
Crédit photo: IAN ROMAN/Volvo Ocean Race
La vraie Volvo Ocean Race 2011 a débuté le week-end dernier. « Vraie » parce qu’il s’agit de la première étape longue de ce défi planétaire. C’est bien beau d’aller enrouler des bouées, mais à la longue, cela devient ennuyeux de voir ces bateaux faits pour se mesurer sur l’océan aller faire tourner des ballons sur leur nez comme des phoques en Alaska.
Mais tout de même, le petit aller-retour entre les marques de passage qui a été retransmis de brillante façon sur internet nous aura permis de voir les bateaux et les équipages à l’œuvre. Un spectacle qui fût d’ailleurs bien meilleur que la soporifique inport race du week-end précédant qui nous avait affligés d’une démonstration du style America’s Cup. Or si on veut voir la Cup, on sait où aller.
Ceci étant dit, le début de la Volvo ressemble à un moteur qui tousse et boucane. Groupama a pris un autre départ totalement manqué. Il faudra rappeler à Franck Cammas qu’il ne se bat plus contre des horloges, mais bien contre des équipes maintenant.
Puis Mike Sanderson a vu son VO70 faire un tout droit à la deuxième marque de parcours en raison d’un spi récalcitrant. Heureusement qu’il n’y a pas de bac à sable ni de mur de pneus sur l’océan sinon, certains seraient dans de beaux draps. Dans tout ça, ce sont les Kiwis qui ont le mieux paru. Ils ont rapidement pris la tête, étant premiers à la bouée de dégagement.
Les choses semblaient aller assez rondement lorsque rendu environ une soixantaine de mille plus loin, Ian Walker et son équipe Abou Dhabi ont contacté le pc de course pour annoncer qu’ils venaient de casser le bâton de hockey qui leur sert de mât. Retour à Alicante pour réparer et repartir. Puis, quelques heures après Sanya et son skipper Mike Sanderson voyaient leur course se terminer en raison d’une voie d’eau. Ils seront de retour pour la deuxième étape. Ça commence à ressembler à la Jacques-Vabre dis donc!
Pendant ce temps, les options sont limitées en Méditerranée. Qu’à cela ne tienne, les Français tentent quelque chose et prennent l’extérieur en longeant le sud. Ils entrent dans le détroit de Gibraltar au deuxième rang. Mais ils ne tiendront pas cette position longtemps. Ils se retrouvent scotchés avec le résultat qu’ils voient Camper/Fly Emirates, Telefonica, et Puma Powered by Berg les distancer à la sortie du goulot.
Les trois premiers semblaient prendre de la distance au moment où Groupama IV sort à son tour du détroit. Les Gaulois sentent alors le traquenard anticyclonique. Ils décident à ce moment de plonger le long de la côte pour profiter d’un léger flux. Tel que prévu, le piège se referme sur Puma Powered by Berg et Telefonica. Pendant ce temps, Camper/Fly Emirates tente de se rabattre le long de la côte du mieux qu’il peut. Bilan de course : Les position sont peu significatives à ce stade de la course. L’action ne manque pas et cela est inversement proportionnel à la vitesse des vents. On a bien hâte qu’Éole se présente au banquet.
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Crédit photo: © Yvan Zedda

Le nouveau VO 70 Groupama IV a été mis à l’eau la semaine dernière. Ce fut un moment tout à fait spécial pour les équipes qui ont mis la main à la pâte et trimé dur afin de réaliser le premier VO 70 construit en France. Groupama IV est aussi la première équipe française à prendre part à cette épreuve depuis le célèbre « La Poste » d’Éric Tabarly.
L’évènement historique a eu lieu sous le regard admiratif du public et des participants au projet qui s’étaient joints au président de Groupama, Monsieur Jean-Luc Baucherel sur place pour l’occasion. « C’est un grand moment pour l’équipe Groupama. C’est la première fois que nous mettons un monocoque à l’eau. Nous avions construit trois multicoques jusqu’ici. Cest aussi une marque de confiance envers le skipper Franck Cammas. Nous sommes convaincus qu’il fera un excellent travail avec son équipe (…) » a déclaré monsieur Baucherel.
C’est la conclusion de plusieurs mois d’un travail minutieux sous la direction du chef de chantier australien Ben Wright. Dès le premier coup d’oeil, on reconnaît la signature de son architecte Juan Kouyoumdjian. Sexy le nouveau coursier, c’est le moins qu’on puisse dire! Il s’agit incontestablement d’une autre de ces merveilles technologiques qui fait de la Volvo Ocean Race une course pas comme les autres. Avec une carène conçue à partir d’un sandwich carbone-nid d’abeille, le coursier ne pèse que 14 tonnes. Imaginez, c’est moins de 30 000 livres pour un bateau de 70 pieds. Et approximativement la moitié de ce poids se trouve sur la torpille. Tout simplement hallucinant! De plus, Groupama IV fera 685 mètres carrés de voile au portant, soit plus du tiers d’une patinoire de hockey olympique… De quoi vous décrocher la mâchoire du bas.
C’est bien sûr Franck Cammas qui sera l’heureux skipper de cette nouvelle fusée flottante « qu’il n’aimait pas trop voir voler à 40 pieds au dessus du sol » selon ses propres dires. « Il y a toujours un petit stress » a déclaré le vainqueur de la Route du Rhum, avant d’ajouter que « la job list était encore longue avant le départ ».
Pour ce tour du monde, il s’est adjoint une équipe que l’on pourrait davantage apparenter à un dream team qu’à d’autre chose. Les noms sont une liste de marins avec des CV longs comme le bras. Énumérer la feuille de route de ces gars-là prendrait la journée. Et comme on imagine raisonnablement que vous n’avez pas tout ce temps-là pour nous lire, on va donc se contenter des noms. De toute façon, ça dit tout… Jacques Caraës, Jean-Luc Nélias, Thomas Coville, Charles Caudrelier, Damien Foxall, Magnus Woxén, en voulez-vous d’autres?
On a aussi greffé quelques jeunots qui vont graviter autour de ce noyau atomique de pur talent. C’est la règle cette année. Il est obligatoire d’avoir à bord au moins deux équipiers de moins de 30 ans. On fait dans l’âgisme… On en est presque frustré. Moi qui suis dans la quarantaine, j’envisage de porter plainte pour discrimination. Non mais sans blague!
Évidemment, l’équipe est pressée. Le mât et tout le reste de l’accastillage ont été posés pendant le week-end dernier. Et les premiers bords devraient se tirer aujourd’hui. L’entraînement commence. Tous ont hâte d’essayer ce nouveau jouet et d’en mesurer les performances qui ne manqueront pas d’être remarquables, on s’en doute bien. 2000 milles nautiques de qualification obligatoire pour tous le monde y compris le bateau sont aussi au menu.
Le départ de la Volvo Ocean Race 2011-2012 est prévu pour le 29 octobre prochain de la ville d’ Alicante en Espagne. Neuf étapes sont au programme dont Cap Town, Aukland, Miami et Lorient. Le tour du monde en équipage sur monocoque se terminera à Galway en Irlande en juillet 2012. Trois titans de la voile s’affronteront. Les USA (Puma), la France (Groupama), et la Nouvelle-Zélande (Camper). Sincèrement, quelque chose me dit qu’on sera plusieurs à suivre ça. Qu’en pensez-vous?
Caractéristiques techniques de Groupama 4
Longueur : 21.50m
Largeur : 5,70 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Dspl : 14 tonnes
Quille : pendulaire
Matériau : sandwich carbone nid d’abeille
Voilure au près : 315m²
Voilure au portant : 675 m²
Architecte : Juan Kouyoumdjian

Crédit photo: Groupama
Le suspens aura duré des jours et des jours. À certains moments, on aurait cru qu’ils n’y arriveraient jamais, tellement la météo était récalcitrante. Et pourtant, ils l’ont fait. Franck Cammas et son équipe ont mis 48 jours 7 heures 44 minutes et 52 secondes pour faire le tour du monde. Ils ont remis le pied à terre le 20 mars 2010 dans une quasi-indifférence difficile à expliquer.
Pourtant le défi est à la hauteur des hommes qui sont parvenus à graver leur nom sur le Trophée Jules Verne. En dix-sept ans, il y aura eu vingt tentatives pour battre ce record et six seulement se traduiront par des succès : Bruno Peyron en 1993, Peter Blake et Robin Knox-Johnston en 1994, Olivier de Kersauson en 1997, Bruno Peyron en 2002, Olivier de Kersauson en 2004 et à nouveau Bruno Peyron en 2005. Finalement il y aura Franck Cammas sur Groupama 3 en 2010. Au surcroît, Franck Cammas devient le premier navigateur à abaisser ce record sous la barre des 50 jours.
On ne se rendra compte de l’extraordinaire valeur de ce record qu’à la longueur du temps qu’il tiendra. Et parions qu’il tiendra encore un sacré bout… Mais bon sang quand réaliserons-nous que Franck Cammas est un skipper hors de l’ordinaire? Ce gars-là a tout gagné!
• Vainqueur de la Solitaire du Figaro en 1997
• Vainqueur de La Transat Jacques Vabre en 2001, 2003 et 2007
• Vainqueur de la Transat Québec-Saint-Malo en 2000
• Vainqueur de tous les grands prix ORMA 2005 et 2006
• 6 titres de Champion du Monde ORMA (2000, 2001, 2003, 2004, 2006 et 2007)
• 2 titres de Champion du monde Fico-Lacoste des skippers (2000 et 2004)
• 1 titre de Champion du monde Multi-Cup (2006)
• Vainqueur du Trophée Clairefontaine (2000, 2006 et 2009)
• Vainqueur du Spi Ouest-France 2007 en open 7.50
• Vainqueur du Bol d’or (Voile-Léman) 2008
• Vice Champion du monde de F18 2008
• Conquête du Trophée Jules Verne. 2010
• Vainqueur de la Route du Rhum (Ultime) 2010
Avec un tel palmarès, et surtout avec ce que Franck Cammas a accompli en 2010, comment expliquer que la Fédération française de voile ait pu manquer la marche à ce point en ne le nommant pas marin de l’année 2010 ? L’explication du problème réside peut-être dans la façon dont on prend en compte les classements. D’ailleurs l’ISAF comme la plupart des fédérations de voile mélange les pommes et les oranges en mettant côte à côte les « day sailors » et des coureurs océaniques.
Or, sans rien enlever à des athlètes comme Antoine Albeau qui a réalisé de fabuleuses performances sportives, on se doit d’admettre qu’il y a une sacrée différence entre la gestion du stress et de l’épuisement dans une compétition qui se déroule 24 heures sur 24 durant plusieurs jours et d’autre part, faire des courses triangles ou des épreuves de match-racing. Si l’un n’a rien à enlever à l’autre, il reste que les deux disciplines sont complètement différentes. Et il faudra tôt ou tard le réaliser. Car quand un gars gagne le Trophée Jules Verne et la Route du Rhum dans la même année sans avoir la reconnaissance qu’il mérite, on se demande bien ce qu’il aurait dû faire de plus. Marcher sur les eaux peut-être ?
La Route du Rhum aura été l’évènement phare de la saison de voile 2010. Encore une fois, Franck Cammas aura prouvé de manière percutante son extraordinaire talent de marin en l’emportant avec panache. Telle une pieuvre, il a manœuvré seul sur Groupama 3, un engin demandant une force et une condition physique au top. On avait même installé un vélo pour permettre d’accélérer certains changements de voile. Il faut le faire !
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En IMOCA, l’année a été caractérisée par plusieurs mises à l’eau de nouvelles unités, dont le nouveau Foncia ainsi que Virbac-Paprec 3. On retiendra que les nouveaux bateaux n’ont pas cassé grand-chose lors de la Route du Rhum. Un manque d’optimisation aura laissé la place aux coursiers plus âgés et contribué à la décisive et spectaculaire victoire de Roland Jourdain lors de la Route du Rhum. Il s’agissait du deuxième titre consécutif de Bilou sur cette épreuve. Le sympathique et coloré skipper de Veolia Environnement avait pris place à bord de l’ancien BT sauvé in extremis du naufrage lors de la dernière édition de la Transat Jacques Vabre. Refait, maximisé, et parfaitement préparé, le plan Farr a offert une excellente performance.
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Chez les Multis 50’, L’année fut loin d’être facile pour les équipes de pointe. Presque toutes ont dû faire face à des avaries majeures ou des chantiers interminables comme celui qui a causé d’énormes maux de tête à l’écurie Prince de Bretagne. Fort heureusement, la victoire-surprise de Lionel Lemonchois aura été un baume sur les souffrances de l’équipe. Elle aura confondu les sceptiques, mais surtout prouvé qu’il peut être utile de ne jamais renoncer.
Rappelons qu’en dépit d’un retard considérable, Lionel Lemonchois a réussi à revenir et remporter la course à la faveur d’avaries majeures subit par les deux leaders soit Crêpes Whaou de Franck-Yves Escoffier et Actual d’Yves LeBlevec. Comme quoi, on ne sait jamais ce qui peut arriver aux leaders.
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La classe 40 a poursuivi son expansion en 2010. Plusieurs autres unités ont été mises à l’eau et d’autres sont en chantier. La class 40 gagnent en popularité et est en voie de devenir la catégorie reine de la course au large, un peu comme le fût la class de 500 cc en moto. Le contrôle des coûts et des règles de jauge strictes favorise l’émergence de nouveaux joueurs qui ne se font pas prier pour démontrer tout leur talent, et ce, qu’ils soient professionnels ou amateurs. Ce fut le cas lors de la Route du Rhum qui a couronné Thomas Ruyant, un jeune homme d’à peine 30 ans qui a aussi gagné la dernière Mini-Transat et qui est en passe de devenir une référence en course au large. On a aussi vu l’architecte Sam Manuard qui à sa première grande course y est allé d’une très belle performance tout comme l’Allemand Jorg Riechers.
L’année 2010 se termine avec les victoires de Wild Oats XI (en temps réel) et Secret Mens Business 3.5 (au compensé) dans la Sydney-Hobart Yacht Race. Puis il y a bien sûr le départ tant attendu de la Barcelona World Race la dernière journée de l’année, un tour du monde en double sur des coursiers de classe IMOCA. Nous reviendrons là-dessus dans les heures qui viennent.
En attendant, nous sommes est fier de vous annoncer que le marin de l’année 2010 selon Voile en Ligne est Franck Cammas et l’équipe Groupama. Félicitations !





