Crédit photo: America’s Cup
Nous n’avons pas beaucoup parlé de l’America’s Cup depuis la mise en ligne du nouveau site internet de Voile en Ligne. En fait, la victoire d’Alinghi fût même oubliée dans notre revue de la décennie 2010. Est-ce pour une raison particulière ? Non aucune ! Il s’agit d’un simple oubli. Mais avouons que, s’il existe une certaine lassitude des amateurs pour l’interminable guérilla juridique qui est en train de tuer le sport et empoisonner la prestigieuse Cup depuis quelques années, on peut comprendre que ce désintéressement général se répercute dans les médias. De là à dire qu’il existe un lien entre notre oubli et cette situation déplorable, il n’y a qu’un pas que nous vous laisserons le soin de franchir…
Aussi, serait-ce que les amateurs préfèrent de loin le sport dans sa version la plus pure et la plus simple, aux ennuyeuses avocasseries qui pourrissent le milieu de l’America’s Cup depuis maintenant presque de trois ans.
De mémoire, le lock-out du baseball avait duré un an et ses conséquences furent dévastatrices pour la Major Baseball League. Or il n’est pas dit que certains amateurs désabusés ne feront pas sentir, en brillant par leur absence, leur mécontentement en voile aussi. Si tant est que le public soit autre chose qu’une entité négligeable pour les dirigeants de la Cup, il serait peut-être bon pour eux de commencer à réfléchir à ce que l’histoire raconte. Mais personnellement nous avons comme un petit doute quant à l’importance, disons « relative » des amateurs de voile pour les bonzes de la Cup. Nous nous trompons peut-être mais comme en F1, on dirait que ce monde là vit sur une autre planète.
Est-ce qu’on va en sortir un jour ? Dieu seul le sait car à chaque fois que la hache de guerre semble enterrée définitivement, on se surprend toujours d’une fois à l’autre de voir l’un ou l’autre des deux belligérants s’enfarger sur un petit bout du manche de la hache dépassant du sol.
Par ailleurs, tenter de décrire le différent qui oppose les protagonistes de l’America’s Cup est presque tout aussi complexe que d’essayer de déchiffrer la loi de la relativité. Questionné récemment sur le sujet, Le directeur associé du prestigieux magazine et site internet français Course Au Large, Fabrice Thomazeau avouait lui-même qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. C’est tout dire ! « Même pour des gens comme nous qui suivent attentivement et quotidiennement le milieu des courses à la voile, les détails de cette saga juridique restent très complexes et nécessitent énormément de temps pour comprendre tous les tenants et aboutissants de cet interminable imbroglio judiciaire » affirmait Monsieur Thomazeau.
Pour faire une histoire courte, commençons par dire que le tout a commencé bien avant cette défaite historique des Américains aux mains des Suisses. Les écarts du point de vue philosophiques entre les acteurs de la Cup n’ont eu de cesse de ressurgir depuis quelques années. Par exemple : les Américains ont manifesté leur désir de voir la Cup s’inscrire dans une démarche visant à accroître son internationalisation sa visibilité et ses revenus. Pour se faire, ils envisagent une démarche de transition s’inscrivant dans une formule « plus commerciale », une orientation qui semble déplaire souverainement aux Européens qui, de leur côté, argumentent en faveur du prestige de la Cup et du maintient de sa tradition séculaire axée sur la distinction. En d’autres mots, pas question de voir la Cup devenir le circuit de stock-car de la voile. Vous me suivez ?
Bien qu’elles aient allumé la mèche, ces nombreuses différences idéologiques n’expliquent cependant pas pourquoi le pétard a sauté. Personne ne se surprendra du fait que c’est à la suite de la pire défaite américaine de l’histoire de la Cup que les choses se sont gâtées. On sait combien les américains sont de mauvais perdants.
Mais cette explication est un peu facile et courte intellectuellement. Et les tribunaux, (même s’ils sont américains) ne peuvent quand même pas être tous partiaux. Or ils ont statué qu’à plusieurs égards, le syndicat suissse Alinghi n’avait pas respecté l’acte de donation. L’acte de donation est ce fameux document qui édicte les règles de l’America’s Cup.
Pour toutes une série de raisons dont nous vous épargnerons ici la nomenclature par soucis pour vos paupières qui risqueraient immanquablement de s’alourdir, les tribunaux chargé de juger l’affaire ont décrété la tenue d’un match entre les Américains et les Suisses. Ils ont par surcroît décrété que l’acte de donation n’empêchait pas les protagonistes de naviguer sur des multicoques.
Résultat : on se retrouve avec une compétition qui mettra aux prises les deux coqs à bord d’embarcations multicoques. Pour les Suisses, il s’agit d’un catamaran tandis que les américains eux, ont opté pour un trimaran. Les deux engins sont tout ce qu’il y a de plus dernier cri. Et comme de juste, ces nouvelles avancées technologiques font exploser les coûts…
Au moment où l’on se parle, On ne sait même pas si le match qui doit avoir lieu en février sera finalement tenu. Les deux protagonistes s’observent et s’étudient comme des chiens de faïence et l’un d’eux (les américains) compte encore une fois saisir les tribunaux de nouveaux faits qui selon lui, remettent en question l’équité de la compétition en étant non-conforme à l’acte de donation.
C’est à se cogner la tête sur les murs. On questionne systématiquement tout ce qui peut l’être, du type de voile et de leurs origines à l’assistance hydraulique en passant par l’emplacement de la course ou les infrastructures d’accueil sur les lieux du match. Aujourd’hui encore, les belligérants s’accusent mutuellement de tous les torts. Russell Couts, patron du syndicat américain BMW Oracle Racing se plaint de la mauvaise foi des Suisses tandis que Brad Butterworth patron du syndicat suisse réplique que les américains veulent gagner la Cup sans la disputer sur l’eau. La poursuite d’un feuilleton d’un ennui mortel…
Crédit photo: © 2009 Toronto Boat Show
Bonne et heureuse année 2010 à tous celles et ceux qui n’ont pas pris connaissance de nos vœux dans les textes précédents.
Comme vous l’avez peut-être constaté, nous avons marqué un arrêt de quelques jours. Et bien que cela fût mérité, nous devons maintenant reprendre le collier. Car il n’est point besoin d’une pause très longue pour être dépassé lorsque les nouvelles défilent à un rythme soutenu comme c’est le cas depuis quelques jours.
Que se passera-t-il cette année dans le merveilleux monde de la voile ? La réponse, beaucoup de choses ! Premièrement, l’année commence en lion avec deux salons majeurs en janvier ainsi qu’une compétition internationale en Floride au milieu du mois. Le Toronto Boat Show débute quant à lui le 9 janvier prochain et se poursuivra jusqu’au 17 du même mois. Le Salon du bateau et des sports nautiques de Montréal commencera le 29 janvier et nous serons sur place pour en faire la couverture complète. Nous ferons également quelques papiers sur le Séminaire de formation nautique qui se tiendra à Québec du 9 au 11 avril 2010.
Nous suivrons également les chantiers d’hiver, en particulier ceux de Georges Leblanc, de Sylvain Lévesque et Nicolas Gibault. Nous vous présenterons un tout nouveau projet de mini 650, soit celui de Christophe Gireau de Québec. Finalement, nous parlerons du calendrier de course de tout ce beau monde. Sans oublier bien sûr d’avoir un œil sur le docteur Robert Patenaude qui mijote présentement de nouveaux projets.
Nous débuterons aussi bientôt notre série d’articles sur l’historique de la course au large au Québec et au Canada. En parallèle, nous dresserons un topo sur l’organisation de la prochaine Transat Québec Saint-Malo. Car mine de rien, nous sommes déjà à près de deux ans du départ.
La saison de voile nous réservera aussi quelques moments forts. Nous suivrons l’arrivée des voiliers de la Clipper à Halifax. Il se peut même que Voile en Ligne soit sur place pour l’occasion. Parlant de Halifax, c’est cette année que se tiendra la course entre cette ville de la Nouvelle-Écosse et St-Pierre et Miquelon en France outre-mer. C’est une course que nous avons l’intention de suivre attentivement car la rumeur veut que cette année, plusieurs Québécois soient sur la ligne de départ.
À peu près au même moment, se tiendra la Lake Ontario 300 qui est une course majeure chez nos voisins ontariens. Les défis Georges Leblanc seront également à l’ordre du jour cette année car plusieurs coureurs nous ont fait part de leurs intentions d’établir de nouvelles marques sur les trois parcours proposés par cette épreuve. On parle même d’un départ unique pour plusieurs d’entre eux. Finalement, La saison locale culminera avec la Solo des fous aux Îles de la Madeleine. Encore là, nous souhaiterions couvrir cette course sur place. Cela dépendra de nos capacités et de notre disponibilité.
Sur la scène internationale, nous surveillerons la mise à l’eau des nouveaux coursiers de Jean-Pierre Dick et Vincent Rioux. On sait que ce dernier s’est fait construire un plan Guillaume Verdier semblable au Safran de Marc Guillemot.
Côté course, le premier grand rendez-vous international de nos cousins français sera la Transat AG2R la Mondiale dont le départ est prévu pour le 18 avril prochain. Il y aura aussi la Solitaire du Figaro 2010. Viendront également deux grands rendez-vous d’automne, soit la Velux 5 Oceans dont le départ est prévu au mois d’octobre. La Canadien Derek Hatfield prendra part à cette course à bord d’un bateau de type Eco 60. Il s’agit en fait d’Open 60 dont la mise à l’eau initiale a été faite avant 2003. Derek Hatfield dévoilera bientôt sur quel bateau il s’embarquera. Nous vous tiendrons au courant.
La Route du Rhum est certes l’évènement phare de la saison de voile 2010. Son départ est prévu de Saint-Malo en France pour le 31 octobre prochain. Et bien sûr, il y aura la traditionnelle Sydney-Hobart en décembre.
Plusieurs autres rendez-vous se rajouteront au programme de l’année 2010. Il est évident que nous suivront nos Canadiens et Québécois dans plusieurs compétitions de discipline olympique qui se tiendront durant les mois qui viennent ainsi que les affrontements locaux notamment le Championnat Régional de Yachting de Québec ainsi que ce qui se passera dans les régions de Montréal, Lac Champlain, Charlevoix, Bas Saint-Laurent, Gaspésie-Côte-Nord, et le Saguenay Lac-St-Jean.
Crédit photo: Mark Lloyd/DPPI/BT Team Ellen
Comme certains d’entre vous avez pu le constater, nous avons fait une erreur. Dans notre livraison d’hier, nous avons confondu les Transat Jacques-Vabre 2003 et 2005. Nous vous invitons à relire les paragraphes concernés pour prendre connaissance de la modification. Ces choses là arrivent parfois… Milles excuses !
2004-2005
Le Vendée-Globe 2004-2005 a certainement été l’évènement sportif de la décennie. En novembre 2004, 20 concurrents s’élancent pour un tour du monde qui se transformera en régate planétaire. Prenant une décision pas très orthodoxe en doublant les Canaries par l’est, Jean LeCam prend la tête. Avec Vincent Rioux, LeCam s’engouffre plus tard dans le trou de souris qu’est devenu l’Anticyclone de Sainte-Hélène. La porte se referme sur le reste de la flotte dont les plus proches seront dorénavant à plus de 300 milles des deux enragés. Un peu plus tard, l’écart se creusera même à plus de 800 milles nautiques pour Mike Golding qui reviendra pourtant au contact et ira jusqu’à prendre momentanément la tête avant de se voir ralenti par la rupture d’une drisse.
Depuis la fin de la descente de l’Atlantique, la course est presque exclusivement l’affaire de deux hommes. Vincent Rioux et Jean LeCam naviguent même au contact au Cap de Bonne Espérance après plus de 6000 milles nautiques. Les deux hommes s’échangent ensuite la position de tête. Le roi Jean plus au sud, doublera le cap Horn le premier et s’écartera ensuite des côtes chiliennes. Malheur à lui ! Il enchaine les bulles sans vent et est ralenti au point de perdre graduellement une avance de plus de 100 milles sur son poursuivant.
Voyant cela, celui que LeCam surnomme « Vincent le terrible » longe la côte et fait fi des bulles qui ralentissent LeCam. Il prend une sérieuse option sur le titre. Quelques semaines plus tard, il entre en vainqueur aux Sables d’Olonnes et pulvérise le record de course de plus de 6 jours sur PRB, le même bateau avec lequel Michel Desjoyeaux avait gagné 4 ans plus tôt. Une performance sportive éblouissante. Désabusé mais flegmatique, Jean LeCam le suit seulement 6 heures plus tard. Mike Golding terminera troisième avec un bateau qui n’a plus de quille.
Finalement, ce Vendée-Globe voit aussi Benoit Parnaudeau devenir le premier Québécois d’origine à compléter un tour du monde sans escale ni assistance sur son bateau, le Max Havelaar Best Western. Benoît Parnaudeau qui vit maintenant en France est né au Québec à Sherbrooke plus précisément. Au dernières nouvelles, il détenait toujours sa nationalité canadienne.
2005
La saison estivale 2005 qui débute en mai permettra enfin à Roland Jourdain de mettre la main sur un titre majeur, cinq ans après son illustre deuxième place dans le Vendée-Globe. C’est lors de la Calais Round Britain Race que Bilou parviendra au plus haut sommet. Il devance alors Mike Golding et Jean-Pierre Dick. Mais cette victoire ne se fait pas aussi sans une lutte acharnée avec Jean LeCam qui verra son aventure se terminer en raison du démâtage de Bonduelle alors qu’il était en lutte pour la première place.
La fin de l’année donne lieu à une autre course, soit la Transat Jacques-Vabre. Elle s’avérera être une régate sur toute la distance entre le Havre en France et Salvador de Bahia au Brésil. Ce qui fait que la plupart des temps de référence sont tranchés mince. Des bateaux maximisés font que l’on assiste aux premiers véritables effets de la poussée technologique majeure qui marque la fin du Vendée-Globe 2004. Les mises en chantier se multiplient également et les nouvelles unités seront mises à l’eau au printemps qui suit.
En attendant, 61 bateaux se pointent sur la ligne de départ. En classe ORMA, Pascal Bidegory et Lionel Lemonchois remportent la course. Ils finissent 3 heures devant Fred LePeutrec et Yann Guichard sur Gitana 11. Michel Desjoyeaux et Hugues Demestreau sur Géant complètent le podium. En classe IMOCA, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron raflent le titre. Ils devancent de 35 minutes Roland Jourdain et Ellen Mac’Arthur. C’est Jean LeCam et Kito DePavant qui termineront troisième. Au terme de cette course passionnante LeCam déclenchera l’hilarité sur les pontons en affirmant avoir obtenu la place du con.
D’ailleurs Jean LeCam est certes la révélation médiatique dans le monde de la voile. Si 2005 a été une année frustrante pour lui, il n’en demeure pas moins que ce dernier a été le champion incontestable des relations publiques. Excellent vendeur de son sport, homme à la fois drôle et attachant, le roi Jean ne manque pas une occasion de colorer les vacations par ses déclarations aussi intempestives que drôle. Et même s’il ne réussit pas à acheter une victoire dans une grande course océanique, il devient incontestablement en contrepartie, la coqueluche des médias et du public.
Chez les Québécois, le navigateur Yves Lépine réalise une très belle performance sportive. En temps compensé, il terminera 5ième de l’OSTAR, une course en solitaire entre l’Angleterre et le Maine aux USA. Yves Lépine se paye même le luxe de finir devant des navigateurs aussi connus et expérimentés que Patrice Carpentier, Pierre-Yves Châtelain ou Michel Kleijans.
De ce côté-ci de l’Atlantique, l’increvable Georges Leblanc relance sa carrière de coureur en faisant l’acquisition d’un MacGregor de 65 pieds. Le Ocean 65 participera à La Dinartica, une course entre la ville de Dinard et Svolvaër en Norvège. L’équipe de Georges Leblanc composée de Michel Sacco, Walter Timmerman et Michel Littée terminera premier en temps réel en Norvège et deuxième au compensé. Ils devront par la suite abandonner la course dans sa deuxième portion en raison d’une collision avec un cétacé.
2006
En août 2006, le Spirit of Canada devient le premier Open 60 entièrement construit au Canada à être mis à l’eau. L’évènement a lieu à Coburg en Ontario. L’équipe se prépare à prendre part au Vendée-Globe 2008. On verra d’ailleurs plusieurs nouvelles unités être mis à l’eau pendant cette année là, dont les nouveau PRB, Delta Dore et Temenos II.
Pendant toute l’année 2006, les amateurs piaffaient d’impatience de voir le départ de la Route du Rhum. Ils ne seront pas déçus ! 74 bateaux sont inscrits. Pour la première fois, on voit sur la ligne de départ 25 bateaux de type Class 40. Il s’agit de la première course majeure pour cette classe nouvellement formée dont les budgets sont tempérés par de sévères règles de jauge. Elle regroupe des professionnels comme Gildas Morvan mais aussi plusieurs amateurs.
Avec cette nouvelle entité, la voile n’est plus seulement une affaire de Français. D’ailleurs, c’est l’Américain Kip Stone qui remportera cette course en Class 40.
En class ORMA, à bord de Gitana 11, Lionel Lemonchois réalise une performance historique. Il largue carrément ses adversaires et fait la traversée en un temps record de 7 jours 17 heures et 19 minutes. Il se présente à Pointe-à-Pître devant des amateurs et une presse médusés devant pareil exploit.
En classe IMOCA, malgré la présence de plusieurs nouvelles unités, la lutte se fera entre les deux frères ennemis que sont Roland Jourdain et Jean LeCam qui naviguent sur des bateaux moins récents. Le premier casse sa bôme aux Açores mais décide de réparer seul et en mer. Il bricole des éclisses pour immobiliser l’espar. La réparation faite sans même s’arrêter est solide. Tellement qu’en dépit de cette malchance, il réussit à gagner cette course. Au terme d’un suspens des plus haletants, Jourdain parvient à coiffer son vieil ami au poteau par seulement 20 minutes d’avantage. C’est la consécration pour Bilou tandis que LeCam se demande bien ce qu’il devra faire pour gagner. Le roi Jean termine encore deuxième…
Le skipper Mike Sanderson mène son équipe ABN AMRO One vers la victoire dans la Volvo Ocean Race 2005-2006. Le bateau est un plan Kouyoumdjan qui domine outrageusement ce tour du monde assombri par le décès d’un membre de l’équipe ABN AMRO TWO de Sébastien Josse. Le plage avant néerlandais Hans Horrevoets est vraisemblablement assommé et précipité à l’eau et lorsque le VO70 enfourne dans une vague. Il est récupéré vingt minutes plus tard mais en dépit des multiples manœuvres de réanimation, il décède à 32 ans. C’est un Sébastien Josse dévasté et inconsolable qui se présente devant la presse quelques jours plus tard à son arrivée en Europe pour expliquer qu’il vient de vivre la pire expérience de sa vie. À l’instar de tout le plateau du monde de la course océanique, c’est l’incrédulité et le choc.
Chez nous, Georges Leblanc tente d’obtenir une dérogation du comité de course afin de pouvoir participer à la Route du Rhum 2006. Cette demande lui est refusée. Qu’à cela ne tienne, il décide prendre quand même le départ en dépit du refus de Penn Duick. Pendant plusieurs jours, il côtoiera certains participants de la course. Ces derniers amusés, voient le skipper de Lévis les suivre jusqu’aux Açores où Georges devra mettre fin à son aventure en raison d’une panne de pilote automatique.
2007
La mini-transat 2007 entre la Charente Maritime et Salvador de Bahia au Brésil voit un nouveau talent émerger. Yves Leblevec sort grand vainqueur des deux étapes. Supporté par par l’entreprise Actual, son sponsor, les deux partenaires se lancent dans un nouveau projet en mettant en chantier un nouveau trimaran dont le lancement aura lieu en 2009.
Au milieu de l’été 2007, le skipper canadien Derek Hatfield descend le fleuve Saint-Laurent. Il entreprend alors le convoyage de son bateau vers le Brésil en compagnie du navigateur Damien DePas. Pendant ce temps, Éric Tabardel complète la construction du premier Class 40 québécois dans un atelier de la rue Cabot à Montréal. Il travaille sur le projet depuis 2005.
L’année 2007 est aussi caractérisée par une multitude de mises à l’eau. Paprec-Virbac II, Generali, Groupe Bel, Safran, Foncia, Gitana Eighty, Ecover II, Hugo Boss, BT et Pindar Team Barhein sont tous lancés en 2007. L’année culmine avec la Transat Jacques-Vabre. Pour la première fois, on y retrouve davantage de multicoques de 50 pieds que de trimarans de classe ORMA. C’est d’ailleurs le chant du cygne de ces magnifiques coursiers qui seront soit remisés ou vendus lorsqu’ils ne se retrouvent pas carrément à la casse. L’ORMA annonce quelques semaines plus tard une réorientation majeure de sa jauge qu’elle converti en monotype de 70 pieds.
Pour revenir à la Transat jacques-Vabre, Groupama de Franck Cammas et Stève Ravussin termineront premier en ORMA avec un temps de 10 jours et 38 minutes. Ils devancent Gitana 11 de Yann Guichard et Lionel Lemonchois et Banque populaire de Pascal Bidegory et Yvan Ravussin.
En IMOCA, c’est un peu plus serré. Mais Michel Desjoyeaux enregistre sa première victoire majeure aux commandes du nouveau Open 60 Foncia. Il est suivi de Marc Guillemot et Charles Caudrelier sur Safran. Bernard Stamm et Tanguy Cariou complètent le podium. En classe 40, c’est Giovanni Soldini et Pietro D’Ali qui sortiront vainqueur du lot de trente bateaux s’étant présentés sur la ligne de départ.
Quelques jours plus tard, le différent éclatera au grand jour entre le conseil de la class 40 et Penn Duick, ce qui débouchera sur la création de la Solidaire du chocolat.
Trois semaines après la Jacques-Vabre, une autre course est lancée. Il s’agit d’un retour vers l’Europe en solitaire. La Transat Ecover B2B pour back to Britain, mettra aux prises 15 bateaux, dont le Spirit of Canada de Derek Hatfield. C’est Loïck Peyron qui remportera la course devant Kito De Pavant et Michel Desjoyeaux. Derek Hatfield termine 12ième et bon dernier. La course est épuisante pour le canadien qui éprouve de multiple problèmes de pilote automatique. Il se présente au fil d’arrivée épuisé et très amaigri. Derek Hatfield réalise que de toute évidence, il n’est pas prêt pour compétitionner contre des adversaires aussi dures. Il passera une partie de l’hiver qui suit à se remettre en forme.
2008
Qui se souvient qu’il y a eu trois courses en 2008 ? Peu d’entre nous n’est-ce pas ? Et cela démontre jusqu’à quel point l’obsession du Vendée-Globe fût dominante. Tout de même, l’année a commencé avec les traditionnels questionnements concernant la Transat Québec-Saint-Malo, avant d’être momentanément oublié à la faveur de la Transat Anglaise.
Cette dernière a vu des favoris tels que Sébastien Josse et Michel Desjoyeaux revenir sur leurs pas en raison d’ennuis diverses. Vincent Rioux devra abandonner son bateau flambant neuf. Il sera secouru par Loïck Peyron qui enregistrera sa deuxième victoire d’affilée. Tout comme Giovanni Soldini qui signe son deuxième gain consécutif en Class 40.
Durant toute l’année, plusieurs unités sont mises à l’eau. C’est le cas d’Artemis, de Aviva et DCNS de Marc Thiercelin, un vétéran du Vendée-Globe.
Au printemps 2008, Éric Tabardel met à l’eau le Class 40 Bleu en prévision de la Transat Québec Saint-Malo. Son rêve ira choir sur le golfe du Saint-Laurent alors qu’il démâte quelques jours avant le début de la course en raison d’un problème d’échantillonnage. Le longueuillois Luc Forcier construit également un Class 40. Le bateau est dessiné par Réjean Desgagné. Malheureusement, il doit oublier lui aussi son espoir de participer à la transat québécoise faute de budget et de temps. Finalement, Yves Lépine est lui aussi contraint de déclarer forfait en raison d’un agenda trop rempli.
Il ne reste donc que deux équipages de Québécois soit celui de Georges Leblanc et celui d’Hervé Cléris en multicoque de 50 pieds qui aligne deux gars de chez nous, soit Charles Mony de Lévis et Gaël Simon de Québec. Ces derniers termineront au troisième rang de leur classe et sont les seuls Québécois à compléter la course et figurer sur le podium. C’est sans surprise que Crêpes Whaou remporte la course. L’année 2008 marque d’ailleurs le virage vers les multicoques de 50 pieds qui prendront la place de leurs grands frères de la classe ORMA.
Mais à Québec, ce sont les Class 40 qui voleront la vedette avec 28 bateaux au départ de la course. La domination de Giovanni Soldini est d’ailleurs contestée avec succès par Halvard Mabire qui triomphe sur son Pogo 40. Georges Leblanc doit abandonner la course en raison d’un délaminage de la carène suite à une collision avec un objet flottant. Un peu plus tard dans l’année, il vit une fois de plus la même mésaventure alors qu’il effectue un convoyage vers la Nouvelle-Écosse. Avec cinq équipiers à bord le marin de Lévis constate que son bateau ne peut être sauvé. Rapidement, il prend la décision de sonner l’alarme et d’évacuer son bateau qui sombrera en 20 minutes à 40 milles nautiques au nord-ouest des Îles de la Madeleine. C’est son troisième naufrage… Hagard, et dépité, Georges Leblanc trouve quand même le moyen de s’adresser à la presse à son retour à Québec. Il se console à l’idée que tous ont été ramenés à terre sains et saufs.
2009
Le 9 novembre 2008, 30 bateaux quittent les Sables d’Olonnes en France pour le Vendée-Globe. C’est LA course des courses. Le canadien Derek Hatfield est l’un des participants. Il abandonnera suite au bris d’une barre de flèche et rejoindra Hobart en Tasmanie où sa course prendra fin.
Un golfe de Gascogne impitoyable et une météo historiquement vache multiplie les avaries. Seulement 11 bateaux reviendront au Sables d’Olonnes au terme de ce tour du monde qui couronne Michel Desjoyeaux une deuxième fois. Ayant eu plus de 400 milles nautiques de retard en raison d’un retour à son point de départ, le prof double tous le monde et termine devant Armel LeCléa’ch et Marc Guillemot. Ce dernier a dû se détourner pour porter assistance psychologiques à Yann Eliès sérieusement blessé à bord de Generali. L’ex-figariste s’est fracturé le fémur lors d’une manœuvre à l’avant du bateau. Il sera secouru par la marine australienne quatre jours plus tard.
Les casses à répétition sont l’histoire même de cette course au terme de laquelle, l’IMOCA reverra ses règles pour augmenter la sécurité et la fiabilité des bateaux. Mais si le Vendée-Globe a été une déception de ce côté, il fût à l’opposé un révellation pour Samantha Davies. La jeune anglaise fait montre d’un cran digne de la belle Ellen et termine 4ième. C’est une jeune femme joyeuse et enthousiaste qui partage quotidiennement son émerveillement pour son sport. La suivre fût pour le public un véritable délice.
2009 est aussi l’année de Torben Grael qui mène son équipe et Ericsson IV vers la victoire dans la Volvo Ocean Race 2008-2009. Une Volvo qui entre dans l’ère de la diffusion web, ce qui permet à des millions d’internautes de suivre la course comme s’ils étaient sur place. La décennie a d’ailleurs été marquée par l’arrivée sur le marché de logiciels comme Virtual Skipper et Live Skipper qui permettent aux internautes de compétitionner virtuellement contre les véritables équipes.
Le printemps est quant à lui synonyme de renouveau. Contre toute attente, le Québécois Geoges Leblanc reprend la mer. Fort d’un premier coup de chance depuis des lustres, il met la main sur un VO60 en excellent état qu’il déniche dans un entrepôt de Vastervik en Suède. Il s’agit de l’ancien Sweedish Match qui a pris part à la Volvo Ocean Race 1997-1998. Georges arme le bateau et ramène ce dernier en compagnie de quelques équipiers. Non seulement sa carrière est relancée une fois de plus mais cette fois-ci, il dispose enfin d’un bateau solide, fiable et capable de lui faire gagner des courses.
Il prend d’ailleurs part en juillet à la Course Jacques-Cartier. 100 bateaux prennent le départ de cette course qui est le plus gros rassemblement de coureurs jamais tenu au Québec. Un succès de participation. La course a lieu dans le cadre des festivités du 475ième anniversaire de l’arrivée du navigateur Jacques Cartier en terre québécoise.
L’année 2009 voit aussi plusieurs projets de mini 650 arriver à leur aboutissement. C’est le cas du mini 650 Rakko de Sylvain Lévesque qui compte prendre part à la Mini-Transat entre la Charente Maritime et Salvador de Bahia en 2011, tout comme son collègue Nicolas Gibault de la rive sud de Montréal qui lui, a mis à l’eau un prototype fait de carbone.
La mini-transat couronne Francisco Lobato en mini 650 de séries et Thomas Ruyant en prototype sur la mini-transat entre la Charente-Maritime et Salvador de Bahia au Brésil.
C’est aussi durant l’été que le record de l’Atlantique est explosé. Après plusieurs semaines de stand-bye, une fenêtre météo favorable s’ouvre enfin et le trimaran Groupama III skippé par Franck Cammas s’élance de New-York vers l’Angleterre. Objectif, briser le record pour la traversée de l’Atlantique-nord. Pascal Bidégory et son équipe font de même sur Banque Populaire V quelques heures après l’équipe de Cammas. Groupama réalise une pourtant performance éblouissante mais qui est malheureusement totalement éclipsée par Banque populaire V. Bidegory et son équipe font une traversée canon en 3 jours 15 heures et 25 minutes et 48 secondes en plus de puvériser le record de distance sur 24 heures, en parcourant 908 milles nautiques.
L’année s’est terminée avec deux courses offrant des météo à s’arracher les cheveux. La première édition de la Solidaire du chocolat couru en double entre la France et le Mexique couronne Tanguy DeLamothe et Adrien Hardy au terme d’une course qui a vu la flotte encaisser plusieurs fessés météorologiques. Par ailleurs, on retrouve presque en même temps une première édition de la Transat Jacques-Vabre sans la présence cette fois-ci des grands multicoques ORMA.Curieusement, en raison de la présence annoncé de nouvelles unités, on croyait bien que les multis 50 allaient prendre la relève mais le suspens s’est vite estompé suite à la rupture du bras de liaison du nouveau Prince de Bretagne et au chavirage du nouveau trimaran d’Yves LeBlevec, Actual. Ce dernier sur lequel naviguait Jean LeCam qui s’est d’ailleurs retrouvé cul par-dessus tête pour une deuxième fois cette année. Il faut le faire..!
D’ailleurs, nos champions de la malchance sont Alex Thomspon, Jean LeCam et Sébastien Josse. Sans oublier chez nous Georges Leblanc. On souhaite à tout ce beau monde le mot de Cambronne pour 2010 et surtout, une victoire ! N’oublions pas que de toutes façon, dans ce sport, personne ne passe entre les goûtes de pluie. Mais fort heureusement le beau temps vient après.
Voile en Ligne est fier d’annoncer aujourd’hui que la personnalité maritime de la décennie est Lady Ellen Mac’Arthur. Il s’agit d’un choix éditorial. Ellen Mac’Arthur devance Michel Desjoyeaux par un nez. Mais nous l’avons choisi en raison de son influence, de sa contribution au développement de la voile et finalement pour sa croisade en faveur du respect de l’environnement. Ellen Mac’Arthur n’est pas seulement une excellente navigatrice. C’est une grande dame qui est en train de laisser une marque extrêmement positive sur des générations de coureurs et aussi sur son époque.
Félicitations !
Bonne et heureuse année 2010 à tous !
Daniel Lévesque
Éditeur








