Deux jours de moins auront suffit pour franchir cet océan de misère. C’est non seulement dire jusqu’à quel point on va plus vite, mais aussi et surtout, que le vent a soufflé beaucoup plus fort. Car si le mauvais temps a mis ses embuches sur le chemin des coureurs au point de jouer les arbitres, il a aussi permit à d’autres de s’envoler.
Sur cette case là, l’impayable Michel Desjoyaux a encore prouvé qu’il est une coche loin au dessus des autres. Il a rivé le clou de Vincent Rioux et Armel LeCléach au point de reléguer ces deux là à plus d’une journée de navigation du premier rang. Il est en train de faire le même coup à Jean LeCam qui est ce soir à plus de 220 milles et à Sébastien Josse qui est à plus de 180 milles. Seul Roland Jourdain continue de lui tenir tête. Mais il est maintenant à 77 milles.
Tous diront que la fin de la course est encore loin. Mais admettons que ce qui se joue présentement a de quoi laisser songeur ceux qui, jusqu’ici, ne voyait Desjoyaux que derrière et non devant. Reparti des Sables d’Olones avec plus de 400 milles de retard après ses problèmes de ballasts, le prof impose depuis ce temps un rythme infernal. Il a doublé le peloton en entier…
Bien sûr, la course a été pleine de rebondissements jusqu’à maintenant et il peut se passer bien des choses encore. Mais ce qui se joue présentement est déterminant pour la suite de ce Vendée-Globe. On a en tête de flotte un grand champion avec un super bateau qui cavale depuis les Sables d’Olones et qui creuse l’écart sur ses poursuivants. La question est maintenant de savoir qui va arrêter le prof ? Ou quoi ?… Comme disait si bien l’ancien entraîneur du Canadien de Montreal Claude « Piton » Ruel et je cite : « Y en aura pas de facile » pour les poursuivants.
L’opération de sauvetage a été décrite en direct et avec émotion par Marc Guillemot qui, ému aux larmes, semblait revivre avec ses tripes, le calvaire qu’il avait subit il y a quelques années lors du chavirage du multicoque Jet Services IV.
À bord de l’Arunta, une équipe médicale attendait Yann Élies dans une salle d’opération. Il recevra donc des soins immédiatement.
Il faut saluer dans cette triste affaire au dénouement heureux, le professionnalisme des autorités du Vendée-Globe qui semblait cette fois-ci fort bien préparées. Le docteur Jean-Yves Chauve a fait un excellent travail. Quant au soutien de Marc Guillemot et Samantha Davies, que dire de plus sinon qu’ils ont probablement stabilisé l’état psychologique du marin blessé, ce qui a sans doute contribué à démarrer son processus de guérison.
La marine australienne, forte d’une vaste expertise dans le domaine a agi avec la célérité et le professionnalisme qui la caractérise. Finalement, dans cette histoire, qui que nous soyons, nous vivons intensément ce genre de mésaventure. Même nous les scribes, nous n’y échappons pas. Nous retiendrons que la solidarité des gens de mers mais aussi celle des milliers de personnes qui ont soutenu d’une manière ou d’une autre Yann Elies prouve qu’en ce monde, il y a encore du bon. Place à la course maintenant!
Marc Guillemot ne le lâche plus. Il a pu voir Elies lui envoyer un signe de la main de l’intérieur de son bateau. Moment émouvant s’il en est un… La navigatrice Samantha Davies a profité, quant à elle, de forts vents et accéléré. Elle est arrivée un peu plus vite que prévu et est maintenant sur place avec Guillemot. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes samedi et il est 15h00 à Canberra. L’Arunta serait donc arrivée près de Yann Elies et l’opération de récupération ne devrait plus tarder. La frégate Arunta de la marine australienne qui navigue depuis jeudi soir à plein gaz vers Generali, devait fort heureusement arriver sur zone un peu plus tôt que prévu.
La seule ombre au tableau est que durant la journée d’hier, les vents ont forcit à plus de 40 nœuds. Le navigateur blessé a donc dû de se faire brasser considérablement. Notons aussi que toute la course a comme été relégué au second plan par cet accident. Des internautes par milliers ont d’ailleurs fait parvenir des messages à Yann Elies pour le soutenir dans l’épreuve.
Côté compétition, les leaders Desjoyaux et Jourdain plongeait vers le sud au classement de 23h00HNE afin d’éviter une molle. Le premier accroit son avance, tandis que le deuxième tente de s’accrocher comme il peut. Il est maintenant à 80 milles nautiques. Détail significatif, Sébastien Josse et Jean LeCam sont maintenant relégué à plus de 200 milles du premier. L’anticyclone devant ne devrait pas y changer grand-chose dans les heures à venir puisque les leaders ont entamé une manœuvre de contournement par le sud.






