
Crédit photo: service de presse Transat Jacques-Vabre
Depuis seulement cinq jours, la Transat Jacques-Vabre 2011 a été lancée. Déjà on compte les abandons à la chaine. Évidemment, on ne fait pas d’omelettes sans se casser les noix dans cette régate transatlantique où les œufs sont bien brassés et les crêpes se retournent d’elles-mêmes. C’est toujours la galère dans l’Atlantique-Nord qui, fidèle à ses plus mauvaises habitudes, fait office de collecteur de taxes de circonstance. Et cette année, les paradis fiscaux sont rares. Ils sont nombreux à passe à la caisse.
Et le tableau des éclopés s’allonge avec des noms évocateurs. Lionel Lemonchois, Franck-Yves Escoffier, vous conviendrez qu’il ne s’agit pas ici des Dupont dans la fontaine de Moulinsart avec la Dedeuche!
Le premier a cassé son bras de liaison avant tandis que le deuxième a « descendu l’escalier du château » assis sur un winch après avoir été projeté par une vague. Il est dans sa bannette depuis et s’approvisionne aux antidouleurs pendant que son coéquipier Antoine Koch a pris la barre et tente de le ramener à terre le plus doucement possible.
D’ailleurs, la flotte des multis 50 est décimée au point de se demander si les Costaricains verront un seul de ces magnifiques multicoques. Il n’en reste plus que deux sur les six ayant pris le départ. Monopticien a fait demi-tour pour une avarie de son safran tandis que Fenêtre A. Cardinal est aux prises avec une voie d’eau.
Les Class 40 ne sont pas en reste dans ce derby de démolition. Deux des favoris ont baissé pavillon. LeCoq Cuisine et Comiris Pôle Santé Elior de Thierry Bouchard. Puis, l’un des favoris de la Transat Initiative/Alex Olivier du skipper Tanguy DeLamothe a perdu sa quille. Il fait route vers le port le plus proche à vitesse réduite, ballasté au maximum et matôssé en conséquence. Les deux marins ont revêtu leur VFI et mis leur protocole d’urgence tout prêt au cas où. Chez les IMOCA, Arnaud Boissière a de son côté connu les affres d’un démâtage sur son Open 60 Akenas Verandas.
Qui revendique le titre de roi de la malchance?
Et puis voilà Bernard Stamm et Jeff Cuzon qui doivent évacuer Cheminée Poujoulat, victime d’une voie d’eau majeure probablement suite à un choc avec un détritus flottant. Une situation qui est on ne peu moins dramatique pour Bernard Stamm. En effet, cela pourrait remettre en question sa participation au prochain Vendée Globe. Et le seul fait de devoir abandonner en mer un Open 60 flambant neuf sorti des chantiers au printemps dernier génère un impact psychologique dévastateur. Imaginez un instant seulement l’argent investi mais surtout les milliers d’heures passées sur un tel projet et vous comprendrez que ça ne doit pas être la joie dans cette équipe. Pour finir, on apprenait aujourd’hui que PRB était rentré aux Açores suite à une fissure détectée sur l’une de ses cloisons étanches. La course est vraisemblablement terminée aussi pour Vincent Rioux.
Voilà donc pour les coursiers retournés à leurs garages. Pour les autres, la course continue non sans peine. Mais nous vous ferons grâce de tous les petites casses, des systèmes électriques qui envoient les équipages péter dans les fleurs, aux pilotes automatiques qui disent merde, en passant par les morceaux de voile qui virevoltent comme autant de fanions au festival de la patate, sans quoi, nous en aurions jusqu’à demain matin et nous ne sommes pas certains que vous nous lirez jusque-là.
Outre les nombreuses casses ainsi que la presque disparition des Multis 50 du tableau de la course, on remarque surtout la rapidité des IMOCA. Samedi après-midi, le premier IMOCA n’était qu’à une soixantaine de milles nautiques du premier Multi 50. La majorité de la flotte IMOCA a avalé le trimaran Maître Jacques de Loïck Féquet qui n’est autre que l’ancien Crêpes Whaou.
Le suspens est d’ailleurs total. La course prend l’allure dune bataille rangée entre Anglais et Français. Hugo Boss ayant momentanément pris la tête. Une situation qui doit faire un petit velours à Alex Thompson après tous les ennuis qu’il a connus. Il a toutefois cédé la place à Virbac Paprec III de Jean-Pierre Dick et est maintenant devancé aussi par Banque Populaire VI qui revendique maintenant la deuxième place.
Mais c’est la Class 40 qui vole le show cette année avec un duel d’anthologie entre les Français d’Aquarelle.com et les Anglais de Concise 2 piloté par Ned Collier Wakefeld et Sam Goodchild. Les deux jeunes anglais de 22 et 23 ans étaient de parfaits inconnus du milieu des courses océaniques avant qu’ils n’enlèvent le mondial de Class 40 en 2009. Depuis, ils ont réédité le record pour le tour en double de l’île de Wright sur un Class 40.
Or, les mâchoires sont décrochées devant l’extraordinaire performance de ces deux jeunes road runners océaniques. Ils tiennent la dragée haute à tout le plateau des Class 40 et pas les moindres. Des professionnels comme Yannick Bestaven et Éric Drouglazet ont maille à partir avec ces deux outsiders venus foutre la pagaille dans le classement.
Les équipes naviguent en peloton. Chez les IMOCA, deux options s’affrontent. Comme à l’accoutumé, il y a les tenants de l’ouest et puis il y a ceux qui plongent au sud pour aller chercher les alizés au plus sacrant. Chez les Class 40, les plus en avance viennent de laisser un front dans lequel ils se sont fait passablement brasser. Finalement, Yves Leblevec et Sam Manuard sur Actual ont mis le clignotant à droite et navigue dans l’Alizé. Ils ont 38 milles nautiques d’avance sur Loïck Féquet et Kevin Escoffier de Maître Jacques. Les multis qui restent sont en balade de santé.
Crédit photo: Offshore Challenge racing team
Le monocoque BT a fait son entrée tôt ce matin dans le port de Vitoria à Terceira aux Açores. Bien que le monocoque soit dorénavant protégé des fureurs de l’océan Atlantique, il n’est pas tiré d’affaire pour autant, car le risque de chavirage est toujours présent en raison de la grande quantité d’eau à l’intérieur, ce qui le rend totalement instable.
L’équipe de BT aura fort à faire. Il faudra d’abord pomper l’eau de mer puis récupérer ce qui peut l’être. Le monocoque sera ensuite dépouillé de son électronique. On sait que l’eau de mer a un effet dévastateur sur ce genre d’équipement. Viendra ensuite l’étape de démâtage. Puis, le monocoque sera fort probablement rappatrié en Angletterre par cargo où il rejoindra sa base. Il fera alors l’objet d’une inspection minutieuse de sa structure.
Bien que les chances soient bonnes de sauver le bateau, rien n’indique à ce stade-ci que le bateau pourra naviguer de nouveau. Tout dépendra des résultats des différentes expertises qui nous en diront plus sur les dommages subies lors de cette Transat Jacques Vabre, et surtout sur les effets qu’ont pu avoir la pression énorme ainsi que la présence d’une grande quantité d’eau salée sur le carbone et les cloisons.
Crédit photo: Pascal Desroches
Les dommages occasionnés par la perte du flotteur du nouveau trimaran d’Hervé Cléris lors d’une sortie de routine continuent de faire des vagues dans le monde de la course au large et ce, autant en Europe que de ce côté-ci de l’Atlantique.
« Ah non, t’es pas sérieux ? »
Joint par courriel, le navigateur lévisien Charles Mony qui est à la fois un ami d’Hervé Cléris et un membre actif du team a révélé à Voile en Ligne qu’il était justement avec l’équipe lorsque cette dernière a pris part à l’épreuve de Saint-Qay-Portieux à bord du trimaran flambant neuf quelques jours auparavant et que rien à ce moment ne laissait présager d’une telle avarie. « C’est le choc » affirme Charles Mony.
Même chose du côté de Gaël Simon qui a lui aussi pris part à la Transat Québec Saint-Malo l’an passé avec Hervé Cléris et Charles Mony, et à qui nous avons appris la nouvelle par téléphone. La réaction en a été une d’incrédulité. « Je n’en reviens tout simplement pas. Comment une telle chose a bien pu se produire ? » questionnait le marin lorsque rejoint chez lui dans la matinée vendredi dernier. « Fichtre ! Ils travaillent sur ce projet depuis deux ans. Ça me donne des hauts le cœur pour eux ce matin » de conclure Gaël Simon.
Des mois seront nécessaires pour reconstruire la structure. Il faudra démâter le bateau, l’installer à l’intérieur d’un hangar, procéder à de multiples expertises et corriger ce qui doit l’être afin de s’assurer de la navigabilité du coursier dans le futur. Un délai beaucoup trop long pour espérer aligner ce bateau sur la ligne de départ de la prochaine Transat Jacques-Vabre.
Entre temps, l’équipe s’est rapidement viré de bord. C’est connu qu’Hervé Cléris est opiniâtre. Lui et l’équipe en ont vu d’autres et surtout, ils ont du ressort. Refusant de baisser les bras, le navigateur prendra quand même part à la transat Jacques Vabre 2009. Il partira sur le même trimaran qu’il avait pris l’an dernier lors de la Transat Québec-Saint-Malo.
Après les premières heures où il a fallu digérer cette vilaine fortune de mer, et fort du soutien de son sponsor, Hervé Cléris et son groupe se sont remis au travail. Ils arment présentement le Trimaran Prince de Bretagne 1 pour lui permettre de prendre le départ de la transat prévu le 8 novembre prochain.







