Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la course au large est un monde contenant son lot de cruautés. Et curieusement, on dirait que cela vient plus souvent des casses que des gens qui vivent dans ce domaine. Beaucoup de coureurs et certains parmi les meilleurs ont parfois vu les résultats de plusieurs années de travail être réduit à néant en un seul instant. Parlez-en à Roland Jourdain qui, par exemple, a vu ses deux derniers tours du monde être stoppés par des bris majeurs.
La « chance » (si on peut l’appeler ainsi) dans tout ça, c’est que la déveine de notre équipe québécoise soit survenue à l’entrainement. Le mât brisé est donc assuré. En effet, il aurait été fâcheux et même très inquiétant qu’une telle chose se produise en course au beau milieu de l’Atlantique…
À québec malgré tout!
En terminant, je pense à Éric Tabardel que j’ai vu la broue dans le toupet l’hiver dernier dans son usine désaffectée de la rue Cabot à Montréal. Et à l’instar de Jean Lemire, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur très gros. Je sais que cette équipe vit des moments épouvantables. J’ignore de quoi seront fait les prochains mois, mais j’espère du fond du cœur qu’elle trouvera les ressources pour se relever. Car je suis fort bien placé pour dire jusqu’à quel point ces gars-là mérite notre appui et notre admiration.
Le team Bleu-Voile Océanique relève la tête. Il est présentement à démarcher pour se dénicher un nouveau mât et l’acheminer au plus vite vers Gaspé afin de prendre ensuite la mer et se qualifier pour la Transat. Une tâche quasi impossible sans qu’une aide massive venue de nul part se manifeste. En d’autres mots, il faudra un miracle pour que cette équipe prenne le départ le 20 juillet. Les Québécois sauront-ils se mobiliser pour cette équipe qui voit ainsi 4 années d’efforts être soudainement mis en péril par cette malchance ? Un appel criant est lancé à toute la communauté d’affaires. Il faut sauver le soldat Bleu ! C’est à suivre.
J’ai visité leur chantier à plusieurs reprises l’hiver dernier. Un vieil entrepôt désaffecté de la rue Cabot à Montréal. Pas d’eau, pas de toilette, chauffage minimum, effluves de poussières ou d’époxy. Minimaliste pour ne pas dire misère… Ils en auraient long aussi à raconter sur les problèmes techniques à répétition, sur les espoirs déçus venant de commanditaires se désistant à la dernière minute ou encore sur les courbatures et la fatigue qui accablent des gens qui travaillent fort à ce point. Un jour, il faudra faire un film sur l’histoire de cette équipe.
Mais hier, pas un mot sur le sujet ! L’heure était venue de célébrer ce triomphe qui ne fait que commencer. Car bien malin sera celui qui nous dira où cela s’arrêtera. Chose certaine, si j’étais le patron d’une grande entreprise au Québec, je regarderais avec un œil très attentif ces gens-là. Leur histoire a de quoi remonter le plus découragé d’entre nous. Mais surtout, leur caractère doit aujourd’hui susciter quelques sérieuses questions au sein de la classe 40. Car si ces entêtés ont pu se rendre jusque-là, où croyez-vous qu’ils s’arrêteront dorénavant ? Ils ont conçu une véritable machine de guerre. Tabardel est un bon régatier et Damien Depas a prouvé qu’il a incontestablement du talent lors de la mini transat 2001. Les paris sont ouverts sur le prochain fait d’armes de ces deux marins qui n’ont pas l’intention de s’arrêter là. Le sérieux de leur projet démontre qu’ils ne s’aventureront pas sur le circuit de la classe 40 en touriste et qu’ils comptent bien jouer les lascars, et ce, dès la transat Québec>Saint-Malo. Ils sont à surveiller de très près. L’animateur bien connu Serge Laprade, ami de l’équipe, agissait comme maître de cérémonie. En attendant, toute la communauté nautique ne peut qu’être admiratif devant ce chef-d’œuvre et surtout, cette incompréhensible modestie qu’affichent Éric Tabardel et Damien De Pas. Avec ce qu’ils ont accomplit jusqu’ici, ils auraient tout à fait raison s’ils se promenaient avec la tête grosse comme ça. Félicitations et maintenant bon vent les gars !






