
Crédit photo: Velux 5 Oceans © 2011
Le Canadien Derek Hatfield a doublé le Cap Horn cet après-midi. Il est ainsi devenu le premier coureur océanique solitaire canadien à faire deux fois le tour du monde et à franchir à deux reprises ce lieu mythique. Un exploit absolument fabuleux si l’on considère les sacrifices consentis par ce marin hors normes. Derek Hatfield que nous avons interviewé ce matin confiait d’ailleurs combien il était ému d’être enfin parvenu là après la triste aventure de la construction du Spirit Of Canada dont il a dû se départir faute de refinancement.
« C’est un soulagement et un accomplissement extraordinaire quand je pense à ce que j’ai vécu depuis l’année 2003. » a commencé par dire l’ancien policier de la GRC. « Tout le monde était nerveux face à cette étape où tout peut arriver dans des lieux où les secours sont pour ainsi dire presque inexistants. La traversée du pacifique dans le grand sud a toujours quelque chose de stressant (…) » de poursuivre le skipper.
Chez nous plusieurs professionnels de la course au large se sont empressés de saluer l’exploit de Derek Hatfield. À commencer par Georges Leblanc qui a déclaré que Derek Hatfield est un très grand marin. « Ce qu’il a fait est digne de mention. C’est une course qui n’est pas facile. Je lui adresse toutes mes félicitations » a dit en substance Georges Leblanc. Même chose du côté d’Éric Tabardel qui a mentionné qu’il s’agissait là d’un très bel accomplissement susceptible de raviver l’intérêt pour la voile au Canada.
Écoutez l’entrevue avec Derek Hatfield quelques heures avant son passage au Cap Horn en visitant notre rubrique multimédia sous l’onglet vidéo ou en cliquant sur le lien suivant:

Crédit photo: Barcelona World Race
Au 45ième jour de la Barcelona World race, les écarts se sont considérablement creusés entre les duos. Virbac Paprec 3 est toujours premier et dispose d’un généreux cousin. Le monocoque de Jean-Pierre Dick et de son co-skipper Loïck Peyron est en approche du détroit de Cook qu’ils devraient franchir d’ici demain soir. Les deux Bleus ont de toute évidence levé un peu le pied pour deux raisons: ménager la monture d’une part et probablement la préparer en vue de la traversée de l’océan Pacifique jusqu’au Cap Horn.
Ce check-up comprend d’ordinaire une montée au mât. Mais cela risque d’attendre un peu. Ça commence à sentir la fin de l’été australe. La flotte a eu droit à un premier coup de tabac. Et s’en fut tout un! Certains ont d’ailleurs observé des vagues anormalement élevées. Ce sont les gars d’Estrella Damm et Mapfre qui ont fait ces troublantes observations par environ 47 degrés de longitude sud. On parle de déferlantes de plus de 45 pieds. À cette hauteur, il s’agit carrément de vagues scélérates. D’ailleurs, il semblait difficile pour les coureurs d’expliquer la présence de ces gigantesques rouleaux sur leur chemin. Le secteur est connu pour ses vagues impressionnantes, mais rarement a-t-on répertorié de semblables montagnes d’eau.
Derrière Virbac Paprec 3 se retrouve Mapfre qui a définitivement pris le dessus sur son rival Estrella Damm. Le deuxième est passé sou la barre des 500 milles nautiques d’écart au premier tandis que le troisième suit 186 milles plus loin. Groupe Bel est quant à lui, complètement largué. Le monocoque rouge aux couleurs de la Vache qui rit a des ennuis sérieux avec certaines de ses voiles et prévoit donc un arrêt technique à Wellington pour remédier au problème.
Les seuls qui se font la lutte pour l’instant sont Mirabaud et Neutrogena qui sont à moins de 18 milles l’un de l’autre. Après un excellent départ, le monocoque de Dominique Wavre et Michel Paret se retrouve à plus de 1746 milles du leader. Pareil effondrement est essentiellement dû au piège que l’anticyclone de Sainte-Hélène a refermé sur le groupe de poursuivants. Une situation fort déprimante pour le couple qui aspirait aux plus hauts honneurs.
Bien entendu, il reste beaucoup de chemin à faire. La course est longue et ardue. Tous ont encore une chance raisonnable de s’affirmer. Mais pour l’instant, cette domination sans partage des Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron permettait au premier de s’inscrire au prochain Vendée Globe tandis que le deuxième a annoncé sa participation à la prochaine coupe de l’America avec son frère Bruno. Aussi bien en profiter un peu pendant que la vie est douce. La traversée du Pacifique et le franchissement du Cap Horn peuvent très bien se passer sans problème. Mais il reste qu’ils sont tout sauf une balade de santé.

Crédit photo: Ainhoa Sanchez/w-w-i.com
Le Canadien Derek Hatfield sur Active House et les trios autres solitaires engagés dans la Velux 5 Oceans ont repris la mer depuis dimanche dernier. Le départ s’est effectué dans des conditions pour le moins musclées, avec des vents de 35 nœuds et des rafales avoisinant les 40. Derek rapporte sur son blogue que le temps était affreusement humide, mais que malgré la grisaille, des centaines de Néo-Zélandais se sont rendu sur place pour assister au départ des quatre bateaux. Derek s’est d’ailleurs dit impressionné par la chaleur de l’accueil des gens de la Nouvelle-Zélande.
Paradoxalement, ce temps de chien a donné lieu à d’impressionnantes performances. La rapidité était au rendez-vous et les quatre gladiateurs de la Velux ont vite pris le large en s’extirpant du détroit de Cook dans un temps presque record. Tous naviguaient sous trois ris avec foc tempête. La politesse était de rigueur, mais curieusement la mer demeurait quant à elle, assez malléable.
Pour revenir à Derek, il rapportait ce matin avoir des soucis avec son moteur. « Il y a une légère fuite d’huile que nous n’avons pas réussi à colmater à Wellington. Je me suis approvisionné adéquatement en huile avant de partir, mais je ne voudrais pas me retrouver avec un moteur que ne fonctionne plus et sans énergie (…) » mentionnait le skipper canadien durant sa vacation aujourd’hui.
Du reste Derek tente de rejoindre le leader Brad van Liew de qui l’a distancé de 100 milles. Il accuse aussi un retard de 28 milles sur Zbignew Gutkovsky qui occupe le deuxième rang.
L’étape en cours mènera les solitaires de Wellington en Nouvelle-Zélande jusqu’à la station balnéaire uruguayenne de Porto Del Este. Un périple de 5800 milles nautiques à travers les 40ièmes rugissants et les 50ièmes hurlants avec en prime le contournement du célèbre cap Horn.
Derek Hatfield espère d’ailleurs enrouler le célèbre caillou pour la première fois. Bien qu’il ait pris part à deux autres tours du monde, il n’a jamais contourné le cap Horn, ayant connu des ennuis lors de ses deux premières tentatives. La première s’était soldée par un démâtage qui avait contraint le skipper canadien à un détour par Ushuaïa tandis que la deuxième lors du Vendée Globe, s’était terminée en Nouvelle Zélande en raison du bris d’une barre de flèche.
Le leader Brad Van Liew est passé ce matin sous la barre des 4500 milles à faire avant l’arrivée. Même chose pour le polonais Zbignew Gutek Gutkovsky. Pour Derek, il reste 4528 milles à faire tandis que Chris Stanmore Major ferme la marche avec 4710 milles à parcourir. Ce dernier est resté scotché plusieurs heures. Il tente de s’extirper d’une zone de pétole en formation à l’est de la Nouvelle Zélande. Pour les premiers, ils semblent en voie de s’en sortir beaucoup mieux, ayant plongé au sud pour rejoindre la première porte de sécurité.
Mentionnons en terminant que ces portes ont été créées par le comité de course pour tenir les coureurs loin des icebergs qui montent de plus en plus vers le nord en raison du phénomène de réchauffement du climat. Le comité surveille d’ailleurs de près la situation. Chaque déplacement de masse suspecte détecté par les satellites est analysé et peut mener le cas échéant à un amendement de l’avis de course pour assurer la sécurité des marins. D’ailleurs, l’autre course se déroulant dans le secteur, la Barcelona World Race est aussi contrainte au même suivi. Ce sont les réalités relativement nouvelles du monde de la course au large.





