Crédit photo: © Daniel Lévesque/ Voile en Ligne
La première décennie de voile sportive du 21ième siècle aura été marquée par une transformation majeure de ce sport. L’arrivée de supports médiatiques tels qu’internet et l’image embarquée ont converti la course océanique en sport-spectacle. Et de cette nouvelle réalité, deux sous-ensembles ont émergé. Le premier concerne la sécurité. Le grand public et les sponsors aiment les risques mais pas n’importe lesquels. À ce chapitre, les organisateurs du Vendée-Globe ont tiré de douloureuses leçons du fiasco de 1997 où les compétences étaient de toutes évidences lourdement défaillantes et la gestion de crise complètement médiocre. L’IMOCA a donc amené des ajustements structurels important qui se sont traduit par une baisse significative des fatalités en mer.
Cela résulte principalement des nouvelles et importantes règles sur les mesures de sécurité qui viendront baliser le milieu de la course océanique au début de la décennie. On impose dès le commencement des années 2000 des tests de retournement. Les cahiers de charge sont plus volumineux au chapitre de la sécurité. Les coureurs sont quant à eux soumis à des formations beaucoup plus poussées sur les mesures d’urgence en mer en plus de devoir montrer patte blanche en matière de santé sous peine de se voir interdit de partir.
Le deuxième sous-ensemble concerne la visibilité et le sport-business. Parallèlement à l’accroissement du niveau de sécurité, on note l’arrivée en masse de nouvelles unités sponsorisées à fort budget. Le milieu des affaires voit dorénavant dans la voile une avenue publicitaire des plus intéressantes. Le marché européen de visibilité liée à la course au large explose.
2000
Mais revenons d’abord sur cette année du millénaire. En juillet 2000, Franck Cammas et son Groupama remporteront la transat Québec Saint-Malo du millénaire au terme d’une régate d’anthologie.
2001
Puis, en novembre de la même année, vingt-quatre bateaux prendront le départ du Vendée-Globe 2000. Les Wavre, Thiercelin, Coville, Parlier et Golding sont au rendez-vous. Mais ce sera Michel Desjoyeaux qui en février 2001, remportera l’épreuve. Toutefois, cette dernière sera la révélatrice de deux extraordinaires nouveaux et remarquables talents de la course au large. Un autre Français, un certain Roland Jourdain surnommé Bilou, fait sensation en terminant troisième. Mais sa superbe performance est quelque peu éclipsée alors que tous les yeux sont rivés vers une jeune anglaise qui marquera son époque. Durant cette course, elle se permet même d’engager un combat singulier avec le prof Desjoyeaux. Ellen Mac’Arthur deviendra la reine incontestée de ce Vendée-Globe. Et son règne ne fait que commencer.
Dans l’été 2001 un jeune Québécois fait sensation lors de la Mini-Transat entre la Charente Maritime et Salvador de Bahia. Le coureur Damien DePas termine alors 16ième sur les 28 bateaux classés. Il devance même des noms aussi connus que ceux de Jean-Christophe Caso, Corentin Douget et un autre Québécois d’origine, Benoît Parnaudeau. C’est Yannick Bestaven qui remporte alors la course.
À l’automne, l’entreprise Volvo prend le relais de Withbread et on assiste à la première de la Volvo Ocean Race. Un franc succès. Là encore les médias font une entrée triomphale dans ce qui est connu maintenant comme le cirque de la Volvo. Avec des techniques de marketing empruntées à la F1, la course se redéploie autour de son nouveau sponsor et couronne le VO 70 allemand Illsbruck Challenge barré par John Kostecki qui au terme d’un tour du monde en trois étapes, vient à bout du célèbre Assa Abloy skippé par Neal MacDonald.
Plus tard dans l’année, La transat Jacques Vabre donnera un départ à pas moins de 33 bateaux Elle couronnera enfin Roland Jourdain chez les monocoques. Tandis qu’elle consacrera Franck Cammas et Stève Ravussin champions chez les multis à bord de Groupama. Ils terminent seulement 3 heures devant Foncia de Alain Gauthier et une certaine…Ellen Mac’Arthur !
2002
L’année 2002 sera une année charnière. C’est à la fin de cette année là que beaucoup réalisent que quelque chose ne tourne pas rond sur le plateau de l’ORMA. 58 concurrents prennent le départ de la route du rhum et seulement 28 arriveront à la Guadeloupe. Ce sont les multicoques qui sont les plus durement touchés. Des 18 unités 60 pieds ORMA qui prennent le départ de la Route du Rhum, seulement 3 se rendront à destination. Un désastre ! 60 nœuds de vent et une mer dantesques disloque les trimarans un à un. Karine Fauconier et Loïck Peyron sont secouru de justesse. Ce dernier perd définitivement son célèbre Fujicolor.
Mais comme à toute chose, malheur est bon, cette course consacre aussi à tout jamais la gloire de la nouvelle reine de la course au large. Ellen Mac’Arthur fait montre d’un cran exceptionnel dans des conditions de mer démentielles. Elle termine première et remporte la victoire en monocoque Open 60 sur son Kingfisher, devant Mike Golding. De plus, elle n’est devancée au général que par Michel Desjoyeaux qui lui, termine premier mais… en multicoque. Il s’agit là d’un exploit remarquable et c’est le triomphe au sommet pour la jeune anglaise.
Un seul québécois prendra le départ de cette course. C’est Georges Leblanc. Il termine bon dernier dans la classe IMOCA mais n’a pas à rougir. Pendant la course, le skipper de Lévis tombe au beau milieu d’une nappe de pétrole venant du cargo Prestige qui a fait naufrage quelques jours plus tôt au large des côtes espagnoles. Il doit nettoyer son coursier souillé à la grandeur. Pendant plus de trois jours, il frottera pouce par pouce chacune des parcelles de son bateau de ses cordages et même des voiles avec le carburant qui lui reste. Un véritable travail de forçat. Épuisé et à bout de force, il rejoindra la Guadeloupe après 24 jours passés en mer…
2003
L’année 2003 voit poindre une transat Jacques-Vabre qui passera à l’histoire. 38 bateaux sont au départ d’une course qui couronnera Groupama de Franck Cammas et Franck Profit en classe Orma. Loïck Peyron et Jean-Luc Nélias prendront la deuxième place sur Belgacom suivi de Karine Fauconnier et Damien Foxall sur Sergio Tachini. Jean-Pierre Dick et Nicolas Abivent s’emparent du titre en classe IMOCA devant Roland Jourdain et Alex Thompson suivit de Mike Golding et Brian Thompson.
Mais les Québécois se rappelleront sans doute de cette course pour la terrible fortune de mer qui vient encore frapper Georges Leblanc. Le navigateur suit une route plein sud pour rejoindre les alizés au plus vite. Son bateau glisse bien et va vite. Bien que loin de la route directe, il est en bonne position pour rejoindre l’autoroute des vents et se propulser vers l’arrivée. Il fait équipe avec un autre navigateur Québécois bien connu, Marc Nadeau. Au beau milieu de la nuit, les deux hommes sont à se préparer un café lorsque soudainement, le voilier heurte un container entre deux eaux. Ils n’ont aucun temps pour réagir. Le bateau gîte et puis se retourne complètement suite à la rupture de la quille. Dans l’eau froide jusqu’au cou, les deux marins sont non seulement trempés mais transis. Ils déclenchent leur balise de détresse. Ils seront secourus au petit matin par un hélicoptère des services de sauvetages français après plusieurs heures passé dans l’eau glaciale de l’Atlantique nord. Ils sont alors sains et sauf mais le bateau non assuré est une perte totale.
2004
En 2004, la Transat Québec Saint-Malo revient avec la présence massive des multicoques ORMA de 60 pieds. Il s’agira du chant du cygne de ces superbes machines. On ne les reverra plus à Québec. 24 bateaux s’alignent au départ. Parmi ceux-là, on retrouve celui de Mike Birch. Thomas Coville, Marc Guillemot, Loïc Peyron, Yves Parlier ainsi que Laurent Bourgnon et Stève Ravussin sont au rendez-vous. Mais ils seront tous éclipsés par Karine Fauconnier qui remportera une brillante victoire à Saint-Malo. La fille du célèbre navigateur Yvon Fauconnier vient d’ailleurs bien près d’effacer le record de course toujours détenu à ce jour par Loïck Peyron. En monocoque, Georges Leblanc fait équipe avec Yves Lépine sur le Ciment Saint-Laurent, un Open 45 fait d’aluminium. Ils finiront troisième de la course dans leur catégorie.
L’automne amène les 60 pieds IMOCA sur la ligne de départ du Vendée-Globe. Ils sont 20 concurrents à s’élancer pour un tour du monde qui passera à l’histoire avec un grand H. De jeunes talents comme Sébastien Josse, Alex Thompson, Jean-Pierre Dick et un certain Vincent Rioux contestent les prétentions au titre des vétérans Thiercelin, LeCam et Golding et Jourdain. La suite demain…
Crédit photo: ©VINCENT CURUTCHET / DPPI/site du Vendée-Globe
L’année voile 2009 restera mémorable. Dans tous les sports, il existe d’innombrables exemples de courage et de détermination. Mais on retrouve précisément dans cette discipline qu’est la voile un nombre élevé de ces têtes dures qui ne reculent devant rien. On y trouve aussi de fabuleux exemples de fair-play qui redonnent au mot sport tout son sens.
La voile nous a gâtés cette année. Elle nous a gratifiés d’un nombre impressionnant de personnes qui ont affronté les éléments en se tenant debout face au vent. Des éléments qui parfois ne se trouvaient pas seulement en mer. Des personnes qui ont résisté. Des personnes qui ont affronté la peur, l’angoisse, le froid, l’humidité, et mille périls pour permettre au grand public de rêver.
L’idée qui nous vient immédiatement en tête chez nous est cette incroyable capacité qu’un homme comme Georges Leblanc a eu de se relever en dépit d’une déveine qui en aurait poussé plusieurs à démissionner. Après avoir vécu son troisième naufrage et perdu son bateau, Georges s’est relevé. Il possède maintenant un coursier fiable et sécuritaire. Une machine des plus performantes capable de lui faire gagner des courses. L’année 2010 sera celle de Georges, nous sommes nombreux à le souhaiter.
On peut aussi penser à Derek Hatfield qui s’est aligné au Vendée-Globe en dépit d’innombrables difficultés. Revenu aux Sables d’Olonnes et reparti par la suite, il doit abandonner en Nouvelle-Zélande. On ne peut qu’être admiratif. Ceux qui savent ce qu’implique de prendre le départ du Vendée-Globe sont à même de vous dire par où Derek Hatfield est passé…
Puis il y a celles et ceux qui nous ont ébahit sur la scène international. Que dire de l’extraordinaire fair-play de Marc Guillemot durant le Vendée-Globe ? Que dire de son arrivée avec un bateau n’ayant plus de quille ? Et finalement que dire de son extraordinaire victoire dans la transat Jacques-Vabre ? Sinon qu’elle était pleinement méritée.
Nous n’oublierons pas non plus le courage de Yann Eliès qui a repris la mer après une blessure entrainant des souffrances à peine imaginables. On croyait sa carrière terminée. Eh bien non! L’homme a du caractère. Yann Éliès nous a ébahit, tous !
Il y a aussi eu les traversées de Groupama et Banque populaire qui ont pulvérisé le record de l’Atlantique. Les superbes victoires de Francisco Lobato et Thomas Ruyant dans la Mini-Transat. Puis celle de Torben Graël et de son équipe dans la Volvo Ocean race. Tous des exemples qui nous inspirent.
Le sport est aussi et surtout fait de performances sportives exceptionnelles qui font les gagnants. Et c’est pour cette raison que nous avons choisit Michel Desjoyeaux comme personnalité sportive Voile En Ligne 2009.
Ce n’est pas donné à tous de pouvoir un jour célébrer une grande victoire. La plupart des mortels ne vivent jamais ce genre de chose durant leur vie. Mais celles et ceux qui ont eu le bonheur de vire cette extraordinaire sensation d’être victorieux savent que cela a été réalisé au prix de gigantesques efforts Et curieusement, ce labeur est souvent oublié dans l’euphorie qui entraîne les athlètes. La victoire est un véritable tourbillon qui étourdie et anesthésie bien des souffrances.
Et si gagner une fois est un exploit en soi, gagner deux fois une épreuve sportive comme le Vendée-Globe relève du prodigue. Michel Desjoyeaux est l’enfant prodige de la voile. Il nous a fait vivre l’apothéose de ce sport le 1er février dernier. De plus, cette année, il ne s’est pas seulement contenté de gagner le Vendée-Globe. Il est aussi allé chercher le tour de l’Europe en équipage lors de l’Istanbul-Europa Ocean race. Aujourd’hui, en cette fin d’année 2009, nous voulons souligner de façon particulière ces remarquables performances sportives qui resteront longtemps gravées dans les annales non seulement de la voile, mais aussi du sport en général.
Bravo à Michel Desjoyeaux!
Le titre de personnalité maritime de l’année Voile en Ligne.com est un honneur remis à deux marins qui se sont le plus illustrés tant sur l’eau que sur terre. Le premier titre est offert à un marin de chez nous, québécois ou canadien. Le deuxième souligne les performances d’un marin professionnel sur les grands circuits de course océanique.
Crédit photo: Barkingmadracing.com
C’est le navigateur Curtis Florence originaire de Kingsville en Ontario qui a été sacré marin Rolex de l’année 2009 au Canada. Monsieur Florence a été honoré lors du banquet de l’association canadienne de Yachting qui s’est tenu vendredi dernier à Toronto
Ce sont les deux fils de monsieur Florence, Trey âgé de 16 ans et Jordan 12 ans, qui se sont présentés au nom leur père pour recevoir cet honneur qui est le plus important au canada en matière de sport nautique. Monsieur Florence, qui ne pouvait être présent, a toutefois pu s’adresser à l’auditoire par vidéoconférence.
Curtis Florence, 40 ans, est né à Kingston en Ontario. Il a débuté sa carrière de marin à l’âge de neuf ans au Cedar Island yacht club. Dès le début, il se révèle être un excellent marin démontrant un talent particulier pour le poste de plage avant. Jeune homme, il joint les Forces canadiennes et devient membre de la prestigieuse unité Princess Patricia Canadian Light Infantry. Il a notamment servi en Croatie en 1993. Puis au terme de sa carrière militaire il œuvre au casino de Windsor tout en poursuivant ses objectifs sportifs en naviguant sur tout ce qu’il peut, passant du Shark au maxi-yacht de 80 pieds.
Les exploits de Curtis Florence sont nombreux. En 2004, il rafle le championnat mondial de Mumm 30 à Toronto. Il s’accapare du titre mondial de Swan 45 en 2007. Il est présentement champion mondial dans les catégories Farr 40 et Melges 24. Et comme si ce la ne suffisait pas, il est aussi détenteur du titre nord-américain en S2 7.9 pour la onzième année d’affilé.
Curtis Florence vit maintenant à Cleveland en Ohio aux USA avec sa conjointe. Il coure cependant toujours sous les couleurs canadiennes et est sans contredit, un formidable ambassadeur de la voile.
Le titre de marin Rolex Canada de l’année est la plus prestigieuse récompense offerte par l’Association Canadienne de Yachting. Elle constitue le rêve de tous les marins. Elle est aussi un symbole par excellence de l’étroite relation qui existe entre la prestigieuse entreprise Rolex et le milieu de la voile, tant au Canada que partout ailleurs dans le monde. Cet honn
eur qui a une longue et glorieuse histoire, témoigne de la philosophie de Rolex axée sur la perfection. Elle caractérise aussi son engagement à promouvoir l’excellence et l’effort.
En plus de performances sportives exceptionnelles, le récipiendaire du titre de marin Rolex de l’année doit avoir fait montre de leadership et d’un esprit d’équipe hors du commun. Il s’agit donc d’un honneur basé non seulement les performances sportives, mais aussi sur des aspects qui ont trait au caractère et à la personnalité du récipiendaire.
La tradition de ce qui est devenu au fil des ans le plus convoité des honneurs individuels dans le monde de la voile au Canada a débuté en 1986. Son premier détenteur fût Paul Phelan. Après plus de deux décennies, cet honneur est devenu la référence numéro un dans le monde canadien de la voile. Elle constitue la façon par laquelle la société reconnait à juste tire, l’immense contribution de ses récipiendaires à l’avancement de la voile et aussi du sport en général.
Elizabeth A Kerr/ Seabreeze.com.au
Traduit de l’anglais par Daniel Lévesque
Liste des récipiendaires du titre de marin Rolex de l’année au Canada
2008 Paul Tingley
2007 Evert Bastet
2006 Michael Leigh
2005 Chris Cook
2004 Ross MacDonald and Mike Wolfs
2003 Derek Hatfield
2002 Stephen Tupper
2001 Terry McLaughlin
2000 Livius Sherwood
1999 Richard Clarke
1998 Dirk Kneulman
1997 Gerry Roufs
1996 Bill Abbott, Joanne Abbott and Brad Boston
1995 Ross Cameron
1994 Paul Henderson
1993 Karen Johnson, Jennifer Normand, Suzanne Calladine and Cathy McPherson
1992 Ross Macdonald and Eric Jespersen
1991 Hank Lammens
1990 Ross Macdonald
1989 Andre Julien
1988 Lawrence Lemieux
1987 John Hughes
1986 Paul J. Phelan, CM
Source : Canadian Yachting Association,








