Une dépêche nous apprenait hier matin, que le navigateur Jean LeCam avait pris contact avec son équipe à terre pour leur indiquer qu’une avarie sérieuse avait endommagé le Open 60 VM Matériaux. À ce moment, il semblerait que la conversation ait été interrompue inopinément. Pour cette raison l’inquiétude fût grande quant au sort du naufragé. Pendant plusieurs heures, la cellule de crise du comité de course devait répondre à de multiples questions et se préparer à toute éventualité. Le marin était-il à bord et si oui, était-il blessé ? Combien de temps pouvait-il tenir ? Avait-il de la nourriture et de l’eau ? Le bateau menaçait-il de couler ? La seule chose que l’on savait, c’est que le marin de 50 ans avait eu le temps d’indiquer que son bateau était en train de chavirer et que le bateau et son occupant étaient localisés à environ 200 milles nautiques au sud ouest de la péninsule chilienne du cap Horn.
Peu de temps après, un pétrolier accouru sur zone était en vue du voilier et demeurait sur place. Il tentait d’entrer en contact avec le skipper du VM matériaux retourné. Mais chose encore plus inquiétante, ses appels faits à l’aide d’une corne de brume sont cependant demeuré sans réponse. De plus, l’état de la mer ne permettait pas à l’équipage du bâtiment de lancer une opération de sauvetage. Un avion de la marine chilienne a aussi survolé la zone pendant environ une heure et demie. Le pilote a aperçu le voilier retourné et fait parvenir un rapport détaillé au comité de course.
Soupir de soulagement
On apprenait quelques heures plus tard que Vincent Rioux et Armel LeCléach étaient sur arrivés sur place. Vincent Rioux a alors pu prendre contact avec Jean LeCam. Ce dernier était sain et sauf à l’intérieur de son bateau. Rioux rapportait aussi que l’arrière de VM Matériaux, là où se trouve le sas de sortie en cas de chavirage, était immergé dans l’eau. Finalement, il signale que le bateau n’a plus de bulbe de quille. Ça explique le chavirage et l’incapacité du skipper de VM Matériaux d’effectuer une manœuvre de retournement à l’aide de son vérin de quille.
Après un sauvetage héroïque effectué par son adversaire de toujours Vincent Rioux, (dit le Terrible) Le roi Jean sera bientôt de retour sur la terre ferme, à Ushuaïa où sa compatriote et sœur d’armes Isabelle Autissier l’attend. Pour ce qui est de VM Matériaux, sans balise de positionnement, il serait étonnant que l’on puisse le retrouver et le récupérer dans ce désert marin. Quant à la cause du chavirage, Jean LeCam a parlé ce matin d’une collision avec un ou un OFNI.
Mais qu’importe le bateau quand on a pu sauver ce qu’il y a de plus précieux. La vie humaine n’a pas de prix. C’est un cliché mais on ne le dira jamais assez. Reste que c’est une triste fin de règne pour l’un des meilleurs vendeurs qui soit de son sport. Jean LeCam, un être pittoresque et plus grand que nature est maintenant un quinquagénaire sans bateau ni sponsor. Cet épisode marquera-t-il son chant du cygne ? On aurait tort de le penser. Jean LeCam a du ressort. Mais comme sa réputation et sa fortune ne sont plus à faire, on peut se demander s’il retournera dans une classe IMOCA qui l’oblige à s’engager dans le Vendée-Globe.
À la lumière des propos qu’il a tenus tout au long de ce périple, il est loin d’être sûr que Jean LeCam voudra s’engager de nouveau dans un tour du monde en solitaire. Ce Vendée-Globe a été des plus éprouvants pour lui et on sent qu’il envisage peut-être de passer à autre chose. Après tout, s’il n’a pas pu prendre la première place, il peut quand même affirmer sans gêne être un des plus illustre vice-gagnant. Il est faux de prétendre que l’on ne se souvient que de ceux qui sont les premiers. À preuve, bien peu de gens parlent du Vendée-Globe 2004-2005 et de la victoire de Vincent Rioux sans rappeler l’incroyable performance de son dauphin. De même, ceux qui font allusion à la route du rhum 2006 ne parle pas de Roland Bilou Jourdain sans se remémorer la remonté spectaculaire du roi Jean.
Mais LeCam est en définitive de cette génération de navigateurs qui, à l’instar d’Éric Tabarly, ne vont en mer pas seulement pour gagner. L’homme est aussi un épicurien. Un homme qui veut avoir du plaisir à naviguer. Un professeur qui, sans prétention aucune, veut communiquer ce qu’il sait. On l’a vu en classe Figaro comme en IMOCA. Et s’il estime avoir assez donné, d’autres classes l’attendent avec les bras grand ouverts. Moins casse-gueule, moins chers, plus conviviales et moins engageante. Si je suis un sponsor, je téléphone immédiatement à LeCam. « Allo Monsieur LeCam ? La class 40 est à vous si vous le voulez… »
Si, et je dis bien si la casse ne change pas encore, pour une sempiternelle fois, l’ordre des choses, on peut se demander comment les poursuivants parviendront à rattraper le roi des mers qu’est Michel Desjoyaux. Imaginez si ce gars là n’avait pas été retardé par ses problèmes électriques du début de course. Où serait-il présentement ?
Seul Roland Jourdain continue de s’accrocher au prof, n’accusant que 62 petits milles de retard. Grâce à Bilou, le suspens persiste et il sera fort intéressant de surveiller les options que prendront les deux skippers à l’approche des trois grands obstacles qu’ils leurs restent à franchir, soit l’anticyclone de Sainte-Hélène, le Pot-au-noir puis l’autre anticyclone, celui des Açores.
Bien sûr, il est encore permis d’espérer pour les poursuivants. Jean LeCam peut encore recoller. LeCléach et Rioux aussi. Mais les trois devront se mettre à l’ouvrage et cesser de naviguer avec la peur des casses au ventre comme c’est le cas présentement. Autrement, Rioux peut dire adieu à un deuxième titre. Quant à LeCam, il devra encore une fois se contenter de « la place du con… »
D’autre part, il ne faudrait pas négliger la navigatrice Samantha Davies qui est sans aucun doute l’une des figures dominante de ce Vendée-Globe. Elle bénéficie d’un crédit en milles compte tenu de son détour pour porter assistance à Yann Eliès. Elle est maintenant en 6ième place et frappe à la porte du carré d’as de cette course.
Bien qu’il était au départ l’un des favoris avec un des plus rapide bateaux de la flotte, Marc Guillemot a manqué de cette indispensable chance qui orne le parcours des vainqueurs du Vendée-Globe. La décision qu’il a prise en début de course était ce que l’on appelle en termes de hockey «un long shot.» Elle aurait tout aussi bien pu payer. Mais hélas, ce ne fût pas le cas. Fort heureusement pour lui, Marc ne fait pas une mauvaise course pour autant, loin de là. En plus, il est devenu une figure emblématique de ce 6ième Vendée-Globe en portant une précieuse et réconfortante assistance à Yann Eliès. Sa présence aux côté du marin sérieusement blessé a permis à tous de respirer d’aise. Finalement, en réparant à lui seul son rail de grand-voile, il a rappelé l’impérissable souvenir d’Yves Parlier qui avait jadis réparé le mât de son bateau au même endroit.
Même s’il ne fait plus parti des meneurs dans ce Vendée-Globe, Marc Guillemot brille en faisant encore une fois étalage du courage qui l’a toujours caractérisé. Incontestablement, il gagne le trophée du meilleur sportif. Et s’il est une chose que cet extraordinaire marin mérite, c’est bien de finir ce Vendée-Globe. Ils seront sans doute nombreux à vouloir aller le saluer dans le chenal des Sables d’Olones et cela sera tout à fait justifié.
La course est donc terminée pour le skipper canadien. Il est en effet impossible pour Derek Hatfield de réparer à lui seul. L’océan Indien, particulièrement vache cette année, aura donc eu raison d’un septième concurrent dans ce Vendée-Globe. Et cela fait d’autant plus mal qu’il s’agit du seul qui soit l’un des nôtres. C’est d’autant plus déplorable que Derek faisait aussi, depuis plusieurs jours, une bonne course qui le rapprochait graduellement de son prédecesseur l’américain Rich Wilson.
Voile en ligne tient à féliciter Derek Hatfield pour les innombrables efforts ainsi que la détermination dont il a fait preuve tout au long de ce projet. Malgré de nombreux sacrifices et des difficultés inimaginables, Derek n’a jamais abandonné. On ne peut qu’être fier de ce qu’il a accompli au fil des cinq dernières années. Peu de gens chez nous peuvent se vanter d’avoir pris part au Vendée-Globe. Avec Gerry Roufs et Benoît Parnaudeau, Derek est le seul autre marin canadien a avoir accompli cet exploit exceptionnel. Il est surtout le seul à l’avoir fait avec un bateau entièrement construit ici.
Derek, you can come back home head up! You are the greatest sailor of ours. Congratulations for what you have done!
Voici les premiers propos de Derek suite à son avarie. Nous les reproduisons tel que publiés sur le site du Vendée-Globe.
Un autre concurrent devrait lui aussi confirmer son abandon dans les heure qui viennent. On s’attend à ce que Sébastien Josse, qui était l’un des grands favoris de cette course, se détourne vers la Nouvelle-Zélande, en raison de ses safrans lourdement abimés lui aussi suite à un chavirage. Deux autre concurrents tentent quant à eux de réparer des avaries graves. Jean-Pierre Dick est au prise avec son safran endommagé il y a quelques semaines tandis que Steve White navigue avec un vit de mulet cassé. Finalement, Marc Guillemot est reparti après s’être arrêté au mouillage dans une baie de l’île d’Aukland pour effectuer une réparation de son rail de grand-voile.











