Dans 100 ans, quand on parlera de course océanique, le nom qui reviendra sera celui de Michel Desjoyaux. L’exploit que ce grand Seigneur du large a accompli fait dans la démesure.
Plus de doute, le prof transforme tout ce qu’il trouve en or. On se demande même si le Tiger Wood de la voile n’est pas finalement la réincarnation d’Éric Tabarly.
Le point central de cette édition du Vendée-Globe est Michel Desjoyaux. Nous retiendrons pour des années qu’un homme parti avec une journée de retard a rattrapé tout le monde, pris la tête et terminé en vainqueur.
Il ne s’est pas découragé, il n’a pas appelé sa maman pour lui demander consolation. Non ! Il a relevé la tête et dit « je vais faire de mon mieux. Je vais faire la meilleure course que je peux. » Et ça, cette attitude de gagnant et de persévérant, ça marquera au fer rouge pas seulement le Vendée-Globe mais aussi toute l’histoire du sport.
Car pour toutes ces raisons, ce que Michel Desjoyaux a accompli est de très loin le plus grand exploit sportif des temps modernes. Finir le Vendée-globe est une bénédiction, le gagner est une consécration. Mais gagner deux fois semblable course relève d’un génie et d’un talent d’une rareté diamantaire.
Et pour fermer la trappe aux mauvaises langues qui prétendent que Mich’Dej l’a eu facile en raison des multiples abandons, rappelons que pour prendre la tête, ce marin phénoménal a doublé à la régulière Sébastien Josse, Armel LeCléac’h, Vincent Rioux, Jean Lecam et Roland Jourdain, qu’on ne vienne pas me dire que cela n’est rien…
Pourtant, quand Voile en Ligne a fait ses prédictions, Nous n’avons pas pensé à Michel Desjoyaux. Aujourd’hui, on se demande bien pourquoi… C’est peut-être parce que l’homme cache bien son jeu. Il est plutôt discret le prof.
Mais de toute façon, si le Vendée-Globe avait été comme une mise au 6/49, il n’y aurait probablement pas eu de gagnant et le gros lot aurait été reporté sur la semaine suivante.
Curieux tout de même. Vous remarquerez que dans mes prédictions, je n’ai pas écrit un traître mot sur Armel LeCléac’h ou sur Dee Caffari non plus. Il ne fallait pourtant pas être devin pour savoir que l’anglaise allait terminer ce Vendée-Globe. Elle qui bénéficiait au départ de l’expérience des mers du sud. Mais si je vous avais dit à ce moment qu’elle finirait septième, elle aurait peut-être terminé plus loin… C’est comme au Tiercé. Quand on regarde ses numéros, on se dit toujours qu’on a passé proche…
Ce Vendée-Globe aura été celui des outsiders. Il aura été celui des patients versus les enragés. Et à ce jeu, les premiers ont gagné haut la main. S’ils ont remporté la mise, c’est en raison d’une gestion de course très intelligente. Ils ont su protéger leur bateau dans les moments critiques. Ils ont réduit la toile quand le vent se renforçait. Ils ont gagné la bataille parce qu’ils ont su comment la jouer et sur quelle portion du terrain il fallait envoyer le ballon.
On l’a vu au Cap Horn lorsque Météo-France a avisé Brian Thompson, Dee Caffari et Arnaud Boissière que le diable s’en venait sur leur chemin. Ils ont laissé la course de côté. Thompson s’est mis à la cape tandis que Caffari et Boissière plongeaient vers le sud pour éviter le coup.
S’il est une amélioration que les organisateurs devront apporter au Vendée-Globe, ce sera de faire en sorte que le courage et la détermination et l’esprit sportif soit davantage reconnu. Il faut des trophées ainsi que des points au classement IMOCA pour des attitudes comme celle de Sam Davies, de Marc Guillemot Dee Caffari ou Norbert Sedlaceck. Ces gens là redonnent au sport tout son sens.
Beaucoup de choses ont été dites sur toutes les avaries que ce Vendée-Globe a amenées. L’IMOCA a d’ailleurs senti le besoin d’expliquer que les règles allaient être réexaminées en raison du nombre élevé d’abandon. Les ingénieurs et architectes répondent de leur côté qu’un bateau n’est pas conçu pour se coucher sur l’eau et qu’incidemment, si les barres de flèches sont cassées, c’est qu’elles ne sont pas utilisées de manière adéquate… Les marins répondent que les bateaux se couchent parfois…
Et c’est ainsi que la balle est retourné des coureurs vers les architectes, puis des architectes vers les coureurs. Et les sponsors sont entrainés dans cette valse à mille temps avec le public qui demande toujours plus d’action dans un sport où les risques financiers sont dantesques. On a entendu parler ça et là du budget de 10 millions d’euros pour le Vendée-Globe de 28 heures d’Alex Thompson. Mais ça, c’est faire un très mauvais calcul des retombées car la plupart des sponsors sont gagnants avant même le début de la course.
Pendant que les gaulois argumentent pour ne pas dire s’engeulent sur la qualité du poisson, il faut se rendre compte que nous oublions le plus grand VIP à s’être invité à la fête. On construit de sacré beaux bateaux, des machines qui enflamment autant les embruns que les esprits. Ces bêtes ne sont pas fabriquées en peau de pette. Personne ne veut laisser sa peau dans cette aventure. C’est pourquoi quand on les examine, on réalise que ces bateaux sont d’une solidité inouïe.
Non ! le problème vient plutôt de notre VIP. C’est elle qui a joué les pique-assiettes. Dame Nature est la grande responsable. Ce Vendée-Globe est de loin le plus dure depuis celui de 1996-1997. On apprend tous de nos erreurs. Il y a certes un post-mortem à faire pour tenter de trouver des solutions. Mais la mer restera toujours ce qu’elle est. À certains moments, elle est impitoyable. Elle peut vous avaler d’une seule petite bouchée. Et le risque sera toujours présent. Alors s’il y a des compte à régler, faisons-le à coup de tarte à la crème car il faut d’abord se féliciter d’avoir ramené tous le monde à la maison sans trop d’encombre si l’on fait exception de Yann Éliès.
Ce Vendée-Globe nous a fait passer par toute la gamme des émotions. Pour cela, il faut rendre hommage aux organisateurs. Ho vous savez, il y a bien eu quelques impairs quant à la qualité des reportages vidéo. Il faudra certainement ajouter une touche de professionnalisme aux reportages le jour du départ et à ceux marquant les arrivées des coureurs. A ce titre, l’organisation doit jongler avec l’importance du direct pour les internautes d’une part et les coûts faramineux qu’engage la production de telles émissions de l’autre. Pas simple !
La Volvo Ocean Race a résolu le problème et il n’y a pas de raison que l’organisation du Vendée-Globe n’y parvienne pas à son tour. Mais dans l’ensemble, on avait 4 sur dix en 2004 et nous sommes maintenant au dessus de la note de passage 6.5/10. Nous savons que le meilleur est à venir et nous avons confiance dans ceux qui sont là . Ils ont fait du bon boulot dans l’ensemble.
Nous retiendrons du Vendée-Globe 2008-2009 ces voix d’outre mer qui ont partagé avec nous leurs émotions, leurs joies et leurs déceptions. On ne peut qu’être admiratif devant autant de générosité face au public. Il ne reste qu’à dire un gros merci à tous ces gens là . À l’organisation, aux travailleurs de l’ombre qui ont vu leurs années d’efforts partir en mer. Ceux qui ont poncé à la mitaine. Une bonne pensée aussi à tous les skippers et leurs familles.
Pour ma part, à la lecture du texte que j’ai mis en ligne hier, mes prédictions se sont avérées bonne mais j’ai perdu mon pari. Je dois aller payer mes créanciers maintenant. Prochain départ: le Vendée-Gobe 2012.
Jonathan Swain, Xabier Fernandez et Jordi Calafat
n’en reviennent tout simplement pas. Leurs mines
témoignent que Bouwe Bekking et ses hommes en ont
plein leur casque…
Crédit photo: Gabriele Olivo/Telefonica Blue/Volvo Ocean Race
Tous se souviennent des déboires de Bouwe Bekking lors de la Volvo Ocean Race 2007. Le skipper avait sonné l’alerte une première fois dans le Pacifique sud alors que son bateau prenait dangereusement l’eau. Les marins de Movistar avaient toutefois été capables de contrôler la situation et ramener leur voilier à bon port. Le V070 avait cependant remis ça en perdant sa quille dans l’Atlantique. C’est ABN AMRO II qui leur avait prêté secours en les évacuant de leur bateau qui repose maintenant au fond de l’océan.
On dirait que la guigne s’acharne sur Bouwe Bekking toujours au moment où l’équipe semble s’acheminer vers le succès. Cette année, l’équipe a accepté d’endosser une pénalité pour changer ses safrans au beau milieu de la course, histoire de donner résolument plus de vitesse à leur coursier. Lors du départ de Qingdao le bateau a touché le fond de l’eau et la quille fût endommagée. Reparti avec 19 heures de retard, Telefonica Blue avait réussi à remonter le peloton et à prendre la position de tête. Mais voilà que le ciel leur tombe de nouveau sur la caboche. Hier, la grand-voile a commencé à montrer des signes inquiétants de fatigue. Un examen a confirmé que celle-ci était en train de se délaminer.
Puis, comme si cela n’était pas suffisant, voilà que l’étai principal s’est cassé plus tôt aujourd’hui. Les hommes de Bekking ont du affaler la grand-voile et travailler plusieurs minutes pour récupérer leur immense génois inondé qui flottait au gré des vagues.
Bouwe Bekking a évalué la situation avec ses hommes pour convenir qu’un retour vers la Nouvelle-Zélande n’était pas souhaitable. En dépit du chemin qui reste à faire, l’équipe du bateau bleu a donc décidé de poursuivre vers le Brésil.
Cela va sans dire que Bouwe Bekking s’arrache les rares cheveux qui lui reste encore sur la tronche et que ses hommes commencent tous à en avoir marre. Ils mènent pourtant une course superbe mais se font constamment couper l’herbe sous le pied par toutes ces casses à répétition. Pour l’instant, le moral reste bon.
« Je suis content qu’au moins, nous ayons pu sauver le mât. Cette avarie aurait pu tourner au désastre et mettre définitivement fin à notre course… » déclarait le skipper un peu plus tôt lors d’une communication par téléphone Iridium. L’équipe tente de réparer comme elle peut. Mais même si pour l’instant, Telefonica Blue maintient son avance, le bateau risque bientôt de perdre du terrain dans les petits airs. De quoi donner le blues à l’équipe…
La guerre du Pacifique sud fait rage dans la Volvo Ocean Race. Parti de Qingdao le jour de la Saint-Valentin, les VO70 dévalent plein sud en direction des 40ièmes rugissants où ils mettront ensuite le clignotant vers la gauche en direction de Rio de Janeiro. Au passage des Îles Fidji, la flotte s’est scindée en deux, donnant de ce fait une légère avance de 16 milles nautiques à L’équipe Puma.
Pour prendre le haut du classement, le skipper Ken Read et ses hommes ont cependant dû multiplier les empannages pour passer l’archipel avec au surplus, l’obligation de contrôler les enragés de Telefonica Blue revenus au contact à la faveur du passage du Pot-au-noir.
Comme on le sait, l’équipe dirigée par le skipper Bouwe Bekking avait dû retourner à quai pour réparer la quille du coursier endommagée lors du départ. Depuis son retour en course, les Blues cravachent pour revenir sur le peloton. Muni d’une nouvelle paire de safrans, ils sont maintenant troisième derrière Ericson 4 et à seulement 28 petits milles du leader. C’est donc tout un duel qui s’annonce lorsque les vents donneront aux marins le plaisir d’engager le levier de vitesses sur la surmultiplié dans des allures plus débridées. Le grand sud devrait commencer à se faire sentir dans sa forme plus sauvage d’ici une centaine d’heures environ.













