
Crédit photo: Jean-Marie Liot/NCR
Dix-neuf bateaux ont pris le départ de la Normandy Channel cette semaine. Il n’en reste qu’une douzaine. La course est particulièrement difficile en raison d’un tracé des plus technique. Un parcours côtier à travers les susceptibilités maritimes du littoral français avec une tour de l’île de Wright et du Fastnet initialement prévu. Initialement car l’organisation vient de donner un coup de ciseau. Le parcours a été coupé en deux en raison d’une dépression en formation qui amènera une magistrale fessé météo. C’est le Kiwi 40 FC Made in Normandie d’Alex Toulorge et Nicolas Jossier qui occupe le premier rang. Il est talonné par Mare et Campagne de France.
Les Québécois se s’ont agglutinés par dizaines de milliers sur les berges du Saint-Laurent pour voire passer les vingt-cinq bateaux qui ont pris le départ autour de 11h30 (17h30 heure française) ce matin de cette huitième Transat Québec/Saint-Malo. Une foule record évaluée à environ 200 000 personnes a assisté à ce début de course le long de la vallée du Saint-Laurent entre Québec et St-Jean-Port-Joli.
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Tous les ingrédients étaient réunis pour une délicieuse salade de fruits comme dirait Trenet. Primo un soleil radieux, une chaleur tout à fait supportable, et la cerise sur le gâteau, une brise de sud-ouest solidement établie. Le résultat fût l’un des plus beaux départ de l’histoire de la Transat. Dès la ligne du Parc de la jetée franchie, les spinnakers se sont gonflés à bloc et les vitesse ont monté d’un cran. Les Class 40 furent les premiers à se montrer le bout de l’étrave à la pointe à Carcy avec en tête Mare de Jörg Riechers suivit de Thierry Bouchard sur Comiris Pôle santé Élior et de Fabrice Amédéo sur Géodis.
Les accélérations étaient impressionnantes. Il fallait faire gaffe lors des changements d’amure près de l’embouchure de la rivière Saint-Charles qui cause toujours un tourbillon de vent. Halvard Mabire l’a appris à ses dépends, en se faisant prendre avec un spi enroulé sur l’étai. L’équipe Bleu du skipper Éric Tabardel a connu un bon départ au spi assimétrique. Mais la cadence imposé était telle, que l’équipe québécoise avait du mal à suivre. Elle occupait déjà le treizième rang à St-Michel de Bellechasse. Quant à Robert Patenaude sur Persévérance III, il pointait dernier mais était en ré-accélération. Il était sur le point de doubler le Transport Cohérence du Franco-Québécois Benoît Parnaudeau.
Fenêtres A.Cardinal enfume ses poursuivants
Les Multicoques ont fait leur apparition et n’ont pas mis de temps à avaler tous les Class 40. La vitesse de Fenêtres A. Cardinal était tous simplement fulgurante. Avec de telles accélérations, l’équipe du skipper Erwan Leroux était en tête de tous les bateaux de la Transat. Au moment d’écrire ces lignes, il avait les ville de Rivière-du-Loup et l’île verte dans son sillage et pourrait passer la bouée de Rimouski avant la fin de la journée. Incroyable!
Le coup fumant du jour revient en Class 40 à l’équipe de Stéphane LeDiraison sur IXBlue. Ayant été les seuls à emprunter le chenal nord, le Class 40 a viré la bouée de LaMalbaie avec presque dix milles d’avance sur ses poursuivants.

Un petit mot sur Georges Leblanc dont l’équipe serait à la machine à coudre. En effet, les infos recueillis ici et là laissent entendre que le spinnaker aurait déchiré. Cette info n’est toutefois pas confirmée. La seule chose que nous pouvons dire, c’est que Georges a affalé le spi et monté un génois numéro deux comme le confirme ce cliché pris de plusieurs milles de distance. Par contre, au dernières nouvelles, Le Ocean Phenix semblait avoir enfin trouvé ses marques et fonçait à plus de 15 noeuds de vitesse vers la bouée de LaMalbaie. Le classement et la cartographie sont disponibles à cette adresse:
http://transat.korem.com/course
Plusieurs photos aussi à voir sur la page Facebook de Voile en Ligne en cliquant sur l’icône suivante:
La grande question que tous se posent est de savoir si des Québécois ont des chances de finir premiers. La réponse est oui à 75%.

Photo: archives
En effet, cette année, le seul ORMA encore en lice sur notre course est le Défi Saint-Malo Agglo du skipper Gilles Lamiré qui partira avec à son bord le Québécois Charles Mony. Comme il s’agit du plus gros voilier de la flotte des 25 bateaux, les chances de le voir rebondir à Saint-Malo en tête sont bonnes…
Quoique, ce trimaran a beaucoup de vécu. Il s’agit de l’ancien Elf Aquitaine qui avait pris le départ de cette même course en 1984. Pourra-t-il tenir la cadence qui lui sera imposée par son petit frère, Fenêtres A Cardinal, un multi 50? Le bateau d’Erwan LeRoux est une unité récente à la fine pointe des dernières technologies. Il s’agit de l’ancien Crêpes Whaou II. Il est en parfait état et pleinement remis de sa mésaventure de l’an dernier lors de la Route du Rhum, alors que son crash box avait plié comme une vulgaire feuille de papier.
L’autre trimaran, celui d’Éric Nigon est en bon état et bien préparé. Il a été convoyé par Lalou Roucayrol. Ce trimaran de cinquante pieds avait fait la manchette lors de la dernière édition de la Transat. Alors sous les couleurs de Laiterie Saint-Malo, Vic Éreussard avait ramené son trimaran de brillante façon seulement en équilibrant le bateau avec les voiles, le coursier ayant perdu ses deux safrans. Si le voilier n’a pas la carrure pour rivaliser avec les deux premiers, il pourrait néanmoins surprendre en se tenant en filigrane et en profitant des erreurs ou des bris.
Du côté de la Class 40, le docteur Robert Patenaude vit sont rêve de faire la Transat Québec Saint-Malo en célébrant ses trente années de guérison de la leucémie. À première vue, ses chances de gagner sont minimes. Mais attention! L’équipe Persévérance III a sous la main une unité de première génération certes, mais il s’agit d’un Pogo en très bon état et maximisé. Ce bateau ne prétendra jamais pouvoir concurrencer les Mach 40 ou les Kiwi 40 FC. Mais Robert Patenaude a d’excellents équipiers dont le jeune Antoine Lacasse, un autre surdoué du milieu québécois de la course au large. Et cela peut parfois compenser.
Aussi, Robert Patenaude n’a pas forcé la note lors de la Twostar. Il a préservé le matériel pour le départ de Québec. À noter également son habitude de passer beaucoup plus de temps à la barre qu’à la table à carte. Il est aussi du genre à traverser les bulles plutôt que de tenter de les contourner si elles ne sont pas trop grosses. C’est ce qui s’appelle gérer ses énergies adéquatement. Et cette stratégie l’a payé lors de la Bermuda one-two qu’il avait remportée en 2009.
L’équipe la plus susceptible de s’approcher des leaders en Class 40 est celle d’Éric Tabardel et Bleu Voile Océanique. Bien que le coursier ait déjà cinq années d’existence, le plan Manuard est impeccable et sa préparation frise la perfection. Muni d’une grand-voile neuve de chez Incidence, Bleu, récemment jaugé présentait un surpoids minime et un potentiel de puissance maximal en comparaison de ses rivaux. La quille est légèrement plus courte de 24 pouces, ce qui pourrait permettre à l’équipe d’étirer certains bords au dépens de ses adversaires dans des zones où l’eau est plus basse en particulier lors du passage du chenal sud. L’équipe d’Éric Tabardel connaît en plus très bien le fleuve. Elle aligne également le talentueux ministe Damien Depas. Trois des quatre équipiers sont habitués du travail ensemble, ce qui en fait une équipe des plus homogènes. On verra bien où se positionnera Bleu à la sortie du fleuve et comment le groupe de quatre marins pourra tirer le maximum du bateau.
Pour Éric Tabardel aussi il s’agit d’un rêve qui se réalise enfin. Sa présence sur la ligne de départ est un véritable parcours du combattant. Lui et ses équipiers sont des hommes fiers et orgueilleux qui ne voudront pas s’en laisser imposer. On peut prévoir qu’ils mettront toute la gomme.
Le dernier, mais non le moindre est Georges Leblanc. La présence du skipper de Lévis sur une cinquième Transat est à l’instar d’Éric Tabardel, un long chemin de croix. Après avoir perdu son bateau en 2008 quelques mois après la Transat, il récupère un VO60 qui offre de très belles performances et est aussi bien préparé. En tout cas mieux que ne l’était le MacGregor de 2008. Pourquoi? Parce que cette année, Georges Leblanc n’était pas seul. Il a eu beaucoup de monde pour l’aider dans les derniers mois
L’équipe est amarinée et assez bien entraînée. Le problème? C’est que le seul professionnel demeure le skipper lui-même. Il y a bien sûr du talent et de l’expérience, par exemple Sébastien Jean ou Walter Timmerman. Mais manier un VO60 ne sera pas chose facile pour les autres. Certains en sont à leur première traversée. Et plus cela va monter en puissance et plus le stress sera grand. Or, ce bateau ne permet pas les erreurs à répétition. Et ça, Georges Leblanc le sait trop bien. S’il veut faire bonne figure, il devra dormir d’un oeil comme les baleines.
Au fond, l’équipe du Océan Phenix vit les mêmes problèmes que toutes les autres unités québécoises. Il n’y a pour ainsi dire pas de marin professionnel à bord. Quand on parle de marins professionnels, on fait référence à quelqu’un qui gagne sa vie à faire des courses océaniques. Or c’est là que le bas blesse pour nos Québécois. Ça prend plus que quelques petits 1000 dollars saupoudrés ici et là de temps à autres pour développer une tradition maritime gagnante. Une campagne de quatre années en classe 40 peut coûter autour du million d’Euros pour espérer rivaliser parmi les meilleurs. jusqu’à L’ère de 1984 où « monsieur Bricole » pouvait prendre le départ d’une course sanctionnée est révolue.