
Crédit photo: Velux 5 Oceans
Derek Hatfield est arrivé lundi soir à Wellington en Nouvelle-Zélande au terme d’un périple de 7000 milles nautiques. Il a mis 32 jours 17 heures et 30 minutes pour couvrir la distance entre le Cap en Afrique du Sud et la capitale néo-zélandaise. On est loin d’un record, mais il faut dire que l’étape fût des plus dures, tant physiquement que du point de vue mental. Ayant quitté familles et amis quelques jours avant la fête de Noël, les solitaires ont eu à affronter en plein temps des fêtes une tempête hallucinante. La traversée de l’océan Indien fut à bien des égards une sacrée galère. Derek Hatfield a vu son coursier se coucher sur l’eau à quelques reprises en plus de dévaler des vagues de 30 pieds à la vitesse folle de plus de 25 noeuds. « C’est une chance que je n’ai pas subi plus de dommages » a d’ailleurs déclaré le skipper canadien il y a quelques jours.
Et pour finir, comme si ce n’était pas assez, Derek s’est retrouvé à court de bouffe et a dû se rationner en eau et en nourriture pour pouvoir terminer la course. L’équipe de préparateurs d’Active House avait avitaillé le Eco 60 pour 26 jours de mer, une estimation pourtant très conservatrice, mais qui fût malheureusement largement dépassée. Or, quand on connaît l’apport en calories que nécessitent les manoeuvres sur un coursier du type de ceux de la Velux 5 Oceans, on comprend que lorsque la nourriture fait défaut, le carburant indispensable à l’activité humaine se brûle rapidement. Rien donc pour remonter le moral d’un gars épuisé qui vient de se taper plus de 7000 milles.
Fort heureusement Derek termine en troisième place de cette étape numéro deux de la Vélux 5 Oceans. Il s’agit d’un bon résultat dans les circonstances. L’arrêt à Wellington prend, on s’en doutera, des allures de cure de repos pour tous les coureurs. Il devront par contre se remettre rapidement au travail et à l’entraînement dans le but de se préparer pour le départ du 6 février prochain.
Comme ses adversaires, Derek se remet d’abord de son épuisant voyage en prenant quelques jours de repos avec la famille et les amis avant de rentrer au bureau dans le courant de la semaine prochaine. La prochaine étape de la course sera longue de 5800 milles et mènera les coureurs de Wellington vers la station balnéaire de Punta del Este en Uruguay.
Mais pour l’instant, l’étape néo-zélandaise n’est toujours pas terminée. En effet, il reste en mer le Britannique Chris Stanmore-Major. Ce dernier est en ce moment à 315 milles de l’arrivée. Il navigue à 7 noeuds de moyenne de rapporchement dans des vents plutôt faibles et instables. Il est attendu à Wellington pour vendredi dans le milieu de la journée.

Credit photo Ainhoa Sanchez/ w-w-i.cm © 2010
Derek Hatfield et ses adversaires participants à la Velux 5 Oceans en ont eu pour leur argent au cours des dernières heures. Ils ont encaissé une magistrale raclée de Dame Nature. Si l’Américain Brad Van Liew a pu éviter le pire et même prendre plus de 400 milles d’avance, il en va tout autrement pour les poursuivants qui viennent de vivre deux jours en enfer. Le récit du skipper canadien glace le sang.
« La tempête a pris forme lentement. Le système de basse pression qui s’est développé était gigantesque et s’étendait sur probablement plus de 1000 milles de superficie. Ça descendait lentement vers le sud-est. Exception faite de l’ouragan de 2003 que j’ai dû affronter au Cap Horn, c’est de loin la pire tempête que j’ai vue et les conditions les plus extrêmes dans lesquelles j’ai eu à naviguer.
Juste pour vous donnez une petite idée, on a enregistré des rafales à plus de 50 nœuds, des vents soutenus à 40 nœuds et des vagues garnies de creux de 15 mètres (45 pieds). Le tout durant 48 heures. À un certain moment, le bateau filait à plus de 25 nœuds sur le dos d’une vague. Je n’ai dormi que par tranche d’environ 15 minutes d’un sommeil de chat. Depuis que cela s’est calmé, je me suis reposé un peu plus. Mais j’ai aussi des dommages à ma grand-voile. Je suis incapable de prendre un deuxième ris (…) » raconte Derek Hatfield
Les fichiers Grib ne mentaient donc pas. Les isobares serrées et le tableau rouge vif étaient annonciateurs du pire. Avec des vagues de cette hauteur, on imagine les montagnes russes et le wagon qui dévale avec en plus le bruit assourdissant du bateau arrivant au fond des creux. De quoi réciter non pas le chapelet, mais bien plutôt plusieurs fois le rosaire compte tenu du temps interminable qu’a duré cette folie. Dieu merci, les traces laissées par le baston sur les bateaux sont de l’ordre des bricoles et ne mettent pas la sécurité des marins en danger.
« Depuis que cela s’est calmé, je me sens léger comme un gamin qui sort de chez le dentiste après sa première visite » conclue Derek Hatfield. Peut-être, mais force est d’admettre que l’expérience ne donne pas envie d’y retourner…
1e Brad van Liew à 1704 milles de l’arrivée. 2e Zbignew Gotkovsky à 426 milles, 3e Derek hatfield à 431 milles du meneur.
Crédit photo: OnEdition
Velux 5 Oceans: Après mille soucis Le Belge Christophe Bullens a pris la seule décision raisonnable qui s’imposait en abandonnant la course. Un nouveau bris à son rail de grand-voile après un troisième départ a convaincu le skipper qu’il ne pouvait partir et mettre sa sécurité entre les mains de son coursier dans les mers du grand sud. C’est donc avec la mort dans l’âme, mais également fier de ce qu’il a accompli qu’il renonce à continuer la course. En entrevue, Christophe Bullens s’est fait philosophe. « Je ne peux pas poursuivre une course uniquement par orgueil », a déclaré un Christophe Bullens fort déçu aux médias européens.
Pendant ce temps, le trio de tête de la flotte se prépare à une magistrale fessée météo. Le baston dont on voit les contours se dessiner à environ 200 milles nautiques au nord-ouest de la position des trois mousquetaires amènera des vents de plus de 40 nœuds avec une mer formée au max. Les concurrents sont bien avisés de faire le dos rond. Le Polonais Gutek et Derek Hatfield sont présentement en pleine bascule et devrait commencer à danser le dernier set carré des fêtes dès le milieu d’avant-midi aujourd’hui. Pour ce qui est du leader, ça devrait être en après-midi que les effets de la tempête se feront sentir.
Il reste moins de 2500 milles nautiques à faire à l’américain Brad Van Liew qui regardait avec inquiétude les nuages se regrouper et le baromètre plonger en fin d’après-midi hier. Le skipper du Pingouin espérait au mieux ne rien casser dans cette mer démontée qui se présentera sous peu. Tous espèrent, mais les fichiers météo n’ont rien de rassurant…





