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Archive pour la catégorie ‘Courses océaniques’

Pour une fois, les nouvelles nous parvenant du site du Vendée-Globe sont bonnes et rassurantes. Malgré des souffrances indicibles, le navigateur Yann Elies est parvenu à se hisser jusqu’à sa trousse de secours. Il a aussi récupéré tout ce qui pouvait l’être pour se soigner, se nourrir et s’hydrater. Mais surtout, on se rassure à l’idée qu’il a pris sa morphine pour atténuer quelque peu cette douleur atroce.

Marc Guillemot ne le lâche plus. Il a pu voir Elies lui envoyer un signe de la main de l’intérieur de son bateau. Moment émouvant s’il en est un… La navigatrice Samantha Davies a profité, quant à elle, de forts vents et accéléré. Elle est arrivée un peu plus vite que prévu et est maintenant sur place avec Guillemot. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes samedi et il est 15h00 à Canberra. L’Arunta serait donc arrivée près de Yann Elies et l’opération de récupération ne devrait plus tarder. La frégate Arunta de la marine australienne qui navigue depuis jeudi soir à plein gaz vers Generali, devait fort heureusement arriver sur zone un peu plus tôt que prévu.

La seule ombre au tableau est que durant la journée d’hier, les vents ont forcit à plus de 40 nœuds. Le navigateur blessé a donc dû de se faire brasser considérablement. Notons aussi que toute la course a comme été relégué au second plan par cet accident. Des internautes par milliers ont d’ailleurs fait parvenir des messages à Yann Elies pour le soutenir dans l’épreuve.

Côté compétition, les leaders Desjoyaux et Jourdain plongeait vers le sud au classement de 23h00HNE afin d’éviter une molle. Le premier accroit son avance, tandis que le deuxième tente de s’accrocher comme il peut. Il est maintenant à 80 milles nautiques. Détail significatif, Sébastien Josse et Jean LeCam sont maintenant relégué à plus de 200 milles du premier. L’anticyclone devant ne devrait pas y changer grand-chose dans les heures à venir puisque les leaders ont entamé une manœuvre de contournement par le sud.

La frégate australienne Arunta est présentement en route pour rejoindre, prêter assistance et évacuer au plus vite le navigateur Yann Élies qui s’est comme on le sait, fracturé le fémur plus tôt dans cette 38 journée du Vendée-Globe. Parti à 17h00(GMT) il a appareillé de la ville de Perth en Australie avec 3 heures d’avance sur l’horaire prévu. Dans les meilleures conditions, c’est-à-dire si le temps et la mer coopèrent, il rejoindra le monocoque Generali samedi après-midi.

Pour le moment, tous sont rongés par l’inquiétude quant au sort du marin. L’attente de plus de 48 heures sera sans doute interminable pour Yann Élies, lui qui, à cause de la douleur, ne parvient même pas à franchir les deux mètres qui le sépare de sa trousse de secours où se trouve de la morphine, ce qui pourrait grandement l’aider.

Joint lors d’une vacation spéciale tenue à 17h00(heure de Paris) le navigateur Marc Guillemot n’était plus qu’à une quarantaine de milles nautique de Yann Élies. Il faisait route à toutes pompes, dans une mer cassante, vent dans le pif et avec un bateau handicapé par un rail de grand-voile défectueux. D’une voix étreinte d’émotion Marc Guillemot a affirmé avec un sérieux ne faisant aucun doute, que «toutes les options sans aucune exception étaient envisagées» pour venir en aide à son compagnon d’infortune si la situation se détériorait.

IL faut dire que Guillemot a déjà vécu un semblable calvaire quand il était à bord du multicoque Jet Service IV il y a quelques années. Il avait du attendre les secours avec les jambes et le bassin cassés. Quand on connait un temps soit peu les qualités de ce marin hors norme, on sait que ce sera pour lui, une véritable torture mentale que d’être contraint à se tourner les pouces et faire des ronds autour du monocoque rouge de Yann Élies sans être en mesure de lui porter secours. La seule et unique chose qui pourrait l’empêcher de monter à bord de Generali sera le temps et l’état de la mer qui risquent de menacer sa sécurité lors de l’opération. Mais ceux qui connaissent Guillemot savent qu’en bon marin expérimenté, il fait déjà travailler ses méninges pour concevoir des scénarios afin d’effectuer un abordage de façon sécuritaire. Car, s’il est une chose sur laquelle tous s’entendent, c’est que même une heure, c’est trop long. Imaginez-en 48 alors…

L’«idéal» serait d’attendre l’arrivée de Samantha Davies. Avec l’aide de l’anglaise, Guillemot pourrait à ce moment se servir d’ancres flottantes ou d’une bouée de sauvetage pour passer une amarre de fortune autour de Generali. Samantha Davies pourrait alors le hisser sur le bateau avec l’une de ses winchs. Pour aborder le monocoque avec un minimum de risque pour sa sécurité, Marc pourrait se servir de l’un de ses canoës de sauvetage. Après avoir prodigué les premiers soins à Élies, il pourrait ensuite faire route vers le nord pour raccourcir le délai de contact avec la marine australienne.

Évidemment, tout cela relève du cinéma. Ça n’est faisable que dans la mesure où la mer et le temps se mettent de la partie. Et fort malheureusement, on annonce rien de bon de ce côté. De plus, l’opération a des implications incalculables. Guillemot serait contraint de lancer ses balises de détresse et d’abandonner son bateau avec tout ce que cela implique. Il devra par la suite s’éloigner au plus vite pour éviter tout risque de collision avec Generali. Sans compter que les chances de récupération de ce superbe espadon sont minimes dans ce désert marin. Mais qui se souci de Safran ? Comme on dit en anglais «Who cares ?» Même à 5 millions l’unité, quand une vie humaine est en jeu… Car nous savons tous que plus le temps passe et plus la situation devient critique… Et vous ! Que feriez-vous à la place de Marc Guillemot si vous aviez votre chance? En tous cas moi, je n’hésiterais pas une seule minute.

Dernière heure :

Marc Guillemot a fait la jonction avec Yann Élies. Il a pris contact avec ce dernier. Son état est stable et Marc n’envisage pas pour l’instant d’autre option que de demeurer au contact.

Terrible nouvelle ce matin en provenance du pays de l’ombre. Le skipper du monocoque Générali Yann Eliès est sérieusement blessé. Il souffre d’une fracture du fémur. Il s’est infligé cette vilaine blessure alors qu’il était à la manœuvre à l’avant du bateau. Il semble que celui-ci se soit soudainement arrêté lors d’un enfournement. Yann Éliès aurait alors été projeté sur le balcon avant de s’effondrer sur le pont avec la jambe cassée.

Bien que la fracture n’en soit pas une dite « ouverte, » elle n’en demeure pas moins souffrante à l’extrême et nécessite de toute urgence l’évacuation du skipper vers l’hôpital le plus proche. La course est donc terminée pour lui, cela va de soit. Selon un ancien patrouilleur de ski questionné sur le sujet ce matin, le risque de détérioration massive et rapide de l’état de santé est bien réel et les minutes comptent.

Yann Éliès doit demeurer immobile et si possible, se faire une attèle. Il doit aussi tenter de s’alimenter et de boire pour éviter la déshydratation, ce qui, on en conviendra, est loin d’être simple. Jusqu’à maintenant il a réussi à ramper péniblement jusqu’à sa bannette devant la table à carte à l’intérieur du bateau. Il est donc en relative sécurité. Il a pris contact avec le médecin officiel de la course le docteur Jean-Yves Chauve qui l’assiste et lui fournit un soutien psychologique en attendant l’arrivée des secours. Il semble cependant que Yann Éliès soit incapable (du moins pour l’instant) de s’administrer les premiers soins. Au moment d’aller sous presse, il n’avait pu atteindre la trousse de secours pourtant située à moins de deux mètres de lui. On sait que cette dernière contient de la morphine, ce qui à l’évidence serait fort utile pour apaiser la douleur.

Le skipper Marc Guillemot s’est quant à lui détourné pour aller lui aussi prêter une assistance psychologique qui, on le comprendra, est absolument nécessaire. Il est à 100 milles nautiques du coursier qu’il devrait atteindre ce soir. Même chose pour Samantha Davies sur Roxy. Elle est à un peu plus de 500 milles et prévoit être sur zone d’ici une quarantaine d’heures. On peut penser que les deux adversaires vont vraisemblablement tenter se mettre en travers de la houle afin de minimiser autant que faire se peut, l’effet de la mer sur le bateau du skipper blessé. De plus, ils garderont le contact visuel et radio avec le bateau. C’est tout ce qu’ils peuvent faire car pour des raisons de sécurité, il leur est interdit et de toute manière impossible de tenter de s’approcher à portée de bras du coursier pour monter à bord.

Generali est présentement à la cape (immobilisé et face au vent) sous trois ris et trinquette. Il est situé à environ 800 milles nautiques des côtes australiennes vers lesquelles il avance à environ 2 nœuds. Une assistance héliportée est impossible. Compte tenu de la distance énorme, aucun hélicoptère ne possède une autonomie de carburant suffisante pour atteindre le coursier et revenir à son port d’attache. De toute façon, un hélitreuillage directement du bateau est aussi à proscrire. En raison de la longueur du mât, les risques de collision ou d’enchevêtrement du câble d’hélitreuillage avec le gréement du bateau sont beaucoup trop grands.

Les conditions climatiques ne permettent pas non plus d’effectuer le parachutage d’une équipe de soins. Cette option a aussi été rejeté d’emblée car elle ne permettrait pas aux plongeurs d’atteindre le coursier. Dans une mer très dure, les plongeurs risqueraient d’être blessés en tentant d’atteindre un bateau qui ballotte dans tous les sens.

le HMAS Arunta
Crédit photo: Leading Seaman Phillip

Les secours s’organisent cependant du côté de la marine australiennes. Mais ça risque d’être extrêmement long pour le solitaire qui ne pourra être secouru avant la fin de la journée de samedi. Aux dernières nouvelles, les autorités de la Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Canberra ont décidé de détacher une frégate médicalisée de type Adélaïde qui devrait quitter Perth ce soir à 21h00 heure de Paris. On évaluait également la possibilité de faire monter un hélicoptère sur la frégate pour accélérer l’assistance par une tentative de larguage d’une équipe de soins aussisitôt que le rayon d’action permettra l’atteinte du coursier. La manoeuvre pourrait alors se coordonner et se verrait facilitée par la présence des deux autres concurrents déjà sur place.
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Dernère mise à jour du site le 2012-02-08 @ 14:46