Crédit photo Copyright: © Jean-Marie Liot/Safran/ Site de la Transat Jacques Vabre.
La Transat Jacques Vabre est revenue à ses moutons depuis le début de la journée d’hier. La course a repris ses droits après des coups de vents dévastateurs. Enfin sortis de la zone où ils se sont fait brasser comme des colis envoyés par poste, les équipes peuvent enfin souffler d’aise et accélérer. Après tout, la course, c’est fait pour ça.
Néanmoins, de mauvaises surprises attendaient certains à l’ouverture de la boîte. Et les assurances si généreuses soient-elle ne changeront rien à la suite des choses. C’est le cas de Marc Thiercelin sur DCNS qui a fait demi-tour et se dirige ballasté au max vers son port d’attache. Le bateau se comportait bizarrement quand Thiercelin et son coéquipier Christopher Pratt ont procédé à une inspection pour découvrir que le problème venait de la tête de quille. Dans ces conditions, le duo a pris la sage décision de rebrousser chemin et de ne pas prendre de risques inutiles.
Notons que Roland Jourdain a dû s’arrêter temporairement aux Açores et que du côté des Multicoques, on enregistre un deuxième abandon, celui de Fenêtre A Cardinal. Quant à Prince de Bretagne, il est reparti après un deuxième arrêt en raison de problèmes de chariot de grand-voile.
Pour ce qui est de la course comme telle, une très vive déception doit commencer à se faire sentir dans le cœur des sudistes. En effet, les tenant d’une route médiane sont maintenant presque à la même latitude qu’eux à la différence près qu’ils sont plus de 350 milles devant. C’est la situation d’Aviva, à 351 milles ce matin et de Foncia dans le même potage à 366 milles du leader. C’est semblable du côté des extrêmes nordistes Hugo Boss qui navigue avec une dérive cassée, et 1876 d’Yves Parlier et Pacchi Rivero. Les deux affichent maintenant un retard de plus de 200 milles.
La facture est donc salée et à moins de 3000 milles de l’arrivée, ce bilan doit sans doute semer une certaine amertume. Car sentir qu’on s’est soi-même sorti de la course en raison d’un choix stratégique qui va nous donner des cauchemars n’est certainement pas d’augure à remonter le moral, surtout après qu’un train de dépressions vous soit passé sur le dos et ait laissé votre bateau sens dessus dessous. Le flegme légendaire des coureurs fait cependant en sorte qu’ils se concentreront sur la course qui reste à faire tout en tentant de profiter le plus possible des joies de la navigation et en se cuisinant quelques bon repas chaud, devenus rare ces derniers jours… Le retour du soleil et d’une mer plus manœuvrable ont aussi de quoi remonter le moral.
Dans le centre, c’est toutefois une autre histoire. C’est pied au plancher que Marc Guillemot descend légèrement écarté au sud de la route orthodromique. Il est passé ce matin sous le radar à plus de 20 nœuds en vitesse instantanée. Il a creusé un léger écart de près 59 milles sur Mike Golding et de 66 milles sur Kito De Pavant. Inutile de dire que chez les partisans français et québécois de Marc Guillemot, on se croise les doigts.
Goldinger le prédateur…
Mais il reste encore énormément de route à faire. Et les poursuivants immédiats sont loin d’être des deux de piques. Mike Golding, qui se cherche un sponsor et qui n’a pas goûté au champagne depuis 2004, n’a pas du tout l’intention de laisser sans suite cette odeur de victoire lui chatouiller le nez comme le poulet frit du resto du coin. On peut s’attendre à ce que l’aristocratique pompier anglais affamé, allume même le barbecue à la place du cuisto. Et c’est ce qu’il fait jusqu’ici avec des vitesse qui tournent autour du 20 noeuds. Kito De Pavant n’est pas du genre non plus à laisser gentiment sa place à la taverne, et on peut s’attendre à ce qu’il revendique lui aussi, le siège tant convoité de leader. Il reste donc beaucoup de boulot pour Marc Guillemot et Charles Caudrelier.
Dans une telle lutte, deux questions se posent. La première, c’est est-ce que ça va tenir ? Et la deuxième concerne la météo qui peut toujours venir brasser les cartes. C’est un cliché qui se répète, mais la position du chassé est toujours moins confortable que celle du poursuivant. Reste à savoir si les coyotes viendront à bout de rattraper le road-runner dessiné par Guillaume Verdier.
Chez les multicoques, Franck-Yves Escoffier n’est pas trop inquiété. Il bénéficie non seulement d’un coussin mais de la couette au grand complet avec 511 milles d’avance sur Lalou Roucayrol sur son Région Aquitaine-Port Médoc. La deuxième place est loin d’être jouée chez les multis car Victorien Erussard n’est qu’une trentaine de milles derrière Roucayrol. Ça risque d’être intéressant de ce côté.
Fait cocasse
Pour revenir brièvement à Crêpes Wahou et Franck-Yves Escoffier, notons qu’ au terme de la série de bastons, il accuse lui aussi plus de 350 milles de retard sur Marc Guillemot. Sa vitesse moyenne de rapprochement (vmg) est pour l’instant légèrement supérieure à celle de Safran, quoi que significative. On parle de 19,8 pour le multi comparé à 18,2 pour le mono. Mais comme il y a un peu plus de distance à parcourir pour Crêpes Wahou, les paris sont donc ouvert à savoir qui, d’un multicoque ou d’un monocoque, franchira le premier la ligne d’arrivée à Puerto Limon. Avez-vous une petite idée sur le sujet?

Crédit Photo: site du vendée-Globe
Dee Caffari est devenue cette semaine le nouveau récipiendaire du record pour le tour des Îles Britanniques. L’Anglaise de 36 ans a réalisé son exploit avec un équipage entièrement féminin auquel s’était greffée sa compatriote et autre vedette du Vendée-Globe, Samantha Davies.
Les girls ont complété le tour des îles en 6 jours, 11 heures, 30 minutes. Elles ont éventé l’ancien record de plus de 17 heures et 16 minutes établi en mai 2004 par Solune.
Par ailleurs, Marc Guillemot a remporté l’épreuve annuelle du record SNSM. Le skipper de Safran était accompagné de Charles Caudrelier en compagnie duquel il participera à la Transat Jacques-Vabre cet automne. Marc Guillemot et son équipe ont terminé devant Foncia et Brit’air, dominant leurs rivaux sur les 360 milles nautiques de distance entre Saint-Nazaire et Sainte-Marine sur les côtes françaises.
Du côté des Class 40, Bernard Stamm a annoncé ses couleurs dans la même épreuve en terminant premier de sa classe et deuxième sur les 53 bateaux engagés. Il s’agissait des premières armes du suisse en Class 40. On sait qu’il participera cet automne à la Solidaire du Chocolat en compagnie de Bruno Jourdren. L’équipage de Cheminées Poujoulat a terminé tout juste derrière celui de Safran.
Publié le 14/02/09 par Daniel Lévesque

Voilà ce que la performance de Marc Guillemot nous rappelle. Le solitaire a fait preuve de beaucoup de caractère. Son Vendée-Globe fût parsemé de plusieurs embuches. Or, ce qu’il y a de remarquable dans ce sport, c’est que les gagnants ne sont pas toujours les premiers. Et à ce compte là, Marc Guillemot sera l’une des étoiles de cette édition.
Néanmoins, il complète cette circumnavigation à la troisième place de ce Vendée Globe avec seulement quatre-vingt minutes d’avance sur Samantha Davies qui lui concédait 50 heures pour son intervention aux côtés de Yann Eliès. Le skipper de Safran a donc mis 95 jours 03h heures 19 minutes 36 secondes pour faire le tour du monde (bonification incluse)
Le courage n’a pas manqué à ce marin d’exception. Toute sa carrière fut ponctuée de passages difficiles. Marc Guillemot a, par exemple, vécu les affres d’une blessure très grave. Alors qu’il navigue sur Jet service IV, en pleine nuit, le multicoque enfourne et chavire. Son coéquipier et ami Jean Castenet disparaît en mer et Patrick Morvan a le dos cassé. Marc a quant à lui le bassin et les deux jambes fracturés. Il est secouru après plusieurs jours d’attente. Deux années de réhabilitation seront nécessaires pour lui permettre de retrouver une vie normale. Pas étonnant donc que Marc ait eu autant d’empressement à venir en aide à Yann Éliès.
Le coureur océanique québécois Michel Litté connait bien Marc Guillemot et laisse aller quelques souvenirs. « C’est un vrai ! Je me rappelle que lors de son abandon dans une course du Fasnet, après avoir demandé assistance suite à un démâtage, Marc avait refusé d’être évacué sans que son monocoque soit remorqué, et cela sous le prétexte que le bateau appartenait à son père. Il craignait les représailles » relate avec humour Michel Litté lorsque contacté en début de soirée quelques minutes avant l’arrivée du Quimpérois au Sables d’Olones.
« C’est mon héros. Ce qu’il a fait est tout simplement incroyable. Pour ramener un bateau sans quille, il faut être en parfaite symbiose avec le vent et faire corps avec le bateau. Il faut connaître ses moindres sensations et être aux taquets, à l’affût de tout changement de risée sinon ce peut être la catastrophe. Marc doit être complètement vidé en ce moment. Tenez pour vous donner un exemple simple, c’est un peu comme si vous rouliez sur la glace depuis plusieurs jours, » rajoute Michel Litté.
Marc Guillemot est venu à plusieurs reprises à Québec. À l’instar de Mike Birch avec qui il a d’ailleurs déjà navigué, Marc est un peu devenu le fils adoptif du milieu québécois de la course océanique. Voilà pourquoi plusieurs ont célébré l’arrivée triomphale du gars de la place aux Sables d’Olones. Il y a de quoi ! Ce tour du monde fût pour lui un véritable parcours du combattant. En plus d’offrir une démonstration de détermination qui passera à l’histoire, Marc Guillemot s’illustre aussi par une éclatante performance sportive. On a donc toutes les raisons de fêter. Que demander de mieux ? Bravo !
Voile en Ligne tient à s’associer à tous les amateurs de voile du Québec pour féliciter Marc Guillemot pour sa magnifique performance dans ce Vendée Globe.






