
En avril 1981, le journal Ottawa Citizen publie un article dans lequel on raconte qu’un certain Don Macdonald projette de financer une équipe canadienne pour prendre part à la première édition de la Louis Vuiton Cup, cette série d’épreuves servant à déterminer le challenger officiel de la Coupe America. Macdonald qui est originaire de la Colombie-Britannique s’adjoint les services de trois autres partenaires, soit Marvin McDill, Robert Muir et William Neidl. Il s’agira de la première tentative du Canada pour devenir titulaire de l’aiguière d’argent, et ce depuis plus de 100 ans.
Les quatre hommes se réunissent une première fois dans un petit motel discret pour lancer le projet. « Nous avons discuté toute la nuit et au petit matin, le sujet a dévié sur la politique (…) À un moment critique de notre histoire, on s’est rendu compte que notre initiative pouvait avoir un certain impact sur l’unité du pays (…) » dira plus tard Don Macdonald, qui est devenu marin pêcheur après avoir fait carrière dans le milieu de la construction.
Comme il est obligatoire d’être associé à un yacht-club pour prendre part à l’America’s Cup, le club des quatre se voit contraint de former l’une de ces entités en raison des valses-hésitations des yacht-clubs existants, notamment le Royal Canadian Yacht-Club de Toronto où on est plus que perplexe devant un projet extrêmement coûteux et fort engageant.
Quant à Macdonald, ce dernier avoue candidement au Ottawa Citizen, que ses trois partenaires sont originaires des prairies et des rocheuses ; et qu’incidemment, ils n’ont jamais vu une goûte d’eau salée de leur vie… On comprendra alors l’attitude des dirigeants des yacht-clubs qui se grattent le cuir chevelu en regardant ce projet.
Devant cela, Macdonald ne se décourage pas. Lui et son groupe décidèrent donc de former un yacht-club sous « pavillon de complaisance »… Situé à 75 kilomètres au nord-ouest du Royal Yacht-Club de Vancouver, le « Secret Cove Yacht-Club » (c’est son nom) voit ainsi le jour aux fins express de supporter la candidature canadienne comme challenger de la Coupe America. Le club compte 20 membres pour la plupart vendus d’avance au projet, à une époque où la Cup est encore disons « minimalement abordable » avec une formule mettant en scène des voiliers de 12 mètres.
Macdonald sait aussi que le défi sera loin d’être une sinécure. De grosses pointures de la voile, des gens ayant marqué ce sport à l’échelle internationale seront au rendez-vous. Ils ne feront pas de cadeau.
Pour revenir à Macdonald, quelques jours plus tard, il se présente en personne au New york Yacht-Club pour y déposer les 10 000 dollars US qui sont requis en dépôt de candidature. C’est là qu’en feuilletant les règles de la Cup, il découvre qu’il est indispensable d’être associé à un yacht-club, d’où la démarche pour fonder le yacht-club de service nommé précédemment.
Au même moment, à l’autre bout du pays, le Royal Nova-Scotia Yacht-Squadron cultive lui aussi le rêve de ravir la Cup aux Américains. Les talentueux constructeurs navals de Lunenburg en Nouvelle-Écosse bâtissent le True North, un bateau qui est encore considéré aujourd’hui par les experts comme le Avro Arrow de l’America’s Cup. Ce bateau dessiné par Steve Killing était de loin le plus rapide de tous les AC de son époque. Hélas, faute de budget, le coursier n’a jamais pu être adéquatement préparé pour prendre part à la Louis Vuiton Cup. Le Canada portera donc son choix sur le plan dessiné par l’architecte d’origine montréalaise Bruce Kerby. Les deux projets, ceux de la côte ouest et de la côte est fusionneront et ce sera le Néo-Brunswickois Terry MacLaughlin qui agira comme skipper sur le Canada 2.
Sept équipes sont en lice pour tenter de faire face aux Américains, dont deux équipes françaises dirigées par Marc et Yves pajot. L’équipe canadienne fait bonne figure. Elle terminera quatrième et se rendra ainsi en quart de finale avant de finalement s’incliner devant les Australiens qui cette année-là, raviront pour la première fois en 137 ans l’America’s Cup aux Américains dirigés par le non moins diminutif célèbre Dennis Conner.
En 1988, Dennis Conner se rachète d’ailleurs en remettant et remet la main sur la Cup en Australie. Le Canada tente une fois de plus de devenir le challenger mais est rapidement évincé. Ce sera la dernière fois que les Canadiens présenteront leur candidature pour être les challengers de L’America’s Cup.
Le Canada 2 coule maintenant des jours paisibles en participant à des régates. Son port d’attache est maintenant dans les Antilles à St-Marteen.
Avec l’aimable collaboration de Messieurs Louis Hardy et Denis Anger.
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