
Crédit photo: © Gilles Martin Raget
Aujourd’hui, nous vous proposons un texte du coureur Gaël Simon. Comme on le sait, Gaël possède une bonne expertise des multicoques. Il nous livre ici une excellente chronique sur la prochaine édition de l’America’s Cup qui aura justement lieu sur ce type de bateau. Bonne lecture à tous!
Le 14 février 2010, le sensationnel trimaran à aile rigide BMW Oracle remportait de façon convaincante les deux courses qui l’opposaient au catamaran suisse Alinghi. Le jour même de cette victoire, le défi du Club Nautico de Roma était accepté sans hésitation par le nouveau defender BMW Oracle. Depuis, beaucoup de suspense et de spéculation ont précédé la divulgation des règles de classe. (1) en octobre, et ont entouré le processus de sélection de la ville hôte. San Francisco a été officiellement choisi le 31 décembre dernier pour accueillir la Coupe Louis Vuitton et le Match final. Et donc, un calendrier de course international où s’affronteront les multicoques à ailes rigides de la prochaine génération de coupe de l’America se précise chaque mois.
L’amphithéâtre naturel qu’offre la Baie, le bassin de population qui l’entoure et sa capacité à accueillir un évènement de cette envergure font de San Francisco la ville parfaite pour y tenir la coupe Louis Vuitton et le Match. Mais les autres villes en lice pour accueillir la 34e Coupe de l’America, ne repartent pas les mains vides. En effet, le calendrier de l’AC34 compte des courses ailleurs aux états unis et à l’étranger dès 2011. L’Italie, L’Espagne, les Émirats Arabes Unis et d’autres pays accueilleront les étapes de la nouvelle « America’s World Cup ».
Le village de la coupe occupera les quais 27 à 32 (2) présentement à l’abandon ou en piteux état, qui seront d’ici là transformés et gréés de toute l’infrastructure des différentes équipes et d’une structure d’accueil pour le grand public. Tout près du centre-ville, visible des quais du quartier Fisherman’s Warf, d’Alcatraz, du Golden Gate, de Treasure Island, de la péninsule de Tiburon et du parc d’Angel Island, le plan d’eau sur lequel s’affronteront les AC45 et les AC72 sera le plus accessibles pour le public de toute l’histoire de l’épreuve.
Tout en étant suffisamment spacieux pour permettre de régater à 30 ou à 40 nœuds sur l’eau, il offre des défis tactiques considérables : les courants complexes de la Baie ne feront pas une différence énorme vu la vitesse à laquelle ces monstres de carbone se déplacent, mais leur effet sur la surface de l’eau et les clapots qu’ils engendrent sur la zone du parcours auront sans doute un impact sur les stratégies des skippers. Le principal défi qu’auront à relever les équipages à San-Francisco sera sans doute l’irrégularité des vents dans la Baie : tantôt défléchis par les édifices et les collines du centre-ville, tantôt accélérés par l’entonnoir du Golden Gate.
La qualité principale de ce plan d’eau (3) demeure la proximité du public, et la capacité de San Francisco d’attirer la population du monde entier vers le parcours de la course. Il sera facile pour la foule de suivre la course du centre-ville, et la flotte abondante de bateaux à vocation touristique sera capable d’accommoder une clientèle de spectateur nombreuse. Bien des yeux seront rivés vers la baie pour voir dépasser les ailes immenses des AC72 du brouillard qui cache souvent une partie du grand pont rouge qu’ils auront à longer…
Des retombées économiques de l’ordre du milliard de dollars américains sont attendues à San Francisco d’ici le Match de la 34e coupe de l’America, mais des investissements majeurs doivent être faits sur les quais pour en faire l’écrin où accosteront les AC72. Le village de la coupe offrira d’ailleurs une opportunité aux architectes d’ajouter de nouveaux bâtiments portuaires à la signature visuelle de la ville. Beaucoup de marins curieux visiteront le village de l’America’s Cup de San Francisco pour y admirer cette nouvelle génération de gréements qui jusqu’à tout récemment était très marginaux, mais qui promettent de devenir de plus en plus communs sur les bateaux de course du 21e siècle.
Le cahier des charges auquel les concepteurs des AC45 et des AC72 auront à se soumettre vise à permettre des régates plus impressionnantes pour le public dans une gamme de conditions plus vastes pour limiter les reports trop fréquents avec les anciennes classes. Le nouveau catamaran à aile rigide devra être manœuvrant dans 6 nœuds de vent réel et sécuritaire dans une brise de 30 nœuds sur eaux protégées. Les coques et le gréement devront pouvoir être désassemblées et réassemblées en deux jours ou moins, et la vitesse sur l’eau devra voisiner les 30 nœuds avec une structure capable de naviguer à plus de 40 nœuds. Un équipage de 11 marins dont 1 caméraman devra se partager le travail que nécessiteront les manœuvres sur un tel engin, ce qui fera de l’équipage la principale limite à la performance des bateaux sur le parcours.
Quelques mesures des catamarans à aile rigide AC72
Les coques
Longueur hors tout : 22.0 m 72’
Maître-bau : 14.0 m 46’
Déplacement : 7,000 kg 15,500 lbs
Volume d’une coque 14 m3 494.4 pi3
Taille maximale des dérives 7 m 23’
Les ailes
Surface de l’aile rigide : 300 m2 3,229 pi2
Poids minimal d’une aile : 1325 Kg 2921 Lb
Poids de la «petite» aile : 1125 Kg 2480 Lb
P de la petite aile : 18 à 19m 59’ à 62.3’
P de la grande aile : 37m 121.4’
Voiles d’avant
Hauteur des points de drisse :
I du foc sur la «petite» aile : 28.2m 92.5’
I du gennacker de brise : 29.7m 97.4’
I du foc sur la grande aile : 35.5m 116.5’
I du Code zéro et du gennacker: 37m 121.4’
Position du point d’amure des voiles d’avant par rapport à l’aile :
J (point d’amure des focs) 9m 29.5’
J sp (point d’amure des spis) 13m 42,7’
Outre l’introduction de maxi-multicoques et d’ailes rigides, la grande nouveauté dans cette édition de la coupe de l’America sera le calendrier international de courses pré-Louis Vuitton. Les challengers et les defenders s’affronteront lors de 12 événements répartis autour de la planète. En plus de multiplier la visibilité pour tous les commanditaires, cette innovation permettra à la majorité des équipes de performer devant leurs partisans chez eux et gardera les amateurs de l’America’s Cup en haleine d’ici la Louis Vuitton. Les premières étapes de cette nouvelle America’s cup world series seront disputés à bord d’AC45, catamarans à aile rigide de 45’ hors tout, qui serviront de plateforme de recherche pour peaufiner les règles de classe des AC72 et qui permettront aux équipes de s’entraîner sur une plateforme semblable à celle de AC72. En mars 2012, les grands frères seront mis à l’eau et les AC45 seront transmis à la relève dans le cadre de la Youth America’s cup qui vise à préparer la prochaine génération d’équipiers pour les coupes America à venir.
Le Calendrier
-Inscription des équipes avant le 31 mars 2011
-3 America’s cup world series en 2011 avec les AC45
(utilisés jusqu’en mars 2012 puis cédant la place au AC72 )
-Naissance de la Youth america’s cup en 2012 avec les AC45
-6 «world series» en 2012
-3 «world series» en 2013 avant la Louis Vuitton qui sélectionnera le challenger
-34e America’s cup à San Francisco en AC72 en septembre 2013
Le port de San Francisco se prépare à accueillir une édition de la Coupe qui marque un changement de cap important dans l’histoire de notre discipline. Cet événement, qui se veut carboneutre et orienté vers la sensibilisation du public sur la protection des écosystèmes marins, trouve déjà beaucoup de support parmi les marins de la région et est reçu avec beaucoup d’enthousiasme par l’ensemble de la population locale. Nous verrons bientôt les premiers AC45 flotter sur l’eau d’une Baie parfaite pour le spectacle que les scènes de la victoire de BMW oracle l’an dernier nous fait attendre avec impatience.
Gael Simon
Voile en ligne
Berkeley, CA
1 (http://www.americascup.com/media/files/m1065_2010_10_15_AC72_Class_Rule.pdf)
2 (http://www.cupinfo.com/en/americas-cup-2013-san-francisco-event-plan-03.php)

Dessin et photo: America’s Cup
Fini les folies! La prochaine Coupe de l’America sera disputée sur des catamarans de sport.
On se souviendra de la 33e édition comme celle de « l’Avocat’s Cup ». Après la 32e coupe, les Américains ont entrepris de mettre de l’ordre dans l’acte de donation, ce qui a eu l’heur de soulever la colère des Suisses du Syndicat Alinghi. Résultat, on s’est retrouvé devant les tribunaux pour des mois. De quoi écoeurer souverainement les amateurs.La nappe de discorde est même venue contaminer le côté commercial de la coupe. Las de toutes ces chicanes, l’entreprise Louis Vuiton qui s’était traditionnellement impliquée dans la Cup a choisi de retirer ses billes et d’aller jouer ailleurs.
Cette interminable saga a finalement débouché sur la création d’un « dog-match » pour la 33e coupe. Les deux concurrents se sont présentés sur la ligne de départ avec des engins que l’on pourrait qualifier sans gêne de superbrontosaures de la voile. Les Américains ont cependant facilement vaincu les Suisses avec une machine qui dépassait l’imagination, soit un trimaran de 100 pieds de long muni d’une aile rigide. Le tout cumulant sur un mât d’une hauteur de 223 pieds, soit plus long qu’un Boeing 747. Plus fou que ça tu meurs!
C’est avec ce vaisseau spatial que les Américains sont facilement venus à bout de Suisses dans ce que l’ont pourrait qualifier de « massacre de la Saint-Valentin ». En effet, c’est le 14 février que nos amis d’en bas sont allés botter le derrière des horlogers qui ont vite réalisé qu’ils n’étaient tout simplement pas de taille contre l’avion de BMW Oracle Racing.
Si tous s’entendent pour affirmer qu’il s’agissait là d’une belle démonstration de ce que les technologies les plus avancées peuvent apporter en termes de construction navale, il n’en demeure pas moins que d’un point de vue strictement sportif, la coupe fût un échec.
Même si l’expérience de la 33e Cup a donné des résultats intéressants, il ne faut pas être un devin pour saisir que la coupe s’enlignait sur une pente descendante. Il fallait se tourner vers l’avenir avec une Cup qui aligne à la fois ce qu’il y a de plus spectaculaire dans la voile, soit les multicoques et en même temps garder une certaine tradition.
Russel Couts, l’homme à la valise pleine de Cups, a bien compris le message. Il a observé un peu partout ce qui se passe et nous revient aujourd’hui avec un acte de donation renouvelé. Il a senti le vent qui vient entre autres de l’Extreme Series qui gagne en popularité.
La prochaine Cup sera donc disputée sur des catamarans de 72 pieds. Le AC72 sera construit en Nouvelles-Zélande. Il sera muni d’une aile rigide semblable à celle du BMW Oracle Racing. Les règles de jauges seront aussi plus sévères et limiteront les coûts d’opération. « Ces nouveautés procureront l’équité pour tous les concurrents. Elles garantissent une stabilité économique aux équipes et aux partenaires commerciaux. Nous avons promis une Coupe qui soit juste ainsi que de l’innovation et c’est ce que nous offrons. Pendant nos six mois de réflexion, nous avons parlé à tout le monde, que ce soit aux équipes, aux partenaires commerciaux, aux médias aux supporteurs… Une idée très claire et évidente s’est dégagée (…) nous avons besoin des meilleurs marins qui s’affrontent sur les bateaux les plus rapides du monde » a déclaré le patron de la Cup Russel Coutts lors de la conférence de presse tenue la semaine dernière.
En plus du nouveau AC72, un catamaran AC45 à l’échelle sera aussi construit pour la World Series qui débutera l’an prochain. L’idée derrière ce nouveau concept tient essentiellement à attirer les jeunes talents mondiaux de la voile vers la Cup.
Pour ce qui est de l’endroit où se tiendra la prochaine édition de l’America’s Cup, on nage dans la brume pour paraphraser Jean Perron. Les Américains aimeraient bien que ça se fasse chez eux, mais le diable est aux vaches avec les environnementalistes sur la question des aménagements dans la baie de San Francisco. Les yeux sont donc tournés vers l’Europe pour l’instant. La ville de Valence en Espagne a une longueur d’avance.

Crédit photo: © AC Clopaedia
Peu de gens savent que le Canada s’est présenté deux fois coup sur coup à titre de challenger de l’America’s Cup. Cette ignorance est peut-être due au fait que les résultats de ces deux tentatives de conquête du plus vieux trophée du monde n’ont pas constitué le chapitre le plus glorieux de l’histoire canadienne de la course au large.
À la suite à la déconfiture de 1876, on aurait pu penser que le Canada aurait passé son tour. Mais au contraire, un autre yacht-club s’est désigné comme challenger de l’America’s Cup. C’est le Bay of Quinte qui se présente. Et une fois de plus, c’est encore le capitaine Alexander Cuthbert qui est désigné comme dirigeant du projet et skipper. Il fait construire le premier sloop de l’histoire de la Cup.
Le bateau est une fois de plus mis à l’eau très tard et conséquemment, il ne peut effectuer une descente du Saint-Laurent, la route étant trop longue. Le bateau sera donc acheminé vers New-York par le canal Érié via Oswego. Mais comme la largeur du voilier excède la largeur maximum du canal, l’équipage se voit contraint de ballaster le navire pour lui permettre d’accéder à certains passages étroits. On fait même appel à des mules pour permettre au bateau de négocier certaines parties du canal, ce qui lui vaudra le surnom un peu méchant de « Canadian Mud Turtle ».
Quand le bateau rejoint enfin Albany dans l’État de New-York, l’équipage s’empresse d’installer le mât et de gréer le coursier pour lui permettre d’être prêt pour la course. Il arrivera à New-York le 30 octobre 1881. Au même moment s’amorcent les préparatifs du Defender en vue de la course qui aura lieu en novembre.
L’équipage de professionnels venant de Belleville en Ontario et promis au capitaine Alexander ne se présentera finalement jamais à New-York pour la course. À la hâte, on réunit donc un équipage de marins amateurs sélectionnés au Oswego Yacht-Club.
Atalanta, personnage de la mythologie grecque, est une jeune fillee connue pour sa vitesse. Elle ne voulut épouser uniquement le prétendant qui réussirait à la devancer lors d’une course. Pour ce qui est de l’Atalanta Canadienne, on peut presque dire que le mariage a été consommé avant même le début de l’épreuve. Si les nombreux prétendants de la mythologie grecque y ont laissé leur peau, dans le cas du bateau canadien, c’est la belle qui fût plutôt rapidement dévorée.
Le voilier du sujet de Sa Majesté se présente contre un adversaire de taille. C’est le célèbre Mischief qui est désigné pour être le defender du côté américain. Il s’agit d’une première. Le Defender est élu suite à une ronde éliminatoire au cours de laquelle il a eu le dessus sur plusieurs prétendants.
Le bateau dont la coque est faite d’acier est surnommé « Iron Pot ». Propriété du Britannique Joseph Busk, les origines de son propriétaire sont d’ailleurs l’objet d’une controverse quant au respect des règles édictées pour la défense de la Cup. Comme quoi les différends ne remontent pas à hier.
Une fois les discutions terminées, les deux bateaux se retrouvent sur l’eau. Le coursier américain infligera en moins de deux, une double taloche au pauvre voilier canadien. Le 9 novembre 1881, Mischief terminera un aller-retour de 32 milles nautiques avec plus de 28 minutes d’avance. Il sera une fois de plus sans pitié le lendemain, rajoutant dix minutes de plus à cet humiliant résultat.
Devant cette navrante performance du bateau canadien, l’acte de donation est modifié. Les challengers doivent dorénavant situés sur un affluent direct de la mer et surtout, ils doivent se rendre au lieu de l’épreuve avec leurs propres moyens. Plus question de mules donc !!
En 1882, l’Atalanta navigue sur le lac Ontario et prend part à la Fisher Cup. Il s’emparera du trophée qu’il conservera jusqu’en 1886. Par la suite, le bateau sera endommagé par un incendie. En 1896, il sera par la suite vendu et ramené à Chicago pour y être restauré. La dernière fois qu’on l’a vu, l’Atalanta naviguait près de la Nouvelle-Orléans.
Source : AC Clopaedia.





