
Crédit photo: Voile en Ligne © 2010
L’une des révélations de cette édition de la Clipper Round the World Yacht Race est certainement le skipper Jan Ridd. Le skipper britannique de 45 ans a fait écarquiller les yeux de plusieurs en menant l’équipe canadienne au deuxième rang de toute la flotte. Nous l’avons rencontré lors de son passage à Sydney en Nouvelle-Écosse.
VeL : Bonjour Jan Ridd et bienvenue au Canada. Nous avons eu jusqu’à maintenant une course extrêmement serrée qui a donné lieu à des duels épiques et desquels, vous et votre équipe êtes souvent ressortis du lot. Quelle formule vous a permis de parvenir à de tels résultats jusqu’ici?
Jan Ridd : « Nous avons une formule simple. Les gens qui sont à bord sont des adultes et ils savent ce que l’on attend d’eux. L’entraînement subi avant le départ leur a permis de se préparer à naviguer dans un cadre exigent qui est celui d’une course. Cela inclut impérativement la régate.
Par ailleurs, naviguer sur un Clipper n’a rien de sorcier. Cela s’apprend. Et tous les membres de l’équipage font la rotation à tous les postes. Ils apprennent ainsi chacun des rudiments de la navigation sur ce type de coursier, que ce soit comme plage avant, aux bastaques, à la grand-voile, aux spis ou aux écoutes de génois. Et comme ils font tous les postes, l’équipe souffre un peu moins lorsque des équipiers ne font que l’une ou l’autre des étapes. La rotation cause alors moins de bouleversements. »
VeL : Vous avez eu une tempête dantesque lors de la traversée du Pacifique. Comment avez-vous géré cette situation?
Jan Ridd : « Cela a été difficile comme vous vous en doutez. À certains moments, nous avons eu des rafales à plus de 100 nœuds. Je n’avais jamais vu ça. C’est l’une des plus grosses tempêtes que j’ai vu en mer. Je voyais la dépression venir sur les fichiers Grib avec ses isobares collées comme un banc de sardines et je me suis dit qu’on allait y goûter. J’ai dit à mon équipe que nous ne nous battions plus pour gagner la course contre les autres équipes, mais bien plutôt pour gagner une course contre ce coup de vent.
J’avais le choix d’empanner et de plonger vers le sud, mais j’ai choisi de poursuivre et de monter vers le nord. Cette décision a changé toute la dynamique de la course puisque nous avons alors pris 100 milles d’avance sur nos poursuivants.
Mais nous n’étions pas tirés d’affaire pour autant. J’ai préparé l’équipe et j’ai ordonné que l’on range et attache tout ce qui devait l’être sur le bateau. Puis la tempête est passée.
Pendant une quinzaine d’heures, nous nous sommes cramponnés. Le bateau tapait contre les vagues dans une mer chaotique. C’était assez terrifiant. Le mât s’agitait de l’avant vers l’arrière comme une vulgaire branche d’olivier. Malgré tout, nous avons résisté à la tentation d’assécher le bateau de sa toile. Je pense que cela a été un bon choix. De cette façon, nous avons gardé un meilleur contrôle sur le coursier. Puis dès que le vent diminuait, on relançait de la toile. On a alterné comme ça une dizaine de fois. Nous étions crevés à la fin. Mais cela a payé. Étant plus au nord, nous avons empanné et ensuite navigué au vent de travers. Nous avons ménagé beaucoup de bords à tirer avec ce choix stratégique.
Côté psychologique l’équipe s’est comporté comme si elle était composée de pros. J’ai même eu une équipière qui est presque passée par-dessus bord alors qu’une vague balayait le pont. Fort heureusement, elle portait son harnais relié à la ligne de vie et sa veste de flottaison individuelle et nous n’avons donc eu aucun mal à la remonter sur le bateau. Je pense que nous avons eu plus peur de notre côté qu’elle a pu avoir peur elle-même… »
VeL : Vous avez démontré de remarquables qualités de meneur. Ce sont des qualités rares et recherchées dans des classes comme la Volvo Ocean race par exemple. Et quand on sait que la maturité sportive de la voile arrive en moyenne à peu près à l’âge où vous êtes, pourrait-on espérer vous revoir dans d’autres classes à un niveau sportif professionnel?
Jan Ridd : « Je ne sais pas. Pour l’instant je suis en course et je reste concentré. Je n’ai donc pas réfléchi à ce genre de chose. J’ai des engagements envers mon employeur qui est la Clipper Venture et avec lequel les relations sont excellentes. Par ailleurs, j’ai pas mal de trucs perso à régler à mon retour. Ça fait presque un an que je suis en mer. J’ai une conjointe. Nous voudrons d’abord nous retrouver et prendre quelques semaines de repos. Après je verrai. Naturellement, quand des offres se présentent, on les regarde. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on les accepte… »
VeL : Quel est votre objectif présentement avec deux manches à faire?
Jan Ridd : « Gagner la course. Les gars et les filles de Western Australia font une course sensationnelle. Mais tant et aussi longtemps qu’ils peuvent mathématiquement être rattrapés, la course n’est pas finie. Et nous ferons tout ce qui est possible pour finir les premiers. »
Tags: Clipper Round the World Yacht Race, Jan RiddArticles relatifs
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