S’aligner au départ d’une grande course océanique est en soi un exploît. Reste ensuite à se rendre à destination et terminer au meilleur rang possible. Remporter une course comme la Québec Saint-Malo est donc un accomplissement extraordinaire. D’autant que cette course revêt un caractère mythique par son histoire et sa longévité.
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D’ailleurs, depuis sa première édition en 1984, les Québécois qui ont figuré sur la liste des gagnants sont loin d’être légion. À notre connaissance, le seul qui a inscrit son nom sur la plus haute marche du podium est le regretté Gerry Roufs en 1988 alors qu’il naviguait sur le catamaran Jet Services du skipper Serge Madec.
Généralement, le premier à sortir du Saint-Laurent va être en cadillac s’il choisit la bonne option qui est d’ordinaire le nord. Mais on ne saurait trop répéter ce qui est devenu un cliché à savoir que notre fleuve est une boîte à surprise et que sa descente est loin d’être facile en plus de requérir une attention de tous les instants en cette période d’étiage. Les trois dernières éditions ont vu apparaître des unités munies de voile de quilles long, ce qui rend la navigation encore plus périlleuse. La Transat de 2008 a vu deux Class 40 se retrouver dans le trouble. L’un s’est échoué sur les banc de l’île rouge tandis que l’autre a talonné sur la roche à Veillon près de St-Jean Port-Joli.
C’est donc dire que la connaissance approfondie du St-Laurent et des chartes de profondeurs ainsi qu’une navigation avec la plus grande attention sont parmi les prérequis les plus importants pour espérer se rendre et gagner la course. Si les Québécois bénéficient d’un peu plus d’expérience à ce chapitre, sur d’autres plans, ils sont défavorisés. Nous y reviendrons dans notre deuxième article sur le sujet à paraître demain.
Du coup, le Saint-Laurent étant le talon d’Achille des équipages, la morphologie du plan d’eau impose de multiples et épuisantes manoeuvres. Le chenal sud est plus rapide, mais aussi plus exigeant. Tandis que le chenal nord lui, est fréquenté par les cargos. Quant à la météo, la norme veut qu’un sud ouest offre des conditions de portant. Mais sur cette question, il n’y a pas de service après-vente. Pas de solution miracle donc. Comme disait Churchill, ce sera « blood sweat and tears » jusqu’après Terre-Neuve où les équipages pourront enfin prendre un peu de repos. D’ici là, oubliez ça! Changements de voile, empannages et matossage au menu.
La condition physique et surtout la capacité de résistance à la fatigue sont donc un deuxième critère important pour envisager la moindre chance de victoire. Le synchronisme et l’homogénéité des équipe sont aussi des valeurs non négligeable quand on doit multiplier les manoeuvres sur un plan d’eau aussi technique. Bien que le festival printanier de la bille de bois soit derrière nous, le fleuve , le golfe et les bancs de Terre-Neuve regorge encore de pièges tels que filets dérivants, haut-fonds, bouées, courants et marées qui rendent complexe à la fois la navigation et les choix stratégiques lorsqu’il est par exemple question de choisir le meilleur moment pour empanner. Sur ce plan, les équipes québécoises de Georges Leblanc et d’Éric Tabardel ont une longueur d’avance notable, se bagarrant sur leur terrain de prédilection.
Le troisième critère est le bateau. Fiabilité et rapidité sont les deux mots clés. Ça élimine beaucoup de monde. À peine une 6 à huit bateaux peuvent prétendre répondre à ces critères indispensables. Le premier qui nous vient en tête est Mare du skipper allemand Jörg Riechers. La Solidaire du Chocolat a démontré toute la puissance du Mach 40 de Sam Manuard. L’équipe germanique a aussi à sa disposition un groupe de préparateurs qui travaillent sur le coursier depuis son arrivée à Québec. Riechers est talentueux et minutieux dans ses choix tactiques. Il est sans contredit le grand favori de cette course.
L’équipe du skipper français Aloys Le Claquin a la même monture et est également à compter parmi les favoris. Mais celui le plus susceptible de livrer un duel de titan aux Allemands est le Belge Michel Kleinjans sur le Kiwi 40 FC Roaring Forty II. C’est d’ailleurs la première confrontation sérieuse entre le Kiwi 40, un plan dessiné par le cabinet Farr Yacht Design et le Mach 40.
L’Américain David Rearick s’est présenté à Québec avec un super espadon flambant neuf sorti des chantiers néo-zélandais il y a quelques mois à peine. Bodacious Dream est un Kiwi 40 aussi, tout comme son sistership Roaring Forty II. Si ce bateau avait une traversée de faite, nous pourrions y croire. Mais le problème est que les Américains n’ont pas l’expérience de plans d’eau tels que le fleuve ou la côte ouest française et surtout, que ce bateau n’a pas été éprouvé ni optimisé. Il y a encore trop de travail à faire pour espérer le voir gagner. Mais sait-on jamais?
Dans un autre registre, si les courses étaient autrefois une affaire presque exclusivement française, ce n’est plus le cas de nos jours. Mais croire que nos cousins ne sont pas dans le coup serait une erreur grossière. Le vétéran Halvard Mabire et sa compagne Miranda Merron nous viennent tout de suite à l’esprit. Leur bateau, un Pogo 40 S2 est fiable, rapide et bien préparé. L’équipe est homogène et expérimentée. Le champion de 2008 en Class 40 est loin d’être battu d’avance.
Il faudra aussi observer avec attention les plan Lombard. Thierry Bouchard et Fabrice Amédéo disposent de puissants Akilaria RC2 capable de faire la guerre. Chez Geodis, l’équipe a le même noyau depuis un bon bout de temps avec entre autres le figariste Armel Tripon, un surdoué qui a gagné la mini-transat en 2003 et dont les talent de régatier sont connus. Le duo a terminé troisième de la Solidaire du Chocolat. À quelques encablures de l’arrivée, l’Akilaria est venu à bout de reléguer au quatrième rang le Tyker 40 Évolution Aquarelle.com (un plan Verdier) sur lequel naviguait le duo formé de Yanick Bestaven et Éric Drouglazet, un coup de force dont on parle encore dans le milieu de la course au large.
Il ne faut pas oublier non plus les trois mousquetaire chez Groupe Picoty. Jacques Fournier et Jean-Christophe Caso ont l’expérience du fleuve. Mais ce qui enrichit cette équipe est sans contredit la venue d’Arnaud Boissière, un athlète qui fera le Vendée Globe en novembre prochain. Malgré son expérience limité du fleuve et des Class 40, il n’en demeure pas moins un excellent gestionnaire de course. Il apportera à l’équipe son expérience d’une course dans la durée et la patience qui lui manque peut-être un peu.
Une autre équipe à surveiller est celle de Stéphane Le Diraison. Ministe talentueux accumulant les succès, Le Diraison ne pourra toutefois pas compter cette fois-ci sur les services de l’excellent Adrien Hardy. Il a donc choisi Bertrand Delesne pour lui succéder. Or, Delesne est loin d’être un inconnu. Il revendique une victoire d’étape sur la mini-Transat. Mentionnons aussi que le bateau IX BLue est un Pogo 40 S2 avec lequel il a raflé la deuxième place de la Solidaire du Chocolat. Seul inconvénient pour cette équipe, comme chez Geodis, c’est la méconnaissance du fleuve…
La suite demain alors que nous analyserons les chances de nos Québécois et jetterons un coup d’oeil sur les multicoques.
Le légendaire Halvard Mabire qui vient de prendre part à plusieurs étapes de la Global Ocean Race sera à Québec pour la Transat Québec Saint-Malo. Halvard Mabire viendra donc défendre son titre, lui qui revendique la première victoire dans la class 40 sur cette course.

Crédit photo | GOR archives ©.
Le légendaire Halvard Mabire qui vient de prendre part à plusieurs étapes de la Global Ocean Race sera à Québec pour la Transat Québec Saint-Malo. Halvard Mabire viendra donc défendre son titre, lui qui revendique la première victoire dans la class 40 sur cette course.
C’est une très grosse nouvelle et elle n’est pas la seule. Le journaliste Fabrice Amedéo du célèbre magazine le Figaro s’en vient également sur Québec à bord de son Class 40 Geodis. Par ailleurs, on n’attend toujours la confirmation du Français d’origine québécoise Benoît Parnaudeau.
Ces deux nouvelles inscriptions portent le nombre de coureurs à 18 en Class 40 et à 22 bateaux au total, soit la plus grosse flotte pour une transat cette année. Il s’agit d’un score remarquable compte tenu des énormes difficultés économiques qui sévissent sur l’Europe depuis des mois.
Ce qu’il y a d’intéressant dans cette situation, c’est que comme plus on est de fous plus on rit, d’autres voudront sans doute se joindre à la fête, histoire de se mesurer. On pense à quelques Class 40 qui voguent sur la côte est des États-Unis dont notamment le redoutable Kiwi 40 FC, Bodacious Dream, propriété du skipper Dave Rearick et qui vient tout juste de sortir des chantiers néo-zélandais.
À défaut on ne sera pas moins gâté pour autant. Le Mach 40, Mare de l’allemand Jorge Riechers, l’Akilaria RC2 de Fabrice Amédeo et le Pogo 40 S2, Picoty, de Jacques Fournier. Ce ne sont donc pas les purs-sangs des mers qui manqueront.