
La légende de la course au large, Mike Birch pourrait prendre part à la Route Rimouski-Anticosti, une course hauturière de 655 milles nautiques dont le départ est prévu de Rimouski pour le 10 juillet prochain. C’est ce qu’a appris Voile en Ligne cet après-midi lors d’une entrevue avec le célèbre Québécois d’adoption. L’octogénaire qui vit à Québec s’est montré des plus intéressé à s’aligner au départ de la Route Rimouski-Anticosti. Questionné à savoir s’il pourrait faire équipe avec son ami Réjean Desgagnés sur le Labrador 44 de ce dernier, Mike Birch a plutôt répondu dans un éclat de rire qu’il « préférerait faire la course avec son bateau ».
Ironiquement, le bateau de Mike Birch est un plan dessiné par Réjean Desgagnés. Dolly, (c’est le nom du bateau) est à Gaspé. « D’ici quelques jours, nous allons le mettre à l’eau dans la neige et à travers les glaçons » a déclaré le vénérable marin, qui à l’instar de nombre de Québécois est visiblement exaspéré par les soubresauts hivernaux de Dame Nature.
Le cowboy des mers n’a également pas caché qu’il y avait pas mal de travail à faire sur son bateau avant de prendre le départ de la course. « Je n’ai qu’une petite voile d’avant là-dessus. Je veux trouver un moyen d’avoir un peu plus de surface. Il y a beaucoup de petites choses à faire aussi, mais on devrait être capable de s’avancer un peu d’ici le départ (…) » de poursuivre le premier gagnant de la Route du Rhum. Bien entendu, il lui faudra constituer une équipe et trouver un sponsor. Mais de ce côté, il ne devrait pas y avoir trop de soucis à se faire.
À 80 ans, Mike Birch est encore en excellente santé et sa condition physique est surprenante. Il ne fait aucun doute que son état général est suffisamment bon pour prendre part à une épreuve qui au surcroît, se fait en équipage.
Par ailleurs, on voit d’ici les retombées médiatiques et publicitaires qui pourraient être générées par la présence d’un homme de la trempe de Mike Birch. Joint par téléphone en fin d’après-midi, le directeur de la Station Nautique Rimouski-Mitis et organisateur en chef de la Route Rimouski-Anticosti, Paul Bellemare s’est dit ravi d’apprendre l’intérêt de Mike Birch. « Dans ce contexte où nous désirons internationaliser la course à moyen terme, c’est certain que la venue de Mike Birch serait de très bon augure » a d’abord déclaré Monsieur Bellemare. « C’est certain que nous lui réserverons le tapis rouge et ce, qu’il décide de courir ou pas. Mais bien sûr, nous désirons et nous préférerions qu’il prenne le départ. (…) » de poursuivre Paul Bellemare. Les deux hommes devraient se parler dans les heures qui viennent.
Dans tous les cas de figure, il serait surprenant de ne pas revoir d’ici quelques mois Mike Birch en course. Non seulement l’homme est sollicité, mais il ne fait aucune cachette de son envie de reprendre les écoutes. La semaine dernière, une dépêche émanant du site internet du prestigieux magazine français Course au Large annonçait la participation du Canadien à la Twostar, transat anglaise en double dont le départ est prévu pour l’an prochain.
Voile en Ligne a creusé un peu plus l’affaire en contactant le navigateur français Étienne Giroire qui a offert à Mike Birch de faire équipe avec lui. « Nous avons eu un échange de courriel et Mike a répondu qu’il serait honoré de faire équipe avec moi. Imaginez le bonheur de lire ça! » a commencé par dire Étienne Giroire qui vit aux États-Unis, avant d’ajouter qu’il aimerait bien louer un Orma 60 ou un Multi 50. « On regarde du côté de plusieurs options, dont celle de faire la course avec un ancien bateau ayant appartenu à Mike».
On pense qu’il pourrait s’agir du Nootka maintenant propriété du Belge Gilles Buekenhout qui a fait la Route du Rhum l’an passé ou encore du bateau de Charlie Capelle l’ancien Olympus.
Évidemment, la question n’a pas tardé à venir. Si le duo traverse durant la Transat anglaise en double, se pourrait-il qu’ils repartent de Québec le 22 juillet qui suivra dans le cadre de la Transat Québec-St-Malo 2012. La réponse avait de quoi étonner. En effet, Étienne Giroire croyait que la prochaine édition de la Transat Québec-Saint-Malo était prévue pour être en 2014. C’est le représentant de Voile en Ligne qui a allumé ses lanternes. « Vous êtes bien sûr que c’est l’an prochain? » « -Tout à fait monsieur Giroire… » lui avons-nous répondu.
Mais qu’à cela ne tienne, il a enchaîné en se disant très intéressé à la Transat Québec Saint-Malo et de plus, il serait ravi de revenir à Québec. Même chose du côté de Mike Birch qui a déclaré qu’il avait déjà reçu un courriel de la part d’Étienne Giroire traitant de la Transat Québec Saint-Malo. « Si on peut en faire une, pourquoi pas deux? » a déclaré le skipper.
De toute évidence, Mike Birch a de l’eau de mer dans les veines. Impossible de l’éloigner de l’océan et de la course très longtemps! Et tant que Dieu lui prêtera santé et vie, ce gars-là continuera de mijoter des projets. À suivre…

Crédit photo: www.bluegreenpictures.com
L’un des coups les plus fumants de l’histoire canadienne de la course au large est sans aucun doute la victoire de Mike Birch lors de la Route du Rhum de 1978. Quoi que l’on dise, le vol de la première édition de cette course réputée aura fait entrer dans la légende le cowboy des mers et laissé des traces dont on parlera encore longtemps dans le milieu.
À l’aube de la décennie 80, le publiciste parisien Michel Etevenon débarque dans le milieu de la course au large avec l’idée de créer un nouveau sport spectacle. À l’époque, certains yacht-clubs anglais répugnent voir des publicités apparaître sur les voiles des bateaux. Certains vont même jusqu’à l’interdiction pure et simple de cette pratique. Cet état de fait bloque le développement de ce sport et nuit à certains coureurs dont l’indéniable talent ne peut être exploité en raison d’un manque de financement. Devant le peu d’empressement dont font preuve les sujets de Sa Majesté face à des solutions publicitaires nouvelles susceptibles de donner un avenir commercial à la course au large, Etevenon se tourne vers sa mère patrie. Il créé alors la Route du Rhum. Le concept est tout ce qu’il y a de plus simple. Un humain, un bateau, et la mer. Et puis bien sûr, une traversée de l’Atlantique entre la France Métropolitaine et la France outre-mer.
Etevenon est un visionnaire. Il a bourlingué avec le célèbre homme d’affaires et directeur de
théâtre Bruno Coquatrix. Il sait où sont les culs de poules, le lait, la farine et les œufs quand il met le pied dans une cuisine. Il a appris à la bonne école et est donc très loin d’être au dépourvu en ce qui concerne le sens des affaires. Il s’allie donc avec l’union Française pour la Course au Large (UNCL) qui est à l’époque le grand manitou de la voile chez nos cousins. La course acquiert ainsi notoriété, crédibilité et est donc officiellement lancée.
Le 5 novembre 1978, trente-huit fous prennent le départ dont plusieurs à défaut d’être des néophytes, n’ont bien sûr fait aucun parcours de qualification ni même testé sur de longues distances la navigabilité de leur « chaloupe » en peau de pette bricolée. Beaucoup sont dotés de bateau de plaisance. On retrouve sur la ligne de départ quelques marins expérimentés ayant des noms connus comme ceux de Philippe Poupon, Florence Arthaud ou Olivier De Kersauson. De tous ces joyeux « illuminés, » seuls 24 couperont le fil d’arrivée
À l’époque, les moyens de communication modernes se résument à la VHF. On navigue au sextant et les approximations caractérisent les relevés de positions. Après 23 jours de mer, le français Michel Malinovsky est bon premier. Il semble alors se diriger vers la victoire sans trop d’inquiétude. Mais c’est sans compter sur le canadien Mike Birch qui navigue sur un multicoque, une bête rare à l’époque, mais qui démontrera par la suite une supériorité incontestable sur les traditionnels monocoques.
Au moment même où l’on attend Malinovsky qui n’est plus qu’à quelques brasses de l’arrivée, on voit soudainement poindre à l’horizon le voilier de Birch aux couleurs de son sponsor l’entreprise de photographie américaine Olympus. Le trimaran double alors le cigare bleu de Malinovsky et fond littéralement sur la ligne d’arrivée devant une tribune de cousins médusés pour ne pas dire consternés. Eux qui attendaient leur compatriote pour le porter en triomphe, voilà que le canadien, tel le renard de Lafontaine volant le fromage, vient casser le party en coiffant le Français par seulement 98 secondes, un nez de longueur. C’est l’apothéose pour Birch qui devient à 48 ans, le premier récipiendaire d’une victoire dans cette prestigieuse course.
Ce sera le début d’une longue série de succès pour le canadien. Mike Birch qui est d’origine britanno-colombienne s’installera plus tard à Québec et deviendra l’un des plus célèbres marins canadiens et québécois de l’histoire en remportant pendant deux années consécutives soit en 1991 et en 1992 le championnat du monde de la FICO. Il bourlingue entre les Îles de la Madeleine, Gaspé où il retrouve son ami Réjean Desgagnés et Newport où il construit encore des bateaux. Il réside toujours à Québec, ville-hôte de la Transat Québec –Saint-Malo sur laquelle il s’est aussi illustré à plusieurs reprises. Il a maintenant 78 ans et à mis à l’eau l’automne dernier son nouveau bateau baptisé Dolly.
Crédit photo: ©L’Équipe. Mike Birch accueilli à Pointe-à-Pître par le ministre français des sports Pierre Soisson

Crédit image et photo: © Archives Nationales du Canada et Maurice Crosby .
« Les arbres qui feront le bois servant à construire la goélette qui battra le Bluenose ne sont pas encore plantés ! » Angus Walter : Skipper du Bluenose.
Si certains se demandent quel retentissement pourrait avoir une victoire canadienne dans le Vendée-Globe ou l’America’s Cup, ils n’ont qu’à regarder le Bluenose. On parle toujours et on parlera encore longtemps de ce joyau qui a marqué au fer rouge l’histoire mondiale de la course au large. Partout à travers la planète, les gens connaissent le Bluenose, ce pur-sang ayant à tout jamais laissé son empreinte sur le monde des courses océaniques.
Il s’agit de l’époque la plus glorieuse de l’histoire canadienne de la course océanique, et de très loin. Le Bluenose est pour les Canadiens ce qu’est le Penn Duick aux Français. À la différence près que ces derniers ont eu l’intelligence de conserver cette pièce magistrale de leur histoire navale.
La perle de l’histoire canadienne de la course océanique a quant à elle coulé près de la perle des Antilles. Le Bluenose a en effet été vendu en 1942 pour servir de bat-la-houle effectuant le transport de marchandises dans les Caraïbes. La goélette s’échoua sur un récif de corail et fît naufrage au large de l’île à Vache près d’Haïti en janvier 1946. Quelle incroyable sottise, que d’avoir laissé partir un tel bijou ! Le Halifax Herald en fit d’ailleurs mention en déclarant en éditorial que « sa disparition était un deuil national et l’ignominie de sa mort, une honte pour notre pays ».
Le magnifique Bluenose tient son nom du surnom que l’on donne aux Néo-Écossais qui en raison de leur exposition aux grands froids d’hiver se retrouvent parfois avec un nez bleu. L’autre origine de ce nom tiendrait du passé tory des Néo-Écossais. C’est le révérend loyaliste Jacob Bailey qui attribue pour la première fois ce pseudonyme peu enviable aux gens de la Nouvelle-Écosse.
Le Bluenose fit sa marque dans les années 20. Après avoir vu la goélette canadienne Delawana s’être fait ravir le prestigieux titre de l’International Fishermen’s Trophy par la goélette américaine Esperanto, les Néo-Écossais sont aux abois. C’est la consternation dans la capitale canadienne de la voile. Ils répliquent donc en faisant construire le Bluenose qui prend facilement la mesure des autres prétendants au titre de Challenger. L’année suivante, la majestueuse goélette remporte haut la main un premier titre, défaisant la goélette américaine Elsie.
C’est alors le début d’une série de victoires pour ainsi dire jamais vu dans l’histoire de la course au large. La goélette ne connaîtra presque jamais la défaite durant les 20 années de courses auxquels elle prendra part. Pendant 17 ans, elle fera la fierté des gens de la Nouvelle-Écosse où elle ramènera sans interruption le même trophée année après année. Le Bluenose se farcit successivement les goélettes Elsie, Colombia et Henry Ford. Seule la Goélette Gertrude L. Thebaud viendra briser temporairement ce monopole remportant la coupe Lipton en 1930. Le Bluenose lui rendra la monnaie en 1931 lors de l’International Fisherman’s Trophy, terminant loin devant celle que l’on surnomme la « Boston debutante ». C’est l’apothéose pour le skipper Angus Walter et son équipage qui, après chaque victoire, sont accueillis en héros sur les quais de Lunenburg.
Le Bluenose marque l’imaginaire à un point tel qu’un timbre est émis à son effigie en 1929. Deux autres suivront en 1982 et en 1999. Il orne aussi les plaques minéralogiques des voitures de cette province canadienne. Le bateau a également été intronisé au temple canadien de la renommée du sport en 1955. Il y est durant de nombreuses années, le seul membre non humain à être titulaire de ce prestigieux honneur. Mais les Canadiens connaissent maintenant le Bluenose d’abord et avant tout pour son image que l’on retrouve à l’endos des pièces de dix cents.
Le Bluenose a vu le jour le 25 mars 1921. La goélette avait été construite d’abord pour la pêche à la morue. Dessinée par l’architecte William Roué, elle fût construite et assemblée au chantier de la firme Smith and Rhuland dans la ville de Luneneburg en Nouvelle-Écosse. 12 hommes d’équipage se relayaient pour faire avancer cette pure merveille dotée d’une voilure de 1036 mètres carrés. Son mât principal faisait quant à lui 38 mètres de hauteur tandis que le mât de misaine comptait 36 mètres. Et les deux étaient construits de pin de l’Oregon, un bois léger et très souple.
Cinq officiers étaient aussi nécessaires à la chaîne de commandement de ce navire faisant tout de même 49 mètres de longueur pour une jauge de 258 tonnes métriques. Bref, c’était une très grosse machine qui devait être manœuvrée par des marins professionnels. La force du Bluenose résidait dans sa capacité de lofer. C’était aussi un bateau qui montait beaucoup mieux au près que la plupart de ses adversaires, ce qui lui conférait un très net avantage. Selon les experts, sa coque affilée serait à l’origine de sa domination. La quille ne faisait que 15 mètres de largeur pour un bateau de 49 mètres de longueur. 
En 1963, la famille Oland, célèbres brasseurs de bières de la Nouvelle-Écosse, fait construire une réplique exacte du Bluenose. Certains des ouvriers ayant charpenté la première goélette prennent part à la construction de la réplique. Le chantier du Bluenose II est lancé en vue de l’exposition universelle de 1967 marquant le centenaire du Canada. Appartenant maintenant à la province de la Nouvelle-Écosse, le navire parcourt maintenant les ports en rappelant, non sans une certaine nostalgie, la mémoire de son extraordinaire ancêtre. Par respect pour ce dernier, il ne participe toutefois à aucune course.
Évidemment, nous ne pouvions parler de l’histoire canadienne et québécoise de la course au large sans faire mention de ce fabuleux chapitre qui fait maintenant la fierté de tous les Canadiens d’un océan à l’autre, et ce, en dépit du fait que nous ayons failli à notre tâche collective de protéger ce monument historique. Heureusement que pour rencontrer notre devoir de mémoire, il y a des gens comme la famille Oland qui sont à l’origine de la construction du Bluenose II.





