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Archive pour la catégorie ‘Courses océaniques’

Voile en ligne tient à souhaiter à tous ses lectrices et lecteurs une bonne et heureuse année 2009 remplie de santé et de prospérité. Bien qu’elle soit encore loin, compte tenu de notre dur hiver, nous souhaitons tout de même une belle saison de voile à tous les plaisanciers. D’ici là, histoire de nous mettre dans le bain, nous vous donnons rendez-vous au salon du bateau de Montréal qui se tiendra du 29 janvier au 2 février à la place Bonaventure. Que 2009 vous amène le meilleur des vents!

Virbac Paprec II est devenu le 15ième abandon de ce Vendée-Globe. Le magnifique bateau bleu a vu son safran tribord être arraché suite à une collision avec un objet flottant non identifié. Il s’agit d’un coup d’autant plus dur que Jean-Pierre Dick avait réalisé une brillante réparation de fortune sur son safran babord, ce qui lui avait permis de poursuivre la course suite à sa première avarie. Il fait maintenant route vers le nord à vitesse réduite, en direction probable de la Polynésie Française. Ce 15ième abandon confirme ce que l’on sait, à savoir que ce Vendée-Globe est l’un des plus durs depuis celui de 1996-1997. La moitié des bateaux se sont maintenant retirés de la course et nous ne sommes pas encore au Cap Horn.

Pendant que Jean-Pierre Dick tarde à confirmer son abandon, l’impayable Michel Desjoyaux continue quant à lui de creuser le trou de ses adversaires. Jean LeCam est maintenant à une journée de navigation du prof tandis qu’Armel LeCléach et Vincent Rioux sont en train de se faire enterrer vivant, accusant un retard de plus ou moins 700 milles nautiques…

Si, et je dis bien si la casse ne change pas encore, pour une sempiternelle fois, l’ordre des choses, on peut se demander comment les poursuivants parviendront à rattraper le roi des mers qu’est Michel Desjoyaux. Imaginez si ce gars là n’avait pas été retardé par ses problèmes électriques du début de course. Où serait-il présentement ?

Seul Roland Jourdain continue de s’accrocher au prof, n’accusant que 62 petits milles de retard. Grâce à Bilou, le suspens persiste et il sera fort intéressant de surveiller les options que prendront les deux skippers à l’approche des trois grands obstacles qu’ils leurs restent à franchir, soit l’anticyclone de Sainte-Hélène, le Pot-au-noir puis l’autre anticyclone, celui des Açores.

Bien sûr, il est encore permis d’espérer pour les poursuivants. Jean LeCam peut encore recoller. LeCléach et Rioux aussi. Mais les trois devront se mettre à l’ouvrage et cesser de naviguer avec la peur des casses au ventre comme c’est le cas présentement. Autrement, Rioux peut dire adieu à un deuxième titre. Quant à LeCam, il devra encore une fois se contenter de « la place du con… »

D’autre part, il ne faudrait pas négliger la navigatrice Samantha Davies qui est sans aucun doute l’une des figures dominante de ce Vendée-Globe. Elle bénéficie d’un crédit en milles compte tenu de son détour pour porter assistance à Yann Eliès. Elle est maintenant en 6ième place et frappe à la porte du carré d’as de cette course.

Marc Guillemot connait jusqu’à maintenant un Vendée-Globe en dent de scie. Retardé à cause d’une option controversée au passage des Açores, Marc a ensuite poussé la machine au point de rattraper les meneurs. Mais cette cavalcade à bride abattue a aussi entrainé des dommages à son rail de grand-voile. Puis il y a eu l’épisode Yann Eliès. Marc a ensuite procédé à la réparation de son rail en s’arrêtant dans une baie de l’île d’Aukcland.

Bien qu’il était au départ l’un des favoris avec un des plus rapide bateaux de la flotte, Marc Guillemot a manqué de cette indispensable chance qui orne le parcours des vainqueurs du Vendée-Globe. La décision qu’il a prise en début de course était ce que l’on appelle en termes de hockey «un long shot.» Elle aurait tout aussi bien pu payer. Mais hélas, ce ne fût pas le cas. Fort heureusement pour lui, Marc ne fait pas une mauvaise course pour autant, loin de là. En plus, il est devenu une figure emblématique de ce 6ième Vendée-Globe en portant une précieuse et réconfortante assistance à Yann Eliès. Sa présence aux côté du marin sérieusement blessé a permis à tous de respirer d’aise. Finalement, en réparant à lui seul son rail de grand-voile, il a rappelé l’impérissable souvenir d’Yves Parlier qui avait jadis réparé le mât de son bateau au même endroit.

Même s’il ne fait plus parti des meneurs dans ce Vendée-Globe, Marc Guillemot brille en faisant encore une fois étalage du courage qui l’a toujours caractérisé. Incontestablement, il gagne le trophée du meilleur sportif. Et s’il est une chose que cet extraordinaire marin mérite, c’est bien de finir ce Vendée-Globe. Ils seront sans doute nombreux à vouloir aller le saluer dans le chenal des Sables d’Olones et cela sera tout à fait justifié.


Derek Hatfield a annoncé ce matin au pc course, son intention d’effectuer une escale technique à Hobart en Tasmanie. Le skippper canadien a rapporté que deux barres de flèches sont cassées à bord de son bateau. Il fait présentement route à petite vitesse vers Hobart situé à 1000 milles de son étrave. Il devrait mettre 4 à 5 jours pour se rendre.

La course est donc terminée pour le skipper canadien. Il est en effet impossible pour Derek Hatfield de réparer à lui seul. L’océan Indien, particulièrement vache cette année, aura donc eu raison d’un septième concurrent dans ce Vendée-Globe. Et cela fait d’autant plus mal qu’il s’agit du seul qui soit l’un des nôtres. C’est d’autant plus déplorable que Derek faisait aussi, depuis plusieurs jours, une bonne course qui le rapprochait graduellement de son prédecesseur l’américain Rich Wilson.

On peut apercevoir les deux barres
de flèches cassées au haut du mât
sur cette photo que Derek a fait
parvenir aux autorités du Vendée-Globe.

Voile en ligne tient à féliciter Derek Hatfield pour les innombrables efforts ainsi que la détermination dont il a fait preuve tout au long de ce projet. Malgré de nombreux sacrifices et des difficultés inimaginables, Derek n’a jamais abandonné. On ne peut qu’être fier de ce qu’il a accompli au fil des cinq dernières années. Peu de gens chez nous peuvent se vanter d’avoir pris part au Vendée-Globe. Avec Gerry Roufs et Benoît Parnaudeau, Derek est le seul autre marin canadien a avoir accompli cet exploit exceptionnel. Il est surtout le seul à l’avoir fait avec un bateau entièrement construit ici.

Derek, you can come back home head up! You are the greatest sailor of ours. Congratulations for what you have done!

Voici les premiers propos de Derek suite à son avarie. Nous les reproduisons tel que publiés sur le site du Vendée-Globe.

« C’était une mauvaise journée pour nous. Tôt ce matin le bateau a été renversé, le mât dans l’eau. Je me suis retrouvé sur le plafond à l’intérieur et quand je suis sorti, j’ai découvert que deux étages de barres de flèche avaient été cassés du côté bâbord. Ce qui est surprenant est que la casse se trouve au milieu. Je mets le cap au nord. Il est évident que je ne pourrai pas les réparer tout seul, mais je suis en train d’analyser comment faire maintenant. J’avais l’impression que nous nous étions complètement retournés. Je voyais l’eau par la fenêtre. C’était incroyable de voir la hauteur des vagues. J’étais dans ma bannette lorsque cela s’est produit. Une minute après et me voilà en train de marcher sur le plafond. Les vagues étaient certes énormes, mais je n’imaginais pas qu’elles arriveraient à faire cela. Le bateau s’est couché rapidement et tout volait à l’intérieur. J’ai un bleu sur les jambes et un autre aux côtes. J’ai des regrets surtout pour mon partenaire, Algimouss, et pour tous ceux, qui m’ont soutenu. En fait, nous avons traversé une série de dépressions avant celle d’hier soir. Pendant la nuit j’ai eu 55 nœuds et j’ai réduit la voilure au point où on n’avait plus de toile. Le bateau avait été renversé plusieurs fois, mais ce n’était que ce matin avec l’affaiblissement du vent que la grosse vague a fait coucher le bateau le mât dans l’eau. Je suis effondré. J’ai nettoyé le bateau et ai sécurisé le mât avant de hisser la GV. La partie basse fonctionne encore et il me faudra cinq ou six jours pour rallier l’Australie. On voit bien avec tous les vracs dans cette course que peu sépare en fait ceux qui réussissent à s’en sortir et ceux qui sont contraints à l’abandon. Personne n’est à l’abri de ce genre d’incident. »

Un autre concurrent devrait lui aussi confirmer son abandon dans les heure qui viennent. On s’attend à ce que Sébastien Josse, qui était l’un des grands favoris de cette course, se détourne vers la Nouvelle-Zélande, en raison de ses safrans lourdement abimés lui aussi suite à un chavirage. Deux autre concurrents tentent quant à eux de réparer des avaries graves. Jean-Pierre Dick est au prise avec son safran endommagé il y a quelques semaines tandis que Steve White navigue avec un vit de mulet cassé. Finalement, Marc Guillemot est reparti après s’être arrêté au mouillage dans une baie de l’île d’Aukland pour effectuer une réparation de son rail de grand-voile.

Alors que la course revêt une certaine monotonie en raison d’un classement stable pour le peloton de tête, il devient intéressant de jeter un œil sur ceux qui suivent de près ou de loin derrière. Tout est au rendez-vous. Courage, caractère, aventures humaines et luttes serrées. Portrait de plusieurs courses dans la course.

Une des réalités implacables de ce type de course est qu’avant même de penser au classement, il faut savoir gérer les trois mois de mer qu’elle impose. Qu’on le veuille ou non il s’agit là d’un mariage de raison. On doit vivre avec le meilleur comme le pire. Et comme on le sait, jusqu’ici, la mariée est plutôt récalcitrante.

Ce n’est donc pas un hasard si au moment où l’on se parle, parmi les dix premiers concurrents, sept sont des circumnavigateurs d’expérience. Dans les cinq premiers, quatre cumulent des podiums dans un Vendée-Globe. Pas de doute, pour figurer dans cette course, il faut faire dans la durée et incidemment, être très patient. Il faut savoir faire le dos rond quand le temps l’impose et attaquer au moment voulu.

Sans vouloir rien enlever à ceux qui ont vu le rideau se fermer devant leur face, cette réalité démontre que ce sont présentement les meilleurs qui sont encore en mer. Vous me direz sûrement « oui, mais… et Loïck Peyron ? À cela je répondrai que les temps ont bien changés depuis sa mémorable course à bord de son Lada Poch. À cette époque, le Vendée-Globe n’était pas la régate planétaire qu’elle est aujourd’hui. Et c’est ce qui explique le fait que malgré toute l’admiration qu’on peut avoir pour ce dernier, l’implacable réalité est qu’il ne se trouve plus en course. Si la malchance a sévit, la chance elle, se créé.

Jusqu’ici, deux concurrents se sont avéré être des révélations dans ce Vendée-Globe. Le figariste Armel LeCléach persiste et signe. Il occupe le 4ième rang et il l’a fort bien mérité. Bien peu parmi nous auraient pu prédire qu’il se trouverait là où il est après la mi-course. À 31 ans seulement, le jeune homme a du cran. Il fait montre d’un aplomb digne des plus grands navigateurs et aussi des plus grands champions. Quoi qu’il arrive d’ici la fin de cette course, Armel aura gagné ses galons. D’ailleurs, comme celle-ci est encore loin d’être terminée, il ne fait aucun doute à ce moment-ci que la possibilité pour lui de réaliser l’impensable est belle et bien présente.

La deuxième révélation de ce Vendée-Globe est Samantha Davies. L’incroyable Miss Bikini village est 8ième à moins de 1500 milles nautiques du prof Desjoyaux. Ce dernier et nombre d’autres sur le plateau doivent soupiré de soulagement en se disant que c’est une chance que la blonde anglaise n’ait un plan Farr flambant neuf et maximisé. Car elle chaufferait les oreilles d’on sait qui et on sait où.

La bataille pour la 10ième place entre Arnaud Boissière est à la fois épique et spectaculaire. Avec son vieux bourrin, un plan Finot-Conq construit en 1998, il tient tête à Dee Caffari et Brian Thompson qui sont pourtant tous les deux équipé de montures flambants neuves. 32 petits milles séparent le premier du troisième.

Avec son gros orteil, l’anglais Steve White fait du chemin et devance Johnny Malbon. Il occupe le 13ième rang à plus de 2600 milles du meneur. L’anglais est un exemple de persévérance. Certes l’une des têtes les plus dures de toute la flotte.

Derek Hatfield avait deux objectifs en commençant cette course. Il voulait faire le trajet en moins de 100 jours, puis terminer dans les 15 premiers concurrents. Bien qu’il serait étonnant de le voir atteindre le premier de ses objectifs, le deuxième demeure tout de même à porté de main. Le Spirit of Canada n’est plus qu’à quelques dizaines de milles de Rich Wilson et du 15ième rang. Il se rapproche de jour en jour et d’heure en heure.

Les mauvaises langues diront qu’avec un bateau neuf, Hatfield devrait être beaucoup plus haut dans le classement. C’est ce que l’on dit quand on ignore que l’homme est un jeune père de famille endetté jusqu’à l’os qui tient à finir cette course à tout prix. Hormis l’aspect sécurité dans cette mer casse-bateau, disons aussi qu’Hatfield a très peu navigué au cours des dernières années, étant engagé corps et âme dans la construction de son bateau. Ce dernier a fait l’objet d’un chantier pour améliorer sa fiabilité et son confort mais pas ses performances.

Non vraiment, on ne peut qu’être surpris de le voir rendu là où il est et fier d’avoir accompli cet exploit remarquable dans le Vendée-Globe le plus difficile depuis celui de 1996-1997.

Au train où vont les choses, quand Norbert Sedlacek franchira le cap Horn, le vainqueur de ce 6ième Vendée-Globe sera à quelques encablures des Sables d’Olones. Le « Cylindric le germain » du Vendée-globe aura affronté à ce moment les douze dépressions d’Astérix. L’Homme au sourire éternel ne peut que forcer l’admiration. Son plan Nandor Fa, véritable dedeuche de ce 6ième Vendée-Globe n’en démontre pas moins une régularité et une fiabilité de Citroën, ce qu’il n’avait pas en 2004. On ne peut que souhaiter à ce marin extraordinaire de terminer cette course. Quand on pense aux innombrables trains de dépressions qui se succèdent à ce jour, on n’ose à peine imaginer combien il lui en reste à traverser avant d’arriver au Cap Horn. C’est pourquoi il aura d’autant plus de mérite, lui qui en aura bavé plus que tous les autres pour se rendre là. Ça méritera assurément une bonne bouteille de champagne…

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Dernère mise à jour du site le 2012-02-08 @ 14:46