
Credit photo: © Yvan Zedda
Groupama a effacé son ardoise par rapport à Orange II En moins de 48 heures, le trimaran vert a retranché tout le retard qu’il avait accumulé. Et il était considérable ce retard. Franck Cammas et ses hommes ont cravaché comme des damnés pour payer une dette de plus de 360 milles nautiques. De quoi inquiéter fortement à moins de 4000 milles de l’arrivée que l’équipe Groupama était.
Mais si les compteurs sont de nouveau à zéro, il reste encore un obstacle important avec le quel le géant vert doit composer. Il s’agit de la zone de transition entre l’anticyclone des Açores et le courant jet qui amène les systèmes de l’ouest en provenance de Terre-Neuve et qui balaient l’Atlantique Nord. La zone de transition de quelques dizaines de milles est remplie de vents faibles et changeants. Il faudra donc surfer sur la bordure pendant on ne sait combien de milles. Pour l’instant, les choses semblent assez bien se passer. Groupama a amorcé une série d’empannage qui a ramené sa vitesse autour de 17 nœuds. Le trimaran affiche près de 50 milles nautiques d’avance sur Orange II.
Si Franck Cammas, son équipe et leur trimaran parviennent à sortir de cette zone de transition sans avoir été trop ralenti, Ils devraient alors être en mesure de battre le record. Il importe de mentionner qu’à l’instar de ce que l’on a pu voir dans l’America’s Cup, le grand trimaran vert a une longueur d’avance sur son adversaire à deux flotteurs. Sa très grande surface de voilure lui permet d’aller chercher un maximum de force vélique dans les petits airs. C’est ce qui pourrait ici faire la différence.
Pour ce qui est de l’ETA, on pourrait voir le géant vert franchir la ligne d’arrivée dans le courant de la fin de semaine si les choses se passent comme prévues. Mais le suspens risque de durer encore jusqu’à la dernière vague car s’il est un fait indéniable depuis le début de ce tour du monde, c’est que la météo a joué un très sale tour aux marins de Groupama 3 et qu’elle leur fût des plus défavorables. Franck Cammas se rassure avec des fichiers qui démontrent pour le moment que pour une fois, la météo sera de son bord dans l’Atlantique nord. Si nul n’est prophète en son pays, Groupama 3 aura été l’exception qui confirme cette règle. Ce sont les eaux bordant la France qui sauveront peut-être ce tour du monde.
On fera le bilan une fois arrivée mais on peut déjà affirmer sans se tromper que le nouveau record (si nouveau record il y a) sera encore accessible. Mais d’aucuns diront que tous les records sont faits pour être battus. C’est un cliché qui assurément, tiendra à l’arrivée de Groupama.

Credit photo: © Team Groupama
L’équipage de Groupama 3 a du boulot cette semaine. L’ampleur du défi s’accroit de jour en jour pour Franck Cammas et ses hommes au fur et à mesure que passent les milles et que la distance entre le trimaran vert et sa destination finale diminue. Après autant d’efforts, comment peut-on être à la fois si près et si loin ? Chose certaines, le suspens est en voie de se jouer jusqu’aux dernières brasses précédant le fil d’arrivée.
Groupama a bien retranché plusieurs dizaines de milles depuis 36 heures mais le jeu du yoyo est de nouveau en marche et l’écart s’est remis à se creuser entre le géant vert et Orange II, Au pointage d’hier matin, on était près de passer sous la barre des 300 milles de retard alors que vers 19h00 hier soir, l’équipe de Groupama accusait 360 milles dans le rouge.
En ce moment, Groupama 3 est dans le pot-au-noir. Sa vitesse est d’environ 17 nœuds réels alors qu’Orange II faisait autour des 25 nœuds. Groupama concède donc près de 9 affligeants milles nautiques à chacune des heures que le bon Dieu amène. Autant dire qu’il y a de quoi être inquiet.
Franck Cammas n’a plus beaucoup de temps. Il lui reste un peu moins de 8 jours pour combler un retard qui tournera autour des 400 milles nautiques lors de sa sortie du pot-au-noir Il ne peut pas trop compter sur la dernière portion du parcours que Bruno Peyron avait parcouru à vitesse grand V. C’est donc entre la sortie de la zone de convergence intertropicale et les Açores que le match va se décider. Si Groupama peut se rapprocher suffisamment d’Orange II sur cette zone là, tout restera encore possible. Sinon, il deviendra impossible à Groupama de rattraper le coursier de Bruno Peyron.
Pour l’instant, la météo semble pour une fois favorable à Groupama. L’anticyclone des Açores se replie et un alizé bien établi pourrait bien pousser le trimaran et l’aider à rattraper son retard. Mais n’oublions surtout pas qu’il faudra faire gaffe. Car Orange II est un adversaire virtuel qui lui, ne peut pas casser.
Côté moral, pour la première fois, Franck Cammas n’a pas caché une certaine déception devant les éléments qui s’acharnent contre cette tentative de record. Mais l’équipe est au taquet et continue de faire le travail en véritable professionnels, une attitude que Franck Cammas a louangée.
« Les quarts sont assez actifs, quand il y a des manœuvres, on est toujours sept personnes sur le pont, mais quand il y a des réglages, on est que trois. On passe notre temps debout à courir entre le piano, le moulin à café, à observer la forme des voiles avec la torche. On essaye de grappiller des dixièmes de nœuds très importants et en plus avec ce bateau, le moindre réglage est extrêmement sensible : il y a pas mal de choses à faire et donc on joue avec ça en étant le plus réactif possible avec les éléments… » a déclaré Franck Cammas.

Crédit photo: © team Groumama.
Il commence à se faire de plus en plus tard pour Franck Cammas et son équipe engagés dans la conquête du Trophée Jules Verne. Il est stupéfiant de constater jusqu’à quel point dame nature refuse toute collaboration aux hommes de Groupama 3 engagés dans cette tentative de record pour un tour du monde en équipage.
Il est encore plus surprenant de constater que l’équipe garde malgré tout le moral. C’est que celle-ci croit encore fermement à ses chances de coiffer Orange II au fil d’arrivée. Et avec raison ! Il reste encore plus de 5000 milles nautiques à parcourir. Mais si rien n’est encore perdu et que le suspens demeure haletant pour les terriens, Franck Cammas doit bien commencer à se demander en son fort intérieur quand Éole se mettra-t-il enfin à souffler du bon côté ?
La similarité entre la situation de Jean LeCam en 2004 et celle de Franck Cammas est quant à elle tout à fait frappante d’autant qu’Orange II arbore des couleurs de se rapprochant de celles de PRB sur la cartographie que l’on peut voir sur le site internet de l’équipe Groupama. LeCam alors engagé dans le Vendée-Globe sur son Bonduelle avait entrepris la remontée de l’océan Atlantique en tête de la course. Il avait dû alors s’éloigner vers l’Est pour tenter d’aller chercher davantage de pression. Mais hélas, le roi Jean avait buté sur une multitude de bulles anticycloniques et vu Vincent Rioux dit « le Terrible » lui passer sous le nez le long de la côte. Un véritable cauchemar qui doit encore hanter Jean LeCam en voyant ce qui arrive à Franck Cammas et ses hommes.
Et cette situation est exactement et en tous points ce qui se passe présentement. Groupama, maintenant 352 milles dans le trou, tente désespérément de minimiser les pertes en zigzaguant entre les molles à quelques milliers de milles au large des côtes de l’Argentine alors qu’Orange II a virtuellement pris la tête à son nez et à sa barbe sur le littoral. Groupama bénéficie en ce moment d’une bordure anticyclonique lui fournissant une brise pas du tout soutenue. Un couloir de quelques dizaines de milles de large dans lequel le géant vert est exposé aux grains et à une mer formée. Bref, des heures sup. pour l’équipe qui est déjà en « overtime » depuis plusieurs jours.
Cammas et ses hommes espèrent maintenant au mieux franchir l’équateur avec moins d’une demi-journée de retard sur Orange II pour ensuite accélérer et rejoindre le catamaran orange.
Pour se faire, l’équipe de Groupama multiplie les empannages pour tenter de s’extirper des bulles. Mais un coup d’œil devant a de quoi inquiéter. L’anticyclone se déploie de plus en plus, et semble vouloir s’installer à demeure. Et on n’est pas encore dans le pot-au-noir qui risque lui aussi de prélever ses taxes…
Ce qui est remarquable dans cette histoire, c’est le professionnalisme affiché par cette bande Gaulois flottants. Pas un seul indice de colère ou de découragement lors des vacations. On reste positif, on fait le travail au mieux et on s’encourage. La seule chose qui manque à bord, c’est un sorcier pour faire la danse du vent… Et pour ça, si les choses continuent ainsi, Franck Cammas devra en nommer un d’office…





