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Crédits Photos: sea-sandiego.org, Spi Médias, iShares Cup, ACWS

Par Gaël Simon

Voile en Ligne vous fait aujourd’hui la faveur d’un véritable cadeau sous forme d’analyse offerte par notre expert dans le domaine des Multicoques. Gaël Simon qui a complété le podium en troisième place de la dernière Transat Québec Saint-Malo sur le Multi 50 Prince de Bretagne en compagnie d’Hervé Cléris, est présentement à Berkley en Californie. Il est skipper pour l’entreprise Deltawave qui offre des séjour sur des voiliers dans la région californienne. Il sera notre analyste au cours des prochains mois. Gaël suivra en effet les activités des America’s Cup World Series, des Extremes 40 et en profitera aussi pour jeter un oeil sur la nouvelle classe des MOD 70.

Les Extreme 40, les AC45 et les F18 sont des classes qui attirent les regards de plus en plus ces temps-ci. Des machines puissantes, avec une voilure abondante et un poids plume, qui permettent des accélérations rapides et une manœuvrabilité agile, mais qui requièrent un équilibre parfaitement maîtrisé, que ce soit dans le contrôle de la puissance des voiles, ou le positionnement du centre de gravité de l’équipage.
(photo F18 au portant avec équipiers sur l’arrière au max)

Qu’ont en commun la nouvelle classe de catamarans olympiques et les bolides sur lesquels sera courue la prochaine coupe América? La croissance du rapport surface de voilure / déplacement est commun a bien des classes modernes, et a progressé constamment au cours de l’histoire de l’architecture navale, mais ce qui est le plus caractéristique des multicoques de notre ère est la forme de leurs étraves, et le risque d’enfournement qui en découle.

Les étraves perce-vagues, ou inversées, ont fait leur apparition au cours de la dernière décennie sur les multicoques légers conçus pour les plans d’eau relativement protégés. (photo Javelin) En plus d’étirer la ligne de flottaison en apportant encore moins de poids en avant que les étraves droites qui les avaient précédées, ces étraves audacieuses provoquent moins de changement dans l’assiette du bateau quand elles rencontrent une vague. En effet, les étraves volumineuses ayant plus de flottabilité loin devant le centre de gravité sont soulevées par chaque vague, faisant ainsi reculer la tête de mât, et l’oscillation provoquée déstabilise le plan de voilure, et perturbe l’écoulement laminaire. Une étrave qui perce la vague au lieu de la surmonter permet donc de conserver un écoulement efficace sur les voiles ou sur l’aile, tout en déplaçant une quantité minimale d’eau grâce à leur forme effilée. Il y a toutefois une bonne raison pourquoi les voiliers du 20e siècle avaient des étraves plus généreuses. Ces dernières leur empêchaient d’enfourner, tout spécialement dans une vague courte ou abrupte, ou au portant quand le vent est irrégulier ou le voilier surtoilé. Les AC45 et les F18 avec leurs étraves inversées et étroites (sans parler de leur gréement haut et sans prises de ris), ont un important moment d’enfournement, qui n’est compensé que par la position reculée du poids de l’équipage. Cet état d’équilibre fragile fait des régates opposant ces multicoques des spectacles excitants, car d’une part le risque de planter l’étrave et d’être catapulté par-dessus cette dernière est bien réel, et d’autre part chaque newton de puissance additionnel que l’équipage ajoute fait une différence importante sur la vitesse atteinte la seconde suivante.

Ce potentiel d’accélération qu’on les bateaux ultralégers du 21e siècle, couplé au risque d’enfournement des étraves dites perce-vague, améliore sensiblement la qualité du spectacle, en multipliant les changements de position durant la course.

Les scènes d’enfournements des Extreme 40, des AC45, et des autres multicoques contribuent beaucoup à ramener la voile sur les écrans du grand public, non pas à la télé, où nous attendons toujours des scènes de voile olympique ou de coupe América, mais sur internet, au grand plaisir des sponsors.

La coupe América, dont l’une des « world series » vient de se terminer à San Diego, démontre bien que le sport tel qu’il est aujourd’hui, avec des bateaux extrêmes et plus difficiles à garder en équilibre, attire de plus en plus de foules. Avec de telles machines, un tel spectacle, et des amphithéâtres naturels comme San Diego et San Francisco, la voile est en train de devenir de plus en plus populaire au sein des foules, et ce parce que devant les yeux ébahis des spectateurs, le meneur passe de 25 noeuds à 0 en enfournant brusquement quand l’une de ses étraves plonge sous la surface à cause d’une petite maladresse ou d’une risée imprévue.

Curieusement, l’avenir de la voile est peut-être porté par une absence de flottabilité. J’espère voir ces nouvelles classes de multicoques excitantes et exigeantes pour leur équipage fasciner le grand public, et je compte sur les architectes pour mettre encore plus de défi dans la pratique de notre sport en eaux protégées, en rendant les classes olympiques, les bateaux de la coupe América et les prochaines générations de monotypes plus rapides et plus manoeuvrantes, mais surtout plus difficiles à garder debout, car c’est cette difficulté perçue qui semble gagner le cœur des foules et qui justifie par le fait même les investissements dont les marins de haut niveau ont besoin pour exceller sur l’eau et dont les ingénieurs ont besoin pour perfectionner les voiliers du 21e siècle.


Photo: archives

L’équipe de voile Ixo-Stations-Nautiques-Québec a réalisé un bel exploit en remportant en classe « A » la première manche du Marathon Clair de Lune qui se tenait au lac Champlain les 25 et 26 juin dernier. Il s’agissait d’une course en quatuor de plus de 100 milles nautiques consistant en un aller-retour nord-sud sur le Lac Champlain.

La première étape se dispute au mois de juin à quatre tandis que l’autre a lieu à l’automne en double sur exactement le même parcours et comptant incidemment le même nombre de milles…

La différence réside dans les conditions de navigation qui sont sensiblement modifiées dépendamment de la période. Et en rajoutant au surcroît l’obligation d’une joute en duo ainsi qu’une nuit en mer, on en arrive à un défi complexe caractérisé par un sprint d’une journée effectué sur un plan d’eau offrant des conditions de vents changeantes. Donc au menu, de multiples changements de voiles et d’amures, bords de près sur plusieurs dizaines de milles etc.

Un challenge physiquement exigeant qui s’adresse aux initiés certes, mais qui offre également un excellent exercice de familiarisation sur la course au large à celles et ceux qui désirent vivre ce feeling. Voilà pour la course.

C’est donc cette compétition que l’équipe Ixo/Stations-Nautiques-Québec a brillamment remportée. Et comme on peut s’en douter, pour les vainqueurs, rien n’est jamais facile comme en témoigne Gaël Simon qui était de l’équipe.

Nous étions trois à bord. Les règles de course nous limitaient à quatre, mais nous nous sommes retrouvés à court d’un équipier à quelques minutes du départ. Il y avait donc moi avec le skipper Walter Timmerman et  Charles Doucet. Nous avons eu des conditions de dites de « Lac Champlain ». Le vent tournoyait de tous bords et tous côtés et cela nous a forcés à changer de voile à au moins 25 reprises si ce n’est pas plus. Heureusement, c’est bon pour la ligne. Nous avons dû perdre autant en kilos tellement nous étions épuisés au terme de la course.

Le skipper Walter Timmerman a quant à lui savouré cette victoire avec beaucoup de modestie, préférant jeter le crédit sur les membres de son équipe. « Les gars sur l’eau ont fait un travail incroyable, mais je pense aussi à tous celles et ceux qui ont mis la main à`la pâte pour préparer le bateau dans les semaines qui ont précédé. Ces gars et ces filles ont aussi une grande part dans cette victoire(…) » a dit en substance le skipper montréalais.

L’équipe Ixo/Stations Nautiques-Québec a été la seule équipe à terminer la course en moins de 24 heures en réalisant un temps de 23h31min en temps réel et 23h53min en temps compensé. C’est l’équipe du bateau  Sensation II du skipper Luc Tardif qui s’est emparé du deuxième rang avec un temps de 24h7min en temps réel pour un compensé de 24h44min. La troisième marche du podium a été prise par Étoile-d’Argent de la skipper Cinthia Audet. L’équipe de cette dernière a réalisé un temps réel de 24h21min pour un compensé de 25h20min.

Mentionnons par ailleurs la belle victoire en classe 2 de Marc Deslauriers sur son voilier First. Il a été suivi de Magic Plus du skipper Lino Di Lullo. Seuls deux bateaux ont terminé la course dans cette classe.

En classe trois, une fois de plus cette année, c’est le Tiny Dancer I du skipper François Turcotte qui est arrivé premier et qui s’est avéré être le grand gagnant en temps compensé au classement général de cette première portion du Clair de Lune. Le Élite 324 a terminé avec un temps corrigé de 23h48, soit à peine cinq minutes devant le Soverell 33 du skipper Walter Timmerman.  Il a été suivi du voilier Antidote de Thierry Pasquier et du Irwin 30 Cassis de Sylvain Breton. Mention d’honneur également à l’Équipe Chasse-Galerie de Louis Samson qui a complété la course au 4ième rang de cette classe.

La prochaine étape du marathon Clair de Lune aura lieu les 24 et 25 septembre prochain. On attend encore une belle flotte un peu à l’image de cette dernière course qui a vu pas moins de 25 équipes prendre le départ. 



Photo: Gaël Simon

Cette semaine, le navigateur Gaël Simon nous fait part de ses réflexions fort pertinentes sur le 6ième Vendée-Globe ainsi que l’évolution technologique qui le caractérise. Bonne lecture à tous!

Québec 31 janvier 2008

Par: Gaël Simon

Le Vendée Globe et la Volvo Ocean Race, comme toutes les courses régies par une « Box Rule », sont non seulement de fascinante compétitions sportives, mais aussi des expériences d’architectures navales. Les marins qui ont pris le départ de ces courses ont pour la plupart un curriculum impressionnant, tout comme les architectes et les chantiers qui ont créé leur puissante monture. En plus d’être témoins d’un défi humain herculéen, nous sommes aussi spectateurs d’une étape de l’évolution des voiliers de course hauturière.

Comme nous voyons évoluer sur ce parcours « global » plusieurs sisterships de plans parmi les plus modernes de la planète, nous voyons courir les uns contre les autres des hommes et des femmes, mais aussi des concepts, des lignes, des formes. Les marins professionnels qui ont le courage d’amener ces chefs d’œuvre d’architecture navale à la limite de leur échantillonnage nous montrent malheureusement trop souvent les points faibles des nouveaux designs, et indiquent aux architectes sur quels détails orienter leur boulot de recherche et d’optimisation.

Les résultats obtenus dans cet immense laboratoire bleu déterminent les formes et le potentiel de vitesse des bateaux sur lesquels nous naviguerons dans quelques années. Si nous, les régatiers et les amateurs de voile, avons les yeux rivés sur le classement et les exploits des coureurs, les architectes et les constructeurs suivent d’encore plus près les polaires et les avaries de chaque bateau.

L’un des concepts dont j’ai hâte de voir la progression vers les bateaux de série est le redan récemment ajouté aux monocoques de course océanique. Ces ailettes allongées qui ornent les étraves des IMOCA et des VO70 servent à lutter contre l’enfournement en utilisant l’énergie cinétique de la vague d’étrave. Ils changent aussi la forme de cette vague, ce qui aura pour effet de diminuer la trainée ralentissant le bateau par son tableau. Cet ajout n’est toutefois utile qu’à haute vitesse ce qui en limitera l’utilisation sur les coques à déplacement.

Empruntés aux bateaux à moteur à haute vitesse comme les « cigarette boats » qui nous imposent chaque été de beaux exercices de patience et de tolérance, les redans (ou strakes en anglais) sont depuis longtemps utilisés sur les avions de chasse, et sont depuis peu utilisés sur les catamarans de course comme les nouveaux F-18. Les moustaches qui ornent l’étrave de nombreuses coques planantes modernes ne sont qu’une des nombreuses façons de mettre à profit ce concept.
Diminuer la tendance à enfourner est en soit une amélioration importante pour les bateaux de course au large car elle permettra de porter plus de toile dans la brise. En plus de cette vertu, les redans d’étrave semblent aussi rabattre un peu les embruns et donc rendre le pont plus sec et améliorer la visibilité. Ces excroissances, une fois ajoutées par la gîte à la surface mouillée du bateau, contribueraient aussi au plan d’antidérive du bateau. Le lien entre les redans comme on en voit sur les étraves des monocoques et les « coques à redans » des hydravions et des multicoques innovateurs, comme l’Hydroptère (www.hydroptere.com), est la partie concave jusqu’ici inhabituelle sur les coques de voiliers.

Ce que j’ai le plus hâte de voir, c’est comment l’évolution de ces moustaches (dont les architectes ne sont cette année qu’au balbutiement, à mon avis) contribuera à réduire l’écart entre les performances des monocoques et des multicoques. De multiples innovations technologiques récentes incluant les quilles pendulaires viendront peut-être diminuer cet écart considérablement.

On sait que les multicoques, et tout particulièrement les maxi-multicoques, battent des record océaniques en demeurant longtemps dans la portion portante d’un système météo, et parfois même en sautant d’un système météo à l’autre (comme l’a fait Francis Joyon lors de son dernier Jules Verne). Au près et dans la mer formée ou courte, les multicoques sont plus pataud, et galèrent pour regagner la prochaine zone où les vents portants pour lesquels ils sont conçus les feront glisser à nouveau à haute vitesse. Le moment de redressement permet aussi aux multis de porter beaucoup plus de toile (à déplacement égal) que les monocoques.

Une fois les monocoques capables de hisser plus de toile au portant grâce aux « strakes » du futur (qui seront peut-être un jour ajustables comme les trim tabs qui ont aussi fait leur apparition cette année sur les IMOCAs) et de maintenir des vitesses proches de celles à laquelle se déplacent les systèmes météos comme le font les multis, rien n’empêchera les monocoques de coller aux tableaux de leur frères à deux et à trois coques, et peut-être même de les dépasser. Ce serait surtout vrai dans les courses où les bateaux sont forcés de faire beaucoup de près et de naviguer dans le clapot ou la houle croisée, ce qui ralentit d’avantage les multis.

Mon père dit souvent que l’hégémonie des multicoques achève en course océanique, que bientôt le progrès de l’architecture navale, les coûts exorbitants des projets de multicoques et l’irrécupérabilité des « libellules brisées » après les accidents en mer redonneront aux monocoques la possibilité d’égaler les performances des multis. Bien que j’émette des réserves quand à l’imminence de cette prédiction, j’avoue que quand un Pogo 40s arrive quelques heures seulement derrière le 2ième et le 3ième 50’ Open à Saint-Malo, ça nous force à remettre en perspective la suprématie des multis!
J’ai hâte de naviguer sur des bateaux avec des redans, des trim-tabs, et la puissance de voilure au portant que ces nouveaux « tweak-assiète » permettent. D’ici là, je lève mon chapeau aux marins du Vendée Globe et de la Volvo Ocean Race, qui débroussaillent pour nous les sentiers encore inexplorés de l’architecture navale.

Gaël Simon

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