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Archive pour la catégorie ‘Vendée Globe’

Publié le 14/02/09 par Daniel Lévesque

Pour les plus âgés d’entre nous qui suiviez jadis le sport automobile, peut-être vous rappelez-vous cette mémorable performance du regretté Gilles Villeneuve qui lors du Grand-prix de Formule un de Montréal tenu sous une pluie battante, s’était classé au troisième rang malgré un aileron avant à la verticale, conséquence d’un accrochage en début de course. Le pilote québécois avait ramené cahin caha sa monoplace qui n’avait plus aucune tenue de route.

Voilà ce que la performance de Marc Guillemot nous rappelle. Le solitaire a fait preuve de beaucoup de caractère. Son Vendée-Globe fût parsemé de plusieurs embuches. Or, ce qu’il y a de remarquable dans ce sport, c’est que les gagnants ne sont pas toujours les premiers. Et à ce compte là, Marc Guillemot sera l’une des étoiles de cette édition.

Néanmoins, il complète cette circumnavigation à la troisième place de ce Vendée Globe avec seulement quatre-vingt minutes d’avance sur Samantha Davies qui lui concédait 50 heures pour son intervention aux côtés de Yann Eliès. Le skipper de Safran a donc mis 95 jours 03h heures 19 minutes 36 secondes pour faire le tour du monde (bonification incluse)

Le courage n’a pas manqué à ce marin d’exception. Toute sa carrière fut ponctuée de passages difficiles. Marc Guillemot a, par exemple, vécu les affres d’une blessure très grave. Alors qu’il navigue sur Jet service IV, en pleine nuit, le multicoque enfourne et chavire. Son coéquipier et ami Jean Castenet disparaît en mer et Patrick Morvan a le dos cassé. Marc a quant à lui le bassin et les deux jambes fracturés. Il est secouru après plusieurs jours d’attente. Deux années de réhabilitation seront nécessaires pour lui permettre de retrouver une vie normale. Pas étonnant donc que Marc ait eu autant d’empressement à venir en aide à Yann Éliès.

Le coureur océanique québécois Michel Litté connait bien Marc Guillemot et laisse aller quelques souvenirs. « C’est un vrai ! Je me rappelle que lors de son abandon dans une course du Fasnet, après avoir demandé assistance suite à un démâtage, Marc avait refusé d’être évacué sans que son monocoque soit remorqué, et cela sous le prétexte que le bateau appartenait à son père. Il craignait les représailles » relate avec humour Michel Litté lorsque contacté en début de soirée quelques minutes avant l’arrivée du Quimpérois au Sables d’Olones.

« C’est mon héros. Ce qu’il a fait est tout simplement incroyable. Pour ramener un bateau sans quille, il faut être en parfaite symbiose avec le vent et faire corps avec le bateau. Il faut connaître ses moindres sensations et être aux taquets, à l’affût de tout changement de risée sinon ce peut être la catastrophe. Marc doit être complètement vidé en ce moment. Tenez pour vous donner un exemple simple, c’est un peu comme si vous rouliez sur la glace depuis plusieurs jours, » rajoute Michel Litté.

Marc Guillemot est venu à plusieurs reprises à Québec. À l’instar de Mike Birch avec qui il a d’ailleurs déjà navigué, Marc est un peu devenu le fils adoptif du milieu québécois de la course océanique. Voilà pourquoi plusieurs ont célébré l’arrivée triomphale du gars de la place aux Sables d’Olones. Il y a de quoi ! Ce tour du monde fût pour lui un véritable parcours du combattant. En plus d’offrir une démonstration de détermination qui passera à l’histoire, Marc Guillemot s’illustre aussi par une éclatante performance sportive. On a donc toutes les raisons de fêter. Que demander de mieux ? Bravo !

Voile en Ligne tient à s’associer à tous les amateurs de voile du Québec pour féliciter Marc Guillemot pour sa magnifique performance dans ce Vendée Globe.

Dans 100 ans, quand on parlera de course océanique, le nom qui reviendra sera celui de Michel Desjoyaux. L’exploit que ce grand Seigneur du large a accompli fait dans la démesure.

Plus de doute, le prof transforme tout ce qu’il trouve en or. On se demande même si le Tiger Wood de la voile n’est pas finalement la réincarnation d’Éric Tabarly.

Le point central de cette édition du Vendée-Globe est Michel Desjoyaux. Nous retiendrons pour des années qu’un homme parti avec une journée de retard a rattrapé tout le monde, pris la tête et terminé en vainqueur.

Il ne s’est pas découragé, il n’a pas appelé sa maman pour lui demander consolation. Non ! Il a relevé la tête et dit « je vais faire de mon mieux. Je vais faire la meilleure course que je peux. » Et ça, cette attitude de gagnant et de persévérant, ça marquera au fer rouge pas seulement le Vendée-Globe mais aussi toute l’histoire du sport.

Car pour toutes ces raisons, ce que Michel Desjoyaux a accompli est de très loin le plus grand exploit sportif des temps modernes. Finir le Vendée-globe est une bénédiction, le gagner est une consécration. Mais gagner deux fois semblable course relève d’un génie et d’un talent d’une rareté diamantaire.

Et pour fermer la trappe aux mauvaises langues qui prétendent que Mich’Dej l’a eu facile en raison des multiples abandons, rappelons que pour prendre la tête, ce marin phénoménal a doublé à la régulière Sébastien Josse, Armel LeCléac’h, Vincent Rioux, Jean Lecam et Roland Jourdain, qu’on ne vienne pas me dire que cela n’est rien…

Pourtant, quand Voile en Ligne a fait ses prédictions, Nous n’avons pas pensé à Michel Desjoyaux. Aujourd’hui, on se demande bien pourquoi… C’est peut-être parce que l’homme cache bien son jeu. Il est plutôt discret le prof.

Mais de toute façon, si le Vendée-Globe avait été comme une mise au 6/49, il n’y aurait probablement pas eu de gagnant et le gros lot aurait été reporté sur la semaine suivante.

Curieux tout de même. Vous remarquerez que dans mes prédictions, je n’ai pas écrit un traître mot sur Armel LeCléac’h ou sur Dee Caffari non plus. Il ne fallait pourtant pas être devin pour savoir que l’anglaise allait terminer ce Vendée-Globe. Elle qui bénéficiait au départ de l’expérience des mers du sud. Mais si je vous avais dit à ce moment qu’elle finirait septième, elle aurait peut-être terminé plus loin… C’est comme au Tiercé. Quand on regarde ses numéros, on se dit toujours qu’on a passé proche…

Ce Vendée-Globe aura été celui des outsiders. Il aura été celui des patients versus les enragés. Et à ce jeu, les premiers ont gagné haut la main. S’ils ont remporté la mise, c’est en raison d’une gestion de course très intelligente. Ils ont su protéger leur bateau dans les moments critiques. Ils ont réduit la toile quand le vent se renforçait. Ils ont gagné la bataille parce qu’ils ont su comment la jouer et sur quelle portion du terrain il fallait envoyer le ballon.

On l’a vu au Cap Horn lorsque Météo-France a avisé Brian Thompson, Dee Caffari et Arnaud Boissière que le diable s’en venait sur leur chemin. Ils ont laissé la course de côté. Thompson s’est mis à la cape tandis que Caffari et Boissière plongeaient vers le sud pour éviter le coup.

S’il est une amélioration que les organisateurs devront apporter au Vendée-Globe, ce sera de faire en sorte que le courage et la détermination et l’esprit sportif soit davantage reconnu. Il faut des trophées ainsi que des points au classement IMOCA pour des attitudes comme celle de Sam Davies, de Marc Guillemot Dee Caffari ou Norbert Sedlaceck. Ces gens là redonnent au sport tout son sens.

Beaucoup de choses ont été dites sur toutes les avaries que ce Vendée-Globe a amenées. L’IMOCA a d’ailleurs senti le besoin d’expliquer que les règles allaient être réexaminées en raison du nombre élevé d’abandon. Les ingénieurs et architectes répondent de leur côté qu’un bateau n’est pas conçu pour se coucher sur l’eau et qu’incidemment, si les barres de flèches sont cassées, c’est qu’elles ne sont pas utilisées de manière adéquate… Les marins répondent que les bateaux se couchent parfois…

Et c’est ainsi que la balle est retourné des coureurs vers les architectes, puis des architectes vers les coureurs. Et les sponsors sont entrainés dans cette valse à mille temps avec le public qui demande toujours plus d’action dans un sport où les risques financiers sont dantesques. On a entendu parler ça et là du budget de 10 millions d’euros pour le Vendée-Globe de 28 heures d’Alex Thompson. Mais ça, c’est faire un très mauvais calcul des retombées car la plupart des sponsors sont gagnants avant même le début de la course.

Pendant que les gaulois argumentent pour ne pas dire s’engeulent sur la qualité du poisson, il faut se rendre compte que nous oublions le plus grand VIP à s’être invité à la fête. On construit de sacré beaux bateaux, des machines qui enflamment autant les embruns que les esprits. Ces bêtes ne sont pas fabriquées en peau de pette. Personne ne veut laisser sa peau dans cette aventure. C’est pourquoi quand on les examine, on réalise que ces bateaux sont d’une solidité inouïe.

Non ! le problème vient plutôt de notre VIP. C’est elle qui a joué les pique-assiettes. Dame Nature est la grande responsable. Ce Vendée-Globe est de loin le plus dure depuis celui de 1996-1997. On apprend tous de nos erreurs. Il y a certes un post-mortem à faire pour tenter de trouver des solutions. Mais la mer restera toujours ce qu’elle est. À certains moments, elle est impitoyable. Elle peut vous avaler d’une seule petite bouchée. Et le risque sera toujours présent. Alors s’il y a des compte à régler, faisons-le à coup de tarte à la crème car il faut d’abord se féliciter d’avoir ramené tous le monde à la maison sans trop d’encombre si l’on fait exception de Yann Éliès.

Ce Vendée-Globe nous a fait passer par toute la gamme des émotions. Pour cela, il faut rendre hommage aux organisateurs. Ho vous savez, il y a bien eu quelques impairs quant à la qualité des reportages vidéo. Il faudra certainement ajouter une touche de professionnalisme aux reportages le jour du départ et à ceux marquant les arrivées des coureurs. A ce titre, l’organisation doit jongler avec l’importance du direct pour les internautes d’une part et les coûts faramineux qu’engage la production de telles émissions de l’autre. Pas simple !

La Volvo Ocean Race a résolu le problème et il n’y a pas de raison que l’organisation du Vendée-Globe n’y parvienne pas à son tour. Mais dans l’ensemble, on avait 4 sur dix en 2004 et nous sommes maintenant au dessus de la note de passage 6.5/10. Nous savons que le meilleur est à venir et nous avons confiance dans ceux qui sont là. Ils ont fait du bon boulot dans l’ensemble.

Nous retiendrons du Vendée-Globe 2008-2009 ces voix d’outre mer qui ont partagé avec nous leurs émotions, leurs joies et leurs déceptions. On ne peut qu’être admiratif devant autant de générosité face au public. Il ne reste qu’à dire un gros merci à tous ces gens là. À l’organisation, aux travailleurs de l’ombre qui ont vu leurs années d’efforts partir en mer. Ceux qui ont poncé à la mitaine. Une bonne pensée aussi à tous les skippers et leurs familles.

Pour ma part, à la lecture du texte que j’ai mis en ligne hier, mes prédictions se sont avérées bonne mais j’ai perdu mon pari. Je dois aller payer mes créanciers maintenant. Prochain départ: le Vendée-Gobe 2012.

Je vous invite ce matin à lire ce texte que j’ai mis en ligne le 8 novembre dernier, soit la dernière journée avant le départ du Vendée-Globe.

Il fait toujours bon de se relire…

Je vous reviens demain avec mes commentaires sur le bilan sportif du Vendée-Globe.

Québec 8 novembre 2008

Voici mon tiercée pour le Vendée-Globe.

Par Daniel Lévesque

Jamais une épreuve sportive n’aura fait étalage d’une telle orgie d’énergie et de talent. Jamais une épreuve sportive toute catégories confondues n’aura fait l’envie d’autant d’équipe travaillant des années durant pour voir partir un seul concurrent. Jamais une épreuve sportive n’aura mis en jeu autant de ressources sur autant de temps pour une seule et unique compétition.

Imaginez ! Les équipes travaillent depuis des années pour réunir le financement, les architectes, les ingénieurs, les matériaux, les constructeurs, les skippers et les équipes techniques. Si l’on compte l’apport de toutes celles et ceux qui ont investi de l’argent, que ce soit les équipes, les droits de rediffusion, l’organisation etc, on frise le fabuleux total du quart de milliard de dollars. L’IMOCA dépend maintenant du Vendée-Globe plus que jamais et on comprend alors pourquoi.

Ils forcent donc l’admiration celles et ceux qui, durant trois mois, joueront avec leur vie pour aller au bout de leur passion. Nous vivrons des moments exaltants et d’autres émouvants. Ils ne laisseront personne insensible. Pendant ces longues semaines seuls en mer, ils partageront avec celles et ceux qui les suivront sur le net, ce rêve du grand large assaisonné de joies, de peines, de vagues d’espoir et de déceptions parfois teintées d’amertume.

La seule certitude que nous avons, c’est qu’à travers les milles périls qui guettent les coureurs, cette course sera tout de même captivante. Il ne reste qu’à leur souhaiter bonne chance et à espérer secrètement qu’ils reviendront tous en bonne santé.

Faire le Vendée-Globe, c’est un peu comme monter à bord de la navette spatiale. Tout peut arriver. Fort heureusement, les aventures d’une autre époque sont maintenant révolues. Les normes de sécurité sont sévères et on ne laisse plus partir des coureurs ou des bateaux mal préparés et qui ne rencontre pas les normes de sécurité dicté par l’ISAF et le comité de course. Il subsistera toujours une part d’impondérable impossible à contrôler, mais aujourd’hui on peut raisonnablement espérer qu’en cas de pépin, les connaissances acquises feront la différence et qu’incidemment, les coureurs pourront s’en sortir.

D’un point de vue sportif, il est dorénavant de notoriété publique qu’il ne fait pas toujours bon être premier dans ce sport où le leader peut malheureusement montrer aux autres concurrents le chemin à éviter. Parlez-en à Jean LeCam. Il vous racontera sa mésaventure au sortir du Cap Horn en 2005. Convaincu que le vent se trouvait au large, il voit Vincent Rioux le doubler en longeant la côte pendant qu’il se retrouve empêtré dans une multitude de molles. Cela lui a coûté la victoire. La même chose risque d’arriver encore cette fois mais pour des raisons différentes. Celles et ceux se trouvant en filigrane dans un rayon de deux cent milles nautiques derrière les leaders du moment risquent donc fort d’en profiter.

À l’évidence, les bateaux récents auront de la difficulté à maintenir le rythme effréné que leur imposera cette régate planétaire et incidemment, les casses risquent d’être fort nombreuses durant cette course. Ceux qui ont opté pour des machines puissantes et surtoilées risquent de payer le prix fort. On ne peut voir non plus comment des bateaux ayant peu navigué et n’ayant pas été éprouvé pourront tenir la cadence qui risque d’être infernal jusqu’au cap de Bonne Espérance puis, vers l’Australie…

Et c’est d’ailleurs là, dans les quarantièmes rugissants que se jouera l’acte numéro deux de la course. Comme on le sait, le pot au noir et l’anticyclone de Ste-Hélène écrèmeront sans doute une première fois le peloton. Ceux qui passeront les premiers (la plupart parmi les bateaux récents) piafferont d’impatience à mettre l’accélérateur au plancher pour tenter quitter le bord à bord et de se détacher. Et comme l’océan Indien n’est pas la place pour jouer au cowboy, elle offrira enfin les conditions recherchées mais aussi, de nombreux pièges qui iront avec. Ce fût le cas en 2004 où plusieurs sont tombés dans le panneau. Un deuxième tamisage risque donc de se faire parmi celles et ceux qui n’auront pas la précaution de penser qu’il reste deux mois à la course.

Chez les poursuivants

Les retardataires à plus de deux cent milles nautiques voudront combler au plus vite leur retard. Ils en profiteront aussi pour accélérer. Mais presser le pas de cette façon ne sera pas d’augure à ménager les montures.Pour toutes ces raisons, il est à prévoir que si 20 bateaux reviennent aux Sables d’Olonnes avec tous leurs morceaux, ce sera beau. Il est même probable que la moitié du peloton risque de subir le supplice de la boîte à outils. Le Vendée-Globe sera donc aussi l’affaire de ceux qui auront cultivé sagement cette vertu que l’on appelle la patience. Pendant que ceux qui s’énerveront passeront à la caisse, les autres, qui sont historiquement de bons gestionnaires de course, prendront graduellement le contrôle du jeu.

Découvrir le vainqueur n’est donc pas une mince tâche. Mais on peut tout de même s’aider un peu en répondant aux questions suivantes que tout bon preneur aux livres devrait se poser.

1) Que fera le champion défendant Vincent Rioux ? Bien qu’il ne soit pas battu d’avance, on peut tout de même se demander s’il « finira un jour par finir » une de ces satanées courses avec son bateau neuf… Force est d’admettre que le nouveau PRB n’a pas décollé jusqu’à maintenant.

2) Que fera Brian Thompson et sa fusée ? Le plan Kouyoumdjan est rapide mais une pareille surface de toile est-elle nécessaire dans un environnement ou les deux tiers de la course se disputent avec au moins un ris.

3) Mike Golding a-t-il comblé son retard technique ? D’ailleurs, les deux britanniques précités sont à la bourre. Ils accusaient jusqu’à il y a quelques semaines un retard technique important en terme d’avancés et de maximisation.

4) Comment réagiront certains coureurs face au challenge factor qui risque de leur mettre une pression énorme sur les épaules ? Par exemple, Bernard Stamm devra prouver qu’il peut maintenir le rythme imposé par des concurrents beaucoup plus coriaces que ceux auxquels il a eu à faire face jusqu’ici dans ses tours du monde.

5) Quel effet aura le poids de l’âge sur certains ?

6) Comment réagiront d’autres devant la solitude ?

7) L’expérience et un excellent bateau suffiront-ils ?

8) À quel niveau se trouve la condition physique des coureurs ? Manier en solitaire un Open 60 est physiquement beaucoup plus difficile que n’importe quel multicoque.

9) Quel est donc, le niveau de préparation des bateaux et des coureurs face aux éventuelles conditions de mer qui garnissent ce type de parcours ? Elles sont parfois si dures et si sournoises qu’elles peuvent surprendre le plus expérimenté des marins.

10) Quel degré de préparation psychologique et mental les coureurs se sont-ils offert ?

Il reste qu’aucun ordinateur au monde, si puissant soit-il, ne pourra répondre à ces questions. Et tout ce qui a été estimé jusqu’ici ne pourra être validé que lorsque les conditions réels se présenteront. Et cette donne vaut surtout pour les bateaux.

Le Vendée-Globe n’est pas une route du rhum. Les alizés sont de véritables vacances au Club Med en comparaison de ce qui attend les gladiateurs qui se battront jusqu’à épuisement physique total dans une mer infiniment plus forte. Si ces gens là ne se mettent pas en mode « gestion d’énergie » s’ils sont mal préparés physiquement et mentalement, ils risquent fort de manquer de gaz pour se rendre à la fin

Une compétition entre architectes

Si du côté humain, la gestion de course et la condition physique s’avèreront capitales, du côté des machines, le duel se fera entre la puissance et la légèreté. De ce côté, ceux qui ont opté pour la légèreté sont très minoritaires. Ils font par contre le pari que cet avantage compensera le déficit de puissance qu’il impose. C’est le cas de Jean Lecam qui a ouvertement choisi cette voie. Gagnera-t-il avec son « vieux bateau » ?

Le plan Farr de Loïck Peyron a fait ses preuves tout comme son sister-ship Paprec-Virbac qui bénéficie de technologies dernier cri et d’un tour du monde à son compteur. Parallèlement, les mêmes bateaux pilotés par Jérémie Beyou, Vincent Rioux et Sébastien Josse ont connus d’énormes ennuis que l’ont peut soupçonner d’être structurels. Le plan VPLP de Safran et Groupe Bel sont de leurs côtés, très rapide. Mais ils ont aussi connu leur part de problèmes.

Le nouveau Owen Clark de Mike Golding semble quant à lui, éprouver des difficultés au chapitre des réglages. Des questions subsistent également sur le nouveau bébé de Brian Thompson, un plan du très talentueux architecte Juan Kouyoumdjan, réputé pour construire des fusées à voile. Tiendra-t-il le coup ? Les Finot-Conq d’Alex Thompson et Marc Thiercelin sont deux boîtes à surprise. À noter que celui d’Alex Thompson n’a pas fait le poids face au plan Farr de Jean-Pierre Dick durant la Barcelona World race. Les plans Lombard de LeCam et Jourdain sont maximisés, et fiabilisés. Malgré leur âge, ils ne seront pas en reste face aux nouveaux venus. Et que fera Samantha Davies avec l’ancien PRB, véritable machine à gagner des Vendée-Globe ?

Si on revient au côté sportif, nul doute que des noms ressurgissent du lot. Si le sport était une discipline empreinte de justice, elle donnerait raison à Marc Thiercelin qui part pour la quatrième fois ou à Loïck Peyron qui a jadis sacrifié son nom sur la coupe pour sauver une vie. Elle aurait donné le Vendée-Globe 2004-2005 à Jean LeCam. Mais le sport a quelque chose de cruel. Et parmi celles et ceux qui prendront le départ demain, un seul reviendra gagnant.

Comment départager dans ce lot de talents à dorures celui ou celle qui arrivera le premier aux sables d’Olonnes au terme de cette épopée épique? Mettre des noms dans un chapeau et tirer au sort serait probablement plus facile. Il passera pour un devin celui qui réussira l’exploit de nommer à l’avance les trois premiers bateaux qui s’engageront en vainqueur dans le chenal des Sables D’Olonnes.

Gagner le Vendée-Globe demandera cette année une combinaison alliant un bateau fiable et rapide, un skipper talentueux, expérimenté et en excellente condition physique. Ce skipper devra gérer sa course avec intelligence et doigté. Et surtout, éviter les pièges.

Mais gagner le Vendée-Globe demandera aussi beaucoup de chance. Parmi les millions de vagues et de coups de vent que rencontreront les concurrents, il n’en faudra qu’un seul pour casser le bateau. Une simple bille de bois peut mettre fin au rêve instantannément.

Peu importe qui nous désignerons comme le futur gagnant, il restera toujours une part d’impondérable que personne ne peut prévoir et une autre de subjectivité que nous gardons au fond de nous-mêmes. Ces deux facteurs viendront interférer et feront en sorte que beaucoup d’entre nous jetterons un regard amusé sur le choix qu’ils auront fait lorsque la course finira.

La tête choisirait dans l’ordre logique Loïck Peyron Jean-Pierre Dick et Brian Thompson. Mais l’instinct, et le cœur choisissent quant à eux Jean LeCam, Loïck Peyron et Marc Thiercelin. Que voulez-vous ! Le compas a ses raisons que le vent ignore…

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