Plus rien ne va sur la Volvo Ocean Race. L’édition 2012 est en passe de devenir un cauchemardesque derby de démolition. Si de gros budgets ont été investis pour rendre accessible la course médiatiquement parlant, l’épreuve en elle-même est devenue d’un ennui abyssal.

Comme disait un politicien de chez nous récemment, inutile de « se mettre la tête dans l’autruche ». C’est raté. Depuis le départ, les jambettes à répétition, les détours, les balades en cargos dictés par les impératifs commerciaux ont rendu la course médiocre. Si le suspens demeure entier quant à l’issue finale des débats, l’impression générale qui se dégage c’est qu’on assiste à un match de serpents et d’échelles à n’en plus finir. Résultat, au moment où l’épreuve commence à peine à revêtir un semblant d’intérêt, ça démâte et on débande.
Et ce n’est pas le Viagra qui pourra faire quoi que ce soit susceptible de régler un problème structurel. Échantillonnages insuffisants, tentatives de sauver une once ici et là, gestion de course abusive, etc, toutes les spéculations vont cour sur l’origine du problème. À la base, que les coureurs se coupent les ongles d’orteils et s’épilent le poil des oreilles passe encore. Mais ce dont on parle ici, c’est de fiabilité, une denrée oubliée et qui fait cruellement défaut.
Bien entendu, la voile reste un sport mécanique. C’est un cliché. Personne ne rouspète quand un coureur de F1 s’envoie dans le mur de pneus dira-t-on. Sauf que la grille de départ compte au moins une vingtaine de voitures. Or, dans le cas qui nous concerne, il ne reste que deux voiliers en course. Triste!
Au surcroît, le démâtage de Groupama IV est survenu en plein milieu d’un passionnant match racing qui opposait le voilier français à son vis-à-vis américain Puma Powered By Berg. C’est ce qu’on appelle le boute du boute! Là, la Volvo touche le fond du baril. Et ce n’est pas par partisanerie. Si c’était arrivé à Puma, qui soit dit en passant, y a aussi goûté, nous aurions eu le même verdict. Nul au possible! Seul point positif : le fait que nous n’ayons pas de blessé grave. Touchons du bois!
Là, l’organisation perd des plumes. Il est inconcevable de voir autant d’avaries sur ces bateaux. Le patron de la course le Suédois Knut Frostad le sait. Dans un communiqué assez laconique, il a indiqué que l’organisation allait immédiatement se pencher sur le problème. Il faut dire qu’à ce stade de la course, ça nous fait une belle jambe. Avec cette hécatombe, deux bateaux sont pratiquement assurés de ne pas remporter cette édition de la Volvo Ocean Race. Il s’agit de Sanya et Azzam.
La Volvo Ocean Race a au moins le mérite de nous faire découvrir des endroits fabuleux. Puerto Montt est l’un de ceux-là. Deux voiliers sont stoppés dans ce port chilien situé à l’ouest de la cordillère des Andes. Bien entendu, les équipes ont été une fois de plus reçues comme des rois dans ces petits bleds où semblables fusées atterrissent une fois par siècle et même encore. Camper a été le premier à jeter les amarres. L’équipe doit soigner une étrave démolie. Elle a suspendu sa course.

De son côté, c’est une autre histoire pour Abu Dhabi qui doit refaire sa carène délaminée. L’équipe du skipper Ian Walker a d’ailleurs vécu des heures de grande angoisse quand elle s’est rendu compte au beau milieu du chemin de croix pacifique que le bateau se désintégrait graduellement. Les « messieurs bricole » du bord ont mis tout leur savoir pour sauver le soldat Azzam dans ce qui ressemble à un remake d’Appolo 13. Ils ont utilisé tous ce qui leur est tombé sous la main, y compris des morceaux de bannette et boulonnés le bateau avec des dizaines d’écrous vissés de part en part. Le tout pour éviter de prendre un bain forcé avec uniquement la barre à roue restante entre les mains à 1500 milles de la première terre. 
On savait que le Pacifique ne serait pas un bénitier. Le chemin de croix a commencé avec Mike Sanderson et ses disciples qui furent les premiers à faire demi-tour après plus d’une semaine de course en raison d’une avarie de safran qui a arraché une partie de la carène causant une voie d’eau. Sanderson, champion de l’avant-dernière édition, vit un véritable calvaire depuis le début de ce tour du monde et doit se demander pourquoi le Bon Dieu l’a abandonné. Pour l’équipe Sanya, le carême n’en finit plus de finir. Le bateau doit être acheminé par cargo jusqu’aux États-Unis où il reprendra la course pour la forme.
Iker Martinez et l’équipe Telefonica ne sont pas en reste dans cette galère. Ils ont dû stopper les machines dans la baie de Martial, située sur l’île Herschel près du Cap Horn. Les Espagnols ont eux aussi contribué au festival du sparadrap, leur étrave étant endommagée. Telefonica est reparti et talonne Puma qui occupe maintenant la tête de flotte à un peu plus de 300 milles du but.
Camper va repartir si ce n’est déjà fait au moment où l’on se parle. Abu Dhabi a abandonné la course. Quant à Groupama, on pense qu’il pourrait reprendre la mer sou gréement de fortune pour rallier les quelques 600 milles les séparant de Itajai. Franck Cammas tient mordicus à finir sur le podium pour conserver ses chances de remporter le cumulatif. Pour cette raison, il ne laissera pas passer les Néo-Zélandais de Camper.
Bon, de quoi aura l’air la course maintenant? Repartir d’Itajai le 22 avril? Rien de moins sûr. Une inport race avec quatre bateaux? Bof… Abu Dhabi reviendra-t-il ou prendra-t-il lui aussi le taxi-bottines jusqu’aux USA comme Sanya? On n’en sait rien. Bien des questions demeurent sans réponse. Mais celle qui est la plus importante concerne l’avenir de ce genre d’épreuve. Quand on voit les Class 40 de la Solidaire du Chocolat donner un spectacle bien meilleur pour une fraction du prix de la Volvo, on se dit qu’il ne faudrait surtout pas que les chances qui passe soient bousillées par cupidité ou incompétence. Le message est passé.