Voile En Ligne 2013-05-22 @ 02:39:15 -04:00 UTC
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Groupama

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Revue de l’année (2) Des point marquants en 2012

Crédit photo: Spi Médias communication inc. © 2012

Parlons d’abord de

Une revue de l’année sans parler de l’extraordinaire exploit de Groupama serait un péché. L’équipe de a fait plus que répondre aux attentes. Les Français ont toujours eu du mal à faire la preuve de leur supériorité en course océanique. Un doute a toujours subsisté. Ne souffrant pas pour autant de complexe d’infériorité, l’équipe Groupama a néanmoins juré qu’elle ne se présenterait pas pour jouer les touristes. Et la résistance française a surpris tout le monde dès le début de la course. Des tactiques audacieuses et un modèle de course non orthodoxe ont engagé les concurrents sur le sentier d’une guerre psychologique où ils furent complètement déstabilisés.

C’est le cas de et qui se sont retrouvés sur le cul face à l’offensive gauloise. Chez les Kiwis, on est peut-être bon pour faire des ronds dans l’eau durant un après-midi dans la piscine de San Francisco. Mais la Volvo qui est un laminoir sans pitié aura eu raison de l’équipe de Grant Dalton qui a été incapable de tenir la cadence tant la condition physique n’était pas au rendez-vous. Ça peut passer dans l’America’s Cup, mais pas dans la Volvo.

En définitive, Groupama aura réussi un exploit incroyable en venant à bout de vaincre dès son premier match des adversaires beaucoup plus aguerris et expérimentés. La victoire de Groupama n’est ni miraculeuse ni le fruit du hasard. Elle résulte simplement d’une préparation sans faille, de la force de caractère et de la volonté de Franck Cammas et de ses hommes. Cette victoire est spectaculaire, inusitée et pleinement méritée. Elle est extraordinaire! Elle se compare avantageusement à la victoire française lors de la Coupe du Monde de soccer de 1998.

Parmi les Canadiens qui se sont illustrés cette année, le Québécois Peter Hall est à mettre sur le dessus de la pile. Aidé par ses deux coéquipiers Paul Davis et William Hall, le skipper et son équipe ont remporté un deuxième titre mondial en trois ans en classe en Soling. L’équipe canadienne a mis la main sur le titre lors des mondiaux de septembre qui se sont tenus cette année à Milwaukee sur les bords du lac Michigan. Il s’agissait du deuxième titre consécutif pour Peter Hall qui a d’ailleurs reçu le titre de marin québécois de l’année 2011 de la Fédération de Voile du Québec. En cette année 2012, la Fédération a choisi .

Éric Tabardel

De notre côté nous ne sommes pas en rupture face à cette décision. Bien au contraire! Pour nous le mérite de Peter Hall et Martin Robitaille ne fait aucun doute. choisit simplement d’honorer des marins selon un processus qui est le nôtre. Cinq experts du milieu de la voile son sollicité pour donner leur avis sur les évènements et les coureurs. La démarche est secrète afin qu’aucune pression ne soit mise sur les décideurs.

Cette année, le comité a choisi pour le titre de marin québécois de l’année 2012, le skipper Éric Tabardel. Depuis presque neuf ans, Éric s’est lancé dans un projet d’une complexité phénoménale. Il est le premier québécois à avoir construit de ses mains un voilier de course de type Class 40. Bâtie sur les plans de Sam Manuard, la construction est absolument impeccable comme l’ont démontré les tests lors de l’obtention du certificat de jauge.

Éric est le premier à dire qu’il ne revendique pas à lui seul l’exploit de la construction du bateau. Il rappelle l’implication de Damien Depas, Chris Sayer, et le coup de main de son regretté préparateur Jean-Maurice Dupuis. Éric pense aussi à tous celles et ceux qui ont donné la moindre contribution. Personne n’est oublié

Bleu devait prendre le départ en 2008. Mais voilà que la malchance s’abat sur l’équipe qui subit les affres d’un démâtage durant sa qualification. Dès lors, on aurait pu croire que ce serait fini. Éric lui-même avoue avoir pris cette épreuve très durement. « Quand j’ai vu les autres partir et que je suis resté seul derrière, ç’a été épouvantable. J’avais le coeur en miette » dira-t-il lors d’une entrevue.

Éric Tabardel n’est pas le genre à s’apitoyer très longtemps sur son sort. Mais nous sommes bien placé pour affirmer ici qu’il a fait face à d’innombrables et d’inextricables problèmes qui serait venu à bout de n’importe quel humain raisonnablement constitué. En fait, on se demande par quel mystère Éric Tabardel a pu poursuivre son projet sans devenir fou? Oui, il a eu de l’aide. Mais Éric Tabardel se serait-il lancé s’il avait su ce qui l’attendait? Pas sûr! Quelques heures passées en sa compagnie suffisent à convaincre que la route a été atrocement dure et raboteuse.

À force de volonté, d’efforts par milliers, de travail acharné, d’une pléiade d’amis sincères, de bras droit et gauche comme les frères Molimard et avec la contribution fort appréciée de Philippe Boisclair, Bleu a pris le départ de la Transat 2012. Et l’équipe n’a pas seulement figuré. Elle s’est fièrement battue. Bleu a fait une course éblouissante en traversant l’Atlantique en moins de 15 jours. Il est devenu du coup le monocoque québécois le plus rapide de l’histoire sur ce parcours.

Bleu n’a pas gagné la course. Mais l’histoire retiendra qu’Éric Tabardel en revendique la paternité, qu’il aura mobilisé les Québécois comme jamais auparavant sur un projet de ce type et que sans le courage et la détermination de toutes ces personnes, jamais ce bateau n’aurait été mis à l’eau.  C’est cela la victoire de Bleu. Et cette victoire-là est la meilleure de toutes.

Y aura-t-il d’autres projets comme celui de Bleu? Reverrons-nous une flottille québécoise lors de la prochaine transat? Bleu sera-t-il au départ en 2016? C’est encore trop loin pour le dire. Mais ce genre d’initiative est un vrai parcours du combattant. Le docteur aurait vendu son Class 40 tandis que a du mal à mener son projet à terme. Pas facile donc!

Éric Tabardel aura été jusqu’au bout. Un exploit incroyable dans un contexte de rareté d’appuis financiers. Il a réalisé l’impossible grâce à sa détermination et sa capacité de mobilisation.

 

 

 

Damien Foxall en conférence au Yacht-Club de Québec mercredi

Le organisent cette semaine un évènement d’envergure. Le Yacht-Club accueillera en effet le navigateur irlandais qui a pris part à la dernière avec l’équipe   fera mercredi soir une présentation dans laquelle il reviendra sur cette expérience marquante dans sa carrière de marin.

On sait que Damien Foxall réside à Québec. Il a fondé une famille avec sa compagne québécoise qu’il a connue lors de la Transat Québec Saint-Malo en 2004. Il avait d’ailleurs remporté cette transat faisant alors équipe avec Karine Fauconnier sur le trimaran ORMA Sergio Tachini.

Le navigateur en aura bien sûr beaucoup à raconter sur son aventure avec Groupama qui a duré plusieurs années si l’on inclut la préparation et les entraînements. Connaître les dessous et les anecdotes qui ont ponctué ce parcours autour du monde ne manquera pas d’intéresser les marins de chez nous dont certains espèrent un jour avoir la chance de faire en course un tour du monde. l’invitation est donc lancée aux régatiers. L’entrée est libre. On y accueillera le public à partir de 18h30. Une période de questions et une discussion suivront.

À noter que sera là pour couvrir l’évènement avec un suivi 2.0 sur Twitter. Soyez des nôtres!

Erratum

Une malencontreuse erreur s’est glissée lors de la première édition de cet article. En raison d’un malentendu, nous avions cru de bonne foi que l’entreprise Voiles Saintonge était commanditaire de l’évènement, ce qui n’est pas le cas. Nous avons corrigé le texte et offrons toutes nos excuses à Monsieur Jean Saintonge.

Groupama champion de la Volvo Ocean Race 2012

Nous avions prédit les Néo-Zélandais. Ce sont les Français de qui remportent la 2012.

Crédit photo: Livestream

On ne dira jamais assez combien est un marin talentueux et un excellent meneur d’hommes qui croit en ses moyens, en son matériel et en son équipe. a le don d’aller chercher le maximum de ses équipiers. Et tout le crédit de cette victoire aussi éclatante qu’inattendue lui revient amplement. L’intelligence de Cammas, le coeur à l’ouvrage et le courage de ses gars jumelé à un bateau à qui une formidable équipe d’architectes et de techniciens ont insufflé un âme.

Le résultat est au-dessus de toutes les espérances. Personne ne pourrait imaginer voir une équipe d’expansion gagner la coupe Stanley. C’est pourtant ce qui vient de se passer. Comment expliquer ça? Très simple! Un niveau de préparation physique et psychologique très loin dessus de la norme. Une équipe technique qui a rapidement fait les ajustements nécessaires pour aller chercher le petit quelque chose qui manquait et pour finir, un skipper intelligent que le diable.

La guerre se fait sur tout les fronts, sur l’eau comme entre les deux oreilles. Cammas fait mesurer à deux reprises l’un des étais de . Mine de rien, la manoeuvre a été l’un des tournants de ce tour du monde. Jusqu’à ce moment, les Espagnols menaient sans partage. À un tel point que plusieurs se demandaient s’il était possible de les battre. Or cette démarche du skipper de Groupama a semblé les déstabiliser complètement. À partir de cet instant, l’équipe espagnole n’a plus jamais été la même.

Fortune de mer au large du Brésil à quelques milles de l’arrivée. Groupama menait la course. Un coup de massue en plein front. L’équipe ne se décourage pas. Elle finit la course sous gréement de fortune et va chercher de précieux points. Les hommes ont la tête entre les deux jambes. Mais ils se relèvent et finissent deuxièmes à Miami. Ils peuvent toujours y croire. Et même plus que jamais.

La déception de ce tour aura été Camper. On s’attendait à beaucoup plus des Néo-Zélandais. L’excuse de Grant Dalton sur la qualité du bateau est peut-être une partie de l’explication. Mais elle ne suffit pas. Il n’y avait pas dans cette équipe un degré de préparation suffisant pour espérer remporter ce tour du monde.

Même chose du côté de . La sanction risque d’être sévère contre un Ken Read qui n’a pas encore livré la marchandise après deux tours du globe. Quant à Telefonica, l’effondrement est difficile à expliquer. Quand on se bat pour un championnat aussi prestigieux que celui de la Volvo, il est des barrières psychologiques qu’il faut savoir franchir.

Ian Walker et Mike Sanderson doivent avoir hâte d’en finir. Tous les deux n’avaient pas le bateau pour rivaliser avec les quatre premiers. C’est triste de voir un grand champion comme Sanderson faire chou blanc sur un tour du monde. Il s’agit probablement du chant du cygne pour ce très grand champion.

Incidemment, si la Volvo est à réexaminer son concept, il faudra parallèlement que les équipes se réévaluent sportivement parlant. Il faudra plus de renouveau, plus de jeunesse et plein de dynamisme. Des jeunes loups affamés de victoire et qui du coup, sont prêts à saigner du nez pour gagner. La course se raffine de plus en plus. Les courses sont devenues cruellement taxantes. La condition, la force physique et la capacité de résistance sont devenues des éléments centraux. Des équipes ont souffert plus que d’autres de la chaleur et de la fatigue. La préparation des équipes devra tenir davantage compte de ces facteurs.

Il faut saluer la très belle belle initiative de cette année qui aura été l’obligation d’avoir à bord un jeune de moins de 25 ans. Il faut poursuivre en ce sens. Par ailleurs, les efforts de l’organisation pour populariser cette course médiatiquement sont louables bien qu’imparfaits. Nous devrons être patients. Internet à grande échelle n’a pas encore 20 ans. Les choses iront en s’améliorant.

Soulignons aussi notre tristesse face à la mise au rancart de ces magnifiques bateaux que sont les VO70 et qui nous ont donné des sensations et de la vitesse comme aucun autre monocoque auparavant. Ils ont tous mené leurs équipes à bon port en dépit de multiples et déplorables avaries.

La Volvo 2012 est terminée. Elle a été l’une des plus passionnantes de toutes les éditions tenues jusqu’ici. Nous avons connu le gagnant à la dernière course offshore. Si certaines équipes n’ont pu suivre le tempo imposé par les leaders, il n’en reste pas moins qu’un degré de parité jamais égalé a été atteint. Le pari a été tenu. Il reste encore des courses inshore. Mais les hommes sont tous de retour en bonne santé. Remercions le ciel! Car cette aventure demeurera toujours pleine de surprises, d’impondérables et de risques. Et face au premier comme au dernier de tous ces intrépides marins, nous ne pouvons qu’avoir une admiration sans limite.

Notre dernier mot va pour Franck Cammas et l’équipe Groupama. Les Français viennent de réaliser un tour de force aussi grand que celui qui leur a permis de mettre la main sur le Championnat du monde de soccer en 1998. Il y avait Zidane, aujourd’hui il y a Cammas. Il est temps que tous reconnaissent que Tabarly a engendré des orgueilleux, des hommes fiers, de vrais champions que la postérité portera à jamais aux nues. Parce qu’ils sont des vrais, opiniâtres, acharnés et irréductibles. De très grands champions. À un moment de l’histoire, il fallait conclure. Il fallait le faire. Et en cette édition de la Volvo, la rivalité était forte. Aussi, il faillait en avoir plus que jamais. Et ils l’ont fait avec grandeur et panache. Il n’y en a pas comme eux. Ils sont seuls au monde à avoir réussi ça. Jamais ils ne seront oubliés. Et jamais personne ne pourra leur enlever le mérite de l’exploit qu’ils ont accompli.

 

Bravo!

 

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