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Articles avec le tag ‘Imoca’

Terrible nouvelle ce matin en provenance du pays de l’ombre. Le skipper du monocoque Générali Yann Eliès est sérieusement blessé. Il souffre d’une fracture du fémur. Il s’est infligé cette vilaine blessure alors qu’il était à la manœuvre à l’avant du bateau. Il semble que celui-ci se soit soudainement arrêté lors d’un enfournement. Yann Éliès aurait alors été projeté sur le balcon avant de s’effondrer sur le pont avec la jambe cassée.

Bien que la fracture n’en soit pas une dite « ouverte, » elle n’en demeure pas moins souffrante à l’extrême et nécessite de toute urgence l’évacuation du skipper vers l’hôpital le plus proche. La course est donc terminée pour lui, cela va de soit. Selon un ancien patrouilleur de ski questionné sur le sujet ce matin, le risque de détérioration massive et rapide de l’état de santé est bien réel et les minutes comptent.

Yann Éliès doit demeurer immobile et si possible, se faire une attèle. Il doit aussi tenter de s’alimenter et de boire pour éviter la déshydratation, ce qui, on en conviendra, est loin d’être simple. Jusqu’à maintenant il a réussi à ramper péniblement jusqu’à sa bannette devant la table à carte à l’intérieur du bateau. Il est donc en relative sécurité. Il a pris contact avec le médecin officiel de la course le docteur Jean-Yves Chauve qui l’assiste et lui fournit un soutien psychologique en attendant l’arrivée des secours. Il semble cependant que Yann Éliès soit incapable (du moins pour l’instant) de s’administrer les premiers soins. Au moment d’aller sous presse, il n’avait pu atteindre la trousse de secours pourtant située à moins de deux mètres de lui. On sait que cette dernière contient de la morphine, ce qui à l’évidence serait fort utile pour apaiser la douleur.

Le skipper Marc Guillemot s’est quant à lui détourné pour aller lui aussi prêter une assistance psychologique qui, on le comprendra, est absolument nécessaire. Il est à 100 milles nautiques du coursier qu’il devrait atteindre ce soir. Même chose pour Samantha Davies sur Roxy. Elle est à un peu plus de 500 milles et prévoit être sur zone d’ici une quarantaine d’heures. On peut penser que les deux adversaires vont vraisemblablement tenter se mettre en travers de la houle afin de minimiser autant que faire se peut, l’effet de la mer sur le bateau du skipper blessé. De plus, ils garderont le contact visuel et radio avec le bateau. C’est tout ce qu’ils peuvent faire car pour des raisons de sécurité, il leur est interdit et de toute manière impossible de tenter de s’approcher à portée de bras du coursier pour monter à bord.

Generali est présentement à la cape (immobilisé et face au vent) sous trois ris et trinquette. Il est situé à environ 800 milles nautiques des côtes australiennes vers lesquelles il avance à environ 2 nœuds. Une assistance héliportée est impossible. Compte tenu de la distance énorme, aucun hélicoptère ne possède une autonomie de carburant suffisante pour atteindre le coursier et revenir à son port d’attache. De toute façon, un hélitreuillage directement du bateau est aussi à proscrire. En raison de la longueur du mât, les risques de collision ou d’enchevêtrement du câble d’hélitreuillage avec le gréement du bateau sont beaucoup trop grands.

Les conditions climatiques ne permettent pas non plus d’effectuer le parachutage d’une équipe de soins. Cette option a aussi été rejeté d’emblée car elle ne permettrait pas aux plongeurs d’atteindre le coursier. Dans une mer très dure, les plongeurs risqueraient d’être blessés en tentant d’atteindre un bateau qui ballotte dans tous les sens.

le HMAS Arunta
Crédit photo: Leading Seaman Phillip

Les secours s’organisent cependant du côté de la marine australiennes. Mais ça risque d’être extrêmement long pour le solitaire qui ne pourra être secouru avant la fin de la journée de samedi. Aux dernières nouvelles, les autorités de la Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Canberra ont décidé de détacher une frégate médicalisée de type Adélaïde qui devrait quitter Perth ce soir à 21h00 heure de Paris. On évaluait également la possibilité de faire monter un hélicoptère sur la frégate pour accélérer l’assistance par une tentative de larguage d’une équipe de soins aussisitôt que le rayon d’action permettra l’atteinte du coursier. La manoeuvre pourrait alors se coordonner et se verrait facilitée par la présence des deux autres concurrents déjà sur place.


Course terminée pour Mike Golding!

L’anglais Mike Golding a démâté au début de la journée. Incroyable mais vrai! La plume des scribes ne parvient pas à suivre la cadences des mauvaises nouvelles qui, comme des déferlantes, nous parviennent des coureurs du Vendée-Globe 2008-2009. Nous ne sommes pas encore à la mi-course que 12 Open 60 sont déjà au tas. Certains ont vu leur course se terminer dans l’amertume et la tristesse. Pour d’autres, c’est carrément la désolation.

Pas de doute, ça fait mal au cœur de voir ces marins qui en arrachent. Eux qui ont mis tout ce qu’ils avaient dans cette aventure dont le niveau de misère croit au rythme des milles qui se perdent dans le sillage des vaincus de l’océan Indien.

Triste même ! Voir le Cheminées Poujoulat de Bernard Stamm se déchirer contre les cailloux rappelait ces cétacés qui s’échouent et que l’on tente désespérément de sauver alors qu’ils sont asphyxiés par leur propre pesanteur. Imaginez, 12 bateaux au rancart jusqu’ici. Plus du tiers de la flotte… Et nous ne sommes pas encore à la mi-course. Si l’on poursuit à ce rythme, il ne resterait que 5 ou 6 bateaux à l’arrivée aux Sables d’Olones. C’est tout dire…

Est-ce que ça va trop vite ? Jugez plutôt par vous-même. En comptant Paprec Virbac II auquel je ne crois plus aux chances de continuer ; et depuis l’abandon de Pakea Bizkaïa du basque Unaï basurko, 8 bateaux ont lancé la serviette. Sur ces 8 concurrents, 4 se battaient dans le top 10 et deux autres (Cheminée Poujoulat et Temenos II) cravachaient pour recoller au peloton de tête. Encore plus troublant. Sur les 12 éclopés, 10 ont été mis à l’eau pendant ou après l’année 2005. On compte 5 démâtage jusqu’à maintenant dans cette course de fou, 6 en comptant les problèmes de Jérémi Beyou. Toutefois, un seul concerne un bateau construit avant 2005, soit Aquarelle.com de Yannick Bestaven.

On aura beau dire tant qu’on voudra que l’océan Indien est particulièrement vache cette année, c’est indiscutablement vrai, mais il reste que c’est derrière la flotte que les plus dures bastons sont passé alors que c’est devant que tout a cassé. Les dirigeants auront tout à loisir d’argumenter sur les tribunes qu’ils veulent qu’il s’agit d’un sport mécanique, reste qu’il y a quelque chose d’étrange là-dedans qui me fait dire que des gens devront s’y mettre pour trouver des solutions fiables. Nous savons tous que le Vendée-Globe est la pire des course d’endurance mais ça n’exempte pas du devoir de progresser. Des pas de géant ont été fait pour améliorer la sécurité. Il faut dorénavant s’attaquer aux problèmes de fiabilité des bateaux.

Pour justifier ce qui précède, voici quelques chiffres. Si on fait une moyenne conservatrice d’environ 7 millions d’Euros par équipe, on est à plus de 100 millions de dollars US qui se retrouve à quai suite à ce derby de démolition. Certains ont vu le fruit de leurs efforts et surtout de leurs capitaux s’envoler en fumé après seulement une trentaine d’heure de course. C’est le cas de l’entreprise Hugo Boss qui y a engouffré plus de 10 millions d’Euros. Entre vous et moi, plus tôt que tard, il y a inévitablement des sponsors qui vont commencer à y penser à deux fois. L’IMOCA et l’ISAF seraient donc tout avisés de prendre acte de la situation et surtout de ne pas faire comme si de rien était. La voile de haut niveau telle qu’on la voit présentement ne dispose pas d’assise qui permettrait d’ignorer ce qui se passe.

Prions maintenant pour que rien n’arrive aux marins d’ici la fin de cette galère car si tel était le cas, le mot désastre ne pourrait alors plus être évité.

Ceux qui croient que les malheurs en mer n’arrivent qu’à Georges Leblanc seront confondus. Le ciel vient en effet de tomber sur la tête de l’équipe Hugo Boss et de son skipper Alex Thompson à quelques semaines du départ du Vendée-Globe.

Au beau milieu de la nuit et à quelques encablures des Sables d’Olonnes, le Open 60 du man in black a été heurté sur tribord à la hauteur des cadènes par un chalutier. Le coursier a démâté et le bateau est fortement endommagé. Au moment d’aller sous presse, les architectes et ingénieurs du groupe Finot-Conq était au chevet de la bête blessée. Des analyses poussées permettront de savoir si des dommages structurels ont été causés au monocoque et surtout, s’il existe des possibilités de réparer pour prendre le départ de la course le 9 novembre prochain.

Chose certaine, il ne reste plus beaucoup de temps et c’est un Alex Thompson bien au fait de cette situation et complètement dévasté qui s’est présenté hier en conférence de presse aux Sables d’Olonnes pour expliquer l’inexplicable. Il faut dire que l’on serait découragé à moins car quatre années de travail viennent peut-être carrémment de s’envoler en fumée.

De plus, dans le meilleur des cas, en dépit d’un bateau réparé et remâté, Alex Thompson prendra le départ sans avoir fait de test, avec une monture sans ajustement et dont la fiabilité et les performances risquent d’être incertaines. Et cela est sans compter qu’il devra rencontrer les exigences du comité de course en terme de navigabilité.

À la lumière de cet autre incident, force est d’admettre que, bien malheureusement, le monde de la voile sportive de compétition voit les dossiers d’assurance s’épaissir à vue d’œil depuis quelques années. Alex Thompson est d’ailleurs l’un de ceux dont l’assurabilité risque hélas de souffrir de ses déveines à répétition.

Notons cependant quil n’est pas le seul dans cette situation. Démâtages en série, avaries de quilles, blessures graves, chute en mer, naufrage et même le décès d’un skipper ont parsemé l’actualité de la voile depuis quelques semaines. Un bilan qui rappelle que sur l’océan, l’homme n’est que toléré. Un facteur (parmi tant d’autres) que devraient considérer celles et ceux qui, par pure ignorance, portent d’ineptes jugements de valeurs sur les marins qui compétitionnent.

Pour revenir à Alex Thompson, rappelons que son sponsor principal a investi des sommes considérables pour ne pas dire colossales dans l’aventure. Et compte tenu de cela, on peut raisonnablement espérer qu’en tenant compte des énormes moyens dont elle dispose, l’entreprise Hugo Boss ne laissera pas tomber le navigateur anglais après être allé aussi loin.


les traits tirés, Alex Thompson s’expliqué hier
en conférence de presse aux sables d’Olonnes.

Mais des questions demeureront et ce sont celles-ci : Pourquoi des initiatives impliquant des centaines de personnes et des millions de dollars ne sont-elles pas mieux protégées ? Que faisait un Open 60 comme Hugo Boss sans escorte adéquate en pleine nuit dans l’embouchure du canal des Sables d’Olonnes ? Comment se fait-il que ce chalutier n’ait pas vu le coursier qui faisait route tous feux allumés ? Un fait demeure cependant. À la décharge des marins qui circulent dans cette autoroute métropolitaine, il importe de mentionner que l’on ne voit rien lorsqu’on navigue la nuit. Il n’y a aucune perspective non plus. En mer, rien n’est comparable à la façon dont nous voyons les choses sur terre.

Quoi qu’il en soit, blâmer qui que ce soit ne servira personne, mais il faudra sans doute réfléchir pour trouver des moyens afin d’éviter la reproduction de pareils incidents. Finalement, une enquête des autorités maritimes françaises est aussi souhaitable pour faire la lumière sur un évènement qui semble suspect et qui présente certains indices pouvant laisser croire à des responsabilités en terme pénales.

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Dernère mise à jour du site le 2012-02-05 @ 21:24