Bien qu’aucun marin n’ait jamais pris part au Vendée-Globe sans préalablement avoir une bonne et longue expérience de la mer, il n’en demeure pas moins qu’il existe dans cette épreuve et ce type de sport, un bon contingent d’aventuriers. Ils sont pourvus de petits budgets, de bateau plus âgé et nécessairement moins performant.
Pourtant, ils attirent la sympathie et l’admiration de tous et il est de coutume pour les premiers arrivées de revenir sur les pontons pour accueillir celles et ceux qui ont accompli cet extraordinaire exploit que constitue un tour du monde en solitaire sans escale ni assistance.
Quand on pense que celles et ceux ayant réussi cette prouesse hors du commun sont en moins grand nombre que celles et ceux ayant conquit l’Everest ou encore celles et ceux étant allés dans l’espace, on mesure alors la hauteur de ce qui est convenu de qualifier de plus grand exploit sportif toutes formes de sports confondus.
Voilà pourquoi mêmes les no-names sont adulés. Il n’existe pas de contre-performance non plu dans ce sport. Même celles et ceux qui finissent dernier sont accueillis avec tous les honneurs.
Un des cas les plus frappant est celui de Karen Leibovici qui en 2005, termina dernière de la précédente édition du Vendée-Globe. À bord de l’ancien cigare rouge de Jean-Luc Van Den Heede la blonde termine sous un tonnerre d’applaudissements après 138 jours en mer ponctués de douleurs insupportables au dos.
Cette année encore, on retrouve des exemples de courage. Unaï Basurko est le premier de ceux là. Mais ne prenez pas le basque pour battu. Son petit train est allé très loin lors de la dernière Velux 5 Ocean. Il a fini troisième devant Sir Robin Knox Jonhston. La presse ibérique l’a surnommé le « Neptune Basque » C’est un bon gestionnaire de course. Il ménage sa machine et son énergie. Et surtout, il sait être patient.
Le CV et la feuille de route de Rich Wilson fait écarquiller les yeux. Le prof de Harvard est le doyen du plateau dans cette course. Il ne gagnera pas ce VendéeGlobe mais voir un homme à l’aube de la soixantaine prendre d’assaut les mers les plus hostiles du monde ne peut que susciter admiration et constituer par le fait même une source de motivation.
Vous vous lancer un défi personnel ? Vous prenez la résolution de perdre du poids après les fêtes. Vous vous remettez en forme. Vous faites le marathon des deux rives l’an prochain. Et si vous vous rendez à la moitié du parcours, vous considérerez votre but atteint… Une connaissance à moi a voulu combiner un sevrage de cigarette avec une traversée de l’Atlantique. Il s’est remis à fumer sur le quai mais son effort est tout de même digne de mention, lui qui s’était embarqué à bord sans une seule clope.
Mais allez donc dire à votre femme ou votre meilleur ami que votre objectif c’est de faire le Vendée-Globe. Elle ou il vous regardera d’un drôle d’air. D’autant plus si vous venez d’un pays où il n’existe pas le moindre accès sur la mer.
C’est le cas de l’Autrichien Norbert Sedlacek qui est reparti pour une deuxième fois. En 2004, le marin germanique avait sauvé son bateau de justesse après une avarie de quille. Il avait réussi à rejoindre le Cap en Afrique du sud où il a effectué des réparations puis rapatrié son plan Nandor Fa pour prendre part une deuxième fois au départ de cette épreuve mythique. L’homme est sympathique, attachant et courageux. Il a l’étoffe des héros à l’instar de tous celles et ceux qui navigue présentement dans cette course.
Si la jeunesse cherche des exemples auxquels s’identifier, le plateau du Vendé-Globe 2008 regorge de femmes
et d’hommes d’exception.

Crédit photo: canyousea.com
le pot-au-noir offre des conditions météo difficiles.
Une fois de plus, le skipper a encore fait part de soucis avec le fonctionnement de son éolienne. Il effectue présentement des réparations qui sont indispensable compte-tenu qu’il ne disposera pas d’une quantité suffisante de gasoil pour effectuer le voyage complet.
Derek s’est tout de même dit heureux d’avoir pu sortir des ornières où il s’est retrouvé depuis maintenant plus de 80 heures. Le bateau filait ce matin entre 18 et 20 nœuds.
Le reste de la flotte dans le Pot-au-noir.
Loin, très loin de là, en tête de flotte, Jean Lecam menait ce matin par à peine deux minuscules milles nautiques sur Loïck Peyron. Sébastien Josse suivait à près de trente milles plus loin. Beau retour cependant du groupe des 7 suivant qui avaient été relégué à plus de 100 milles nautiques. Étant beaucoup plus décalé dans l’ouest, ces derniers n’ont eu qu’à attendre les trois larrons qui devaient impérativement se recaler dans l’ouest où la zone de convergence intertropicale est traditionnellement beaucoup plus mince.
Comme on le sait, cette zone appelé communément Pot-au-noir constitue un véritable casse-tête pour les marins. Caractérisée par de nombreuses bulles sans vent ainsi que des zones météo instables générant des orages et de fort coup de vent aussi spontanés que dangereux, la flotte du Vendée Globe devra traverser cette zone à l’allé comme au retour avec les inconvénients que cela implique. Les poursuivants observeront de très près ce qui se passe dans le secteur, sachant que l’information reçue pourrait être précieuse pour contourner la bulle qui stoppe les leaders. Cette situation peut donc favoriser les retardataires. À défaut d’un regroupement de la flotte, (si les premiers arrivés dans le pot peinent à en sortir,) les chasseurs pourraient même se retrouver dans la peau des proies en passant à côté de la chausse-trappe, comme ce fût le cas lors de la dernière transat Jacques-Vabre…

La stratégie de Jean LeCam commence à agacer
Ne pas voir Foncia aux avant-postes en train de se battre contre les meilleurs sera sans doute l’une des plus énormes déceptions de ce début de course. Mais que dire ensuite des démâtages de Yannick Bestaven et Marc Thiercelin. Une pareille avarie survenant au début d’une course est un choc. Il ne faut que penser à toute la préparation qu’elle nécessite pour déjà ressentir la houle qui nous envahie le cœur.
Le champion toutes catégories de la malchance demeurera cependant Alex Thompson. L’équipe technique d’Hugo Boss a fait des pieds et des mains pour remettre le bateau en état pour le départ suite à une collision avec un chalutier lors du convoyage vers les Sables d’Olonne. Deux semaines d’une course effrénée contre la montre. L’opération a coûté plus d’un demi- million de dollars. Le départ et la participation du jeune anglais allaient donc être le couronnement de milliers d’heures de travail et des efforts de centaines de personnes. Et crac ! 28 heures plus tard, un objet flottant vient tout bousiller, effacer l’ardoise, comme l’eau de mer sur un château de sable. C’est la fin d’un rêve qui dure depuis 4 ans. Plus de 10 millions d’Euros envolés en fumé. Un vrai cas de suicide…
Hormis ces avaries, il y a trois choses que nous retiendrons de cette première semaine de Vendée Globe. La première, c’est que jusqu’ici, la nouvelle génération de bateaux n’a pas été en mesure de se démarquer de manière significative. En effet, la puissance qui devait faire la différence ne l’a finalement pas faite. De toute évidence, certains ménagent leur monture. Mais il reste que l’on se serait attendu à beaucoup plus de machine comme Pindar ou Safran par exemple. Il est difficile d’expliquer comment il se fait qu’avec un coursier disposant de 640 mètres carré de voile, soit la plus grande surface de toute la flotte, Brian Thompson se retrouve à près de 200 milles nautiques du meneur à se colletailler avec l’ancien PRB. (Roxy de Samantha Davies)
La deuxième chose que l’on retiendra, c’est la performance des bateaux moins récents. Les deux plans Lombard de Roland Jourdain et Jean LeCam n’ont rien laissé aux bateaux de dernière génération comme Gitana Eighty ou Virbac-Paprec. Pire, ils maintiennent inlassablement la dragée haute. Ainsi, LeCam suit Peyron à la trace depuis plusieurs jours. Que se passera-t-il alors, lorsque nous seront dans le grand Sud dans des mers beaucoup plus hostiles s’il est impossible à ces coursiers alliant puissance et rapidité de se démarquer dans les Alizées ? Que se passera-t-il quand le temps imposera ses trois ris et trinquette à ces lourdes embarcations et qu’elles devront suivre un VM Matériaux toilé de la même façon mais beaucoup plus léger ?
On comprend mieux à la lumière de ces questions comment se joue la guerre psychologique du Vendée Globe. Pour LeCam, le but est clair : rester collé comme un sparadrap, le plus près possible du meneur jusqu’au Cap de Bonne Espérance. Par la suite, c’est à ce moment que l’on fera la distinction entre les hommes et les enfants. Il disposera de 15000 milles nautique pour faire son lit.
Le troisième élément que l’on retient, c’est le retard de la tête de flotte sur l’année 2004. Et même sans cette tempête dans le golf de Gascogne, les vitesses ne donne pas à croire qu’il en aurait été autrement. Assurément, si ça ne cravache pas d’avantage, Vincent Rioux n’aura pas trop à s’inquiéter pour son record.







