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CATÉGORIE :: Volvo Ocean Race

Volvo Ocean Race

Chemin de croix sur la Volvo Ocean Race.

Plus rien ne va sur la . L’édition 2012 est en passe de devenir un cauchemardesque derby de démolition. Si de gros budgets ont été investis pour rendre accessible la course médiatiquement parlant, l’épreuve en elle-même est devenue d’un ennui abyssal.

Crédit : Nick Dana/Abu Dhabi Ocean Racing et
Yann Riou/ Sailing Team/Volvo Ocean Race © 2012

Comme disait un politicien de chez nous récemment, inutile de « se mettre la tête dans l’autruche ». C’est raté. Depuis le départ, les jambettes à répétition, les détours, les balades en cargos dictés par les impératifs commerciaux ont rendu la course médiocre. Si le suspens demeure entier quant à l’issue finale des débats, l’impression générale qui se dégage c’est qu’on assiste à un match de serpents et d’échelles à n’en plus finir. Résultat, au moment où l’épreuve commence à peine à revêtir un semblant d’intérêt, ça démâte et on débande.

Et ce n’est pas le Viagra qui pourra faire quoi que ce soit susceptible de régler un problème structurel. Échantillonnages insuffisants, tentatives de sauver une once ici et là, gestion de course abusive, etc, toutes les spéculations vont cour sur l’origine du problème. À la base, que les coureurs se coupent les ongles d’orteils et s’épilent le poil des oreilles passe encore. Mais ce dont on parle ici, c’est de fiabilité, une denrée oubliée et qui fait cruellement défaut.

Bien entendu, la voile reste un sport mécanique. C’est un cliché. Personne ne rouspète quand un coureur de F1 s’envoie dans le mur de pneus dira-t-on. Sauf que la grille de départ compte au moins une vingtaine de voitures. Or, dans le cas qui nous concerne, il ne reste que deux voiliers en course. Triste!

Au surcroît, le démâtage de Groupama IV est survenu en plein milieu d’un passionnant match racing qui opposait le voilier français à son vis-à-vis américain Powered By Berg. C’est ce qu’on appelle le boute du boute! Là, la Volvo touche le fond du baril. Et ce n’est pas par partisanerie. Si c’était arrivé à , qui soit dit en passant, y a aussi goûté, nous aurions eu le même verdict. Nul au possible!  Seul point positif : le fait que nous n’ayons pas de blessé grave. Touchons du bois!

Là, l’organisation perd des plumes. Il est inconcevable de voir autant d’avaries sur ces bateaux. Le patron de la course le Suédois Knut Frostad le sait. Dans un communiqué assez laconique, il a indiqué que l’organisation allait immédiatement se pencher sur le problème.  Il faut dire qu’à ce stade de la course, ça nous fait une belle jambe. Avec cette hécatombe, deux bateaux sont pratiquement assurés de ne pas remporter cette édition de la Volvo Ocean Race. Il s’agit de et Azzam.

La Volvo Ocean Race a au moins le mérite de nous faire découvrir des endroits fabuleux. Puerto Montt est l’un de ceux-là. Deux voiliers sont stoppés dans ce port chilien situé à l’ouest de la cordillère des Andes. Bien entendu, les équipes ont été une fois de plus reçues comme des rois dans ces petits bleds où semblables fusées atterrissent une fois par siècle et même encore. Camper a été le premier à jeter les amarres. L’équipe doit soigner une étrave démolie. Elle a suspendu sa course.

De son côté, c’est une autre histoire pour Abu Dhabi qui doit refaire sa carène délaminée. L’équipe du skipper Ian Walker a d’ailleurs vécu des heures de grande angoisse quand elle s’est rendu compte au beau milieu du chemin de croix pacifique que le bateau se désintégrait graduellement. Les « messieurs bricole » du bord ont mis tout leur savoir pour sauver le soldat Azzam dans ce qui ressemble à un remake d’Appolo 13. Ils ont utilisé tous ce qui leur est tombé sous la main, y compris des morceaux de bannette et boulonnés le bateau avec des dizaines d’écrous vissés de part en part. Le tout pour éviter de prendre un bain forcé avec uniquement la barre à roue restante entre les mains à 1500 milles de la première terre.

On savait que le Pacifique ne serait pas un bénitier. Le chemin de croix a commencé avec  Mike Sanderson et ses disciples qui furent les premiers à faire demi-tour après plus d’une semaine de course en raison d’une avarie de safran qui a arraché une partie de la carène causant une voie d’eau. Sanderson, champion de l’avant-dernière édition, vit un véritable calvaire depuis le début de ce tour du monde et doit se demander pourquoi le Bon Dieu l’a abandonné. Pour l’équipe Sanya, le carême n’en finit plus de finir. Le bateau doit être acheminé par cargo jusqu’aux États-Unis où il reprendra la course pour la forme.

Iker Martinez et l’équipe ne sont pas en reste dans cette galère. Ils ont dû stopper les machines dans la baie de Martial, située sur l’île Herschel près du Cap Horn. Les Espagnols ont eux aussi contribué au festival du sparadrap, leur étrave étant endommagée. est reparti et talonne Puma qui occupe maintenant la tête de flotte à un peu plus de 300 milles du but.

Camper va repartir si ce n’est déjà fait au moment où l’on se parle. Abu Dhabi a abandonné la course. Quant à Groupama, on pense qu’il pourrait reprendre la mer sou gréement de fortune pour rallier les quelques 600 milles les séparant de Itajai. Franck Cammas tient mordicus à finir sur le podium pour conserver ses chances de remporter le cumulatif. Pour cette raison, il ne laissera pas passer les Néo-Zélandais de Camper.

Bon, de quoi aura l’air la course maintenant? Repartir d’Itajai le 22 avril? Rien de moins sûr. Une inport race avec quatre bateaux? Bof… Abu Dhabi reviendra-t-il ou prendra-t-il lui aussi le taxi-bottines jusqu’aux USA comme Sanya? On n’en sait rien. Bien des questions demeurent sans réponse. Mais celle qui est la plus importante concerne l’avenir de ce genre d’épreuve. Quand on voit les Class 40 de la Solidaire du Chocolat donner un spectacle bien meilleur pour une fraction du prix de la Volvo, on se dit qu’il ne faudrait surtout pas que les chances qui passe soient bousillées par cupidité ou incompétence. Le message est passé.

Volvo Ocean Race: Reprise des hostilités.


Crédit photo: © PAUL TODD/

La Nouvelle-Zélande est célèbre pour ses moutons. Pourtant à l’occasion du départ de la cinquième étape de la Volvo Ocean Race il y en avait plus sur le plan d’eau que dans les prés du pays de l’acteur Russel Crow. Brise forte et établie, mer formée, sans compter que le tout a considérablement forci au fil des bouées contournées.

À la marque de dégagement, ça sentait déjà la tempête. Et quel coup de vent! Les six voiliers vont sortir les linges à vaisselle dans les heures qui viennent. Selon toute vraisemblance, c’est ce qui restera de toile sur les mâts des VO70. Les équipages eux, en seront quitte pour une beurrée de scorpion dans la moutarde dijonnaise extra forte. Plus de 50 noeuds de vent prévu. Vous avez bien lu. La dépression vient du sud ouest et gagne en force. Comprenez-vous pourquoi les moutons étaient plus rares dans les prés qu’en mer? Eux au moins ont eu l’intelligence de se planquer.

L’entrée en matière ne sera donc pas une partie de plaisir. Mais pour en venir à la course, bien entendu, le vent a favorisé un départ rapide. Et comme les Néo-Zélandais naviguaient dans leur baignoire, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’un d’eux se retrouve au premier rang à la bouée de dégagement. Et qui d’autre que Mike Sanderson pour montrer à tous le chemin de la sortie, je vous le demande?

Sanderson n’a jamais été rattrapé. Il a été suivi d’Abu Dhabi du Britannique Ian Walker. Ce dernier a, soit dit en passant, profité de son passage en Nouvelle-Zélande pour purifier l’atmosphère sur son bateau. Au cours du dernier leg, ce fût le grand bordel. Le rififi qui a eu lieu à bord durant l’étape a été le sujet de conversation numéro un sur les pontons d’Auckland avec pour résultat que l’olympien originaire d’Australie  Tony Rossiter a pris la place de Justin Ferris.

De retour à la course, Camper et ont été les suivants à passer la bouée de dégagement. Puis, au dernier rang, qui pensez-vous? Je vous le donne en mille. Hé oui! pris à contrepieds et obligé d’abattre sur la ligne de départ. Tous partent pendant que les Français cafouillent.

Les départs et les inport races sont presque devenus un running gag pour les Gaulois. Franck Cammas a eu beau avouer la vulnérabilité de son équipe à ce chapitre, reste qu’on se demande bien combien de départ seront nécessaires pour que celui de Groupama finisse par avoir de l’allure. Et surtout si les Gaulois finiront par en prendre un sur le sens du monde avant la fin du tour du monde. Enfin… Ils avaient un demi-mille de retard à la bouée de dégagement.  Mais qu’est-ce qu’on rigole!!?

Plus de 6700 milles d’une mer salée et poivrée attend les coureurs. Les quarantièmes rugissants, le Cap Horn, et finalement, la délivrance des mers hostiles du grand sud avec un retour dans l’Atlantique bien aimé. Ça va se terminer au son d’une samba brésilienne autour de la fête de Pâques. Mais d’ici là, c’est le carême.

En terminant, que dire de l’accueil des Néo-Zélandais? C’était tout simplement ahurissant de voir la foule hier agglutinée le long du parcours. Et c’est sans compter les centaines d’embarcations qui suivaient la flotte des VO70. Selon les commentateurs sur place il y avait au moins un millier de bateaux de toutes sortes qui assistaient au départ.  Pas de doute, la Nouvelle-Zélande est le pays de la voile.

Volvo Ocean Race: Brillante victoire de Groupama.

Crédit photo: IAN ROMAN/

Les Français viennent de servir un sérieux avertissement aux autres concurrents de la Volvo Ocean Race en remportant de brillante façon l’étape numéro quatre de ce tour du monde en équipage. Les hommes du skipper Franck Cammas ont été les premiers à attacher leurs amarres aux pontons d’Auckland en Nouvelle-Zélande après un interminable périple de 19 jours 15 heures 35 minutes 54 secondes.

Les douaniers néo-zélandais ont fait leur travail avec célérité ressortant du bateau avec le teint aussi verdâtre que les voiles. Ce que ça devait sentir ne se décrit pas avant le petit déjeuner. Et pour cause! 70 milles avant l’arrivée, Erwan Israël est à la barre quand il se rend compte que quelque chose ne va pas. Martin Krite est dans le quart. Lui aussi flaire les emmerdes sans jeu de mots. Le bateau a tendance à enfourner. Il descend alors dans le coursier et ouvre les cloisons avant pour se rendre compte que l’étrave se délamine.

C’est le branle-bas de combat. Tout le monde est mis à contribution pour sauver le soldat . Krite ouvre la trappe d’où se déversent des trombes d’eau à travers lesquelles baignent toutes les poubelles accumulées depuis le départ. Pendant ce temps, Damien Foxall, à quatre pattes, écope le jus de poubelle avec une tasse à mesurer à travers quelques « F… word » aussi bien sentis que les VC situées au même niveau que son nez. Les images prises par Yann Riou sont d’ailleurs absolument saisissantes. On peut les voir dans le vidéo ici bas. Ah la voile! Quel sport glamour, la vie de château quoi!

Cammas et ses hommes ont réussi à ramener le bateau. Mais le travail fut tellement dur que les poches que les gars avaient sous les yeux ressemblaient à des génois mal bordés. 19 jours et demi de souffrance, d’efforts incessants, d’inquiétude et de misère, ça laisse des traces.

Mais toutes ces faces de homard se sont illuminées du plus beau des sourires quand la ligne d’arrivée fût franchie. « On oublie tout dans ces moments-là » a déclaré Franck Cammas lors de son point de presse d’après course. Évidemment, le héros local Brad Marsh a été porté aux nues. Le Néo-zélandais donnait presque plus d’entrevues que le skipper du bateau. Gagner chez soi est toujours quelque chose de spéciale.

L’équipe française a ainsi réédité l’exploit d’Alain Gabbay  en 1978.  Partie de le 20 février, les équipes furent contraintes à de pénibles bords de près, à la recherche du climat de moussons. Les coureurs franchissent le détroit de Luçon le vent dans le pif et devront faire route à plus de cent degrés de l’orthodromie.

Quelques jours plus tard, les Français flairent le filon situé à mi-chemin entre leur route et celle de . Ils se rabattent ensuite vers le nord pour barrer la route aux Américains et deviennent du coup les premiers à passer à la caisse. La récolte est bonne. L’empannage bâbord amure leur fournit un travers bon plein et Groupama accélère au point de coller plusieurs dizaines de milles de déficit à ses adversaires.

Mais l’affaire est loin d’être ketchup. Il faut passer le pot au noir et les îles Salomon. Les fichiers météo sont incertains. Le pot au noir s’avère finalement n’être pas très établi. Reste les îles. Groupama court-circuite la chicane. Il est suivi de Puma et Abu Dhabi. Pendant ce temps, , Camper et Sanya passent à l’Ouest. Ça ne rapporte pas.

Les Gaulois riveront le clou encore plus dans les derniers jours de la course. On se demandait si Telefonica pouvait être battu. La réponse est oui. Les Américains terminent deuxième et battent aussi le grand bleu espagnol.

Le classement général est également bouleversé. Groupama prend le deuxième rang devant les Néo-zélandais de Camper Fly Emirates. Comment cela se peut-il? Après tout, les hommes de Franck Cammas sont des petits nouveaux sur la Volvo.

Cela s’explique d’abord par la maîtrise des analyses météo. Jean-Luc Nélias est l’un des plus expérimentés en la matière. Le cumul des nombreux tours du monde est aussi important dans l’équipe de France. Finalement, les débriefings ont généré des ajustements qui ont fait en sorte que la performance de l’équipe et du bateau s’est accrue au fil des étapes. Et cela paraît dans les résultats.

Quelle sera la suite des évènements? On sait que depuis le début, les inport races ne sont définitivement pas la tasse de thé des Français. Par contre, la prochaine étape donnera encore l’espace nécessaire pour laisser libre cour aux challenges de vitesse. Et comme on a pu le voir dans cette étape, Groupama IV est fait pour ça. Cammas et ses hommes sont sur une lancée. Ils seront difficiles à arrêter.



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