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Archive pour la catégorie ‘Vendée Globe’

Avec près de 500 milles nautiques de retard au cap Horn, les jeux ne sont pas encore complètement faits, mais on en conviendra, Jean LeCam est décroché. C’est plus d’une journée de navigation à regagner pour rattraper le meneur. En effet, il n’est jamais arrivé qu’un concurrent gagne le Vendée-Globe alors qu’il cumulait un tel retard. Et à moins que les deux premiers cassent, (ce qui est toujours possible mais qu’on ne souhaite surtout pas) on voit mal comment LeCam pourrait recoller à Michel Desjoyaux ou à Roland Jourdain…

Bien sûr, d’aucuns rappelleront l’épisode Helen MacArthur qui avait rattrapé Desjoyaux en 2000 malgré un retard comparable. Le problème est que cette fois ci, il y deux concurrents à rattraper. On ignore les options qu’ils choisiront une fois revenus dans l’Atlantique, mais il serait pour le moins étonnant que deux têtes telles que le prof Desjoyaux et Bilou Jourdain se trompent dans la lecture qu’ils feront de leurs fichiers météo. De plus, si l’un d’eux fait défaillance, l’autre prendra assurément le relais pour contrôler les poursuivants. Le seul espoir qui reste à Jean LeCam demeure de mettre le pied au plancher. Encore faut-il le faire sans casser. Il y a toujours le Pot-Au-Noir, mais avouons que cela relève davantage du hasard et surtout, de la chance.

La course se joue maintenant entre deux concurrents. On a beaucoup parlé du premier à cause de sa remonté spectaculaire du peloton. Après être parti des Sables d’Olones avec plus de 400 milles de retard suite à un retour obligé pour cause de soucis électriques, le prof a écrit un scénario hollywoodien en revenant sur tous les concurrents pour ensuite prendre la tête. Mais depuis, Roland Jourdain ne le quitte plus d’une semelle.

Bilou navigue à moins de 100 milles nautique du monocoque Foncia. Les deux se livrent un duel titanesque. Le skipper de Véolia Environnement se tient en filigrane et attend patiemment son heure pour doubler Desjoyaux. Il applique à ce dernier une pression constante de telle sorte que le prof n’a aucun droit à l’erreur. Il doit garder en tout temps l’œil sur les performances du bateau et sur ses routes. Desjoyaux a bien tenté de distancer Roland Jourdain mais en vain. En bon gestionnaire de course Jourdain ne s’est pas énervé et a pris le temps qu’il fallait pour le rattraper. Depuis, il le garde à vue.

Si on est émerveillé par la course de Michel Desjoyaux, celle de Roland Jourdain force aussi l’admiration. Il faut rappeler que Bilou est fort d’une expérience dans les tours du monde qui fût parfois douloureuse, En 2000, il termine troisième derrière Michel Desjoyaux et Lady Helen MacArthur. En 2004, il est contraint à l’abandon. Après avoir cravaché pendant des semaines pour revenir au contact des meneurs, sa tête de quille se fendille. Bilou doit alors se détourner vers la Nouvelle-Zélande. En 2007, il voit sa course se terminer après un démâtage durant la Barcelonia World Race, course en double qu’il avait entrepris avec son comparse, routeur et conseillé technique Jean-Luc Nélias. En 2006, il remporte in extremis la Route du Rhum devant Jean LeCam après avoir reconstruit sa bôme cassé lors de son passage aux Açores.

Bilou, qui a abandonné à deux reprises une course autour du monde à peu près au même endroit, a avoué avoir soupiré d’aise lors de son passage en Nouvelle-Zélande. Un peu comme si, cette fois-ci, le mauvais sort avait été conjuré une bonne fois pour toutes. Avec plus de 7000 milles nautiques encore à faire, il ne fait aucun doute que tous les espoirs sont permis pour le marin au bateau rouge et blanc. Mais pour voir son rêve se concrétiser. Roland Jourdain a une tâche à accomplir et pas la moindre. Il doit battre le prof Desjoyaux.

Voile en ligne tient à souhaiter à tous ses lectrices et lecteurs une bonne et heureuse année 2009 remplie de santé et de prospérité. Bien qu’elle soit encore loin, compte tenu de notre dur hiver, nous souhaitons tout de même une belle saison de voile à tous les plaisanciers. D’ici là, histoire de nous mettre dans le bain, nous vous donnons rendez-vous au salon du bateau de Montréal qui se tiendra du 29 janvier au 2 février à la place Bonaventure. Que 2009 vous amène le meilleur des vents!

Virbac Paprec II est devenu le 15ième abandon de ce Vendée-Globe. Le magnifique bateau bleu a vu son safran tribord être arraché suite à une collision avec un objet flottant non identifié. Il s’agit d’un coup d’autant plus dur que Jean-Pierre Dick avait réalisé une brillante réparation de fortune sur son safran babord, ce qui lui avait permis de poursuivre la course suite à sa première avarie. Il fait maintenant route vers le nord à vitesse réduite, en direction probable de la Polynésie Française. Ce 15ième abandon confirme ce que l’on sait, à savoir que ce Vendée-Globe est l’un des plus durs depuis celui de 1996-1997. La moitié des bateaux se sont maintenant retirés de la course et nous ne sommes pas encore au Cap Horn.

Pendant que Jean-Pierre Dick tarde à confirmer son abandon, l’impayable Michel Desjoyaux continue quant à lui de creuser le trou de ses adversaires. Jean LeCam est maintenant à une journée de navigation du prof tandis qu’Armel LeCléach et Vincent Rioux sont en train de se faire enterrer vivant, accusant un retard de plus ou moins 700 milles nautiques…

Si, et je dis bien si la casse ne change pas encore, pour une sempiternelle fois, l’ordre des choses, on peut se demander comment les poursuivants parviendront à rattraper le roi des mers qu’est Michel Desjoyaux. Imaginez si ce gars là n’avait pas été retardé par ses problèmes électriques du début de course. Où serait-il présentement ?

Seul Roland Jourdain continue de s’accrocher au prof, n’accusant que 62 petits milles de retard. Grâce à Bilou, le suspens persiste et il sera fort intéressant de surveiller les options que prendront les deux skippers à l’approche des trois grands obstacles qu’ils leurs restent à franchir, soit l’anticyclone de Sainte-Hélène, le Pot-au-noir puis l’autre anticyclone, celui des Açores.

Bien sûr, il est encore permis d’espérer pour les poursuivants. Jean LeCam peut encore recoller. LeCléach et Rioux aussi. Mais les trois devront se mettre à l’ouvrage et cesser de naviguer avec la peur des casses au ventre comme c’est le cas présentement. Autrement, Rioux peut dire adieu à un deuxième titre. Quant à LeCam, il devra encore une fois se contenter de « la place du con… »

D’autre part, il ne faudrait pas négliger la navigatrice Samantha Davies qui est sans aucun doute l’une des figures dominante de ce Vendée-Globe. Elle bénéficie d’un crédit en milles compte tenu de son détour pour porter assistance à Yann Eliès. Elle est maintenant en 6ième place et frappe à la porte du carré d’as de cette course.

Marc Guillemot connait jusqu’à maintenant un Vendée-Globe en dent de scie. Retardé à cause d’une option controversée au passage des Açores, Marc a ensuite poussé la machine au point de rattraper les meneurs. Mais cette cavalcade à bride abattue a aussi entrainé des dommages à son rail de grand-voile. Puis il y a eu l’épisode Yann Eliès. Marc a ensuite procédé à la réparation de son rail en s’arrêtant dans une baie de l’île d’Aukcland.

Bien qu’il était au départ l’un des favoris avec un des plus rapide bateaux de la flotte, Marc Guillemot a manqué de cette indispensable chance qui orne le parcours des vainqueurs du Vendée-Globe. La décision qu’il a prise en début de course était ce que l’on appelle en termes de hockey «un long shot.» Elle aurait tout aussi bien pu payer. Mais hélas, ce ne fût pas le cas. Fort heureusement pour lui, Marc ne fait pas une mauvaise course pour autant, loin de là. En plus, il est devenu une figure emblématique de ce 6ième Vendée-Globe en portant une précieuse et réconfortante assistance à Yann Eliès. Sa présence aux côté du marin sérieusement blessé a permis à tous de respirer d’aise. Finalement, en réparant à lui seul son rail de grand-voile, il a rappelé l’impérissable souvenir d’Yves Parlier qui avait jadis réparé le mât de son bateau au même endroit.

Même s’il ne fait plus parti des meneurs dans ce Vendée-Globe, Marc Guillemot brille en faisant encore une fois étalage du courage qui l’a toujours caractérisé. Incontestablement, il gagne le trophée du meilleur sportif. Et s’il est une chose que cet extraordinaire marin mérite, c’est bien de finir ce Vendée-Globe. Ils seront sans doute nombreux à vouloir aller le saluer dans le chenal des Sables d’Olones et cela sera tout à fait justifié.


Alors que la course revêt une certaine monotonie en raison d’un classement stable pour le peloton de tête, il devient intéressant de jeter un œil sur ceux qui suivent de près ou de loin derrière. Tout est au rendez-vous. Courage, caractère, aventures humaines et luttes serrées. Portrait de plusieurs courses dans la course.

Une des réalités implacables de ce type de course est qu’avant même de penser au classement, il faut savoir gérer les trois mois de mer qu’elle impose. Qu’on le veuille ou non il s’agit là d’un mariage de raison. On doit vivre avec le meilleur comme le pire. Et comme on le sait, jusqu’ici, la mariée est plutôt récalcitrante.

Ce n’est donc pas un hasard si au moment où l’on se parle, parmi les dix premiers concurrents, sept sont des circumnavigateurs d’expérience. Dans les cinq premiers, quatre cumulent des podiums dans un Vendée-Globe. Pas de doute, pour figurer dans cette course, il faut faire dans la durée et incidemment, être très patient. Il faut savoir faire le dos rond quand le temps l’impose et attaquer au moment voulu.

Sans vouloir rien enlever à ceux qui ont vu le rideau se fermer devant leur face, cette réalité démontre que ce sont présentement les meilleurs qui sont encore en mer. Vous me direz sûrement « oui, mais… et Loïck Peyron ? À cela je répondrai que les temps ont bien changés depuis sa mémorable course à bord de son Lada Poch. À cette époque, le Vendée-Globe n’était pas la régate planétaire qu’elle est aujourd’hui. Et c’est ce qui explique le fait que malgré toute l’admiration qu’on peut avoir pour ce dernier, l’implacable réalité est qu’il ne se trouve plus en course. Si la malchance a sévit, la chance elle, se créé.

Jusqu’ici, deux concurrents se sont avéré être des révélations dans ce Vendée-Globe. Le figariste Armel LeCléach persiste et signe. Il occupe le 4ième rang et il l’a fort bien mérité. Bien peu parmi nous auraient pu prédire qu’il se trouverait là où il est après la mi-course. À 31 ans seulement, le jeune homme a du cran. Il fait montre d’un aplomb digne des plus grands navigateurs et aussi des plus grands champions. Quoi qu’il arrive d’ici la fin de cette course, Armel aura gagné ses galons. D’ailleurs, comme celle-ci est encore loin d’être terminée, il ne fait aucun doute à ce moment-ci que la possibilité pour lui de réaliser l’impensable est belle et bien présente.

La deuxième révélation de ce Vendée-Globe est Samantha Davies. L’incroyable Miss Bikini village est 8ième à moins de 1500 milles nautiques du prof Desjoyaux. Ce dernier et nombre d’autres sur le plateau doivent soupiré de soulagement en se disant que c’est une chance que la blonde anglaise n’ait un plan Farr flambant neuf et maximisé. Car elle chaufferait les oreilles d’on sait qui et on sait où.

La bataille pour la 10ième place entre Arnaud Boissière est à la fois épique et spectaculaire. Avec son vieux bourrin, un plan Finot-Conq construit en 1998, il tient tête à Dee Caffari et Brian Thompson qui sont pourtant tous les deux équipé de montures flambants neuves. 32 petits milles séparent le premier du troisième.

Avec son gros orteil, l’anglais Steve White fait du chemin et devance Johnny Malbon. Il occupe le 13ième rang à plus de 2600 milles du meneur. L’anglais est un exemple de persévérance. Certes l’une des têtes les plus dures de toute la flotte.

Derek Hatfield avait deux objectifs en commençant cette course. Il voulait faire le trajet en moins de 100 jours, puis terminer dans les 15 premiers concurrents. Bien qu’il serait étonnant de le voir atteindre le premier de ses objectifs, le deuxième demeure tout de même à porté de main. Le Spirit of Canada n’est plus qu’à quelques dizaines de milles de Rich Wilson et du 15ième rang. Il se rapproche de jour en jour et d’heure en heure.

Les mauvaises langues diront qu’avec un bateau neuf, Hatfield devrait être beaucoup plus haut dans le classement. C’est ce que l’on dit quand on ignore que l’homme est un jeune père de famille endetté jusqu’à l’os qui tient à finir cette course à tout prix. Hormis l’aspect sécurité dans cette mer casse-bateau, disons aussi qu’Hatfield a très peu navigué au cours des dernières années, étant engagé corps et âme dans la construction de son bateau. Ce dernier a fait l’objet d’un chantier pour améliorer sa fiabilité et son confort mais pas ses performances.

Non vraiment, on ne peut qu’être surpris de le voir rendu là où il est et fier d’avoir accompli cet exploit remarquable dans le Vendée-Globe le plus difficile depuis celui de 1996-1997.

Au train où vont les choses, quand Norbert Sedlacek franchira le cap Horn, le vainqueur de ce 6ième Vendée-Globe sera à quelques encablures des Sables d’Olones. Le « Cylindric le germain » du Vendée-globe aura affronté à ce moment les douze dépressions d’Astérix. L’Homme au sourire éternel ne peut que forcer l’admiration. Son plan Nandor Fa, véritable dedeuche de ce 6ième Vendée-Globe n’en démontre pas moins une régularité et une fiabilité de Citroën, ce qu’il n’avait pas en 2004. On ne peut que souhaiter à ce marin extraordinaire de terminer cette course. Quand on pense aux innombrables trains de dépressions qui se succèdent à ce jour, on n’ose à peine imaginer combien il lui en reste à traverser avant d’arriver au Cap Horn. C’est pourquoi il aura d’autant plus de mérite, lui qui en aura bavé plus que tous les autres pour se rendre là. Ça méritera assurément une bonne bouteille de champagne…

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