L’IMOCA a enfin tranché. C’est par une infime majorité obtenue au terme d’un vote des plus serré que la décision est enfin tombée après des mois de tergiversation. Les quilles et les mâts des Open 60 seront dorénavant tous pareils.
On sentait que les choses s’en allaitent dans cette direction lorsque nous avons rencontré trois coureurs IMOCA l’été dernier. Benoît Parnaudeau, Arnaud Boissière et Dominique Wavre s’étaient tous prononcés en faveur de mesures limitant les coûts et augmentant la sécurité. Il s’agissait d’une tendance lourde.
Le dernier Vendée Globe n’a pas été aussi dévastateur pour les machines que celui de 2008. On sentait qu’un certain message avait fait son chemin au sein des cabinets d’architecture et d’ingénierie. Et ce message disait que la classe était sur une pente qui avait d’étranges similitudes avec celles qui ont entraîné l’ORMA à sa perte. À savoir que les sponsors commençaient à trouver que ça faisait cher de payer des millions pour faire des courses de quelques heures seulement.
La légèreté a des limites. On n’imagine pas qu’en Formule un, des constructeurs pourraient par exemple alléger les machines en diminuant certains éléments assurant la sécurité des coureurs. Remarquez bien que ce n’est pas ce qui s’est produit ni à l’ORMA ni à l’IMOCA. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit davantage d’essais-erreurs dans un environnement sous-estimé. La mer est un milieu qui en apprendra encore et toujours même aux plus érudits des marins, ingénieurs ou architectes.
La solution trouvée est mitoyenne. Elle se trouve à mi-chemin entre la monotypie et l’autre extrême où toute règle supplémentaire concernant la jauge est évacuée. Cette dernière solution aurait été préférée par plusieurs coureurs qui voient l’alourdissement du cahier des charges comme un réel obstacle au progrès.
Les mois à venir nous montreront si Abraracourcix a réussi à rallier les guerriers gaulois autour d’un projet commun. On sait que nos cousins français forment l’essentiel du contingent de l’IMOCA. Il est aussi facile de faire consensus parmi ce monde-là que de résoudre les plus inextricables problèmes de maths. Et quand le diable est aux vaches, ça devient carrément l’enfer.
À l’opposé, il semble que l’on se soit entendu sur une démarche d’internationalisation de la classe avec notamment des épreuves qui se dérouleront en Amérique du Nord. L’exécutif de l’organisation sera encore dirigé par Luc Talbourdet. Il sera secondé par Alex Thomson, Dominique Wavre, Bernard Stamm, Jean LeCam, Armel LeCléac’h et Vincent Riou.

Crédit photo: François Van Malleghem /DPPI-Safran
Jules Verne lui-même en personne n’en aurait pas cru ses yeux. Un tour du monde en solitaire en 78 jours? Ça dépasse l’entendement. Le Vendée-Globe 2012-2013 aura mis en relief ce qu’il y a de meilleur dans le monde de la voile. N’en déplaise à Jean-Pierre Dick, le Festival de Canes et celui des Oscars sont réunis aux Sables-d’Olonne quand le cirque du Vendée Globe se met en branle. Tous celles et ceux qui prennent le départ sont des nominés. (ce qui n’est pas rien) Et quand ils remontent le chenal, ils sont des Stars avec un grand S.
Pour Roland Jourdain, le chemin de l’apothéose l’a amené à vivre cette extraordinaire sensation à sa première tentative. Depuis, il n’a jamais été en mesure de refaire le coup. Pour d’autres, ce fut le contraire. Cette année 2013 a consacré Alex Thompson et Bertrand DeBroc. Deux hommes qui en ont bavé, mais pas à peu près pour avoir le privilège d’être acclamé par la foule incroyable des Sablais qui, beau temps mauvais temps, se masse par dizaine de milliers sur la jetée pour accueillir les oscarisés de la mer.
Du premier au dernier, sans exception, ils méritent notre admiration. Non seulement ce Vendée Globe aura été le plus rapide de l’histoire, en plus, il aura été le plus passionnant à suivre depuis celui de 2004-2005. Avec d’étranges ressemblances d’ailleurs. Deux Français et un anglais terminent sur les trois premières marches du podium. Un figariste remporte la deuxième place, un peloton qui se scinde dans l’océan Indien, Bernard Stamm disqualifié en Nouvelle-Zélande (Roland Jourdain avait abandonné au même endroit en 2005, un concurrent qui casse sur la remontée de l’Atlantique et finalement, une fin de course haletante avec moins de 4 heures d’écart entre les deux premiers.
Le gagnant du Vendée Globe François Gabart a explosé le record de distance sur 24 heures avec plus de 545 milles. C’est seulement 51 milles de moins que le record absolu en monocoque en équipage s’il-vous plaît pardon! Je ne connais aucun observateur un tant soit peu attentif du monde de la course au large qui n’ait pas été flabbergasté par cette performance sportive qui frise la folie bien réelle. 23 noeuds à l’heure, un rythme de galop sur un rodéo infernal où le bateau qui tape, le bruit, la vitesse, la fatigue, l’environnement, la faim et le stress, brefs, tout absolument tout pousse aux extrêmes limites de ce que peut supporter un être humain.
Il ne fait aucun doute que cette course en fût une d’endurance. Et c’est celui qui était le plus en forme physiquement et mentalement qui a gagné. Il y a peut-être du vrai dans cette rumeur autour d’une voile miracle. Mais être capable d’aller chercher le plein potentiel du bateau et tenir le pied au plancher sur semblable parcours demande une force très au-dessus de la moyenne.
Mais au-delà des performances purement sportives, il s’en est trouvé encore cette fois-ci pour gagner la course aux coeurs. Le Vendée Globe de Tanguy de LaMotte a permis de faire opérer pour des chirurgies cardiaques plusieurs enfants originaires de pays en développement. L’image du jeune homme tranquille de Tanguy en a aussi pris pour son rhume. Lui qui nous avait habitués à son sérieux s’est soudainement improvisé en James Hedfield l’espace d’un moment. On s’est tous pris au jeu de Tanguy qui a dévoilé en grandes pompes ses talents incroyables de communicateurs.
Dominique Wavre et Arnaud Boissière plus contemplatif, y sont allés de réflexions poétiques sur leur expérience pendant que Jean LeCam nous a faisait rire comme jamais. Mike Golding a partagé ses misères à travers lesquelles son flegme typiquement britannique a résisté aux coups de boutoir océanique. Tel « un pilum plus fort que le sternum, » le bonhomme a résisté jusqu’aux Sables-d’Olonne.
Le Vendée Globe était pourtant très mal parti. Les fortunes de mer écumant parmi les plus gros morceaux de la flotte. Marc Guillemot, Jérémie Beyou, Kito de Pavant, Sam Davies, Louis Burton Zbignew Gutkowsky et Vincent Riou, de retour aux garages avec leur petit bonheur. De quoi égrainer le moral du comité de course et du public. La question qui tue est venue sans délai. Combien en restera-t-il quand la course finira? Heureusement, la suite de malchances s’est arrêtée.
Ce qui surprend toujours c’est que d’un Vendée Globe à l’autre, on est toujours étonné. La course n’est jamais monotone. Elle a toujours le don de nous arriver avec quelque chose de nouveau. Les coureurs en apprennent sans cesse et le partagent aussitôt. L’impression de distance et d’éloignement est diluée dans l’incessant flot médiatique. Et cette proximité créer un fort lien d’attachement avec le public. Un grand vide s’installe quand la course est finie. Nous avions cette impression de prendre notre petit-déj avec les coureurs chaque matin.
Pour cette raison, on n’ose à peine imaginer le choc que cela causerait s’il devait arriver malheur à l’un des concurrents. Si l’intervention des secours et les différents protocoles concernant la sécurité ont beaucoup fait pour les marins et ont évité les drames de jadis, en revanche, certains comportements continuent tout de même à nous glacer le sang d’effroi. Le départ en vrac de Cheminées Poujoulat alors que Bernard Stamm est de l’autre côté des filières sans harnais à réparer son hydrogénérateur nous a pétrifiés. Voile en Ligne a récemment appris que l’été dernier, un concurrent de la Transat Québec-Saint-Malo est passé par-dessus bord et s’est retrouvé plusieurs dizaines de minutes dans l’eau glacée de l’océan Atlantique sans gilet de sauvetage avant qu’épuisé et en état d’hypothermie, il ne soit récupéré par les membres de son équipe. Comme quoi il y a encore place à la méditation en matière de respect des règles les plus élémentaires de sécurité.
Pour des raisons que l’on peut facilement deviner, cette dernière histoire a été soigneusement cachée. Mais comme le dit si bien l’adage: « tout finit par se savoir ». Le public s’intéresse surtout à la course. Jouer les trompe-la-mort n’apporte rien de plus. Il faudra que le message passe un de ces jours. Car ce qui fait la beauté de la course et du Vendée Globe en particulier, c’est le coefficient de difficulté extrême. On n’a donc pas besoin d’en rajouter. Quand François Gabart affirme que le Vendée Globe est une punition, ça dit tout.
En dépit de la dureté de cette course, elle est de plus en plus rapide d’une édition à l’autre. Alessandro Di Benedetto qui soit dit en passant naviguait avec une quille fixe aurait remporté le Vendée Globe lors des trois premières éditions avec sa performance de cette année. Il aurait battu Titou Lamazou, Christophe Auguin et Alain Gauthier. Il a fait un temps inférieur à celui de Jean-Luc Van Den Heede et Arnaud Boissière qui ont fait des Vendée Globe précédant aux commandes de la même monture. Finalement, il a terminé à seulement 26 jours du premier. En comparaison, l’Autrichien Norbert Sedlacek avait un écart au premier de 42 jours. Ce n’est pas qu’un petit coup de ciseau ça les amis.
On parlait de sécurité tout à l’heure. Sur les 20 bateaux en course, deux démâtages sont à répertorier comparativement à 5 lors de l’édition de 2008-2009. Il y avait alors eu 18 abandons. Il n’y en a eu que 8 cette fois-ci dont trois ont été causés par des collisions avec des objets flottants ou des chalutiers. Ça nous ramène à 5 abandons sur avarie. Une très belle progression, cela va sans dire. On sent que la fiabilité recherchée commence à arriver. Bon an mal an, on a toujours beaucoup d’abandons. C’est normal. La voile est un sport mécanique qui bénéficie des plus récentes technologies qui au début de leur existence n’ont pas la fiabilité comme première qualité. Les équipes jouent aussi beaucoup sur le poids des bateaux ce qui nécessairement, augmente les risques de casses. Mais il faut noter que des améliorations tendent de plus en plus vers la précision ce qui petit à petit augmente la fiabilité des bateaux.
Du côté de la couverture média offerte par l’organisation, la progression est fulgurante. On sent que le message est passé. Un coup d’oeil rapide montrait qu’ils étaient plus de 7000 internautes à suivre l’arrivée du dernier concurrent sur Daily Motion en pleine matinée d’un jour de semaine. Le nombre d’internautes sur toute la durée de la course va sans doute battre des records même si celle-ci fût beaucoup moins longue que la dernière édition avec 18 jours de moins. Le nombre de participants à la course virtuelle est quant à lui incroyable avec plus de 106 000 participants.
Une organisation impeccable, des retombées planétaires, une course enlevante, des performances sportives dantesques, des histoires humaines d’une grande richesse et tous sont à bon port. Que demander de plus sinon que celles et ceux qui ont connue les affres d’une malchance puissent se reprendre avec succès la prochaine fois. Le Vendée Globe a encore écrit une belle histoire cette année. Et déjà, les yeux sont tournés vers 2016 avec hâte.
Voile en Ligne tient à féliciter tous les marins qui ont pris part au Vendée Globe.

Crédit photo Jean-Marie Liot/DPPI/ Vendée Globe
Le Vendée Globe 2012-2013 a peut-être son podium, mais la mer n’en a pas fini avec ceux qui restent. Tôt ce matin au levé du jour, Jean LeCam faisait parvenir sa dernière vidéo avant de mettre le pied sur les pontons des Sables-d’Olonne. Des images d’une mer grossissante et coutumière du célèbre golfe de Gascogne.
Si celui-ci s’est tenu tranquille au départ de la flotte, en revanche il est présentement en rogne. Le village du Vendée Globe est fermé en raison des forts vents et des avis de mauvais temps sont émis sur les côtes de France, principalement la pointe de la Bretagne et plus au sud. La baffe météo pourrait avoir comme conséquence que le roi Jean rentre chez lui dans le baston et remonte le chenal au galop sans âme qui vive pour saluer son retour. La population a d’ailleurs été avertie d’y penser à deux fois avant de s’aventurer sur la jetée des Sables-d’Olonne. Mais quelque chose nous dit que la légendaire témérité des gens du coin et leur ardent désir d’honorer les héros de ce tour du monde auront leur mot à dire.
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Le Vendée Globe a pris une bien drôle de tournure depuis quelques jours. À la faveur de la fatigue accumulée autant sur les bateaux autant que sur ceux qui les mènent, les petites misères se multiplient. Voiles déchirées pour Alessandro Di Benedetto, voie d’eau pour Mike Golding et pour finir, Tanguy De LaMothe qui frappe un objet. Tanguy a eu besoin de tout son petit change pour débloquer la dérive et la remettre dans son axe. Il a aussi dû effectuer une stratification du puits qui a été défoncé sous l’impact. Un beau dégât!
Mais le pire a été évité de justesse quand Javier Sanso a vu son bateau se retourner à la vitesse d’une crêpe. L’Espagnole en a été quitte pour un bain de pieds avant de mettre son canoë de survie à l’eau et de devoir abandonner son coursier. Il a été récupéré quelques heures plus tard par la marine portugaise. Transporté sur l’île de Terceira aux Açores, les médecins ont Examiné Javier Sanso pour s’assurer de son bon état de santé avant de le libérer quelques heures plus tard. Une rupture de la quille serait à l’origine de l’incident.
C’est une bien triste fin de course pour Javier Sanso. Il s’était bien battu. Il avait fait face courageusement à une multitudes d’ennuis depuis son départ. On s’était habitué à sa présence et comme pour celle de Bernard Stamm, il nous manquera beaucoup. Parlant de Bernard, Cheminées Poujoulat suivait Jean LeCam et se trouvait à moins de 500 milles de l’arrivée au dernier relevé. On sait toutefois que Bernard est hors course en raison de sa disqualification. Mais cela ne lui enlève rien. Il est un autre de ceux qui peuvent rentrer à la maison la tête haute.
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Jean-Pierre Dick est arrivé hier matin aux Sables-d’Olonne après plus de 2000 milles sans quille. Le Vendée Globe est fait de ces histoires que nos petits enfants auront du mal à croire tellement elles sortent du cadre de la réalité. À chaque édition du Vendée Globe, on pense avoir tout vu. Mais à tout coup, ils trouvent le moyen de nous faire boire notre café par les oreilles. Imaginez! L’équivalent de partir de Québec pour aller à Toronto en roulant sur les jantes. Ou si vous voulez, passer 15 jours en équilibre sur le haut d’un poteau électrique. Enfin, il faut le voir pour le croire.