Depuis que Roland Jourdain a annoncé qu’il avait perdu son bulbe de quille, tous le monde retenait son souffle. Non pas parce que nous espérions que Bilou puisse finir la course mais bien plutôt parce que tous ceux qui suivent les péripéties de ces marins savent que naviguer sans bulbe de quille est une aventure plus que périeuse. À n’importe quel moment, le bateau peut chavirer et mettre en péril la sécurité du marin. Et plus nous regardions les fichiers météo, plus nous savions que ceux-ci jouaient contre Bilou, et plus nos mâchoires se serraient et nos orteils se recroquevillaient dans nos godasses.
Tous le monde comprend le désarroi d’un gars comme Roland Jourdain. Surtout quand on pense que c’est pour lui un troisième tour du monde et que là -dessus, c’est son deuxième à finir en queue de poisson. Ce gars là a mis tout ce qu’il avait pour finir cette course et la gagner. Il aurait certes mérité un bien meilleur sort.
Mais nous savons que l’homme a du cœur au ventre. Et parfois, ce ne sont pas toujours les victoires qui font les gagnants. Bilou est un père de famille et personne n’aurait trouvé amusant de le voir risquer sa peau entre les Açores et les Sables d’Olones. Bref, le public n’en demande pas tant.

crédit photo: Gabriele Olivo/Telefonica Blue/Volvo Ocean Race
Puma a vu sa bôme être cassée, Telefonica Black a abandonné la course en raison de très inquiétantes fissures apparu sur sa coque. Green Dragon a aussi des problèmes structurels. Quant à Delta Loyds, son rail est endommagé, sa grand-voile est déchirée et il a demandé assistance car l’une de ses deux barres-roue est bloquée.
Point positif de l’affaire, bien qu’ils en aient bavé comme jamais, on ne dénombre aucun marin blessé dans cette hécatombe.
Côté course, Telefonica Blue en a profité pour prendre la poudre d’escampette et creuser un écart de 65 milles nautiques sur ses deux poursuivants, en l’occurrence les soeurs Ericson 3 et 4. Il faut dire que des tempêtes, Bouwe Bekking en a vu d’autres. Avec Torben Grael, il est de loin le plus expérimenté de la flotte en ce domaine. Premier à s’engager dans le détroit de Luzon en dépit du mauvais temps, Telefonica blue prend maintenant une sérieuse option sur la victoire d’étape.
Consternante fin de course pour le champion de 2004 qui ne se rendra pas aux sables d’Olones. Lui et Lecam se trouvait à ce moment, à environ 8 milles dans le nord-est du phare du Cap Horn. On se rappellera que l’origine de ce démâtage vient de l’assistance que Rioux a portée à Jean LeCam lors de son chavirage hier. Il avait à ce moment cassé l’un de ses deux out-riggers
Les deux hommes ne sont pas blessés mais le pont du bateau est semble-t-il très fortement endommagé et il n’y a plus de chandelier. Vincent Rioux a demandé assistance par Pan-Pan afin d’obtenir un remorquage. Ce type d’appel n’étant pas un May-Day, les occupants du bâtiment en détresse n’ont donc pas l’obligation de quitter le navire lors de l’arrivée des sauveteurs. Vincent Rioux pourra donc alors superviser la démarche d’un remorqueur chilien qui devait les prendre en charge autour de 21h00(HNE)
On imagine la scène sur le bateau entre les deux gaulois, farouches adversaires que sont Rioux et LeCam. Ce dernier atterré d’être la cause profonde du désastre et l’autre qui n’en fini plus de faire des courses cauchemardesque depuis sa victoire au Vendée-Globe 2004-2005 doit s’arracher les cheveux.
LeCam : – tout ça c’est de ma faute merde !
Rioux : Hé Ho, ne fait pas le con, là ! T’aurait fait la même chose à ma place. Tu serais venu m’aider…
Lecam : Ouais, mais sauf que moi, j’aurais pt’être pas bousillé mon out-rigger…
Et ça y est, c’est reparti !
Isabelle Autissier attend les deux gamins au petit matin à Puerto Williams pour remettre de l’ordre dans tout ça…













