Ils forcent donc l’admiration celles et ceux qui, durant trois mois, joueront avec leur vie pour aller au bout de leur passion. Nous vivrons des moments exaltants et d’autres émouvants. Ils ne laisseront personne insensible. Pendant ces longues semaines seuls en mer, ils partageront avec celles et ceux qui les suivront sur le net, ce rêve du grand large assaisonné de joies, de peines, de vagues d’espoir et de déceptions parfois teintées d’amertume. La seule certitude que nous avons, c’est qu’à travers les milles périls qui guettent les coureurs, cette course sera tout de même captivante. Il ne reste qu’à leur souhaiter bonne chance et à espérer secrètement qu’ils reviendront tous en bonne santé.
Faire le VendéeGlobe, c’est un peu comme monter à bord de la navette spatiale. Tout peut arriver. Fort heureusement, les aventures d’une autre époque sont maintenant révolues. Les normes de sécurité sont sévères et on ne laisse plus partir des coureurs ou des bateaux mal préparés et qui ne rencontre pas les normes de sécurité dicté par l’ISAF et le comité de course. Il subsistera toujours une part d’impondérable impossible à contrôler, mais aujourd’hui on peut raisonnablement espérer qu’en cas de pépin, les connaissances acquises feront la différence et qu’incidemment, les coureurs pourront s’en sortir.
D’un point de vue sportif, il est dorénavant de notoriété publique qu’il ne fait pas toujours bon être premier dans ce sport où le leader peut malheureusement montrer aux autres concurrents le chemin à éviter. Parlez-en à Jean LeCam. Il vous racontera sa mésaventure au sortir du Cap Horn en 2005. Convaincu que le vent se trouvait au large, il voit Vincent Rioux le doubler en longeant la côte pendant qu’il se retrouve empêtré dans une multitude de molles. Cela lui a coûté la victoire. La même chose risque d’arriver encore cette fois mais pour des raisons différentes. Celles et ceux se trouvant en filigrane dans un rayon de deux cent milles nautiques derrière les leaders du moment risquent donc fort d’en profiter.
À l’évidence, les bateaux récents auront de la difficulté à maintenir le rythme effréné que leur imposera cette régate planétaire et incidemment, les casses risquent d’être fort nombreuses durant cette course. Ceux qui ont opté pour des machines puissantes et surtoilées risquent de payer le prix fort. On ne peut voir non plus comment des bateaux ayant peu navigué et n’ayant pas été éprouvé pourront tenir la cadence qui risque d’être infernal jusqu’au cap de Bonne Espérance puis, vers l’Australie…
Et c’est d’ailleurs là, dans les quarantièmes rugissants que se jouera l’acte numéro deux de la course. Comme on le sait, le pot au noir et l’anticyclone de Ste-Hélène écrèmeront sans doute une première fois le peloton. Ceux qui passeront les premiers (la plupart parmi les bateaux récents) piafferont d’impatience à mettre l’accélérateur au plancher pour tenter quitter le bord à bord et de se détacher. Et comme l’océan Indien n’est pas la place pour jouer au cowboy, elle offrira enfin les conditions recherchées mais aussi, de nombreux pièges qui iront avec. Ce fût le cas en 2004 où plusieurs sont tombés dans le panneau. Un deuxième tamisage risque donc de se faire parmi celles et ceux qui n’auront pas la précaution de penser qu’il reste deux mois à la course.
Chez les poursuivants
Les retardataires à plus de deux cent milles nautiques voudront combler au plus vite leur retard. Ils en profiteront aussi pour accélérer. Mais presser le pas de cette façon ne sera pas d’augure à ménager les montures.
Pour toutes ces raisons, il est à prévoir que si 20 bateaux reviennent aux Sables d’Olonnes avec tous leurs morceaux, ce sera beau. Il est même probable que la moitié du peloton risque de subir le supplice de la boîte à outils. Le Vendée-Globe sera donc aussi l’affaire de ceux qui auront cultivé sagement cette vertu que l’on appelle la patience. Pendant que ceux qui s’énerveront passeront à la caisse, les autres, qui sont historiquement de bons gestionnaires de course, prendront graduellement le contrôle du jeu.
Découvrir le vainqueur n’est donc pas une mince tâche. Mais on peut tout de même s’aider un peu en répondant aux questions suivantes que tout bon preneur aux livres devrait se poser.
1) Que fera le champion défendant Vincent Rioux ? Bien qu’il ne soit pas battu d’avance, on peut tout de même se demander s’il « finira un jour par finir » une de ces satanées courses avec son bateau neuf… Force est d’admettre que le nouveau PRB n’a pas décollé jusqu’à maintenant.
2) Que fera Brian Thompson et sa fusée ? Le plan Kouyoumdjan est rapide mais une pareille surface de toile est-elle nécessaire dans un environnement ou les deux tiers de la course se disputent avec au moins un ris.
3) Mike Golding a-t-il comblé son retard technique ? D’ailleurs, les deux britanniques précités sont à la bourre. Ils accusaient jusqu’à il y a quelques semaines un retard technique important en terme d’avancés et de maximisation.
4) Comment réagiront certains coureurs face au challenge factor qui risque de leur mettre une pression énorme sur les épaules ? Par exemple, Bernard Stamm devra prouver qu’il peut maintenir le rythme imposé par des concurrents beaucoup plus coriaces que ceux auxquels il a eu à faire face jusqu’ici dans ses tours du monde.
5) Quel effet aura le poids de l’âge sur certains ?
6) Comment réagiront d’autres devant la solitude ?
7) L’expérience et un excellent bateau suffiront-ils ?
À quel niveau se trouve la condition physique des coureurs ? Manier en solitaire un Open 60 est physiquement beaucoup plus difficile que n’importe quel multicoque.
9) Quel est donc, le niveau de préparation des bateaux et des coureurs face aux éventuelles conditions de mer qui garnissent ce type de parcours ? Elles sont parfois si dures et si sournoises qu’elles peuvent surprendre le plus expérimenté des marins.
10) Quel degré de préparation psychologique et mental les coureurs se sont-ils offert ?
Il reste qu’aucun ordinateur au monde, si puissant soit-il, ne pourra répondre à ces questions. Et tout ce qui a été estimé jusqu’ici ne pourra être validé que lorsque les conditions réels se présenteront. Et cette donne vaut surtout pour les bateaux. Le Vendée-Globe n’est pas une route du rhum. Les alizés sont de véritables vacances au Club Med en comparaison de ce qui attend les gladiateurs qui se battront jusqu’à épuisement ph
ysique total dans une mer infiniment plus forte. Si ces gens là ne se mettent pas en mode « gestion d’énergie » s’ils sont mal préparés physiquement et mentalement, ils risquent fort de manquer de gaz pour se rendre à la fin.
Une compétition entre architectes
Si du côté humain, la gestion de course et la condition physique s’avèreront capitales, du côté des machines, le duel se fera entre la puissance et la légèreté. De ce côté, ceux qui ont opté pour la légèreté sont très minoritaires. Ils font par contre le pari que cet avantage compensera le déficit de puissance qu’il impose. C’est le cas de Jean Lecam qui a ouvertement choisi cette voie. Gagnera-t-il avec son « vieux bateau » ?
Le plan Farr de Loïck Peyron a fait ses preuves tout comme son sister-ship Paprec-Virbac qui bénéficie de technologies dernier cri et d’un tour du monde à son compteur. Parallèlement, les mêmes bateaux pilotés par Jérémie Beyou, Vincent Rioux et Sébastien Josse ont connus d’énormes ennuis que l’ont peut soupçonner d’être structurels. Le plan VPLP de Safran et Groupe Bel sont de leurs côtés, très rapide. Mais ils ont aussi connu leur part de problèmes. Le nouveau Owen Clark de Mike Golding semble quant à lui, éprouver des difficultés au chapitre des réglages. Des questions subsistent également sur le nouveau bébé de Brian Thompson, un plan du très talentueux architecte Juan Kouyoumdjan, réputé pour construire des fusées à voile. Tiendra-t-il le coup ? Les Finot-Conq d’Alex Thompson et Marc Thiercelin sont deux boîtes à surprise. À noter que celui d’Alex Thompson n’a pas fait le poids face au plan Farr de Jean-Pierre Dick durant la Barcelona World race. Les plans Lombard de LeCam et Jourdain sont maximisés, et fiabilisés. Malgré leur âge, ils ne seront pas en reste face aux nouveaux venus. Et que fera Samantha Davies avec l’ancien PRB, véritable machine à gagner des Vendée-Globe ?
Si on revient au côté sportif, nul doute que des noms ressurgissent du lot. Si le sport était une discipline empreinte de justice, elle donnerait raison à Marc Thiercelin qui part pour la quatrième fois ou à Loïck Peyron qui a jadis sacrifié son nom sur la coupe pour sauver une vie. Elle aurait donné le Vendée-Globe 2004-2005 à Jean LeCam. Mais le sport a quelque chose de cruel. Et parmi celles et ceux qui prendront le départ demain, un seul reviendra gagnant.
Comment départager dans ce lot de talents à dorures celui ou celle qui arrivera le premier aux sables d’Olonnes au terme de cette épopée épique? Mettre des noms dans un chapeau et tirer au sort serait probablement plus facile. Il passera pour un devin celui qui réussira l’exploit de nommer à l’avance les trois premiers bateaux qui s’engageront en vainqueur dans le chenal des Sables D’Olonnes.
Gagner le Vendée-Globe demandera cette année une combinaison alliant un bateau fiable et rapide, un skipper talentueux, expérimenté et en excellente condition physique. Ce skipper devra gérer sa course avec intelligence et doigté. Et surtout, éviter les pièges.
Mais gagner le Vendée-Globe demandera aussi beaucoup de chance. Parmi les millions de vagues et de coups de vent que rencontreront les concurrents, il n’en faudra qu’un seul pour casser le bateau. Une simple bille de bois peut mettre fin au rêve instantannément.
Peu importe qui nous désignerons comme le futur gagnant, il restera toujours une part d’impondérable que personne ne peut prévoir et une autre de subjectivité que nous gardons au fond de nous-mêmes. Ces deux facteurs viendront interférer et feront en sorte que beaucoup d’entre nous jetterons un regard amusé sur le choix qu’ils auront fait lorsque la course finira.
La tête choisirait dans l’ordre logique Loïck Peyron Jean-Pierre Dick et Brian Thompson. Mais l’instinct, et le cœur choisissent quant à eux Jean LeCam, Loïck Peyron et Marc Thiercelin. Que voulez-vous ! Le compas a ses raisons que le vent ignore…
Joint par téléphone plus tôt cette semaine, Derek Hatfield se disait prêt. Son niveau de préparation psychologique s’est vraisemblablement amélioré avec l’arrivée d’un sponsor majeur : Algimouss. Une équipe de préparation est maintenant à pied d’œuvre. Le plan de pont a été refait. Des voiles neuves ont été installées, les pilotes automatiques fiabilisés et finalement, le confort et l’ergonomie ont été grandement amélioré.
Malgré cela, le budget de la seule équipe canadienne en lice n’est qu’une fraction de celui de la moyenne des équipes européennes. C’est ce qui explique que le bateau n’a pas fait l’objet d’une mise à niveau indispensable pour espérer caracoler avec les meneurs.
Il reste que l’équipe Spirit of Canada ne fait pas qu’office de figurant dans cette course. Il demeure aussi, qu’en restant dans un rayon de moins de 500 milles nautiques du meneur, Derek Hatfield pourrait éventuellement en profiter. Derek Hatfield possède un bateau neuf et rapide. Terminer dans les quinze premiers serait très bien. Dans les dix premier : excellent. Parmi le top cinq serait un exploit dont on n’oserait même pas imaginer l’impact. Soyons prudent : 12ième place. Mais souhaitons avant tout à Derek Hatfield de compléter ce tour du monde. Car faut-il encore le rappeler, le monde de la course océanique est le seul et unique sport où parmi ceux qui partent comme ceux qui reviennent il n’y a que des gagnants.
Au beau milieu de la nuit et à quelques encablures des Sables d’Olonnes, le Open 60 du man in black a été heurté sur tribord à la hauteur des cadènes par un chalutier. Le coursier a démâté et le bateau est fortement endommagé. Au moment d’aller sous presse, les architectes et ingénieurs du groupe Finot-Conq était au chevet de la bête blessée. Des analyses poussées permettront de savoir si des dommages structurels ont été causés au monocoque et surtout, s’il existe des possibilités de réparer pour prendre le départ de la course le 9 novembre prochain.
Chose certaine, il ne reste plus beaucoup de temps et c’est un Alex Thompson bien au fait de cette situation et complètement dévasté qui s’est présenté hier en conférence de presse aux Sables d’Olonnes pour expliquer l’inexplicable. Il faut dire que l’on serait découragé à moins car quatre années de travail viennent peut-être carrémment de s’envoler en fumée.
De plus, dans le meilleur des cas, en dépit d’un bateau réparé et remâté, Alex Thompson prendra le départ sans avoir fait de test, avec une monture sans ajustement et dont la fiabilité et les performances risquent d’être incertaines. Et cela est sans compter qu’il devra rencontrer les exigences du comité de course en terme de navigabilité.
À la lumière de cet autre incident, force est d’admettre que, bien malheureusement, le monde de la voile sportive de compétition voit les dossiers d’assurance s’épaissir à vue d’œil depuis quelques années. Alex Thompson est d’ailleurs l’un de ceux dont l’assurabilité risque hélas de souffrir de ses déveines à répétition.
Notons cependant qu’il n’est pas le seul dans cette situation. Démâtages en série, avaries de quilles, blessures graves, chute en mer, naufrage et même le décès d’un skipper ont parsemé l’actualité de la voile depuis quelques semaines. Un bilan qui rappelle que sur l’océan, l’homme n’est que toléré. Un facteur (parmi tant d’autres) que devraient considérer celles et ceux qui, par pure ignorance, portent d’ineptes jugements de valeurs sur les marins qui compétitionnent.
Pour revenir à Alex Thompson, rappelons que son sponsor principal a investi des sommes considérables pour ne pas dire colossales dans l’aventure. Et compte tenu de cela, on peut raisonnablement espérer qu’en tenant compte des énormes moyens dont elle dispose, l’entreprise Hugo Boss ne laissera pas tomber le navigateur anglais après être allé aussi loin.

les traits tirés, Alex Thompson s’expliqué hier
en conférence de presse aux sables d’Olonnes.








