
Crédit photo: Jean Marie Liot/NCR
C’est finalement le Class 40 mare skippé par l’allemand Jörg Riechers qui a remporté la Normady Channel la semaine dernière. Les Allemands sont venu à bout de leurs rivaux français à la faveur d’un bord de reaching sur lequel le voilier rouge est extrêmement dur à battre. Le parcours de la course a été l’objet d’un énorme coup de ciseau en raison d’une tempête magistrale qui a balayé la zone de course de vents de plus de 50 nœuds. La mer s’est d’ailleurs mise de la partie et plusieurs coureurs trouvant les conditions un peu trop rock and roll à leur goût ont préféré aller se mettre à l’abri plutôt que de terminer la course. Le but avoué de cette mesure étant bien entendu de protéger les bateaux et le budget en prévision de la Transat Jacques-Vabre qui aura lieu l’automne prochain.
On se demande bien incidemment où est l’intérêt de prendre part à une course si volontairement, on ne la termine pas. Quoi qu’il en soit, la conclusion en sera que l’année 2013 n’aura rien cassé pour la Normandy Channel. Dommage, car ce n’est certainement pas la faute des organisateurs, mais c’est plutôt la météo qui aura quelque peu brisé la fête.
Mare a devancé Made in Normandy d’Alex Toulorge et Nicolas Jossier. Campagne de France d’Halvard Mabire a terminé au troisième rang. à noter que les Reporters du large Armel Tripon et Fabrice Amédéo ont encore fait une belle course en terminant au quatrième rang.

Photo Spi Médias Communication inc. © 2012
L’histoire de l’année 2012 aura une fois de plus mis en relief l’engagement des passionnés pour donner au milieu québécois de la course au large de multiples projets dont plusieurs ont abouti en plus d’offrir une délégation record de participants à la Transat Québec Saint-Malo. Nous pouvons tous être très fiers de ces marins qui nous ont fort bien représentés. Depuis 1984, jamais autant de Québécois n’avaient pris le départ d’une course au large. Pas moins de 32 marins de chez nous ont pris la mer cette année pour une grande course océanique, dont 19, durant la Transat. Deux femmes sont à ce nombre.
En dépit de plusieurs ratés la Transat et ses organisateurs peuvent dire mission accomplie quant à l’organisation de la course. En revanche, c’est l’échec quant à l’élaboration d’une filière course au large durable. Aucune structure ni axe de développement alors que nous organisons des courses depuis bientôt 30 ans. C’est là une énorme déception dont les organisations de courses ne sont pas les seuls et uniques responsables. Il n’y a en ce moment aucun coaching d’affaires et la timidité des milieux financiers couplés à la précaire situation économique ne favorise pas l’émergence d’initiatives liées à notre sport. Tous ont aussi dû faire face à cette difficile réalité.
Néanmoins, il est gênant de constater l’état des lieux. Les moyens dont nous disposons et les plans d’eau que nous avons font du caractère endémique de ce sport une sérieuse matière à réflexion. Et le milieu de la voile aurait intérêt à mettre ses énergies sur le développement de coureurs au large avant de se lancer dans de dispendieuses courses faites pour les autres et dans lesquelles aucun Québécois ne figure.
Mais pour l’instant revoyons un peu ce qui s’est passé cette année.
En juin
Les Saint-Pierrais font main basse sur la Route Halifax-St-Pierre. Ils remportent la victoire dans deux des quatre classes en plus de remporter le titre toutes classes confondues. Le Saguenéen Jean Trottier participe à la course sur son Farr 40. Il fait une belle course, mais connaît en retour toutes sortes d’ennuis, dont une collision avec une baleine. Heureusement personne n’est blessé. Defiant terminera au quatrième rang de sa classe au temps compensé.
François Brassard s’illustre dans la Newport-Bermudas avec une étonnante troisième place dans sa division sur les onze bateaux qui y figurent. Il s’agit d’une première grande course à bord de son tout nouveau First 40 Zoé II pour le skipper affilié au Yacht-Club de Québec. Il est notamment devancé par Airborne IV affilié au Royal Nova Scotia Yacht Squadron qui prend la deuxième place. Deux belles performances des Canadiens durant cette très prestigieuse course.
En juillet
La déception olympique fut grande alors que les espoirs de médailles reposaient sur les épaules du Québécois Tyler Bjorn et de son collègue britanno-colombien Richard Clarke. Les attentes étaient peut-être un peu trop élevées face aux deux champions en Star qui ne parviendront même pas à se classer dans la ronde des médailles. Certains ont mis en doute l’efficacité du programme « À nous le podium » ainsi que les choix de la CYA de mettre tous ses oeufs dans le même panier. Mais le président du CIO Me Marcel Aubut a réitéré sa confiance dans le programme.
Les équipes québécoises font une belle course lors de la Transat Québec Saint-Malo. Tous terminent à l’intérieur d’un délai de 15 jours ou presque. Seul Charles Mony qui navigue sur le trimaran de Gilles Lamiré Défi Saint-Malo Agglo verra cependant la couleur du podium en terminant au deuxième rang de sa classe. En Class 40, c’est Halvard Mabire et Miranda Merron qui remporte la course. Dans le cas d’Halvard Mabire, il s’agit d’un deuxième titre consécutif.
Malgré la présence d’unités de dernière génération perçues comme plus rapide par les observateurs, Halvard Mabire a mené de main de maître son Pogo S2 dans cette course faisant étalage notamment de ses incomparables talents de stratège en choisissant une option sud qui fût extrêmement payante.
La course fût spectaculaire et s’est déroulée à un train d’enfer, le peloton accrochant un creux dépressionnaire transportant les coureurs sur les deux tiers de la distance dans l’océan Atlantique.
En août
Le mois d’août a mis en vedette Justin Vittecoq qui a remporté sa deuxième finale consécutive des Jeux du Québec. L’évènement qui se tenait à Shawinigan fut un succès d’organisation. C’est sur la magnifique rivière Saint-Maurice qu’ont eu lieu les compétitions et c’est le petit village de Saint-Jean-des-Piles qui a accueilli les jeunes pour les épreuves de voile. Un accueil splendide et une organisation généreuse et impeccable.
Le 18 du même mois, le Saint-Pierrais Rodolphe Victorri sur Shanawdithit devient le deuxième Français à inscrire son nom sur le trophée de la Solo des Fous. Il remporte devant Starfisher II et Sarah-Priscilla la seule course hauturière en solo dans l’est du Canada. La filière course au large de Saint-Pierre et Miquelon suscite d’ailleurs beaucoup d’intérêt chez les organisateurs de courses de la côte est de l’Amérique du Nord et pour cause. Le talent l’expérience et la fierté des compétiteurs de l’archipel n’est plus à démontrer.
En septembre
Le skipper Dave Savard remporte le Championnat Régional de Yachting de Québec pour la troisième année consécutive. L’équipe a toutefois eu un peu plus fort à faire en raison de la solide performance de l’équipe Volteface du skipper Carl Desgagnés qui a pour un temps dominé le classement du championnat. En classe C, le père de Dave Savard, Victor remporte lui aussi le championnat. C’est le J30 Esspresso qui remportera un premier titre en classe B.
En octobre
Le skipper Daniel Chicoine remporte le trophée Spi Médias remis au marin s’étant illustré par sa persévérance, son esprit sportif et sa contribution au rayonnement de la voile.

L’évènement de l’année selon Voile en Ligne
On aurait été tenté par la finale des jeux du Québec à Saint-Jean-des-Piles tellement l’organisation était chouette pour les jeunes qui y ont participé. La Mauricie aura d’ailleurs fait étalage d’un savoir-faire fabuleux au courant des derniers mois. Cela a commencé avec la qualité remarquable de la construction du bateau de Daniel Després en passant par l’organisation des jeux pour culminer avec la mise à l’eau du Toro 34. C’est ce dernier évènement qui a été retenu par le jury de cinq experts comme étant le plus marquant de cette année 2012 devant la coupe Ambassadeur et les jeux du Québec.
Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’une première dans l’histoire de la commercialisation de voiliers multicoques au Québec et même au Canada. Parce que la qualité de ce bateau est absolument stupéfiante. Et surtout parce que l’équipe de Design Catamaran a réussi à mettre au monde une bête de vent qui procurera à ses propriétaires vitesse et sensations extrêmes et cela en toute sécurité et à risques presque zéro d’enfournement ou de chavirement. Nous reviendrons avec un article sur le Toro34 dans les prochains jours. Mais il ne fait pas de doute qu’au firmament des étoiles des performances en mer, figure maintenant un premier chef-d’oeuvre fait chez nous. Et ça, ça vaut un chapeau bas aux concepteurs de cet espadon qui relève du génie.
Dans notre prochain article, nous vous révélerons le lauréat du titre québécois de marin de l’année selon Voile en Ligne.
Halvard Mabire a remporté la Transat Québec Saint-Malo en Class 40. Une victoire éclatante qui fera école tant elle origine d’un coup tactique extraordinairement brillant et fumant.

Photo: archives
Halvard Mabire ne s’est jamais laissé distancer par les meneurs. Mais jusqu’à St-Pierre et Miquelon, bien malin aurait été ceux ayant pu prédire qu’il allait remporter la victoire. Se tenant en retrait, Mabire a patiemment attendu son heure. Et voyant Mare voguer vers le nord à l’entrée de l’Atlantique, il a compris qu’il s’agissait-là d’une erreur tactique fatale. Même si traditionnellement, le nord est plus payant que le sud, les fichiers météo ne manquaient pas d’évidence quant à l’endroit où se trouverait la dorsale dépressionnaire. Une fois le front passé, Campagne de France s’est retrouvé avec 40 milles d’avance.
Mabire a tiré un bord d’environ 1000 milles de distance avant de remettre un doigt sur la barre. Les jeux étaient faits. Mare, Geodis et GDF Suez était baisés. Un peu méchant certes, mais c’est comme ça. Halvard Mabire a explosé son propre record qui était de 13 jours 13 heures et 50 minutes en réalisant un nouveau temps de référence en dépit des nombreuses bouées qui ont rallongé le parcours et limité pendant un temps. La nouvelle marque est maintenant de 11 jours 17 heures et 30 minutes.
À son arrivée en Europe, Mabire n’a fait aucune cachette. Il ne navigue pas d’instinc. Son expérience l’a servi et pas à peu près. Brillant gestionnaire de course, il a maintenu un rythme qui lui a permi de rallier l’arrivée. Au surplus, il a pu compter sur son alter ego Miranda Merron qui est aussi brillante et expérimentée que lui. Pour compléter l’équipe, Monsieur Pogo en personne, alias Christian Bouroullec qui n’est rien de moins que le grand patron de l’entreprise Pogo Structure était à bord de l’une de ses créations. On sait où l’on va avec des gens comme ça sur un bateau.
On attendait les Kiwi, les Akilaria où les Mach 40. C’aura finalement été un simple bateau de série. Mais quel machine! Une machine parfaite, rapide et qui tient le coup quand il faut que ça tienne. Un voilier parfaitement préparé, minutieusement entretenu et optimisé pour faire face aux gros bras qui étaitent présents sur cette transat.
En définitive, Halvard Mabire aura prouvé qu’avec ses 56 balais bien sonnés, il mérite qu’on le respecte plus que jamais. Voile en Ligne l’avait compté parmi ceux qui pouvaient sérieusement prétendre au titre de cette transat. Nous ne nous sommes pas trompés. Halvard Mabire a vu suffisamment d’eau passer sous les étraves pour que lon puisse affirmer sans crainte de se tromper que les jeunes ont encore des croûtes à bouffer avant de pourvoir lui faire la barbe.
Voile en Ligne tient à féliciter Halvard Mabire et Erwan Leroux pour leur magnifiques performances dans le cadre de cette huitième transat Québec saint-Malo.