions, son avenir…
Par ailleurs, il importe de mentionner qu’au cours des quatre dernières années, les champions IMOCA ont tous été différents. Il y eu d’abord Jean LeCam, Bernard Stamm puis Yann Eliès et maintenant Marc Guillemot. Cet état de fait démontre l’existence d’une certaine parité au sein de la classe. Et c’est en grande partie ce qui rend le spectacle intéressant. Elle indique également qu’aucun des prototypes engagés n’affiche une domination significative, si ce n’est que certains semblent plus enclins à occuper le haut du classement que d’autres mais sans plus.
L’IMOCA a passé par une période de remise en question au cours des derniers mois. Elle a été contrainte de revoir ses règles de jauge et ces dernières ont modifié sensiblement la latitude dont les constructeurs disposent. Après l’avalanche d’abandons qui a marqué le Vendée-Globe et la crise économique, plusieurs se demandaient si la classe n’allait pas perdre des plumes. Or malgré l’instabilité ambiante, elle a démontré sa solidité et sa capacité à se tirer d’affaire. Elle s’est internationalisée avec l’arrivée de coureurs de divers horizons. L’IMOCA a vu des espagnols, des suisses, des canadiens, des américains se joindre à elle en plus d’accroître sa présence de l’autre côté de la manche chez les sujets de Sa majesté.
L’IMOCA a aussi été proactive plutôt que de se vautrer dans un attentisme qui aurait pu lui être néfaste. Au lieu de laisser courir les perceptions surfaites que son sport est coûteux et dangereux, elle s’est appliquée à en maximiser la sécurité et applique maintenant de nouvelles règles susceptibles générer une diminution du nombre d’avaries. Et la réflexion se poursuit toujours…
Comme le disait si bien Michel Desjoyeaux, « la voile est un sport mécanique ». Il est normal que des avaries surviennent. C’est aussi un sport qui commande un niveau de maturité et de maîtrise que l’on ne retrouve pas dans d’autres sports. D’où la moyenne d’âge tout de même élevée des coureurs de haut niveau. Aussi, n’y a-t-il rien d’étonnant dans le fait que les carrières s’arrêtent ou s’orientent différemment, si l’on tient compte des exigences que comporte une campagne en IMOCA. Les communications sont au cœur des démarches de sponsoring. Les commanditaires recherchent maintenant des coureurs jeunes mais expérimentés. Ils s’intéressent à de bons vendeurs de leur sport et de bons porte-paroles potentiels. Finalement, ils espèrent un champion. En considérant tous ces critères, on se rend compte que l’avenir de la classe repose sur des noms tels que ceux de Sam Davies, Alex Thompson, Sébastien Josse et Armel LeCléac’h.
En tenant compte de ces facteurs, on réalise que le vacuum qui suit les courses n’est pas surprenant et qu’il ne faut pas s’en faire avec ce phénomène outre mesure. Ce sont des décisions d’affaires qui influencent maintenant les choix dans le monde de la course au large. Elles arrivent en deuxième place tout juste après les questions de sécurité. Si des sponsors ont déposé le bilan de leur opération voile, d’autres, par contre, ont repris le flambeau ou poursuivent l’aventure. C’est le cas de Bernard Stamm dont on apprenait qu’il sera doté d’un nouveau coursier lors du prochain Vendée-Globe. Même chose pour Vincent Rioux et Jean-Pierre Dick. Quant à Alex Thompson, il sera équipé d’un bateau récent puissant et capable de le propulser là où Hugo Boss le désire.
Toutes ces nouvelles démontrent sans l’ombre d’un doute que la santé de la classe IMOCA est bonne et que nous aurons encore droit à de belles et enlevantes courses dans les mois et les années qui viennent.
Palmarès du championnat du monde IMOCA :
2009 Marc Guillemot (FRA)
2008 Yann Eliès (FRA)
2007 Bernard Stamm (SUI)
2006 Jean Le Cam (FRA)
2005 Mike Golding (GBR)
2004 Mike Golding (GBR)
2003 Bernard Stamm (SUI)
2002 Roland Jourdain (FRA)
2001 Roland Jourdain (FRA)
Classement IMOCA 2009
1 Marc Guillemot (Safran) 362 pts
2 Michel Desjoyeaux (Foncia) 357 pts
3 Armel Le Cléac’h (Britair) 338 pts
4 Sam Davies (Artemis II) 321 pts
5 Vincent Riou (PRB) 304 pts
6 Dee Caffari (Aviva) 295 pts
7 Arnaud Boissières (Akena Vérandas) 292 pts
8 Brian Thompson (Brian Thomson Racing) 281 pts
9 Steve White (Spirit of Weymouth) 250 pts
10 Richard Wilson (Great American III) 220 pts
Le navigateur canadien Bruno Dubois ne participera pas à la Transat Jacques-Vabre. C’est ce qu’a annoncé l’équipe de voile de Mike Golding hier. Il sera remplacé par le marin espagnol Javier Sansõ.
C’est évidemment une déception pour bon nombre de Québécois qui connaissent bien Bruno Dubois qui est peu comme le gars de la place. Mais tous comprennent que cette décision n’a certes pas été prise de gaîté de cœur et qu’après le traumatisme subit lors de l’iShares Cup, il était à prévoir que ce dernier allait reconsidérer sa participation à la Transat Jacques-Vabre.
Pour celles et ceux qui ne serait pas au courant, rappelons que Bruno Dubois a été sérieusement blessé lors de l’étape de l’Ishares Cup tenue à Amsterdam. Lors d’une manœuvre, le catamaran Ecover sur lequel il se trouvait a été surpris par un coup de vent et a chaviré. Le marin a alors reçu des morceaux du bateau sur la tête. Il a été coupé au cuir chevelu et a dû subir une intervention chirurgicale de plusieurs heures pour recoudre la peau du crâne.
Il faut savoir que la décision de s’élancer dans une course océanique n’est de toute façon jamais prise à la légère et ce, même pour les coureurs professionnels. Il faut être en excellente condition physique et du coup, avoir l’aval à la fois du médecin traitant et du médecin-chef de la course. De surcroît, hormis les célibataires, ce type de décision se prend rarement seul.
Mais surtout, il faut comme on dit souvent, « le sentir en soi ». Ce genre d’épreuve demande une préparation psychologique importante. Et si vous ne vous sentez pas d’attaque, il est inutile de tenter votre coup. Vous risquez de faire un mauvais voyage. Or bien qu’on ignore les motifs derrière la décision de Bruno Dubois, il est probable que d’une manière où d’une autre, il ne se sentait pas prêt à retourner en mer. Il est aussi clair que la décision a été sagement murie. Ce sera donc pour une prochaine fois…