Banque Populaire et le Trophée Jules Verne: Retour sur une grande boucle historique

Crédit photos : B. Stichelbeault/BPCE © 2012
Si nos aïeux revenaient en ce monde, ils seraient renversés de voir ce qu’il est devenu. Jules Verne est mort en 1905. Il a eu la chance de ne pas voir de son vivant les deux grandes guerres qui ont meurtri l’Europe jusqu’à l’os. Nos grands-pères morts dans les années 60 ou 70 seraient probablement déroutés devant les terminaux informatiques domestiques ou l’avènement d’internet.
Imaginons maintenant pendant un instant ce que diraient le premier homme à faire un tout du monde en solitaire, le canadien Joshua Slocum devant l’exploit de l’équipe Banque Populaire V. Sans doute qu’à la vitesse à laquelle ils ont fait ce tour du monde, ils n’ont certes pas eu le temps de voir grand-chose.
Banque Populaire a investi des millions dans cette aventure. La banque de la voile a fait construire le plus grand trimaran de course au monde. Un engin à l’extrême limite de la vitesse et de ce qu’elle fait supporter aux structures et aux matériaux les plus derniers cris et les plus solides.
Mais Banque populaire n’a été qu’un élément de cette conquête du trophée Jules Verne. Il y a celles et ceux qui ont mis la sueur et le temps sur ce projet. Vous direz sans doute qu’ils ont été bien payés. On n’en sait rien et cela ne nous regarde pas. Et puis, il n’y a pas que l’argent dans la vie. Il y a le sentiment de faire partie d’une équipe, d’être avec les autres et d’oeuvrer vers un but commun. Cela aussi c’est important. La banque de la voile a su de manière brillante mettre au monde une équipe fabuleuse soudée avec tous des éléments ramant dans le même sens et cela vaut autant que l’argent investi.
On a aussi une pensée pour ceux qui ont tenté sans succès. Personne ne peut oublier la contribution de Pascal Bidégory au succès de Banque Populaire V, lui qui en plus, détient plusieurs records avec ce bateau. Des records qui ne seront pas battus de si tôt.
Mais c’est le propre d’une grande organisation de vouloir améliorer sa situation. Cela passe parfois par des décisions déchirantes, mais qu’il faut savoir prendre. Il faut ensuite regarder le sillage avec sérénité et l’avenir avec envie. Avec le désir ardent de vaincre et de marquer l’histoire de manière indélébile.
Loïck Peyron est l’un des ces hommes capables de faire cela. En le voyant célébrer avec son équipe la plus prestigieuse conquête du monde de la course au large avec le Vendée Globe et la Coupe de l’America, j’ai eu la vision de cet homme sur la coque retournée de son Orma 60 Fuji en 2002. Je le voyais aussi dans son voilier démâté lors du dernier Vendée Globe. Probablement que lui-même ne pense plus à ces épisodes difficiles. Mais cela nous rend encore plus heureux de voir sa joie et celle des hommes de Banque Populaire éclater.
Quelle gestion intelligente de cette course! 45 jours 13 heures 42 minutes 53 secondes d’intelligence. Un tour soigneusement ficelé. Pas de pétard, pas de moutarde, juste ce qu’il faut pour s’assurer de revenir à bon port avec le record. Et Dieu sait jusqu’à quel point la tentation de faire le fou est forte avec semblable espadon. Mais non! On garde la tête froide. Et c’est ainsi que l’on brille.
L’entreprise Groupama et son skipper Franck Cammas ancien détenteurs du record, se sont empressés de féliciter l’équipe Banque Populaire de Loïck Peyron. Preuve de plus, si besoin était, que ceux qui pratiquent ce sport ont de la classe. Et cela nous amène à une autre question. Qui sera le prochain?
Banque Pop a dû faire le tour des Icebergs. Le Pacifique a ralenti considérablement le Grand Bleu. Est-ce à dire que ce record pourrait être prenable? Bien sûr que oui! La barre des 40 jours et moins est à portée de tir. Mais pour cela, il faudra que Neptune diminue ses taxes. Mais rappelons-nous que la sagesse commande de toujours dire que tous les records sont faits pour être battus.
En attendant, l’honneur, la fierté et la joie sont avec Banque Populaire et l’équipe de Loïck Peyron. Et c’est pleinement mérité.
Voile en Ligne tient à féliciter Loïck Peyron et l’équipe Banque Populaire V pour la conquête du Trophée Jules Verne. Nous émettons aussi l’espoir de voir une petite tournée mondiale de promotion qui passerait bien sûr par Québec. Elle serait fort bienvenue. Loïck Peyron a plusieurs amis par ici. Et il est toujours le détenteur du record de traversée de la Transat Québec Saint-Malo qui justement se tient cet été.
En passant, quel est le record de traversée de la Transat Québec Maint-Malo détenu par Loïck Peyron? Réponse sur la page Facebook de Voile en Ligne à l’adresse suivante.
http://www.facebook.com/pages/Voile-en-Ligne/300121924615?ref=ts

Trophée Jules-Verne: Comme neige au soleil…

Crédit photo: BPCE /© 2011
Les records ne tiennent pas aussi longtemps que les icebergs millénaires. Mais l’avance de Banque Populaire V, elle, a fondu comme neige au soleil depuis quelques jours. Et si le bonhomme de neige a perdu 65% de son volume, c’est bel et bien dû au phénomène des changements climatiques. Plus de 1300 milles rayés de la colonne des actifs. 1300 milles effacés de l’ardoise. 1300 de perdus sur l’avance que détenait l’équipe de Loïck Peyron il y a deux semaines. Qui l’eut cru? On croirait un soubresaut du marché obligataire européen. Une descente à toute pompe de la super-S du mont Sainte-Anne quoi!
C’est que les chasses-neige passent rarement dans ce coin du monde. Voilà le problème de Banque Pop V. Au train où vont les choses on devra bientôt songer à faire des courses, escortés par des souffleurs à neige.
C’est connu aussi que les connaisseurs ne mettent jamais de glace dans un bon alcool. Mettre un glaçon dans le cognac l’armagnac ou même un rhum de bonne qualité est une infamie. Cette fois-ci le trouble-fête est un cube au nom évocateur B15J . Pour vous donner une petite idée, la superficie de l’île d’Anticosti équivaut à 72% de celle de ce monstre de 295 kilomètres de long. De quoi remplir quelques centaines de milliers de fois tous les verres de scotch de la planète qui se boiront le 25 décembre prochain. On peut même commander un double sans problème.
Si ce n’était que de contourner la banquise, ça serait relativement rapide. Mais l’ennui, c’est que le mastodonte a engendré des dizaines de milliers de grolers et d’iceberg comme celui que l’on voit ci-haut sur une photo prise de Banque Pop V. Ils vont de la taille d’une chaloupe à celle d’un immeuble gros comme le Pentagone.
Cette progéniture constitue la pire des menaces pour Loïck Peyron et sa bande. Depuis plusieurs jours, les marins sont aux aguets de jour comme de nuit. Ils ont dû ralentir le tempo de manière considérable et faire un détour de plusieurs centaines de milles nautiques. Et dire qu’on se plaint à l’heure de pointe des détours de quelques kilomètres causés par les travaux routiers…
Banque Pop V est remonté au nord et sa descente vers le Cap Horn ne sera pas plus reposante que les centaines de milles qu’il vient de parcourir. Mais Loïck Peyron tient à assurer. Et du coup, il semble clair qu’il ne compte plus trop sur le grand sud pour venir à bout du record de Groupama 3. Les risques sont trop grands.
Combien restera-t-il de mille d’avance à Banque Pop V une fois rendu au Horn? On n’en sait rien. Mais il est maintenant de moins en moins probable d’envisager un record sous les 40 jours. Pas plus d’ailleurs que d’espérer goûter au ragoût de patte de sanglier de grand-maman au jour de l’an. Un petit calcul rapide donne autour de 15 jours de mer à se taper en espérant que le grand bleu conserve une moyenne de vitesse autour des 25 noeuds.
Le record en moins de 40 jours est encore faisable, mais ce sera vachement serré. Pour ce qui est du Horn, il reste un gros et long 1800 milles à faire à travers les glaces. Dans le meilleur des cas, l’équipe de Banque Pop V pourrait peut-être passer le caillou à l’heure de l’apéro (québécois) jeudi. Ce sera la délivrance d’un grand sud qu’on aurait souhaité être plus coopératif.
Trophée Jules Verne: Banque Pop V plus rapide que le vent!

Crédit photos: B. Stichelbault/BPCE
Moins de deux semaines après son départ d’Ouessant en France, le maxitrimaran Banque Populaire V a franchi hier la latitude du Cap de Bonne-Espérance. Un exploit remarquable! Depuis sa mise à l’eau en 2008, le géant bleu avale les records à un rythme régulier. Mais rappelons d’abord les faits.
Banque Populaire V est un maxi trimaran de 40 mètres de long par 23 de large. Sa surface de voile genaker et grand-voile comprise totalise, tenez-vous bien, plus de 1060 mètres carrés de surface. Le voilier encaisse près de 80 tonnes de pression au pied du mât et ses winchs sont capables de supporter une tension de 14 tonnes. On appelle ça un géant.
Or, le géant bleu a été mis entre les mains de Loïck Peyron depuis le printemps dernier. Car le projet initial, qui a toujours été de réaliser le tour du monde le plus rapide piétinait. Un différend entre le skipper d’alors qui était Pascal Bidegory et Banque Populaire Voile a consacré le divorce. Or, depuis que Loïck Peyron a pris les commandes, les records s’accumulent. Record SNSM, Tours des îles Britanniques, Record de traversée de la Méditerranée, etc.
Loïck Peyron a une réputation d’excellent navigateur qui est connue mondialement. Il est toujours le détenteur du record de la Transat Québec Saint-Malo, une marque qui tient depuis 1996. Il s’est adjoint de très bons marins sur ce tour du monde. On n’a qu’à penser à des gars comme Yvan Ravussin, Ron
an Lucas, Manu Leborgne Fred LePeutrec, Thierry Duprey Du Vorsent ou même Kevin Escoffier. Des gens avec une bonne expérience du multicoque.
Mais si le plus grand avantage de cette tentative de record du trophée Jules Verne est d’entrée de jeu la qualité indiscutable du skipper et son équipe, il n’en reste pas moins que tous s’entendent pour dire que le coursier n’est pas un voilier ordinaire. Depuis le top départ du géant bleu, l’équipe s’affaire à accrocher les trains dépressionnaires les uns derrière les autres. Par exemple, cette tactique aura permis la superbe poussée des derniers jours qui ont amené Banque Pop V au seuil du 2000 milles d’écart avec son adversaire virtuel Groupama 3. Un rythme impensable avec quelque autre monture que ce soit et qui pourrait faire en sorte que Loïck Peyron et sa bande soient de retour pour manger la tourtière et la dinde de grand-maman au jour de l’an.
En effet, ce n’est pas moins de trois jours de navigation que Banque Pop V a mis dans sa besace. Et nous ne sommes qu’au Cap. Si à chacun des trois caps, le géant bleu donne un coup de ciseau de trois jours, cela pourrait nous amener à un inimaginable temps qui serait en deçà des 40 jours…
Bien entendu, comme le dit le fameux « perronisme »bien de chez nous, « Il y a loin de la coupe au lièvre!!! » On a vu Groupama 3 se casser la gueule lors de sa première tentative. Et tous comprennent que le trophée Jules Verne n’est accessible que si et seulement si le bateau revient à son point de départ. Et nous en sommes fichtrement loin. Mais avouons entre nous que jusqu’à maintenant le rêve est au rendez-vous.









