La soupe est bien brassée, c’est le moins que l’on puisse dire. Des vents de 60 nœuds avec une mer dantesque offrant des creux de près de dix mètres. Les éléments ont fait la fête aux skippers de ce Vendée Globe. Fort heureusement, on ne déplore aucun blessé.
Depuis leur entrée dans l’océan Indien, les solitaires vivent des moments extrêmement difficiles, ayant l’impression de naviguer dans une boîte à sardines au fond d’un compacteur à déchets. La fuite vers le Pacifique devait rendre les choses plus faciles. Oubliez-ça ! La fessée des dernières 36 heures risque de marquer à la strappe la mémoire des marins.
Conséquence : deux autres bateaux ont subit des avaries majeures. Steve White a vu le vit-de-mulet de son Toe in the Water se fracturer. Mais c’est le BT de Sébastien Josse qui a subit les affres les plus dures. Le pont du bateau s’est fissuré et les safrans sont faussés. Une vague déferlante gigantesque s’est abattue sur le bateau et a couché celui-ci pendant plusieurs minutes. On ne sait pour l’instant si Jojo réussira à réparer. Il fait présentement route vers le nord à vitesse réduite pour tenter de trouver des eaux plus calme pour réparer.
Derek Hatfield raconte quant à lui avoir vu des trombes d’eau s’inviter au party de Noël à l’intérieur du bateau. Ordinateur, et matériel électronique inondés, vêtements trempés et sacs de couchage lavés, bref, tout pour « remonter le moral. » Derek a réussi à reprendre le contrôle de la situation mais on sent que ses réserves de tolérance sont fortement entamées. Il fait tout de même une bonne course jusqu’ici. Il est présentement 16ième et navigue à seulement 137 milles derrière l’américain Rich Wilson qui roule en couple avec le britannique Johnny Malbon.
Un des points à retenir de cette déveine, c’est que malgré les bastons à répétition, les bateaux tiennent le coup. Ils continuent de protéger adéquatement les marins. Et ça, c’est une avancée remarquable. Elle témoigne des extraordinaires progrès en matière de sécurité fait par les autorités de l’ISAF, l’IMOCA ainsi que les dirigeants du Vendée Globe. Si une pareille situation s’était produite dans les années 90, nous aurions assurément plusieurs concurrents dont la vie seraient carrément en danger.
On se croise les doigts en espérant que le mauvais temps va finir par laisser sa place à une période de répit salutaire pour les marins. Et surtout, on espère ne pas revivre l’angoisse de l’épisode Yann Eliès. Dans tout cela, on ne peut cependant s’empêcher de penser aux familles de ces incroyables marins qui voient leurs proches être bardassés de la sorte. La dinde nous reste à travers la gorge juste à y penser.
Deux jours de moins auront suffit pour franchir cet océan de misère. C’est non seulement dire jusqu’à quel point on va plus vite, mais aussi et surtout, que le vent a soufflé beaucoup plus fort. Car si le mauvais temps a mis ses embuches sur le chemin des coureurs au point de jouer les arbitres, il a aussi permit à d’autres de s’envoler.
Sur cette case là, l’impayable Michel Desjoyaux a encore prouvé qu’il est une coche loin au dessus des autres. Il a rivé le clou de Vincent Rioux et Armel LeCléach au point de reléguer ces deux là à plus d’une journée de navigation du premier rang. Il est en train de faire le même coup à Jean LeCam qui est ce soir à plus de 220 milles et à Sébastien Josse qui est à plus de 180 milles. Seul Roland Jourdain continue de lui tenir tête. Mais il est maintenant à 77 milles.
Tous diront que la fin de la course est encore loin. Mais admettons que ce qui se joue présentement a de quoi laisser songeur ceux qui, jusqu’ici, ne voyait Desjoyaux que derrière et non devant. Reparti des Sables d’Olones avec plus de 400 milles de retard après ses problèmes de ballasts, le prof impose depuis ce temps un rythme infernal. Il a doublé le peloton en entier…
Bien sûr, la course a été pleine de rebondissements jusqu’à maintenant et il peut se passer bien des choses encore. Mais ce qui se joue présentement est déterminant pour la suite de ce Vendée-Globe. On a en tête de flotte un grand champion avec un super bateau qui cavale depuis les Sables d’Olones et qui creuse l’écart sur ses poursuivants. La question est maintenant de savoir qui va arrêter le prof ? Ou quoi ?… Comme disait si bien l’ancien entraîneur du Canadien de Montreal Claude « Piton » Ruel et je cite : « Y en aura pas de facile » pour les poursuivants.

Course terminée pour Mike Golding!
Pas de doute, ça fait mal au cœur de voir ces marins qui en arrachent. Eux qui ont mis tout ce qu’ils avaient dans cette aventure dont le niveau de misère croit au rythme des milles qui se perdent dans le sillage des vaincus de l’océan Indien.
Triste même ! Voir le Cheminées Poujoulat de Bernard Stamm se déchirer contre les cailloux rappelait ces cétacés qui s’échouent et que l’on tente désespérément de sauver alors qu’ils sont asphyxiés par leur propre pesanteur. Imaginez, 12 bateaux au rancart jusqu’ici. Plus du tiers de la flotte… Et nous ne sommes pas encore à la mi-course. Si l’on poursuit à ce rythme, il ne resterait que 5 ou 6 bateaux à l’arrivée aux Sables d’Olones. C’est tout dire…
Est-ce que ça va trop vite ? Jugez plutôt par vous-même. En comptant Paprec Virbac II auquel je ne crois plus aux chances de continuer ; et depuis l’abandon de Pakea Bizkaïa du basque Unaï basurko, 8 bateaux ont lancé la serviette. Sur ces 8 concurrents, 4 se battaient dans le top 10 et deux autres (Cheminée Poujoulat et Temenos II) cravachaient pour recoller au peloton de tête. Encore plus troublant. Sur les 12 éclopés, 10 ont été mis à l’eau pendant ou après l’année 2005. On compte 5 démâtage jusqu’à maintenant dans cette course de fou, 6 en comptant les problèmes de Jérémi Beyou. Toutefois, un seul concerne un bateau construit avant 2005, soit Aquarelle.com de Yannick Bestaven.
On aura beau dire tant qu’on voudra que l’océan Indien est particulièrement vache cette année, c’est indiscutablement vrai, mais il reste que c’est derrière la flotte que les plus dures bastons sont passé alors que c’est devant que tout a cassé. Les dirigeants auront tout à loisir d’argumenter sur les tribunes qu’ils veulent qu’il s’agit d’un sport mécanique, reste qu’il y a quelque chose d’étrange là-dedans qui me fait dire que des gens devront s’y mettre pour trouver des solutions fiables. Nous savons tous que le Vendée-Globe est la pire des course d’endurance mais ça n’exempte pas du devoir de progresser. Des pas de géant ont été fait pour améliorer la sécurité. Il faut dorénavant s’attaquer aux problèmes de fiabilité des bateaux.
Pour justifier ce qui précède, voici quelques chiffres. Si on fait une moyenne conservatrice d’environ 7 millions d’Euros par équipe, on est à plus de 100 millions de dollars US qui se retrouve à quai suite à ce derby de démolition. Certains ont vu le fruit de leurs efforts et surtout de leurs capitaux s’envoler en fumé après seulement une trentaine d’heure de course. C’est le cas de l’entreprise Hugo Boss qui y a engouffré plus de 10 millions d’Euros. Entre vous et moi, plus tôt que tard, il y a inévitablement des sponsors qui vont commencer à y penser à deux fois. L’IMOCA et l’ISAF seraient donc tout avisés de prendre acte de la situation et surtout de ne pas faire comme si de rien était. La voile de haut niveau telle qu’on la voit présentement ne dispose pas d’assise qui permettrait d’ignorer ce qui se passe.
Prions maintenant pour que rien n’arrive aux marins d’ici la fin de cette galère car si tel était le cas, le mot désastre ne pourrait alors plus être évité.







