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Articles avec le tag ‘abandon’

La frégate australienne Arunta est présentement en route pour rejoindre, prêter assistance et évacuer au plus vite le navigateur Yann Élies qui s’est comme on le sait, fracturé le fémur plus tôt dans cette 38 journée du Vendée-Globe. Parti à 17h00(GMT) il a appareillé de la ville de Perth en Australie avec 3 heures d’avance sur l’horaire prévu. Dans les meilleures conditions, c’est-à-dire si le temps et la mer coopèrent, il rejoindra le monocoque Generali samedi après-midi.

Pour le moment, tous sont rongés par l’inquiétude quant au sort du marin. L’attente de plus de 48 heures sera sans doute interminable pour Yann Élies, lui qui, à cause de la douleur, ne parvient même pas à franchir les deux mètres qui le sépare de sa trousse de secours où se trouve de la morphine, ce qui pourrait grandement l’aider.

Joint lors d’une vacation spéciale tenue à 17h00(heure de Paris) le navigateur Marc Guillemot n’était plus qu’à une quarantaine de milles nautique de Yann Élies. Il faisait route à toutes pompes, dans une mer cassante, vent dans le pif et avec un bateau handicapé par un rail de grand-voile défectueux. D’une voix étreinte d’émotion Marc Guillemot a affirmé avec un sérieux ne faisant aucun doute, que «toutes les options sans aucune exception étaient envisagées» pour venir en aide à son compagnon d’infortune si la situation se détériorait.

IL faut dire que Guillemot a déjà vécu un semblable calvaire quand il était à bord du multicoque Jet Service IV il y a quelques années. Il avait du attendre les secours avec les jambes et le bassin cassés. Quand on connait un temps soit peu les qualités de ce marin hors norme, on sait que ce sera pour lui, une véritable torture mentale que d’être contraint à se tourner les pouces et faire des ronds autour du monocoque rouge de Yann Élies sans être en mesure de lui porter secours. La seule et unique chose qui pourrait l’empêcher de monter à bord de Generali sera le temps et l’état de la mer qui risquent de menacer sa sécurité lors de l’opération. Mais ceux qui connaissent Guillemot savent qu’en bon marin expérimenté, il fait déjà travailler ses méninges pour concevoir des scénarios afin d’effectuer un abordage de façon sécuritaire. Car, s’il est une chose sur laquelle tous s’entendent, c’est que même une heure, c’est trop long. Imaginez-en 48 alors…

L’«idéal» serait d’attendre l’arrivée de Samantha Davies. Avec l’aide de l’anglaise, Guillemot pourrait à ce moment se servir d’ancres flottantes ou d’une bouée de sauvetage pour passer une amarre de fortune autour de Generali. Samantha Davies pourrait alors le hisser sur le bateau avec l’une de ses winchs. Pour aborder le monocoque avec un minimum de risque pour sa sécurité, Marc pourrait se servir de l’un de ses canoës de sauvetage. Après avoir prodigué les premiers soins à Élies, il pourrait ensuite faire route vers le nord pour raccourcir le délai de contact avec la marine australienne.

Évidemment, tout cela relève du cinéma. Ça n’est faisable que dans la mesure où la mer et le temps se mettent de la partie. Et fort malheureusement, on annonce rien de bon de ce côté. De plus, l’opération a des implications incalculables. Guillemot serait contraint de lancer ses balises de détresse et d’abandonner son bateau avec tout ce que cela implique. Il devra par la suite s’éloigner au plus vite pour éviter tout risque de collision avec Generali. Sans compter que les chances de récupération de ce superbe espadon sont minimes dans ce désert marin. Mais qui se souci de Safran ? Comme on dit en anglais «Who cares ?» Même à 5 millions l’unité, quand une vie humaine est en jeu… Car nous savons tous que plus le temps passe et plus la situation devient critique… Et vous ! Que feriez-vous à la place de Marc Guillemot si vous aviez votre chance? En tous cas moi, je n’hésiterais pas une seule minute.

Dernière heure :

Marc Guillemot a fait la jonction avec Yann Élies. Il a pris contact avec ce dernier. Son état est stable et Marc n’envisage pas pour l’instant d’autre option que de demeurer au contact.

Terrible nouvelle ce matin en provenance du pays de l’ombre. Le skipper du monocoque Générali Yann Eliès est sérieusement blessé. Il souffre d’une fracture du fémur. Il s’est infligé cette vilaine blessure alors qu’il était à la manœuvre à l’avant du bateau. Il semble que celui-ci se soit soudainement arrêté lors d’un enfournement. Yann Éliès aurait alors été projeté sur le balcon avant de s’effondrer sur le pont avec la jambe cassée.

Bien que la fracture n’en soit pas une dite « ouverte, » elle n’en demeure pas moins souffrante à l’extrême et nécessite de toute urgence l’évacuation du skipper vers l’hôpital le plus proche. La course est donc terminée pour lui, cela va de soit. Selon un ancien patrouilleur de ski questionné sur le sujet ce matin, le risque de détérioration massive et rapide de l’état de santé est bien réel et les minutes comptent.

Yann Éliès doit demeurer immobile et si possible, se faire une attèle. Il doit aussi tenter de s’alimenter et de boire pour éviter la déshydratation, ce qui, on en conviendra, est loin d’être simple. Jusqu’à maintenant il a réussi à ramper péniblement jusqu’à sa bannette devant la table à carte à l’intérieur du bateau. Il est donc en relative sécurité. Il a pris contact avec le médecin officiel de la course le docteur Jean-Yves Chauve qui l’assiste et lui fournit un soutien psychologique en attendant l’arrivée des secours. Il semble cependant que Yann Éliès soit incapable (du moins pour l’instant) de s’administrer les premiers soins. Au moment d’aller sous presse, il n’avait pu atteindre la trousse de secours pourtant située à moins de deux mètres de lui. On sait que cette dernière contient de la morphine, ce qui à l’évidence serait fort utile pour apaiser la douleur.

Le skipper Marc Guillemot s’est quant à lui détourné pour aller lui aussi prêter une assistance psychologique qui, on le comprendra, est absolument nécessaire. Il est à 100 milles nautiques du coursier qu’il devrait atteindre ce soir. Même chose pour Samantha Davies sur Roxy. Elle est à un peu plus de 500 milles et prévoit être sur zone d’ici une quarantaine d’heures. On peut penser que les deux adversaires vont vraisemblablement tenter se mettre en travers de la houle afin de minimiser autant que faire se peut, l’effet de la mer sur le bateau du skipper blessé. De plus, ils garderont le contact visuel et radio avec le bateau. C’est tout ce qu’ils peuvent faire car pour des raisons de sécurité, il leur est interdit et de toute manière impossible de tenter de s’approcher à portée de bras du coursier pour monter à bord.

Generali est présentement à la cape (immobilisé et face au vent) sous trois ris et trinquette. Il est situé à environ 800 milles nautiques des côtes australiennes vers lesquelles il avance à environ 2 nœuds. Une assistance héliportée est impossible. Compte tenu de la distance énorme, aucun hélicoptère ne possède une autonomie de carburant suffisante pour atteindre le coursier et revenir à son port d’attache. De toute façon, un hélitreuillage directement du bateau est aussi à proscrire. En raison de la longueur du mât, les risques de collision ou d’enchevêtrement du câble d’hélitreuillage avec le gréement du bateau sont beaucoup trop grands.

Les conditions climatiques ne permettent pas non plus d’effectuer le parachutage d’une équipe de soins. Cette option a aussi été rejeté d’emblée car elle ne permettrait pas aux plongeurs d’atteindre le coursier. Dans une mer très dure, les plongeurs risqueraient d’être blessés en tentant d’atteindre un bateau qui ballotte dans tous les sens.

le HMAS Arunta
Crédit photo: Leading Seaman Phillip

Les secours s’organisent cependant du côté de la marine australiennes. Mais ça risque d’être extrêmement long pour le solitaire qui ne pourra être secouru avant la fin de la journée de samedi. Aux dernières nouvelles, les autorités de la Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Canberra ont décidé de détacher une frégate médicalisée de type Adélaïde qui devrait quitter Perth ce soir à 21h00 heure de Paris. On évaluait également la possibilité de faire monter un hélicoptère sur la frégate pour accélérer l’assistance par une tentative de larguage d’une équipe de soins aussisitôt que le rayon d’action permettra l’atteinte du coursier. La manoeuvre pourrait alors se coordonner et se verrait facilitée par la présence des deux autres concurrents déjà sur place.


Course terminée pour Mike Golding!

L’anglais Mike Golding a démâté au début de la journée. Incroyable mais vrai! La plume des scribes ne parvient pas à suivre la cadences des mauvaises nouvelles qui, comme des déferlantes, nous parviennent des coureurs du Vendée-Globe 2008-2009. Nous ne sommes pas encore à la mi-course que 12 Open 60 sont déjà au tas. Certains ont vu leur course se terminer dans l’amertume et la tristesse. Pour d’autres, c’est carrément la désolation.

Pas de doute, ça fait mal au cœur de voir ces marins qui en arrachent. Eux qui ont mis tout ce qu’ils avaient dans cette aventure dont le niveau de misère croit au rythme des milles qui se perdent dans le sillage des vaincus de l’océan Indien.

Triste même ! Voir le Cheminées Poujoulat de Bernard Stamm se déchirer contre les cailloux rappelait ces cétacés qui s’échouent et que l’on tente désespérément de sauver alors qu’ils sont asphyxiés par leur propre pesanteur. Imaginez, 12 bateaux au rancart jusqu’ici. Plus du tiers de la flotte… Et nous ne sommes pas encore à la mi-course. Si l’on poursuit à ce rythme, il ne resterait que 5 ou 6 bateaux à l’arrivée aux Sables d’Olones. C’est tout dire…

Est-ce que ça va trop vite ? Jugez plutôt par vous-même. En comptant Paprec Virbac II auquel je ne crois plus aux chances de continuer ; et depuis l’abandon de Pakea Bizkaïa du basque Unaï basurko, 8 bateaux ont lancé la serviette. Sur ces 8 concurrents, 4 se battaient dans le top 10 et deux autres (Cheminée Poujoulat et Temenos II) cravachaient pour recoller au peloton de tête. Encore plus troublant. Sur les 12 éclopés, 10 ont été mis à l’eau pendant ou après l’année 2005. On compte 5 démâtage jusqu’à maintenant dans cette course de fou, 6 en comptant les problèmes de Jérémi Beyou. Toutefois, un seul concerne un bateau construit avant 2005, soit Aquarelle.com de Yannick Bestaven.

On aura beau dire tant qu’on voudra que l’océan Indien est particulièrement vache cette année, c’est indiscutablement vrai, mais il reste que c’est derrière la flotte que les plus dures bastons sont passé alors que c’est devant que tout a cassé. Les dirigeants auront tout à loisir d’argumenter sur les tribunes qu’ils veulent qu’il s’agit d’un sport mécanique, reste qu’il y a quelque chose d’étrange là-dedans qui me fait dire que des gens devront s’y mettre pour trouver des solutions fiables. Nous savons tous que le Vendée-Globe est la pire des course d’endurance mais ça n’exempte pas du devoir de progresser. Des pas de géant ont été fait pour améliorer la sécurité. Il faut dorénavant s’attaquer aux problèmes de fiabilité des bateaux.

Pour justifier ce qui précède, voici quelques chiffres. Si on fait une moyenne conservatrice d’environ 7 millions d’Euros par équipe, on est à plus de 100 millions de dollars US qui se retrouve à quai suite à ce derby de démolition. Certains ont vu le fruit de leurs efforts et surtout de leurs capitaux s’envoler en fumé après seulement une trentaine d’heure de course. C’est le cas de l’entreprise Hugo Boss qui y a engouffré plus de 10 millions d’Euros. Entre vous et moi, plus tôt que tard, il y a inévitablement des sponsors qui vont commencer à y penser à deux fois. L’IMOCA et l’ISAF seraient donc tout avisés de prendre acte de la situation et surtout de ne pas faire comme si de rien était. La voile de haut niveau telle qu’on la voit présentement ne dispose pas d’assise qui permettrait d’ignorer ce qui se passe.

Prions maintenant pour que rien n’arrive aux marins d’ici la fin de cette galère car si tel était le cas, le mot désastre ne pourrait alors plus être évité.

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