Crédit photo: site de la Transat Jacques Vabre.
Crêpes Whaou de Franck-Yves Escoffier et Erwan Leroux a remporté la nuit dernière la Transat Jacques Vabre 2009 dans la catégorie des multicoques. Les deux marins ont mis le pied sur le sol costa-ricain autour des 23h30 heure de Montréal. Cette victoire n’a rien de surprenant bien qu’elle n’en demeure pas moins pleinement méritée. En effet, le début de la course fût des plus pénibles avec les coups de vent qui se suivaient à la queue leu-leu. Voilà pourquoi les temps de cette course risquent fort aussi de ne pas passer à l’histoire. Crêpes Whaou, Escoffier et Leroux réalisant une traversée en 15 jours 15 heures et 31minutes à la vitesse moyenne de 13,41 noeuds.
La meilleure nouvelle de la soirée nous est toutefois parvenue des monocoques où le duo formé de Marc Guillemot et Charles Caudrelier-Benac ont fait atterrir leur Open 60 safran à Puerto Limon un peu plus tard dans la nuit environ quatre heures après le multicoque d’Escoffier. Le duo a terminé la course en 15 jour 19 heures 22 minutes à la vitesse moyenne de 12,46 noeuds. Encore là , le temps réalisé ne s’inscrira pas dans les annales de la course au large. Mais cela n’enlève néanmoins absolument rien à cette superbe victoire.
Pour Marc Guillemot, elle est d’autant plus savoureuse que ce dernier avait commencé l’année d’une bien triste façon, en allant au secours de son frère d’armes Yann Eliès, blessé sérieusement durant le Vendée-Globe. Sensible, Marc Guillemot qui avait jadis connu lui aussi, les affres d’une blessure extrêmement sérieuse alors qu’il courait en multicoque il y a de cela quelques années, avait été l’un des héros de l’opération de sauvetage sur le monocoque Generali. Il avait tourné autour du bateau de Yann Eliès pendant presque trois jours, le temps que ce dernier soit pris en charge par les secours australiens.
Marc Guillemot avait ensuite repris sa route vers le fil d’arrivé où il s’était présenté ballasté au maximum et sans sa quille qu’il avait perdu quelques jours auparavant. Il avait terminé troisième, étant compensé pour s’être détourné pour porter secours à Yann Eliès.
C’est donc une année faste pour ce marin hors norme. Et le succès vient avec l’avis unanime des observateurs sur son caractère pleinement méritoire. Pour le coureur océanique québécois Michel Littée, ami de Marc Guillemot, le gagnant de la Transat Jacques Vabre est un modèle. « Ce gars là est un exemple de ténacité. Pour moi si j’avais eu à faire ce métier, c’est comme lui que j’aurais aimé être, » disait le marin québécois il y a quelques jours lorsque rejoint par Voile en Ligne.
Il va sans dire que pour beaucoup de Québécois, cette victoire de Marc Guillemot est un moment de réjouissance. Le marin français avait pris part à la Transat Québec Saint-Malo 2004 et plusieurs gens d’ici gardent un excellent souvenir du passage chez nous de ce marin attachant.
Notons en terminant que les dernières 24 heures de cette Transat ont été marquées par une passe d’armes en mode furtif pour les deux monocoques de tête Safran et Groupe bel. Cela signifie que les deux bateaux n’apparaissaient plus aux classements ni même à la cartographie. Cette initiative faite pour personaliser davantage des options libérées d’influences, a cultivé un suspens pendant une bonne partie de la journée d’hier, plusieurs se demandant si Crêpes Whaou parviendrait à doubler Safran avant l’arrivée à Puerto Limon.
Extraits de la conférence de presse
Franck-Yves Escoffier : « Les temps forts de cette course ? On va commencer par l’arrivée parce qu’avoir une arrivée comme celle-ci avec un tel accueil est extraordinaire. On a eu des accueils sympas mais ici à Puerto Limon, entre le feu d’artifice, le monde sur le quai… C’était un grand moment.
Le départ est aussi quelque chose d’intéressant. Il y a toujours ce petit taux d’adrénaline qu’il faut avoir quand on est compétiteur. Je crois qu’on a pris le meilleur départ en Multi 50 d’ailleurs. Il y a eu un moment fort hier également, quand on a failli retourner le bateau. Ca n’était pas drôle. J’en souri maintenant mais rétrospectivement je me dis qu’on n’est pas passé loin. Erwan qui est plus jeune que moi a dû me freiner à certains moments.
Erwan Le Roux : « Il y a eu des moments forts sur l’arrivée et au départ. Le chavirage d’Actual a été un moment fort, particulièrement déstabilisant. Mais je crois que le moment le plus fort a été le bord de reaching qu’on s’est fait sur l’Atlantique. C’était fabuleux, le bateau volait sur l’eau. C’était magique.
Nous vous êtes-vous pas un peu ennuyés faute de concurrence ?
Franck-Yves Escoffier : « En 2002, j’avais propose à mon partenaire d’aller sur le Vendée Globe. J’avais fait du Figaro et du Tour de France à la Voile. J’avais vraiment envie de courir avec des pratiquants de la monotypie. J’ai donc décidé de faire du Multi 50 et de tout faire pour lancer cette classe. On était sur le point de réussir à la faire décoller, avec de nouveaux arrivants. Malheureusement, ces deux nouveaux bateaux ne sont pas à l’arrivée. On a manqué un peu de concurrence mais il ne faut pas oublier Guyader pour Urgence Climatique. C’est un équipage très bon. En multicoque on n’a rien à leur apprendre. Ils n’ont pas encore les finances pour faire un bateau comme Crêpes Whaou ! et je leur souhaite de trouver. J’espère qu’avant que je ne quitte cette classe, il y aura une vraie flotte de bateaux comme le notre.
Je veux aussi rappeler que faute de concurrence en Multi 50, l’objectif a été de se dire qu’on avait de quoi jouer avec les Imoca et arriver avant eux. Nous nous sommes bien battus pour ça.
Quels sentiments avez-vous éprouvé à l’arrivée ?
Erwan Le Roux : « C’est toujours un moment très émouvant de retrouver sa femme et sa petite fille. Cette arrivée est l’aboutissement d’un projet. Elles l’ont subi toute l’année et je veux vraiment les remercier de supporter mes absences.
On ne s’attendait pas à un tel accueil. Quand on arrive de la mer, on ne voit pas ce qu’il se passe. Cette arrivée était magique, tout ce monde, toute cette musique. Ca restera certainement longtemps un grand moment.
 Quels ont été les moments les plus difficiles ?
 Erwan Le Roux : « Il y a eu des moments difficiles pour les passages de perturbations, quand on est allé chercher les fronts à trois reprises. Après un passage de front, la mer est chaotique, énorme. Le bateau souffre beaucoup et on souffre avec lui. Ce sont toujours des moments très difficiles.
 Crêpes Whaou ! est un bateau neuf qui disputait sa première transat, à l’arrivée il ne semble pas avoir subit beaucoup de dégâts. Qu’en est-il vraiment ?
Erwan Le Roux : « Le bateau a souffert. Extérieurement il n’y a pas grand-chose, c’est surtout intérieurement. Le moteur n’a pas tenu et c’est le seul gros souci que nous avons rencontré. Dans les grosses dépressions, il s’est désolidarisé de la coque. C’est un gros souci qui aurait pu se terminer très très mal. Pour le reste, ce ne sont que de petites choses
 Franck-Yves, pouvez-vous dire un mot sur Erwan ?
Franck-Yves Escoffier : « En 2005 j’avais embarqué mon fils aîné. Il fallait trouver quelqu’un qui soit un peu de la même trempe que Kevin, avec qui je puisse m’entendre. Quelqu’un qui travail sur un bateau, qui s’investit, il me semble normal de lui proposer de naviguer ensuite, c’est la carotte. Je connaissais peu Erwan avant qu’il n’intègre mon projet. Je n’avais navigué qu’une seule fois avec lui aux Antilles. Mais j’aimais son côté peu bavard et je savais que c’était un très bon barreur. Je ne suis pas très calé en informatique, je suis un ancien pêcheur ! Je suis un autodidacte, Erwan également mais il est très performant en informatique. Ca s’est très bien passé ave Erwan. On ne peut pas gagner une course comme ça, en ayant cravaché comme on a cravaché ces derniers jours sans s’entendre très bien.
Erwan, un mot sur Franck-Yves ?
Erwan Le Roux : « Franck-Yves est quelqu’un que j’ai appris à connaître et c’était fabuleux parce j’ai appris plein de choses avec lui en mer. C’est un grand marin. J’ai pris beaucoup de plaisir à naviguer avec lui et je suis prêt à repartir avec lui sans aucun problème ».
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Quelques instants après leur arrivée à Puerto Limon, Marc Guillemot et Charles Caudrelier Bénac ont donné une conférence de presse. Morceaux choisis…
Marc Guillemot : « C’est une victoire qui s’est faite sans la main de Thierry Henry, ça il faut vraiment le souligner c’est très important ! (rires). Ca m’a vraiment touché de voir ma femme débarquer en première sur le bateau et en même temps elle sait bien que quand j’arrive il me faut un petit temps pour atterrir. Je suis content qu’elle soit à bord, je suis content que tout le monde soit là mais je suis encore dans ma course et dans mon trip, mais qu’elle se rassure, je vais atterrir bientôt !
Cette victoire est géniale pour tous ceux qui ont passé énormément de temps sur ce projet, les gens de Safran, les architectes et toute mon équipe : tout ce monde qui s’est investit avec beaucoup d’intérêt et beaucoup de passion. Cette victoire est vraiment formidable. C’est génial, on avait dit qu’on reviendrait pour faire mieux qu’en 2007, c’est fait ! Ca n’a pas été facile, c’était un gros travail sur le bateau, ces bateaux sont exigeants, on le sait mais on n’a pas molli, on a fait une bonne paire avec Charles pour maintenir le rythme, on a réussi à maintenir ceux qui était derrière et ça me fait vraiment plaisir. On est allé jusqu’au bout du bout, on n’a jamais molli, on en a bavé, on est vraiment content. C’était une grande transat, par sa longueur et par le niveau des compétiteurs, l’acharnement de chacun pour la gagner et donc la victoire sera d’autant plus belle à savourer par la suite.
Les moments les plus difficiles c’était aujourd’hui : à chaque fois que nous étions sous les grains, sous les orages, sous la pluie, sans vent, on imaginait Kito et François avec leur Vache qui Rit dévaler les pentes à 25 nœuds alors que nous étions collés à 3 ou 4 nœuds, c’était hyper dur pour le moral. Jusqu’à une heure avant la ligne on était très inquiet. Mais le principal c’est qu’on arrive devant.
Marc Guillemot : « C’était la course la plus difficile de ma carrière. Il y a eu plusieurs moments difficiles notamment au passage de la Guadeloupe, de Marie Galante. On a éclaté un spi et c’était vraiment une voile superbe. On était très inquiet pour la suite car on savait que pendant toute la mer de Caraïbes, on aurait à  l’utiliser. Il y a eu un grand moment d’inquiétude et on s’est dit que la course allait peut être se jouer à ce moment là .
On ne pouvait pas donner de coup d’oeil dans le rétroviseur dans la dernière heure dans la mesure où on ne savait pas où il était. La seule chose qu’on savait c’est que toutes les périodes où on n’avançait pas on savait que lui avançait toujours. On n’osait pas imaginer de voir cette course pour laquelle on s’était bien battu nous échapper. A certains moments on la voyait s’échapper sans vraiment pouvoir réagir. C’est dur pour le moral, dans ces moments difficiles il faut rester combatifs et c’est toujours plus facile de rester combatif quand on est deux.
Cette course était dure pour plusieurs raisons. La première c’est qu’il y avait beaucoup de bons bateaux au départ, de bons équipages. Les conditions étaient également particulièrement difficiles ainsi que le rythme de la cours et le fait d’être à deux. Avec des duos assez semblables d’un bateau à l’autre, en tous les cas pour ce qui est du bateau qui nous suit. Nous avons le même bateau et à peu près le même équipage ; des skippers qui ont un peu de bouteille et des co-équipiers plus jeunes, issus de milieu figariste. Ca fait des duos intéressants, assez exigeants. Le fait d’être avec quelqu’un de plus jeune motive, il ne s‘agit pas de se laisser dépasser par les évènements, du coup c’est difficile physiquement. Le fait qu’il y ait eu beaucoup de changements météo a entraîné beaucoup de changements de voiles et beaucoup de travail pour essayer de ne rien laisser filer et de garder le bateau en phase avec ses polaires, c’est-à -dire ses vitesses de prédilection. Ca veut dire que c’est exigeant, besogneux. Ca joue sur le repos et forcément sur la fatigue. Quand on sait qu’on joue la gagne ça vaut le coup.
A chaque course, tout le monde change évidemment et s’adapte au niveau situation. J’ai fait mon Vendée Globe, il a été particulier pour moi et forcément tout ce qui m’est arrivé sur ce parcours autour du monde m’a appris beaucoup de choses et forcément je suis arrivé sur la Transat Jacques Vabre avec peut être une autre vision des choses que sur la dernière édition. Aujourd’hui je suis certainement différent d’il y a deux et dans deux ans je dirais certainement la même chose. C’est le cours du temps.
Depuis deux ans, Charles et moi avons fait des parcours un peu différents et on a forcément plus de maturité dans l’exercice qu’on pratique qu’il y a deux. On est arrivé tous les deux au départ de cette Transat Jacques Vabre avec un enrichissement d’expériences nouvelles depuis deux ans qui nous a forcément aidé à nous projeter dans la victoire sur cette épreuve.
Forcément au départ il y avait tellement d’équipages qui non seulement voulaient la gagner mais en étaient aussi capables. On se situait aussi dans les gens qui en avions envie mais on savait que ce serait difficile et exigeant pour tout le monde. Ce qu’il fallait c’était ne pas s’emballer dès le départ et rester serein. Lorsqu ‘on a décidé de partir avec quelques autres dans l’ouest pour aller chercher cette dépression on y est allé serein, en ayant confiance en notre bateau et notre maturité.
 Charles Caudrelier Bénac : « Au passage de la ligne on s’est dit « on a réussi », certainement en correspondance avec la deuxième place de la dernière fois. On savait que se venger de la dernière fois serait dur.
Le stress m’empêchait de lâcher même épuisé. J’avais tellement envie de gagner cette course. Marc m’a impressionné physiquement. J’arrive à un âge où je commence à sentir que ma force physique peu baisser un peu. Avec 15 ans de plus que moi, Marc m’a vraiment impressionné.
Cette course a été dure parce qu’il y avait un inconfort permanent, on était tout le temps trempé. Il y a beaucoup de voiles à bord de ces bateaux et le choix est énorme. La manœuvre de chaque voile est compliquée. C’est la première fois que je me rends compte de l’exigence de ces bateaux et de la difficulté à les mener en solo. Tout ça plus la pression que nous a mis Kito…
Kito est capable d’aller très vite. François est hyper brillant ! Pour la première fois ils avaient le même bateau que nous . Pourquoi on est allé plus vite ? Peut être parce qu’on avait la niaque du premier. On les a toujours trouvé trop près et on était obsédé par eux. Ils n’avaient peut-être pas la même énergie que nous. Il faut qu’on discute avec eux. Il y a des moments où on allait plus vite, à d’autre c’était eux. On a fait une belle trajectoire mais on n’a jamais lâché ! »
Source: www.jacques-vabre.com
Crédit photo: http://voile.whaou.com
À moins de 1000 milles de l’arrivée, la lutte est toujours aussi vive sur la Transat Jacques Vabre. Marc Guillemot et Charles Caudrelier sont toujours en tête sur Safran tandis que Kito De Pavant et François Gabard sur Groupe Bel 53 milles derrière, tentent désespérément de les rejoindre. Le quatuor de tête a littéralement sortie le duo anglo-espagnol Mike Golding Javier Sanso de leurs chaussettes, ces derniers accusant maintenant plus de 270 milles de retard… Plus loin derrière, Michel Desjoyaux et Jerémie sont encore dans l’Atlantique à 525 milles…
On peut donc dire qu’à moins d’un revirement de dernière minute, l’affaire est ketchup pour les deux road-runners partis devant. Dans cette course devenue une affaire de gaulois, les deux plans Verdier auront fait montre d’une impressionnante domination. Cela sans pour autant négliger le fait que la partie s’est probablement jouée dans le choix de route effectué sur l’océan Atlantique au terme du passage des bastons.
Mais attention ! Le duo de tête n’a aucune marge d’erreur. Comme le disait si bien Yogi Berra, « It’s not over, till it’s over. (Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini.) » La mer des Caraïbes peut être des plus déplaisantes. On a pu le constater lors de La Solidaire du Chocolat, où certains concurrents sont restés collés dans d’interminables calmes. Plus on approchera des côtes et plus les risques de panne de vent s’accroîtront. Et dans des brises très localisées qui marquent généralement la fin des parcours, les fichiers météo sont d’une utilité bien relative. Il faudra donc prendre garde aux surprise si on ne veut pas être contraint de faire le singe sur la deuxième barre de flèche pour chercher des risettes ça et là . Parlez-en à Roland Jourdain qui a dû se battre presqu’au corps à corps contre Jean Le Cam lors de la dernière Route du Rhum. Il ne fait jamais bon avoir une avance aussi mince.
En rafale…
Par ailleurs, notons que le passage des Saintes près de la Guadeloupe s’est fait dans le chaos. Mer forte, grains et tout le tralala. Les deux leaders Safran et Groupe Bel se sont faits brassé le pommier bien comme il faut.
Le monocoque BT de Sébastien Josse a été amarré et flotte de nouveau au port de Vitoria à  Terceira aux Açores. Aidé d’une équipe de plongeurs, le directeur technique Charles Darbyshire qui est sur place pour diriger les opérations de récupération, a confirmé par communiqué que le bateau avait retrouvé sa flottabilité après une délicate opération de levage ainsi que plusieurs heures de pompage de l’énorme quantité d’eau de mer qui s’était accumulé à l’intérieur du Open 60. Il semble que le bateau soit dans un meilleur état qu’on ne le croyait, toujours selon le même communiqué.
Du côté d’Hugo Boss, le bateau qui est également aux Açores, a été lui aussi hissé hors de l’eau pour être expertisé et réparé. Lors de son grutage, le monocoque a laissé voir une vilaine blessure sur bâbord avant, à peu près à la hauteur de la ligne de flottaison, Mentionnons en terminant le chapitre des éclopés que Britair et DCNS ont quant à eux pu rejoindre leur port d’attache sans problème.
Maintenant, pour celles et ceux qui se demandaient si Crêpes Whaou pourrait rejoindre Safran à temps et le doubler avant l’arrivée, sachez que le grand multicoque rouge et à la girafe joyeuse, est présentement à un peu plus de 100 milles derrière Safran. Avec autour 800 milles nautiques à faire, on peut donc déjà dire que les carottes sont cuites pour ce dernier. Les monocoques devront donc encore faire un bon bout de chemin avant de défier les implacables lois de la physique imposées par les multis. Consolation par contre pour Marc Guillemot, il arrivera assurément avant le deuxième monocoque, Guyader pour Urgence climatique de Victorien Erussard et Loic Fecquet qui est à 2429 milles nautiques de l’arrivée.
Crédit photo Copyright: © Jean-Marie Liot/Safran/ Site de la Transat Jacques Vabre.
La Transat Jacques Vabre est revenue à ses moutons depuis le début de la journée d’hier. La course a repris ses droits après des coups de vents dévastateurs. Enfin sortis de la zone où ils se sont fait brasser comme des colis envoyés par poste, les équipes peuvent enfin souffler d’aise et accélérer. Après tout, la course, c’est fait pour ça.
Néanmoins, de mauvaises surprises attendaient certains à l’ouverture de la boîte. Et les assurances si généreuses soient-elle ne changeront rien à la suite des choses. C’est le cas de Marc Thiercelin sur DCNS qui a fait demi-tour et se dirige ballasté au max vers son port d’attache. Le bateau se comportait bizarrement quand Thiercelin et son coéquipier Christopher Pratt ont procédé à une inspection pour découvrir que le problème venait de la tête de quille. Dans ces conditions, le duo a pris la sage décision de rebrousser chemin et de ne pas prendre de risques inutiles.
Notons que Roland Jourdain a dû s’arrêter temporairement aux Açores et que du côté des Multicoques, on enregistre un deuxième abandon, celui de Fenêtre A Cardinal. Quant à Prince de Bretagne, il est reparti après un deuxième arrêt en raison de problèmes de chariot de grand-voile.
Pour ce qui est de la course comme telle, une très vive déception doit commencer à se faire sentir dans le cÅ“ur des sudistes. En effet, les tenant d’une route médiane sont maintenant presque à la même latitude qu’eux à la différence près qu’ils sont plus de 350 milles devant. C’est la situation d’Aviva, à 351 milles ce matin et de Foncia dans le même potage à 366 milles du leader. C’est semblable du côté des extrêmes nordistes Hugo Boss qui navigue avec une dérive cassée, et 1876 d’Yves Parlier et Pacchi Rivero. Les deux affichent maintenant un retard de plus de 200 milles.
La facture est donc salée et à moins de 3000 milles de l’arrivée, ce bilan doit sans doute semer une certaine amertume. Car sentir qu’on s’est soi-même sorti de la course en raison d’un choix stratégique qui va nous donner des cauchemars n’est certainement pas d’augure à remonter le moral, surtout après qu’un train de dépressions vous soit passé sur le dos et ait laissé votre bateau sens dessus dessous. Le flegme légendaire des coureurs fait cependant en sorte qu’ils se concentreront sur la course qui reste à faire tout en tentant de profiter le plus possible des joies de la navigation et en se cuisinant quelques bon repas chaud, devenus rare ces derniers jours… Le retour du soleil et d’une mer plus manœuvrable ont aussi de quoi remonter le moral.
Dans le centre, c’est toutefois une autre histoire. C’est pied au plancher que Marc Guillemot descend légèrement écarté au sud de la route orthodromique. Il est passé ce matin sous le radar à plus de 20 nœuds en vitesse instantanée. Il a creusé un léger écart de près 59 milles sur Mike Golding et de 66 milles sur Kito De Pavant. Inutile de dire que chez les partisans français et québécois de Marc Guillemot, on se croise les doigts.
Goldinger le prédateur…
Mais il reste encore énormément de route à faire. Et les poursuivants immédiats sont loin d’être des deux de piques. Mike Golding, qui se cherche un sponsor et qui n’a pas goûté au champagne depuis 2004, n’a pas du tout l’intention de laisser sans suite cette odeur de victoire lui chatouiller le nez comme le poulet frit du resto du coin. On peut s’attendre à ce que l’aristocratique pompier anglais affamé, allume même le barbecue à la place du cuisto. Et c’est ce qu’il fait jusqu’ici avec des vitesse qui tournent autour du 20 noeuds. Kito De Pavant n’est pas du genre non plus à laisser gentiment sa place à la taverne, et on peut s’attendre à ce qu’il revendique lui aussi, le siège tant convoité de leader. Il reste donc beaucoup de boulot pour Marc Guillemot et Charles Caudrelier.
Dans une telle lutte, deux questions se posent. La première, c’est est-ce que ça va tenir ? Et la deuxième concerne la météo qui peut toujours venir brasser les cartes. C’est un cliché qui se répète, mais la position du chassé est toujours moins confortable que celle du poursuivant. Reste à savoir si les coyotes viendront à bout de rattraper le road-runner dessiné par Guillaume Verdier.
Chez les multicoques, Franck-Yves Escoffier n’est pas trop inquiété. Il bénéficie non seulement d’un coussin mais de la couette au grand complet avec 511 milles d’avance sur Lalou Roucayrol sur son Région Aquitaine-Port Médoc. La deuxième place est loin d’être jouée chez les multis car Victorien Erussard n’est qu’une trentaine de milles derrière Roucayrol. Ça risque d’être intéressant de ce côté.
Fait cocasse
Pour revenir brièvement à Crêpes Wahou et Franck-Yves Escoffier, notons qu’ au terme de la série de bastons, il accuse lui aussi plus de 350 milles de retard sur Marc Guillemot. Sa vitesse moyenne de rapprochement (vmg) est pour l’instant légèrement supérieure à celle de Safran, quoi que significative. On parle de 19,8 pour le multi comparé à 18,2 pour le mono. Mais comme il y a un peu plus de distance à parcourir pour Crêpes Wahou, les paris sont donc ouvert à savoir qui, d’un multicoque ou d’un monocoque, franchira le premier la ligne d’arrivée à Puerto Limon. Avez-vous une petite idée sur le sujet?Â














