Une des réalités implacables de ce type de course est qu’avant même de penser au classement, il faut savoir gérer les trois mois de mer qu’elle impose. Qu’on le veuille ou non il s’agit là d’un mariage de raison. On doit vivre avec le meilleur comme le pire. Et comme on le sait, jusqu’ici, la mariée est plutôt récalcitrante.
Ce n’est donc pas un hasard si au moment où l’on se parle, parmi les dix premiers concurrents, sept sont des circumnavigateurs d’expérience. Dans les cinq premiers, quatre cumulent des podiums dans un Vendée-Globe. Pas de doute, pour figurer dans cette course, il faut faire dans la durée et incidemment, être très patient. Il faut savoir faire le dos rond quand le temps l’impose et attaquer au moment voulu.
Sans vouloir rien enlever à ceux qui ont vu le rideau se fermer devant leur face, cette réalité démontre que ce sont présentement les meilleurs qui sont encore en mer. Vous me direz sûrement « oui, mais… et Loïck Peyron ? À cela je répondrai que les temps ont bien changés depuis sa mémorable course à bord de son Lada Poch. À cette époque, le Vendée-Globe n’était pas la régate planétaire qu’elle est aujourd’hui. Et c’est ce qui explique le fait que malgré toute l’admiration qu’on peut avoir pour ce dernier, l’implacable réalité est qu’il ne se trouve plus en course. Si la malchance a sévit, la chance elle, se créé.
Jusqu’ici, deux concurrents se sont avéré être des révélations dans ce Vendée-Globe. Le figariste Armel LeCléach persiste et signe. Il occupe le 4ième rang et il l’a fort bien mérité. Bien peu parmi nous auraient pu prédire qu’il se trouverait là où il est après la mi-course. À 31 ans seulement, le jeune homme a du cran. Il fait montre d’un aplomb digne des plus grands navigateurs et aussi des plus grands champions. Quoi qu’il arrive d’ici la fin de cette course, Armel aura gagné ses galons. D’ailleurs, comme celle-ci est encore loin d’être terminée, il ne fait aucun doute à ce moment-ci que la possibilité pour lui de réaliser l’impensable est belle et bien présente.
La deuxième révélation de ce Vendée-Globe est Samantha Davies. L’incroyable Miss Bikini village est 8ième à moins de 1500 milles nautiques du prof Desjoyaux. Ce dernier et nombre d’autres sur le plateau doivent soupiré de soulagement en se disant que c’est une chance que la blonde anglaise n’ait un plan Farr flambant neuf et maximisé. Car elle chaufferait les oreilles d’on sait qui et on sait où.
La bataille pour la 10ième place entre Arnaud Boissière est à la fois épique et spectaculaire. Avec son vieux bourrin, un plan Finot-Conq construit en 1998, il tient tête à Dee Caffari et Brian Thompson qui sont pourtant tous les deux équipé de montures flambants neuves. 32 petits milles séparent le premier du troisième.
Avec son gros orteil, l’anglais Steve White fait du chemin et devance Johnny Malbon. Il occupe le 13ième rang à plus de 2600 milles du meneur. L’anglais est un exemple de persévérance. Certes l’une des têtes les plus dures de toute la flotte.
Derek Hatfield avait deux objectifs en commençant cette course. Il voulait faire le trajet en moins de 100 jours, puis terminer dans les 15 premiers concurrents. Bien qu’il serait étonnant de le voir atteindre le premier de ses objectifs, le deuxième demeure tout de même à porté de main. Le Spirit of Canada n’est plus qu’à quelques dizaines de milles de Rich Wilson et du 15ième rang. Il se rapproche de jour en jour et d’heure en heure.
Les mauvaises langues diront qu’avec un bateau neuf, Hatfield devrait être beaucoup plus haut dans le classement. C’est ce que l’on dit quand on ignore que l’homme est un jeune père de famille endetté jusqu’à l’os qui tient à finir cette course à tout prix. Hormis l’aspect sécurité dans cette mer casse-bateau, disons aussi qu’Hatfield a très peu navigué au cours des dernières années, étant engagé corps et âme dans la construction de son bateau. Ce dernier a fait l’objet d’un chantier pour améliorer sa fiabilité et son confort mais pas ses performances.
Non vraiment, on ne peut qu’être surpris de le voir rendu là où il est et fier d’avoir accompli cet exploit remarquable dans le Vendée-Globe le plus difficile depuis celui de 1996-1997.
Au train où vont les choses, quand Norbert Sedlacek franchira le cap Horn, le vainqueur de ce 6ième Vendée-Globe sera à quelques encablures des Sables d’Olones. Le « Cylindric le germain » du Vendée-globe aura affronté à ce moment les douze dépressions d’Astérix. L’Homme au sourire éternel ne peut que forcer l’admiration. Son plan Nandor Fa, véritable dedeuche de ce 6ième Vendée-Globe n’en démontre pas moins une régularité et une fiabilité de Citroën, ce qu’il n’avait pas en 2004. On ne peut que souhaiter à ce marin extraordinaire de terminer cette course. Quand on pense aux innombrables trains de dépressions qui se succèdent à ce jour, on n’ose à peine imaginer combien il lui en reste à traverser avant d’arriver au Cap Horn. C’est pourquoi il aura d’autant plus de mérite, lui qui en aura bavé plus que tous les autres pour se rendre là. Ça méritera assurément une bonne bouteille de champagne…
