
Crédit photo: © team Groumama.
Il commence à se faire de plus en plus tard pour Franck Cammas et son équipe engagés dans la conquête du Trophée Jules Verne. Il est stupéfiant de constater jusqu’à quel point dame nature refuse toute collaboration aux hommes de Groupama 3 engagés dans cette tentative de record pour un tour du monde en équipage.
Il est encore plus surprenant de constater que l’équipe garde malgré tout le moral. C’est que celle-ci croit encore fermement à ses chances de coiffer Orange II au fil d’arrivée. Et avec raison ! Il reste encore plus de 5000 milles nautiques à parcourir. Mais si rien n’est encore perdu et que le suspens demeure haletant pour les terriens, Franck Cammas doit bien commencer à se demander en son fort intérieur quand Éole se mettra-t-il enfin à souffler du bon côté ?
La similarité entre la situation de Jean LeCam en 2004 et celle de Franck Cammas est quant à elle tout à fait frappante d’autant qu’Orange II arbore des couleurs de se rapprochant de celles de PRB sur la cartographie que l’on peut voir sur le site internet de l’équipe Groupama. LeCam alors engagé dans le Vendée-Globe sur son Bonduelle avait entrepris la remontée de l’océan Atlantique en tête de la course. Il avait dû alors s’éloigner vers l’Est pour tenter d’aller chercher davantage de pression. Mais hélas, le roi Jean avait buté sur une multitude de bulles anticycloniques et vu Vincent Rioux dit « le Terrible » lui passer sous le nez le long de la côte. Un véritable cauchemar qui doit encore hanter Jean LeCam en voyant ce qui arrive à Franck Cammas et ses hommes.
Et cette situation est exactement et en tous points ce qui se passe présentement. Groupama, maintenant 352 milles dans le trou, tente désespérément de minimiser les pertes en zigzaguant entre les molles à quelques milliers de milles au large des côtes de l’Argentine alors qu’Orange II a virtuellement pris la tête à son nez et à sa barbe sur le littoral. Groupama bénéficie en ce moment d’une bordure anticyclonique lui fournissant une brise pas du tout soutenue. Un couloir de quelques dizaines de milles de large dans lequel le géant vert est exposé aux grains et à une mer formée. Bref, des heures sup. pour l’équipe qui est déjà en « overtime » depuis plusieurs jours.
Cammas et ses hommes espèrent maintenant au mieux franchir l’équateur avec moins d’une demi-journée de retard sur Orange II pour ensuite accélérer et rejoindre le catamaran orange.
Pour se faire, l’équipe de Groupama multiplie les empannages pour tenter de s’extirper des bulles. Mais un coup d’œil devant a de quoi inquiéter. L’anticyclone se déploie de plus en plus, et semble vouloir s’installer à demeure. Et on n’est pas encore dans le pot-au-noir qui risque lui aussi de prélever ses taxes…
Ce qui est remarquable dans cette histoire, c’est le professionnalisme affiché par cette bande Gaulois flottants. Pas un seul indice de colère ou de découragement lors des vacations. On reste positif, on fait le travail au mieux et on s’encourage. La seule chose qui manque à bord, c’est un sorcier pour faire la danse du vent… Et pour ça, si les choses continuent ainsi, Franck Cammas devra en nommer un d’office… Â
Crédit photo: © Team Groupama
Groupama 3 a passé le cap Horn vendredi matin très tôt. Les images du bord laissaient voir des hommes contents de leur navigation et un moral qui semblait bon à bord du maxi-trimaran. Il semble que l’équipe Groupama n’ait cependant pas établi de nouvelle marque sur la distance couvrant l’océan Pacifique entre le cap Leuwin et le Horn.
D’ailleurs, il n’est pas besoin d’un dictionnaire pour comprendre que les choses ne se passent pas tout à fait comme on le souhaiterait. Franck Cammas a eu beau réunir une troupe de mariachi capable de faire vibrer les cordages de Groupama 3 au plus fin des diapasons, jusqu’ici, ça va cahin-caha sur le plancher de danse. Effectivement, quand vous avez des gars comme Lionel Lemonchois, Ronand LeGeoff, Thomas Coville ou Yvan Ravussin à bord, il est difficile de comprendre pourquoi le géant vert n’a pas au minimum une bonne journée d’avance sur le temps de référence.
De toute évidence, c’est la météo qui ennui la belle. Depuis le départ de l’Europe, Groupama III danse avec ce satané caillou dans sa chaussure. Et pour Franck Cammas et son routeur Alain Mondon, il y a de quoi être songeur. Car la météo continuera de jouer les capricieuses pour un bon bout de temps. Ce matin, le trimaran n’affiche plus que 48 petits milles d’avance sur le temps d’Orange II. Imaginez ! Le Cap Horn qui est d’habitude l’un des endroits les plus hostiles a plutôt accueilli l’équipe dans une bonne humeur pour le moins étonnante. Mer plate et vents modérés, il ne manquait que la tasse café et les petits biscuits quoi…
Cammas et Mondon qui doivent commencer à avoir de la fumée qui leurs sort des oreilles ont donné l’ordre de mettre le cap très loin à l’est des Falklands pour aller chercher un temps soit peu de pression. Car la route sur le long du littoral chilien offre une encore une fois, une météo de demoiselle. Résultat : le trimaran continuera de perdre des milles dans les heures qui viennent. Il risque même de repasser dans le rouge, alors qu’il se trouve à un peu plus de 6300 milles de l’arrivée.
Et ce n’est pas tout, Il reste l’anticyclone de Sainte-Hélène, le pot-au-noir, l’autre anticyclone, celui des Açores, puis le golfe de Gascogne. Aussi bien dire que comme c’est parti, Groupama 3 risque de nous tenir sur le bout de notre chaise jusqu’à la fin.
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Crédit photo: Team Groupama
Groupama navigue présentement dans le pudding. Grains, pluie abondante, humidité, mer dure et vents forts, L’équipe de Franck Cammas a dû faire un petit détour par le nord, non pas pour aller rendre visite à mère-grand mais bien pour éviter les foudres de mère nature qui elle, ne semble pas trop être du bon bord, du moins pour l’instant. Le groupe navigue néanmoins très rapidement, soit à plus de 30 nœuds dans de bons creux au fond desquels le maxi-multicoque va choir de temps à autres. Rien de très marrant pour le trimaran quoi !
Et ce sont aussi les gars à bord qui souffrent. Le monstre part de temps à autre sur des cavalcades et le rodéo est douloureux pour le fessier. Surtout quand le cheval difficilement contrôlable s’arrête net fret sec au fond de la vague. Pour l’instant le pure-sang a mis sa tenue légère. Il dévale les milles à plus de trente nÅ“uds de moyenne avec sa selle de course, c’est-à -dire deux ris et trinquette. Mais si les choses ne se calment pas, il faudra songer à la voile d’avant seule. Bref, une feuille de vigne sur un bâton de hockey qui vous précipite à plus de 30 nÅ“uds. Plus vite encore que Sydney Crosby à pleine vitesse sur la patinoire du centre Bell. Qui disait que la voile est un sport lent déjà ?
Bon et ce n’est pas fini ! Tout ce qui monte doit nécessairement redescendre pour passer le cap Horn. Et comme le détroit de Drake offre des conditions pour le moins assez débiles, Groupama risque de se retrouver poussé par un vent arrière qui le précipitera vers le mythique cap, à une allure s’apparentant à la dévalaison du saumon dans une rivière en cru au printemps de chez nous. Oubliez les ballades romantiques de Duteil… Ce sera le toboggan et rien de moins. Attachez-vous !
Il n’est d’ailleurs, pas besoin d’être un devin pour lire les fichiers météo du coin qui ne prédisent que du vilain. Comme si ce n’était pas assez, il faut éviter les icebergs qui errent dans le secteur à la manière d’une bande de fantômes cherchant furtivement à casser la gueule de la première étrave venue. Cela risque donc d’être pas mal sportif pour les derniers milles de Groupama dans cet océan qui n’a de Pacifique que le nom.
En ce moment, Franck Cammas et les hommes de Groupama voient leur avance fondre comme la neige sous le soleil de notre printemps hâtif. On était encore à plus de 400 milles il y a quelques heures à peine, alors que le géant vert affiche maintenant 236 milles d’avance. Si chez nous l’hiver qui s’en va nous rend heureux comme le capitaine Hadock devant la Castafiore qui fait ses valises, il ne faut pas oublier que chez nos amis du sud, c’est l’automne australe avec ses coups de vent et sa mer casse-bateau qui s’installe à demeure. Résultat, la politesse est de mise.
C’est donc dans l’Atlantique que se décidera qui sera le nouveau détenteur du trophée Jules Verne. Après plus de la moitié du parcours, Franck Cammas et son super trimaran armé d’un véritable dream team de navigateurs ne sont toujours pas parvenus à se donner une avance significative. Les affres de la météo auront eu une incidence déterminante sur le résultat obtenu jusqu’à maintenant par Groupama.
Pendant ce temps, l’équipe de Banque Populaire V du skipper Pascal Bidegory a décidé de remettre à l’automne un éventuel départ pour une tentative de record sur le même parcours. On peut penser que la météo rencontrée par Groupama aura fait réfléchir Pascal Bidegory et motivé en partie cette décision que l’on peut maintenant qualifier de sage…






