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Éric Tabardel
Sortie de l’eau de Bleu et bilan positif pour Éric Tabardel.

Crédit photo: Spi Médias communication inc. © 2011
C’est la fin de la saison 2011 pour l’équipe Bleu d’Éric Tabardel. Ce dernier dresse un bilan positif de cette troisième campagne à bord de son Class 40. Éric Tabardel s’entraînera durant l’hiver, histoire de se préparer physiquement pour l’épreuve de sa vie de marin qui sera la Transat Québec Saint-Malo 2012.
Le voilier a été mis au sec à Québec cette année. Un cadeau pour les gens de la région qui pourront admirer cette merveille technologique tout l’hiver durant. Un hiver durant lequel Éric Tabardel compte préparer le bateau à la perfection. L’Équipe ne veut pas que figurer seulement. Elle veut se bagarrer et chauffer les meilleurs.
Première édition des Grands Voiliers à quai: Une mer de monde!

Crédit photo: Spi Médias © 2010
La première édition des Grands Voiliers à quai a connu un succès éclatant le week-end dernier alors que les Montréalais se sont déplacés par dizaines de milliers pour envahir les quais et venir admirer les magnifiques géants des mers de jadis. On se serait cru à une réédition de l’évènement Québec 84 mais à l’envers tant il y avait du monde. Cela en était presque étourdissant.
On comptait pas moins de cinq grands voiliers dont le Lynx, le Pride of Baltimore II, le Unicorn, le Roald Amundsen et le célèbre Bounty. Ce dernier a d’ailleurs servi de plateau de tournage au célèbre film intitulé « les Révoltés du Bounty » mettant en vedette l’acteur Marlon Brando. Il a aussi été plus récemment, le décor du film Pirates of Carabeans dans lequel on a pu voir l’acteur Johnny Depp.
Il n’y avait d’ailleurs pas que des voiliers d’autrefois. Il y avait aussi une formule un des mers. Le week-end a aussi été l’occasion de voir le Class 40 Bleu-Salin’eau, un couriser de dernière génération, ultra-moderne et propriété du skipper Éric Tabardel. Des centaines de personnes ont d’ailleurs pu assister à plusieurs conférences données par le skipper durant tout le week-end. Comme toujours, Éric Tabardel, nouvellement de retour chez lui, s’est plié de bonne grâce aux nombreuses demandes d’informations venant du public en plus de serrer plusieurs mains de nombreux admirateurs. C’était pour Éric Tabardel une façon de se retremper dans l’ambiance de sa ville après un périple de plus d’un an passé à l’étranger à bord de son coursier.
Si le week-end fût achalandé dans la zone portuaire au point de causer de sérieux maux de tête aux automobilistes il a également été source de quelques déceptions chez ceux qui, faute de temps, n’ont pu visiter les voiliers comme ils le désiraient. À ce titre, le port de Montréal a de toute évidence été victime d’un immense succès que bien peu pouvaient prévoir. Néanmoins, tous retiendront l’extraordinaire fascination que les océans continuent de susciter chez le public pour dire que non seulement l’évènement doit avoir une suite; mais aussi pour rappeler si besoin est que les initiatives de la mer méritent d’être soutenues. Cette magnifique fin de semaine vient de prouver encore une fois qu’elles sont une valeur sûre.
Entrevue avec Éric Tabardel: « Ce bateau appartient à beaucoup de monde. »

Crédit photo: Spi Médias 2010 ©
Après plus d’un an de navigation, dans l’océan Atlantique et les Caraïbes, Éric Tabardel a non seulement pris de l’expérience sur son Class 40, mais il a aussi vécu une aventure humaine extrêmement enrichissante. Il se dit maintenant prêt à passer à une nouvelle étape. Il veut maintenant un partenaire financier principal et ensuite maximiser le bateau.
Éric Tabardel est un gars accueillant et sympathique doté de valeurs intellectuellement et humainement profondes. La poignée de main est solide et le regard est perçant comme le sont ceux des marins. L’homme est cependant d’une grande simplicité et assez réservé.
On s’en doute bien, Éric Tabardel est un amant de liberté et de grands espaces. Il reconnaît lui-même susciter une certaine envie par ce qu’il a fait depuis cinq ans. « Je sais que j’ai de la chance d’avoir fait ce que j’ai fait. Il y a pas mal de monde qui aurait aussi voulu vivre ça. J’en suis conscient (…) » dit le skipper d’entrée de jeu.
Si l’aventure d’Éric Tabardel suscite la fascination de ceux qui la suivent, reste que son mode de vie oblige à une frugalité dont il semble s’accommoder plutôt bien. Rien n’est compliqué. Un plat de pâtes par ci, un morceau de pain par là et une barre tendre ou quelques fruits et des noix pour dessert. En mer on mange pour vivre. La gastronomie, on réserve ça pour les arrivées.
Un nombre impressionnant d’amis suivent sa carrière de coureur. Près de 1000 fans ont suivi le périple de Bleu sur la page Facebook d’Éric ou sur celle de l’équipe Bleu-Voile Océanique. C’est beaucoup de monde. Le côté attachant de la personnalité du skipper y est probablement pour quelque chose. Éric Tabardel a eu le soutien de l’explorateur Jean Lemire, de l’animateur Serge Laprade ainsi que de la chroniqueuse du Devoir Josée Blanchette pour ne nommer que ceux-là.
Il faut rendre justice à Éric Tabardel qui a sacrifié beaucoup pour donner suite à son rêve. Mais il reste énormément de chemin à parcourir. Nous sommes à 22 mois du départ de la Transat Québec Saint-Malo auquel il désire plus que tout, participer. D’ici là, il faut trouver un soutien financier, poursuivre les entraînements et si possible, maximiser le bateau. De passage à Québec cette semaine, nous l’avons rencontré.
Quel bilan fais-tu de ton aventure sur ton Class 40?
« C’est extrêmement positif. Nous avons navigué dans les caraïbes. Nous n’avons pas connu de bris majeur. Le bateau s’est super bien comporté et j’ai partagé de beaux moments de navigation avec plein de gens. Nous avons appris beaucoup sur ce bateau. »
Justement que retiens-tu sur l’aspect technique?
« C’est un bateau extrêmement bien fait. Le design de Samuel Manuard que vous pouvez voir ici démontre le talent de cet architecte. Ses bateaux sont par ailleurs toujours assez performants. Ceux qui suivent la Mini-Transat le connaissent. Il y prend régulièrement part sur ses bateaux et finit rarement pour ne pas dire jamais en bas du top 10.
D’un point de vue architectural Bleu est d’une grande simplicité. Comme vous pouvez le voir, il n’y a pas grand-chose dans ce bateau. Côté construction, là aussi le travail fut près de la perfection. l’aide de Chris Sayer fût précieuse. Les résultats sont éloquents. Par exemple : nous venons de passer plusieurs jours dans un fleuve offrant des conditions de près très musclées. Et comme vous pouvez le voir, il n’y a pas une goutte d’eau dans le bateau. C’est un peu en désordre (grands éclats de rire) et c’est normal car nous venons juste d’arriver mais tout est sec. Cela démontre la qualité de la construction. Quand vous avez un bateau humide, c’est difficile pour le moral du monde à bord. Déjà que la vie sur un Class 40 n’est pas celle d’un hôtel 5 étoiles, si en plus on patauge dans l’humidité, ça devient rapidement invivable. »
Y a-t-il des choses que tu souhaiterais améliorer ?
« Bien sûr que je souhaiterais maximiser le bateau. Nous aurions un bon chantier à faire. Mais cela dépend toujours du budget. Je pense entre autres qu’il y a quelques améliorations à apporter au couple de redressement. Je veux évaluer la possibilité de rallonger la quille. Mais pour cela, je vais devoir parler avec les architectes et ingénieurs. Il est possible que l’on doive ajuster le plan de voilure en conséquence. Mais personnellement je pense que cette modification serait réalisable sans que nous ayons à modifier substantiellement les voiles. Elle offrirait une plus grande raideur à la toile encore et permettrait de meilleures performances au près serré. »
Tu reviens à Montréal pour quoi ?
«Je dois reprendre le travail, puis je veux aussi tenter de trouver un partenaire dans la métropole. Par ailleurs, on a aussi quelques trucs à faire sur le bateau comme l’antifouling qui n’a pas été fait depuis plusieurs mois. Il sera sorti de l’eau cet hiver. Je ne repars donc pas. À moins que j’en aie les moyens, ce qui m’étonnerait beaucoup. De plus, l’automne est arrivé et il faut songer au retour de l’hiver. Nous sommes en pleine saison des ouragans et l’Atlantique devient de plus en plus hostile. Ce n’est pas trop le temps d’aller se promener sur ce terrain là. »
Humainement, qu’est-ce qui te revient de ton aventure?
« Ce bateau est un peu le bateau de tout le monde. Il y a tellement de gens qui m’ont aidé et encouragé. Je pense à toutes ces heures que ces personnes ont données pour la construction de ce coursier. Je songe à chacune de ces personnes avec beaucoup d’émotions. J’ai eu des gens formidables sur mon chemin.
Par contre, j’ai aussi eu des centaines de promesses qui se sont soldées par des déceptions. Des gens n’ayant jamais navigué qui me disaient qu’ils allaient vendre leur maison pour acheter le bateau en tout ou en partie. Des trucs qui n’avaient aucun sens. Mais bon, il faut croire que cela fait partie du jeu…
La réalité d’une navigation sur un Class 40 n’est pas aussi glamour que certains le croient. L’environnement n’est pas facile. C’est très physique. Il faut être en bonne santé. Et puis ça prend beaucoup d’argent. Chaque quaiage coûte cher. Il faut de bons revenus. »
On connaît l’orientation très écologique de l’équipe. Que penses-tu de ce qui s’est passé dans le golfe du Mexique?
« Je suis atterré. Et comme tout le monde, je tente de comprendre ce qui n’a pas marché. C’est aberrant. On détruit la nature. En plus, cela affecte des milliers de gens le long des côtes. Plusieurs n’ont plus de gagne-pain pour des années. C’est effroyable. »
Que penses-tu de ta victoire lors de la Route Halifax-St-Pierre ? Est-ce susceptible de lancer l’équipe?
« Je ne saurais dire si ça va lancer l’équipe. Par contre ce que je peux dire, c’est que ce fût une super course. On s’est régalé. On a fait marcher le bateau autour des16 nœuds et on l’a même monté une couple de fois à 20 nœuds. Il est stable et marche remarquablement bien. On a eu le feeling d’un gros dériveur. Nous avions aussi un équipage de choix. Patrick Molimar, Stéphane Vigneault et Damien Depas ont fait du bon travail. Nous avons eu aussi le soutien de notre commanditaire Salin’eau, une belle petite entreprise qui offre de beaux produits, fait travailler des gens aux îles de la Madeleine et qui connaît une belle croissance. »
À St-Pierre et Miquelon l’accueil a été phénoménal. Les gens de St-Pierre sont extraordinaires. On a été reçu non pas à l’hôtel, mais bel et bien chez des habitants de l’archipel. C’était encore mieux! On nous a déroulé le tapis rouge. L’accueil, la bouffe et la chaleur de ces gens-là m’ont marqué et croyez-moi que je ne suis pas le seul. Des gens ont même ouvert leur commerce ou leur atelier au beau milieu du week-end pour accommoder des marins qui avaient des besoins particuliers et des bricoles à faire. Il faut aller dans des coins aussi reculés pour voir autant de gentillesse et de solidarité. Des liens d’amitié se sont vite créés et nous avions tous les trémolos au départ. Je n’oublierai jamais ça. »
Derek Hatfield est arrivé devant toi mais vous l’avez battu au compensé. Que penses-tu de la nouvelle monture de Spirit of Canada?
« C’est un bon bateau. Il s’agit d’un plan dessiné par Thierry Dubois. Il est robuste et très marin. Par contre, en ce qui a trait aux avancées technologiques, ce bateau-là est à des années-lumière du plan Owen-Clarke qu’il avait avant. En termes de performances, c’est beaucoup moindre. Mike Birch pourrait vous en dire plus que moi, car il a navigué sur ce bateau avec Rich Wilson. Quant à Derek, on ne peut qu’être admiratif devant un gars qui perd le coursier dans lequel il a tout misé et qui le lendemain se relève courageusement. »
Quel est l’avenir pour le projet Bleu ? Que feras-tu du coursier au terme de la Transat Québec St-Malo?
« Il est beaucoup trop tôt pour parler de ça. En ce moment, je suis en recherche de budget et à planifier l’an prochain. Le milieu de la course au large est fait de telle sorte qu’il est difficile de prévoir sur de longues périodes. Les contrats de commandites à long terme sont plutôt rares. »
Propos recueillis par Daniel Lévesque avec l’aimable contribution du Club Nautique du Vieux Port de Québec.
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