Nous avions prédit les Néo-Zélandais. Ce sont les Français de Groupama qui remportent la Volvo Ocean Race 2012.

Crédit photo: Livestream
On ne dira jamais assez combien Franck Cammas est un marin talentueux et un excellent meneur d’hommes qui croit en ses moyens, en son matériel et en son équipe. Franck Cammas a le don d’aller chercher le maximum de ses équipiers. Et tout le crédit de cette victoire aussi éclatante qu’inattendue lui revient amplement. L’intelligence de Cammas, le coeur à l’ouvrage et le courage de ses gars jumelé à un bateau à qui une formidable équipe d’architectes et de techniciens ont insufflé un âme.
Le résultat est au-dessus de toutes les espérances. Personne ne pourrait imaginer voir une équipe d’expansion gagner la coupe Stanley. C’est pourtant ce qui vient de se passer. Comment expliquer ça? Très simple! Un niveau de préparation physique et psychologique très loin dessus de la norme. Une équipe technique qui a rapidement fait les ajustements nécessaires pour aller chercher le petit quelque chose qui manquait et pour finir, un skipper intelligent que le diable.
La guerre se fait sur tout les fronts, sur l’eau comme entre les deux oreilles. Cammas fait mesurer à deux reprises l’un des étais de Telefonica. Mine de rien, la manoeuvre a été l’un des tournants de ce tour du monde. Jusqu’à ce moment, les Espagnols menaient sans partage. À un tel point que plusieurs se demandaient s’il était possible de les battre. Or cette démarche du skipper de Groupama a semblé les déstabiliser complètement. À partir de cet instant, l’équipe espagnole n’a plus jamais été la même.
Fortune de mer au large du Brésil à quelques milles de l’arrivée. Groupama menait la course. Un coup de massue en plein front. L’équipe ne se décourage pas. Elle finit la course sous gréement de fortune et va chercher de précieux points. Les hommes ont la tête entre les deux jambes. Mais ils se relèvent et finissent deuxièmes à Miami. Ils peuvent toujours y croire. Et même plus que jamais.
La déception de ce tour aura été Camper. On s’attendait à beaucoup plus des Néo-Zélandais. L’excuse de Grant Dalton sur la qualité du bateau est peut-être une partie de l’explication. Mais elle ne suffit pas. Il n’y avait pas dans cette équipe un degré de préparation suffisant pour espérer remporter ce tour du monde.
Même chose du côté de Puma. La sanction risque d’être sévère contre un Ken Read qui n’a pas encore livré la marchandise après deux tours du globe. Quant à Telefonica, l’effondrement est difficile à expliquer. Quand on se bat pour un championnat aussi prestigieux que celui de la Volvo, il est des barrières psychologiques qu’il faut savoir franchir.
Ian Walker et Mike Sanderson doivent avoir hâte d’en finir. Tous les deux n’avaient pas le bateau pour rivaliser avec les quatre premiers. C’est triste de voir un grand champion comme Sanderson faire chou blanc sur un tour du monde. Il s’agit probablement du chant du cygne pour ce très grand champion.
Incidemment, si la Volvo est à réexaminer son concept, il faudra parallèlement que les équipes se réévaluent sportivement parlant. Il faudra plus de renouveau, plus de jeunesse et plein de dynamisme. Des jeunes loups affamés de victoire et qui du coup, sont prêts à saigner du nez pour gagner. La course se raffine de plus en plus. Les courses sont devenues cruellement taxantes. La condition, la force physique et la capacité de résistance sont devenues des éléments centraux. Des équipes ont souffert plus que d’autres de la chaleur et de la fatigue. La préparation des équipes devra tenir davantage compte de ces facteurs.
Il faut saluer la très belle belle initiative de cette année qui aura été l’obligation d’avoir à bord un jeune de moins de 25 ans. Il faut poursuivre en ce sens. Par ailleurs, les efforts de l’organisation pour populariser cette course médiatiquement sont louables bien qu’imparfaits. Nous devrons être patients. Internet à grande échelle n’a pas encore 20 ans. Les choses iront en s’améliorant.
Soulignons aussi notre tristesse face à la mise au rancart de ces magnifiques bateaux que sont les VO70 et qui nous ont donné des sensations et de la vitesse comme aucun autre monocoque auparavant. Ils ont tous mené leurs équipes à bon port en dépit de multiples et déplorables avaries.
La Volvo 2012 est terminée. Elle a été l’une des plus passionnantes de toutes les éditions tenues jusqu’ici. Nous avons connu le gagnant à la dernière course offshore. Si certaines équipes n’ont pu suivre le tempo imposé par les leaders, il n’en reste pas moins qu’un degré de parité jamais égalé a été atteint. Le pari a été tenu. Il reste encore des courses inshore. Mais les hommes sont tous de retour en bonne santé. Remercions le ciel! Car cette aventure demeurera toujours pleine de surprises, d’impondérables et de risques. Et face au premier comme au dernier de tous ces intrépides marins, nous ne pouvons qu’avoir une admiration sans limite.
Notre dernier mot va pour Franck Cammas et l’équipe Groupama. Les Français viennent de réaliser un tour de force aussi grand que celui qui leur a permis de mettre la main sur le Championnat du monde de soccer en 1998. Il y avait Zidane, aujourd’hui il y a Cammas. Il est temps que tous reconnaissent que Tabarly a engendré des orgueilleux, des hommes fiers, de vrais champions que la postérité portera à jamais aux nues. Parce qu’ils sont des vrais, opiniâtres, acharnés et irréductibles. De très grands champions. À un moment de l’histoire, il fallait conclure. Il fallait le faire. Et en cette édition de la Volvo, la rivalité était forte. Aussi, il faillait en avoir plus que jamais. Et ils l’ont fait avec grandeur et panache. Il n’y en a pas comme eux. Ils sont seuls au monde à avoir réussi ça. Jamais ils ne seront oubliés. Et jamais personne ne pourra leur enlever le mérite de l’exploit qu’ils ont accompli.
Bravo!
Tous les arguments auront beau être présentés pour faire croire qu’il ne s’agit que d’une stratégie, ça empeste le rififi autant qu’un fromage qui marche tout seul sur le comptoir.
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C’est ainsi que Groupama a pris le départ vers Galoway pour l’ultime étape de la Volvo Ocean Race, sans embarquer le navigateur Jean-Luc Nélias. On lui attribuerait certaines erreurs tactiques mais le plus gros reproche serait dit-on un différent idéologique profond avec Franck Cammas et une attitude que ce dernier ne pouvait tolérer. De toute évidence, il semble qu’il y avait deux coqs dans la basse-cour et l’un d’eux a subi le couperet.
Cammas n’a pas la réputation de s’en laisser imposer dit-on. En mer il est un fichu de bon père de famille qui travaille toujours en équipe. Mais il est aussi connu pour être des plus exigeants et ses ordres ne manquent jamais de précisions. Selon ce que nous avons pu savoir, sur la dernière étape, la chevauchée d’enfer n’aurait pas fait l’unanimité, certains croyant plus sage de lever le pied. Une requête auquel Cammas aurait adressé une fin de non-recevoir des plus catégoriques. Certains s’en sont accommodé, d’autres moins. Mais pour le skipper de Groupama, on ne s’arrête pas aussi près du but. Il aurait alors exhorté ses hommes à donner la petite poussée supplémentaire qui a fait la différence et mené Groupama à la victoire. L’histoire lui a donné raison.
Bref, les spéculations les plus loufoques circulent quant aux motifs de cette décision. Mais il fallait que ça soit vachement sérieux pour que ça en vienne jusque là. Et si Nélias n’apparaît pas sur le podium des vainqueurs à Galoway, il faudra alors tirer les conclusions qui s’imposent. On vit ou on crève, on gagne ou on perd en équipe. Et diriger pendant neuf mois des « dirty dozen » qui ont chacun leur caractère , leur passé et leur vision de l’avenir et leurs angoisses personnelle n’est jamais une mince affaire. Même Jésus-Christ en sait quelque chose.
Sportivement parlant c’est le sprint. Les équipages ont franchi le Fasnet et l’écart entre le premier et le quatrième n’étais que de 1 mille au dernières nouvelles. Telefonica et Camper ont connu un départ canon tandis que Groupama avait encore la manivelle entre les mains. Même chose pour les Américains de Puma. Néanmoins ces derniers occupent maintenant le premier rang le long de la côte est de l’Irlande, tandis que Groupama se retrouve au quatrième rang provisoire dans les safran de Camper.
Le principal sujet de conversation hier n’était pas la victoire d’Abu Dhabi mais bien la première place au classement général de Groupama IV. Sûr que les gars à bord ne sont pour la plupart pas des néophytes. Mais la nouvelle a tout de même de quoi surprendre. La présence de Groupama en tête de la Volvo Ocean Race 2012 créée indéniablement la stupéfaction dans le monde de la course au large.
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Premièrement parce qu’il s’agit de la première présence française depuis des années. Deuxièmement, parce qu’il y a des équipes cumulant beaucoup plus d’expérience autour du monde sur un VO70 que celle de Groupama.
Parlons-en de ce tour du monde qui n’avait pas débuté de façon trop trop croche pour les Français. Mais on sentait tout de même une certaine nervosité. Et n’eût été le démâtage subi par Puma, les Gaulois auraient fait chou blanc au Cap. La performance au départ d’Alicante a été ordinaire et n’avait rien de convaincant.
Mais voilà que les choses ont commencé à se replacer quand, à l’entrée de la zone furtive entre Le Cap et Abu Dhabi, l’équipe de Franck Cammas occupait le premier rang après un audacieux choix de route. On sentait que quelque chose s’était passé. L’équipe semblait enfin trouver ses marques autant à terre qu’en mer.
La guerre psychologique a aussi pris une place prépondérante quand les Français ont porté en appel la décision des juges sur la conformité du gréement de Telefonica. Si cette démarche n’a rien donné en termes de décision des juges, elle a toutefois semblé déstabiliser l’équipe espagnole qui piétine depuis lors.
Puis les cousins ont ensuite commencé à se fier à eux-mêmes sans égard au reste de la flotte. Ils ont commencé à faire à leur tête dans les choix stratégiques. De plus en plus, on les a vus prendre des routes hors de l’orthodoxie si caractéristique du milieu de la Volvo. C’est un peu comme si Jean-Luc Nélias avait crié « Laissez-moi lire et interpréter mes fichiers à ma façon BDM !»
Même chose du côté de l’équipe technique. Nul besoin d’être un expert pour comprendre que des améliorations au bateau ont été faites en masse lors des escales. Plus le tour avance et plus on se rend compte que Groupama IV a une longueur d’avance en terme de vitesse. Franck Cammas est à la voile ce que Jean Todd était chez Ferrari en Formule1. C’est-à-dire qu’à chacune des escales, il est en mesure de proposer un cahier des charges précis et efficace lors des rétrospectives avec son équipe technique.
Pour ce qui est de l’équipe navigante, elle est truffée de fausses recrues. Le total des tours du monde de chacun des membres équivaut presque à la distance entre la terre et Vénus. J’en mets à peine… Cette bande-là a aussi la caractéristique d’être opiniâtre au possible. Chez Groupama, on saigne du nez pour gagner.
Reste que si on avait prédit que Groupama serait là où il est, personne ne nous aurait pris au sérieux. Pas plus que de voir maintenant les Néo-Zélandais là où ils sont. Franck Cammas et son équipe devant Iker Martinez, Ian Walker, Chris Nicholson et Ken Read? Déroutant!
Après la fleur, le pot. Si les Néo-Zélandais semblent encore dans le coup mathématiquement parlant, dans les faits, ils sont très loin du compte et on ne voit pas comment les choses pourraient changer d’ici à Galoway. Cette équipe ressemble de plus en plus à Telefonica Blue, échouage en moins.
Grant Dalton a la tronche d’un gars qui mange un citron à chaque étape de ce tour du monde. Hier, il devait être aussi rouge que son bateau en voyant les kiwis se faire doubler comme des pee-wee à quelques encablures de l’arrivée à Lisbonne. Une véritable erreur de débutant! À l’évidence, il n’y a pas que le bateau qui ne soit pas à la hauteur des attentes.
En terminant, il n’est pas de pire endroit au monde pour voir Groupama en tête. Cette nouvelle est aussi mauvaise qu’un crash boursier pour les adversaires du bateau vert et orange. Car la prochaine étape, chers amis, c’est LORIENT. Un parcours que les Gaulois maîtrisent sur le bout de leurs doigts, une foule hystérique qui les attend, les délices de la cuisine, les effluves de sanglier farci, du fromage et du bon vin français et au surplus. Pour couronner le tout, un dodo à la maison avec femme et enfants. Après l’humidité, le lyophilisé et la m… bouffé chez les Anglais, parions un vieux deux que sur ce parcours, ils ne donneront pas leur place à la buvette…