
Plusieurs heures de réparation sont
maintenant à l’agenda de Jean-Pierre Dick
Voici le communiqué émis par le PC de course que nous reproduisons ici:
Paprec-Virbac 2 victime d’un OFNI
A 13h00 (heures française), le leader du Vendée Globe, Paprec-Virbac 2, a percuté violemment un OFNI (objet flottant non identifié). Dans le choc, le safran tribord s’est relevé. En voulant le remettre en place, Jean-Pierre Dick s’est aperçu que la barre reliant les deux safrans était cassée et que le support de fixation du haut du safran au pont du bateau était endommagé. Pour l’instant, Paprec-Virbac 2 navigue avec un seul safran à bâbord et devra traverser la tempête à venir dans cette configuration. Pendant ce temps-là, Jean-Pierre Dick a ralenti son bateau et envisage différentes possibilités de réparation. »Voilà pour le communiqué.
Joint par téléphone au courant des dernières heures, la plupart des experts que nous avons questionnés sur le sujet s’entendent pour dire que Jean-Pierre Dick n’est pas sorti de l’auberge. Les réparations qu’il devra faire sont à la fois délicates et fort complexes.
Michel Denis de l’entreprise Global Marine spécialisée dans les pièces, le service et la réparation d’embarcations se disait perplexe quant à la capacité de Jean-Pierre Dick d’effectuer en mer une réparation qui puisse tenir le coup jusqu’à l’arrivée aux sables d’Olones. «Tout dépend de l’état de la fixation. Réparer des pièces de carbonne ou de fibre de verre dans cet environnement… C’est pas simple, d’autant que la météo ne semble pas non plus vouloir coopérer. Ça dépend aussi de ce que le gars dispose à porté de main dans le bateau. Mais pour ma part, je ne vois pas comment il peut faire ça sans au minimum, se mettre à la cappe, ou au pire, rentrer au port…»François Lemelin de l’entreprise Boulet et Lemelin abondait quant à lui dans le même sens.
«Il y a beaucoup de conditionnel dans les réponses que l’on peut donner mais une chose demeure, c’est que du point de vue strictement sportif, la situation est sérieuse. La barre de transmission peut toujour se bricoler mais si la fixation de safran est endommagée ou que la mèche est cassée ou même croche, alors là, c’est une toute autre histoire…»Chose certaine, comme Jean-Pierre Dick devra réparer, il devra aussi oublier la course et le premier rang dans les heures qui viennent. L’anglais Mike Golding prendra donc dans les prochaines heures la tête du classement si ce n’est pas déjà chose faite.
Comme si cela ne suffisait pas, un autre gaulois se retrouve lui aussi en difficulté. Jean-Baptiste DeJeanty a annoncé à la direction de course que son bateau Le Maisonneuve souffre de multiple problèmes. Pilote automatique, drisse de grand-voile défaillante et génois déchiré. Le cadet de la flotte tente présentement de se trouver un petit coin sans vent pour réparer.
Pour finir, la cerise sur le sundae, le champion défendant Vincent Rioux a lui aussi des problèmes. Il a cassé son étai d’ORC. Décidément, ce Vendée Globe est dure. Il n’y aura pas de récession pour les fournisseurs de pièces de rechange…
Avec les remerciements de Voile en ligne pour la collaboration de Monsieur Michel Denis de l’entreprise Global Marine.
http://www.globalmarine.qc.ca/
Ainsi que l’aimable contribution de Monsieur François Lemelin de l’entreprise
Boulet et Lemelin

Ça va mal pour Bernard Stamm et son
Cheminée Poujoulat
Quelques heures plus tard, on apprenait que l’autre suisse Bernard Stamm faisait route lui aussi vers les Kerguelen. Ses deux safrans sont endommagés à la hauteur des paliers de fixation. Il ne savait toujours pas comment réparer et de toute évidence il s’oriente également vers l’idée d’abandonner la course. Triste dénouement pour celui qui avait réussi à couper de moitié le retard pris lors du départ. On se souvient que Stamm était retourné aux Sables d’Olones après avoir endommagé son bateau lors d’une colision avec un chalutier quelques heures après le départ de la course. Depuis, il avait repris plus de 500 milles nautiques aux leaders
Au dernier pointage, Bernard Stamm était à 230 milles à l’ouest-sud-ouest des Kerguelen. De minute en minute, le suisse fait lui aussi l’objet d’une étroite surveillance de la part du CROSS réunionnais qui s’assure qu’il rejoindra la terre la plus proche sans problème. Cela ne sera toutefois pas une mince tâche. Il est permit de croire que ses ennuis de safrans puissent influer sur les capacités de son pilote automatique à prendre la relève, ce qui signifie qu’il devra probablement faire les milles restants, assis à tenir la barre. De plus, on attend dans les heures qui viennent un très fort coup de vent. Au moment d’aller sous presse, des rafales à 60 nœuds avaient commencé à balayer la queue de flotte. Le britannique Johnny Malbon racontait avoir fait des pointes à 20 nœuds avec sa trinquette comme seule toile. En d’autres mots, ça signifie que le vent tente d’arracher les petites culottes des bateaux. Décidément, ce Vendée Globe est des plus éprouvants pour les machines. Si Bernard Stamm lance la serviette, il sera le 9ième abandon. On en est presque au tiers de la flotte…
Il est vrai que le rythme soutenu de ceux qui ouvrent la marche n’est pas d’augure à ménager les montures. Jean-Pierre Dick s’est même payé le luxe parcourir 448 milles sur 24 heures à la moyenne de 18,6 nœuds. Il n’est qu’à 20 milles du record absolu pour un solitaire sur 24 heures en monocoque qui est de 468 milles nautique détenu par Alex Thompson. D’autres qui sont par contre plus raisonnables ont décidé de lever le pied. C’est le cas de Vincent Rioux qui a ouvertement fait part de son option et qui se retrouve maintenant à près 200 milles du leader.

Loïck Peyron est maintenant hors course.
Loïck Peyron avait quant à lui fait part de quelques soucis avec sa drisse de solent. Est-ce que cela aurait quelque chose à voir avec l’évènement en question ? Les jours et les semaines qui viennent fourniront, certes, des réponses à ces questions. Lors d’une vacation spéciale tenue à 17h00, heure de Paris, Loïck Peyron a tenu ces propos rapportés par le site internet du Vendée Globe :
Il était impossible de récupérer plus de matériel : j’ai dû couper le gréement. Il me reste donc juste la bôme, un foc de brise et un morceau de la grand voile. Je préfère me diriger vers le Nord pour rallier l’Australie ou faire le contact avec un bateau affrété spécialement. Je suis extrêmement désolé pour toute l’équipe, mes partenaires : je ne pense qu’à eux en ce moment. Tous ont fait un travail exceptionnel… Je me dépêche de monter un gréement de fortune avant la nuit. »
Le skipper beaulois tentait de se construire un gréement de fortune pour faire ensuite route vers le nord. Il tentera de joindre un bateau affrété ou encore de rejoindre ainsi la terre la plus proche.
Les vives réactions n’ont pas tardées à se manifester sur le plateau du Vendée Globe où nombre de coureurs stupéfaits ont fait part de leur émotions. Au premier chef, le navigateur Jean-Pierre Dick qui, de son Paprec-Virbac II a tenu à faire parvenir le message suivant à son adversaire terrassé
Je viens d’apprendre la triste nouvelle ! Beaucoup d’émotion pour moi car nous avions initié ce projet ensemble. J’aurais tant aimé que nous passions la ligne d’arrivée tous les deux aux Sables d’Olonne quelque soit notre position. Je t’envoie plein d’ondes de courage et d’amitié pour tenter d’atténuer ton immense déception. Tu es exceptionnel et tu restes pour moi le Zidane de notre sport par ton talent incroyable !
Je t’embrasse et je pense à toi. Amitiés.
JP »
Il s’agit donc du 7ième abandon dans cette course et les choses risquent malheureusement de ne pas en rester là. La queue de flotte est présentement poursuivie par une dépression importante qui emmènera avec elle un très sérieux coup de vent. On prévoit pour vendredi matin des vents 45 à 50 nœuds avec des rafales à plus de 60 nœuds additionné à des creux de près de 9 mètres. Les bateaux qui se trouveront alors sous les 48 degré de latitude sud risquent d’en prendre plein la poire, c’est le moins que l’on puisse dire. Great american III et Spirit of Canada pourront toutefois éviter le pire en demeurant donc au dessus des latitudes à risques.





