Jean-Marc Hautbois, 55 ans, professeur d´éducation physique à Gap (Hautes Alpes), participait à la Transquadra (course au large en solitaire et en double réservée aux marins de plus de 40 ans). Il était donc parti le 24 janvier de Porto Santo (Madère), cap sur Le Marin en Martinique.
Le 7 février, Mico Bolo, Directeur de course de la Transquadra, a constaté via le système Argos que le bateau de Jean-Marc Hautbois avait brusquement changé de cap et de vitesse, à 760 milles dans l´Est de la Martinique. Le skipper du bateau Xenon avait annoncé à des proches son intention de monter dans son mât. La direction de course n´a plus eu de nouvelles depuis, jusqu´à ce que l´équipage du voilier Avel ne découvre lundi matin le bateau vide de tout occupant. (source Transquadra)
Plus de doute maintenant ! Il y a bel et bien quelque chose qui cloche quelque part. Et si ça coûte chère, c’est bien là le moindre de nos soucis. Car ce qui nous serre les fesse, c’est d’abord et avant tout de savoir qu’il y a quelque part, un marin que nous connaissons et apprécions, qui se balade en mer avec une combinaison de survie à temps plein, les ballasts bourrés jusqu’à la gueule et qui récite des Ave avec les yeux rivé sur le canoë de sauvetage.
Et on aura le derrière serré jusqu’aux sables d’Olones semble-t-il car Big Marc a décidé de finir coûte que coûte. Son bateau n’a plus de quille. Mais qu’à cela ne tienne, il est résolu comme Georges Washington celui-là.
En tous les cas, si nous nous rappelons le texte de mon collègue Michel Sacco publié récemment en ces pages qui disait que « les ingénieurs et les architectes auraient du boulot, » assurément, ceux qui feront des heures sups seront les rescapés du bureau du patron qui réussiront à conserver leurs acquis parce qu’ils auront mieux vendu leur salade. Et ceux-là devront pondre des perles dans les années qui viennent. Car après tout, on ne peut tout de même pas blâmer la mer et la météo pour la crise économique…
Certain ont cherché du côté du poids, d’autres ont priorisé la puissance. La réponse se trouvait du côté de l’intelligence. Elle se trouvait du côté de la gestion parcimonieuse des ressources et de la machine. L’histoire dira bientôt si le grand oubli des marins qui ont cassé leur bateau dans ces mers sans pitié, si cet oubli était dans leurs bagages ou dans leur tête. Auraient-ils oublié que cette course est un d’abord un marathon ? Auraient-ils oublié que pour gagner il faut en premier lieu tenir jusqu’au bout ? À voir ceux que l’atlantique ramène aux Sables d’Olones, on serait tenté de le penser.
Mais quoi qu’il en soit, Armel LeCléac’h a fait une course splendide. Une performance impériale. Et parmi tous les experts consultés, pas un seul ne donnait un podium à ce jeune de 32 ans. Et pourtant, il aurait fallu avoir un peu de vision pour se rendre compte que la réponse aux mille et une questions que nous nous posions avant ce départ du 9 novembre dernier allait se trouver beaucoup plus loin que nous le pensions. Il fallait garder les yeux sur l’horizon pour voir l’avenir de la course océanique. Et cet avenir est comme la vie, la vraie. Elle est fait de cette jeunesse brillante et talentueuse. Pleine d’endurance et de vigueur. Intelligente et beaucoup plus sage qu’on le croyait.
Voile en ligne tient à féliciter Armel LeCléac’h pour sa magnifique performance !







