Nous sommes dans l’arrondissement Beauport à Québec. Dans l’un de ces quartiers de banlieusards tout ce qu’il y a de plus normal. À ce temps-ci de l’année, les bungalows sont cachés par les trois mètres de neige accumulée sur le terrain qui orne la façade de ces maisons pour la plupart bâties dans les années 70. De peine et de misère, je finis par trouver l’adresse recherchée et à l’une d’elles, je cogne à la porte. Un jeune homme me répond. C’est le responsable des communications de l’équipe Rakko sailing team.
J’entre et le jeune homme me guide au sous-sol par trois portes avant de me retrouver dans un petit sentier à l’extérieur menant à ce que l’on appelle chez-nous : un abri d’hiver pour auto. Je franchis un petit portique improvisé avec des couches de cellules de plastiques et voilà que je me retrouve dans l’atelier de construction d’un mini 6.5. Y a pas à dire, on n’imagine pas ce qui peut se passer dans les cours arrières de ces maisons…
Sylvain Lévesque m’accueille. C’est un vrai mordu. Il m’explique d’entrée de jeu que le nom Rakko vient du japonais. Une culture qu’il adore. Ça signifie la loutre. « C’est mon signe astrologique autochtone » me dit-il en riant. Le jeune homme a 36 ans. Il rêve d’une carrière de coureur océanique. « J’y investie toutes mes économies » me dit-il. Puis, il s’empresse de s’excuser pour le côté rustique du lieu. Il ajoute, sourire aux lèvres, « Ça me coûte une petite fortune de propane uniquement pour chauffer cet abri tout l’hiver durant. Si seulement un commanditaire nous aidait à payer nos factures de carburant, ce serait déjà un début… »
Le coureur met tout ce qu’il a dans son rêve. La construction de son plan Dudley est avancée. La carène en bois est complétée, la silhouette du rouf se dessine et l’équipe est présentement à la conception de la quille. Ses acolytes Philipe Bourassa et Alix De Courcy mettent la main à la pâte pour l’aider. De temps à autre, il se paye une main-d’œuvre pour mélanger les composites, cela quand il reste quelques sous…
Coût total de l’opération construction : 70 000 dollars canadiens. Il en faudra quelques milliers de plus pour payer les coûts du programme de course. Ça inclut la mise à l’eau du monotype pour des essais en eaux canadiennes, le convoyage du bateau vers l’Europe par cargo, le coût des déplacements, les frais liés à la certification de jauge, les frais de quaiage, de mise à l’eau ainsi que l’inscription au différentes courses. Coût du bateau inclu, on dépassera alors facilement les 100 000 dollars canadiens. Le rêve a un prix que le principal interressé finance presque entièrement de lui-même jusqu’à maintenant.
Évidemment, Sylvain Lévesque compte sur l’arrivée d’un sponsor majeur. La Mini-Transat a ceci de particulier qu’elle est très accessible. Son coût est une fraction de ce que coûte par exemple une campagne IMOCA. Quant aux retombées, elles sont excellentes en particulier pour une entreprise ayant des intérêts sur le marché européen.
Cela ne fait en effet pas de doute que c’est une formule gagnante qui attend quiconque embarquera dans l’aventure. Le jeune homme est charismatique et volubile. Il est passionné et donc, très bon vendeur de son sport. Il espère mettre son coursier à l’eau dans le courant de l’été. À qui la chance de s’associer avec cette équipe ?
Le Spirit of Canada est à vendre. On peut voir le bateau affiché sur le site de l’IMOCA. On demande 1,3 millions d’euros pour le plan Owen Clarke bâti en 2006. Bien que cette nouvelle ne soit pas des plus réjouissantes, la responsable des communications du Team, Madame Patianne Verburgh, a tenu à préciser qu’il ne s’agit nullement de lancer la serviette pour Derek Hatfield. Selon elle, le skipper de 56 ans caresserait d’autres projets et la perspective de vendre son bateau ne signifie pas pour autant le chant du cygne de la campagne IMOCA pour le canadien.
Parlant de Derek Hatfield, ce dernier est présentement en route vers la Nouvelle-Zélande où il doit s’arrêter dans les heures qui viennent. Le convoyage de l’Australie vers le nord de l’Atlantique, qui a débuté il y a quelques jours, doit être interrompu en raison de problèmes de pilote automatique. Mentionnons que Derek Hatfield a cherché et cherche toujours depuis plusieurs semaines un sponsor qui lui aurait procuré les ressources dont il a besoin pour ramener son bateau dans l’Atlantique-nord. Le prix d’un convoyage par cargo étant exorbitant et n’ayant pu trouver l’aide recherché, le skipper a donc décidé de ramener seul son coursier. Cependant, il semble que le temps commence à manquer pour le canadien qui devra quitter la Nouvelle-Zélande au plus tard d’ici deux semaines car le passage du Cap Horn ou du détroit de Magellan est impossible durant l’hiver australe qui approche à grands pas. Pour ce qui est d’un passage du canal de Panama, en raison des risques élevés au niveau de la sécurité, il faut être un minimum de quatre personnes en plus du skipper pour réaliser cette opération.
Toute personne ou organisation souhaitant aider Derek Hatfield peut en tout temps prendre contact au Canada avec l’entreprise Spi Médias au numéro suivant :
+1.418.821.9792
Pendant que la plupart des bateaux regagnent leur base et entre en chantier, -c’est le cas de PRB et Ecover- le rigodon des mouvements de personnel commence à battre la mesure. On enregistre déjà une défection chez Hugo Boss. Que se passe-t-il chez le Maître couturier ? Il semble que l’incertitude pèse lourd sur les épaules de certains au point de les encourager à regarder vers d’autres cieux, pas nécessairement plus clément mais à tout le moins plus stable.
Pendant ce temps la nouvelle saison commence et bien que certains, ne soient pas encore agents libres, du moins officiellement, on sent tout de même une drôle d’hésitation dans la longueur du temps que prennent les décideurs à se brancher sur l’avenir de leur écurie.
Ainsi, il n’y a toujours pas de décision rendue chez VM Matériaux concernant l’avenir du programme de course-voile. Chez Delta Dore et Gitana, on a mis moins de temps. On attend aussi de savoir ce qu’il adviendra de Yann Eliès et de l’équipe Generalli. Finalement, la crise économique pourrait bien redistribuer les cartes à la faveur de nouvelles forces émergentes dans ce marché. On pense tout de suite à la classe 40. Et drôle de présage, la Solidaire du Chocolat, cette nouvelle course entre Saint-Nazaire en France et Progreso dans la péninsule du Yucatan au Mexique compte déjà plus de 25 inscriptions…
Au même moment, les solitaires qui restent toujours en mer dans ce 6ième Vendée-Globe progressent à pas de tortue. On attendait Rich Wilson vers le 5 ou le 6 mars, mais il en faudra beaucoup plus au rythme où vont les choses. On pense maintenant plus entre le 8 et le 11 mars. Le seul canadien en lice Derek Hatfield a quant à lui, repris la route. Il a quitté Hobart en Tasmanie bien décidé à finir sa course en dépit de sa disqualification. Des mises à jour régulières seront acheminées pour suivre la progression de Derek et de son Spirit of Canada.








