
Crédit photo: Banque populaire Voile
La grosse rumeur de la semaine passée nous est parvenue lundi dernier alors que le très sérieux journal français l’Équipe laissait entendre que le skipper de Banque Populaire V, Pascal Bidegory aurait « été démissionné ». La banque de la voile ne confirme pas, mais ne nie pas non plus. Or, quand ça sent le roussi à ce point, il devient bien difficile d’affirmer que le feu n’est pas pris quelque part.
Nos collègues du magazine SeaSailSurf, et en particulier son éditeur Christophe Guigueno ont affirmé que des rumeurs de plus en plus persistantes envoient Michel Desjoyeaux à la barre de Banque Pop V. Ce dernier aurait même été vu autour du bateau à sec en train d’effectuer une « visite de courtoisie ». Dans le cas du prof, il s’agirait d’un transfert étant donné qu’il gravite déjà dans l’entourage de la banque de la voile, Foncia ayant été en partie achetée par Banque Populaire. Par ailleurs, Armel Lecléac’h serait l’homme retenu pour la campagne IMOCA de Banque Populaire et du coup, pour le prochain Vendée Globe.
Comme toujours, il n’y a pas moyen d’avoir une confirmation ni d’en savoir plus ou de parler à qui que ce soit. Chez l’agence de communication Mille et Une Vagues, qui gère les requêtes médias pour Banque Populaire, la consigne du « pas de commentaires » est rigoureusement suivie. Tandis que Pascal Bidegory et Armel Lecléa’ch sont carrément impossible à rejoindre.
Toutefois, selon les observateurs à qui nous avons pu parler, il semblerait que ces rumeurs soient confirmées à plus de 95%, mais que des considérations d’ordre contractuelles et juridiques empêchent pour le moment les protagonistes au dossier de sortir sur la place publique.
Une chose est sûre, c’est que Banque Populaire est loin des résultats auxquels elle s’attendait suite à l’investissement dans son trimaran géant. L’interminable attente qui a précédé le départ de Banque Populaire V pour la conquête du trophée Jules Verne ne serait, semble-t-il, pas étrangère à ce mécontentement. On se rappellera que pendant que l’équipe Banque Pop faisait lecture des fichiers Grib, Groupama s’élançait et réussissait à mettre la main sur le trophée Jules Verne. Semble-t-il que Banque Populaire s’attendait également à aligner plusieurs autres titres qui ne sont finalement pas au rendez-vous
Dans tous les cas de figure, on ne peut que constater l’implacable réalité d’un sport où le business prend jour après jour toujours plus d’importance. À l’instar de la F1, la tendance lourde va vers les « héros jetables ». La patience n’est plus de mise pour des entreprises qui souhaitent à tout prix un rendement qui soit à la hauteur des attentes et de leurs investissements. À l’opposé, force est également d’admettre que l’équipe et en particulier Pascal Bidegory ne se sont peut-être pas aidés.
Dans un tout autre ordre d’idée, des questions demeurent toujours en suspens. La première est de savoir si Alinghi se lancera dans les MOD 70 comme certaines rumeurs le laissent entendre. La deuxième question c’est qui est derrière le nouveau projet de MOD 70 marocain et qui est-ce qui prendra la barre de cette équipe ? D’aucuns pensent que Mark Turner pourrait être à la tête de cette initiative. Si c’est le cas, pourrait-on alors voir un Britannique comme skipper? On parle également de Sydney Gavinet qui pourrait être appelé.
Chose certaine, si les bateaux ne manquent pas, a contrario, les skippers de multicoques océaniques, en particulier ceux qui sont capables d’avoir du succès, ne sont pas légion. D’autant que les Extremes 40 et la Coupe America siphonneront leur lot de bons athlètes de la discipline.
Il reste bien quelques bonnes pointures, mais plusieurs sont encore sous contrat. C’est le cas de Lionel Lemonchois qui est engagé chez Prince de Bretagne. Selon ce que nous avons appris, ces derniers songeraient même à la construction d’une nouvelle unité.
L’autre nom qui revient immédiatement est celui de Jean LeCam qui pourrait du coup retrouver ses copains Desjoyaux et Jourdain. Aux dernières nouvelles, le roi Jean laissait entendre qu’il pourrait entreprendre un troisième Vendée Globe avec le même sponsor que celui qui l’a supporté dans la Barcelona. Mais nul doute qu’un coup de fil pourrait changer les choses. D’autant qu’on voit mal LeCam s’élancer sur un Vendée Globe avec une unité ne lui offrant que peu de chance de finir dans les premiers. Si Président veulent le garder, ils devront lui donner un bateau fiable et qui marche. On verra ce qu’il y aura sur le marché lorsque la Barcelona sera terminée.
Les noms des frères Bourgnon ainsi que celui de Karine Fauconnier ont aussi circulés. Reprendront-ils du service? Pas sûr dans le cas des Bourgnon. Certains autres pensent que Victorien Erussard pourrait faire le saut en 70 pieds. Bref, chaque hypothèse se défend. Beaucoup de questions donc et très peu de réponses étant donné tout ce qu’impliquent de tels engagements de nos jours. Les paris sont ouverts. Du reste, espérons que l’on sera fixé avant l’été.
Source: Seasailsurf et journal l’Équipe

© Benoît Stichelbault
C’est triste, mais c’est ainsi… Thomas Coville ne battra pas le record de Francis Joyon. La mer a dressé un mur devant Sodebo. L’anticyclone des Açores s’est étendu de tout son long et a du coup, coupé l’océan Atlantique en deux. Pas de discussion sur les choix météo que la plupart d’entre nous auraient sans doute faits de toute manière. C’est d’ailleurs elle la grande responsable et non pas le skipper qui nous a donné une performance sportive digne des plus grands.
Pour revenir à cette satanée météo, mentionnons qu’elle a créé un entonnoir dans lequel Thomas n’a eu d’autre choix que de s’engouffrer. Résultat : il est s’est fait coincé le long du Brésil dans une zone qui de surcroît a l’habitude d’être assez ventée, mais qui soudainement, est devenue capricieuse. Sodebo a été contraint à un détour par l’ouest, un peu à l’image d’un roi lors d’une partie d’échec.
Tout cela n’est pas sans donner un pincement au cœur de celles et ceux qui ont suivi Thomas durant ce périple. Mais à l’unanimité, tous conviendront aussi qu’il n’a pas à rougir. Thomas Coville a livré un effort magistral. L’athlète était fort bien préparé physiquement, et psychologiquement.
Dans tous sports confondus, la seule chose pour laquelle on n’est jamais assez prêt, c’est l’encaissement d’un revers. Si certains sportifs peuvent se consoler avec les millions qu’ils reçoivent en salaire, Thomas devra faire la même chose, mais uniquement avec le soutien de son équipe, de sa famille, du public qui continue de le supporter et surtout d’un sponsor hors de l’ordinaire. Il devra aussi se rappeler que les plus grands champions sont façonnés comme le métal, à grands coups de défaites sur la gueule.
Et justement, Thomas Coville est déjà un très grand champion. Cela fait plus de 100 000 milles nautiques qu’il parcourt à la chasse au record. Et pariez tout de suite que la prochaine fois sera la bonne.
Ce qui nous amène justement à parler de cette fameuse prochaine fois. En rétrospective, il est devenu clair que les trophées Alain Colas et Jules Verne sont tous deux pas mal moins accessibles et du coup beaucoup plus difficile à conquérir. En raison de la puissance des machines, d’aucuns croyaient que nous allions assister rapidement à une réédition de ces records en 2010 et 2011. Hélas nous sommes nombreux à déchanter.
L’histoire aura démontré le contraire. Lors de son retour aux paddocks, Pascal Bidégory avouait candidement qu’il faudrait dorénavant songer à réévaluer la pertinence de continuer une fois passé le cap de Bonne Espérance. En d’autres termes, cela veut dire faire les comptes une fois l’anticyclone de Sainte-Hélène passé, pour savoir si ça vaut le coup de continuer. De toute évidence, les machines souffrent trop dans le grand sud pour les contraindre en plus à jouer du hockey de rattrapage.
Les prochaines tentatives ressembleront donc à des séances d’essais de Formule un, où on se donnera un élan qui sera le plus puissant possible pour passer la vraie ligne de départ que sera l’arrivée dans les quarantièmes rugissants. À ce stade, si les écarts sont trop grands, il faudra alors songer à revenir aux puits, refaire le plein puis repartir.
De cette tentative de record, nous retiendrons cette descente de l’Atlantique qui s’est soldé par une barrière qu’est l’anticyclone de Sainte-Hélène, plus de 1200 milles nautiques de retard reconquis par une performance sportive hallucinante et jamais égalée dans l’histoire de la course océanique, et finalement la douane qui a taxé injustement Sodebo et scellé l’issue de cette tentative de record. Quant à Thomas Coville, il a été phénoménal et tous souhaitent le revoir en piste au plus vite.

Crédit photos: Jacques Vapillon DPPI et Thomas Coville Sodebo ©
On assiste peut-être à un moment unique dans l’histoire moderne de la course océanique. Thomas Coville et le trimaran Sodebo ont effacé depuis quelques jours un déficit de plus de 1000 milles nautiques par rapport à la marque de Francis Joyon. Ce soir à minuit HNE, Thomas Coville était passé sous la barre des 150 milles de déficit. Le géant rouge n’accusait plus que 146,5 milles de retard sur Francis Joyon et filait à une moyenne de plus de 20 nœuds. Il continuait donc à mouliner son retard au rythme de plus 5 nœuds par heure sur le détenteur du record qui lui, était flashé à seulement 15 nœuds à la même époque. À cette cadence, le trou pourrait même se refermer tard dans la journée de demain ou très tôt lundi.
Le suspens est haletant et total. D’autant qu’il y a quelques jours, Forest Tom a vu l’étrave de son flotteur bâbord faire une touchette sur un globicéphale, ce qui a sérieusement esquinté l’enduit du crash-box. Le trimaran a du coup perdu environ 10 à 15% de ses capacités maximales. Mais suite à une minutieuse inspection visuelle et selon les architectes que Thomas Coville a consultés, il ne semblerait pas y avoir de dommages structuraux pouvant l’empêcher de terminer son périple.
Pour ce qui est du skipper, ce dernier affirme être dans une forme surprenante pour un gars qui a plus de 21 000 milles nautiques dans le corps. Le jeune homme est pour ainsi dire frais comme un concombre. Thomas Coville encaisse présentement les fruits de son entraînement rigoureux et d’une préparation absolument parfaite, du point de vue physique, psychologique et alimentaire.
Tous se croisent les doigts en espérant que Sodebo tiendra le coup jusqu’au fil d’arrivée. La dernière fois qu’une compétition nous avait tenus sur le bout de nos chaises à ce point, c’était Jean LeCam qui en 2004 avait tenté sans succès de coiffer Vincent Riou à l’arrivée du Vendée Globe.
Après deux tentatives, Thomas Coville peut maintenant se vanter d’être plus près que jamais de son rêve. Battre Francis Joyon n’est pas une mince tâche. Le record qu’il détient toujours avec son Idec est fabuleux et avait été réalisé à la faveur de l’une des plus grandes navigations de l’histoire dans des conditions météo exceptionnellement favorables. Pour l’instant, il faut savoir que si Thomas Coville maintenait une moyenne d’environ 17 nœuds comme celle qu’il a présentement, il pourrait franchir le fil d’arrivée autour du 26 mars prochain et s’adjugerait ainsi un temps qui battrait le record de Francis Joyon de trois ou quatre jours.
Mais avec plus de 5360 milles qui restent encore à faire, ne vendons pas la peau du sanglier avant de l’avoir tué. C’est connu que plus on se rapproche du but et plus le stress augmente. D’ailleurs, l’anticyclone de Sainte-Hélène lui a ouvert le passage jusqu’ici, mais Thomas n’est pas encore tiré d’affaire. Il a entrepris de négocier cette difficile étape par une route longeant la côte ouest le long du Brésil. Les risques d’être déventé sont ainsi moins grands même si le chemin est légèrement plus long. Il est présentement tribord amure dans une brise stable tournant autour des 20 nœuds.
Deux autres obstacles de taille se dressent sur la route du navigateur. Il s’agit premièrement du pot au noir qui est toujours une boîte à surprise et finalement, il faudra composer avec l’anticyclone des Açores qui peut aussi étendre ses tentacules et ralentir significativement Sodebo.
Comme le disait un célèbre et coloré entraîneur du Canadien, « il y a loin de la coupe au lièvre ». Cela ne se sera sans doute jamais appliqué autant qu’au cas de Sodebo et Thom Coville. Mais pour l’instant, il ne fait aucun doute que nous en avons pour notre argent dans ce mano a mano excitant et qui définitivement, marquera l’histoire de la course au large et du sport.





