
Cette entrevue avec
Michel Desjoyeaux
vous est présentée par
Formation nautique Québec
Bonjour le Québec! S’écrie la voix enthousiasmée à l’autre bout du fil. Il est 15 h 30 chez nous et 20 h 30 en France. Nous sommes le 26 mars dernier. Ils ne sont pas encore à l’heure d’été. Mais ils sont tout de même à l’heure du repas. Nos cousins d’Europe prennent en effet le diner (que nous appelons chez nous le souper) assez tard, c’est connu. Michel Desjoyeaux est à l’heure prévue pile-poil. Pas une seule seconde de retard. Il nous offrira près de 45 minutes de son temps alors que l’entrevue ne devait durer initialement que 15 minutes…
C’est dire toute la fascination que ces sportifs peuvent susciter. Michel Desjoyeaux est une encyclopédie de la course au large. Son sobriquet de « prof » n’est pas surfait. Il possède une érudition qui fait qu’on ne voit pas le temps passer lorsque l’on parle avec lui. Il faut dire qu’il s’agit là d’un trait caractéristique de la plupart de ces coureurs capable de faire le tour du monde seul sur un voilier hyper performant.
Mais Michel Desjoyeaux a quelque chose de plus. C’est comme on dit en anglais un Winner avec un grand W. Et ça, il le doit à sa capacité de calcul et d’analyse. Michel Desjoyeaux est chirurgical lorsque vient le temps de prévoir et de réfléchir sur ce qui doit être fait et sur ce qui va se passer. C’est probablement ce qui l’a amené là où il est et ce qui, en grande partie, a fait de lui le champion qu’il est devenu.
Puis l’entrevue commence. Après les hommages d’usage en pareil cas, nous lui demandons s’il compte repartir sur un troisième tour, un peu comme au hockey sur glace lorsqu’un joueur marque trois fois dans un même match, a-t-il a l’intention de tenter le truc du chapeau. Michel Desjoyeaux n’a après tout que 43 ans et son âge ne constitue donc nullement un problème.
M.D. « Je n’en sais rien pour l’instant. La dernière fois, j’avais mis un Vendée-Globe entre les deux. Pour l’instant, c’est trop loin. Laissez-moi un peu de temps pour respirer quand même » nous dit-il en rigolant.
V.E.L. C’est alors que nous lui présentons Voile en Ligne et que nous lui parlons du Québec. A-t-il l’intention nous rendre visite?
M.D. « Je ne sais pas. La prochaine Québec Saint-Malo est pour 2012. Et pour l’instant je ne sais pas encore ce que je ferai l’an prochain. Alors, il m’est difficile de prévoir à si long terme. Mais j’aime Québec. C’est un bel endroit. »
V.E.L. Lors de la dernière Transat Québec Saint-Malo tenue l’été dernier, il y avait peu de monocoques IMOCA et une forte présence des Class 40. « Que pensez-vous de cette classe fortement compétitive? Pourriez-vous être intéressé éventuellement par elle? »
M.D. « Ce qui m’intéresse, c’est de faire du bateau et si possible de le faire en compétition. Je veux aussi apprendre des choses et m’amuser en faisant un sport mécanique dans toute sa splendeur et sa complexité. La Class 40, ça fait des bateaux qui sont, somme toute, relativement simple. Ce sont des bateaux de taille et de coûts raisonnables. À Mer Agitée, nous travaillons sur un tel projet pour d’éventuels clients. Et j’espère que dans pas longtemps nous pourrons offrir une version orientée de ce que l’on sait faire de mieux dans les limites de ce qu’impose la réglementation. (…) Maintenant ça ne me dirait pas trop d’aller faire un tour du monde sur ce type de bateau. Ça me semble un peu petit (…) La Class 40 évolue beaucoup en ce moment avec des propriétaires qui sont certes de très bons navigateurs, mais qui ont des profils différents de gens qui, comme nous, font de la voile tout le temps. »
V.E.L. Du côté de l’ORMA on a l’impression que le projet autour du nouveau monotype de 70 pieds ne lève pas. Croyez-vous encore en l’avenir de cette classe ?
M.D. « La vie est faites de marées montantes et descendantes. Cette classe a souffert beaucoup des suites de la Route du Rhum 2002. Je crois que nous n’avons pas été assez forts, assez vindicatifs dans nos propos. Nous nous sommes un peu laissé marcher sur les pieds. Du coup la classe ORMA s’est cassé la figure. Là nous sommes partis dans le gigantisme avec de très gros bateaux. Peut-être la marée redescendra-t-elle un jour pour revenir à des bateaux plus petits que ces monstres. Et peut-être que cela redonnera vie à une classe de 60 ou 70 pieds multicoque. Il faut laisser du temps au temps. Les choses évolueront. Je ne suis pas inquiet. D’autre part, je pense que la Route du Rhum 2010 risque de démontrer les limites d’un système où tous les bateaux courent ensemble sans une catégorisation des dimensions. Et je ne suis pas sûr que ce soit là, la meilleure façon pour nous de faire en sorte de simplifier la compréhension de notre sport par le public. »
V.E.L. Doit-on comprendre qu’à la lumière de vos propos, le record du monde de Francis Joyon n’est pas dans vos cartons, du moins pour l’instant?
M.D. « Je suis amateur de multicoques et de vitesse. Faire du solitaire sur l’Atlantique me parait raisonnable. Le faire autour du monde me tente un peu moins. Et sur ce point de vue, je suis assez rassuré depuis que je sais que Francis Joyon ne voit pas nécessairement d’un très bon œil l’idée d’une course autour du monde de multicoque en solitaire. »
V.E.L. Il y a beaucoup de mouvements chez les Multis 50. Que pensez-vous de ça ?
M.D. Ça démontre que la nature a horreur du vide. Tant que les multis 60 ne reviendront pas au-devant de la scène, l’alternative en termes d’équité sportive sera les 50 pieds multicoques. Ils sont nettement moins complexes que les 60 pieds ORMA. Maintenant, ça, c’est mon côté mécanique qui reprend le dessus. À côté des 60 pieds, ce sont des petits bateaux. Il reste à trouver la chimie entre les 50 pieds et les très gros. Pour ça, il faut laisser du temps au temps. Mais si plusieurs 50 pieds sont en route, ça fera une classe intéressante, car ce sont tout de même des multicoques qui sont très rapides et très amusants.
V.E.L. Pour ce qui est du Vendée-Globe maintenant, le gagner une fois est déjà un exploit extraordinaire en soi. En gagner deux est inimaginable. Pourtant, vous étiez fort mal parti. Qu’est-ce que vous vous êtes dit lorsque vous aviez plus d’une journée de retard sur le leader ? Aviez-vous à ce moment l’idée que vous pouviez encore gagner cette course ?
M.D. « Je ne me suis jamais posé la question en ces termes. J’ai abordé ce retour au port comme une escale technique et comme un « pit stop » sur un tour de circuit et pas du tout comme une marche arrière, et ce, même si effectivement ça conduisait à ça puisque j’ai fait demi-tour après presque 200 milles de course. »
Après, je me suis concentré sur la marche de mon bateau et sur mes choix de route sans regarder l’écart qui me séparait des premiers. Et cela m’a sauvé. Parce que pour avoir discuté avec des gens qui font de l’athlétisme, j’ai un peu le sentiment que les concurrents fonctionnaient sur ce qu’il est connu d’appeler un faux rythme. En fait, ils faisaient fonctionner leur bateau sur un régime qui était différent du mien. Et lorsque je suis revenu au contact, le temps que certains se rendent compte que le rythme qu’ils avaient n’était peut-être pas le bon, de mon côté, j’étais déjà passé. C’est une analyse à froid que j’essaie de garder extérieure même si c’est assez difficile pour moi de tenir de tels propos. Mais aujourd’hui, c’est la seule explication que j’aie.
C’est sûr que Foncia est aussi un très bon bateau. Il y a des petites subtilités sur Foncia qui m’ont aussi permis d’être très efficace en solitaire. Notamment dans la façon dont tiennent le gréement et le mât ou encore la casquette qui recouvre le cockpit et qui permet de faire 80% des réglages au sec sans même avoir à enfiler un ciré.
Voilà, maintenant c’est une course de faite. Comme je le disais quelques semaines avant d’arriver, peu importe la suite de la course, même si je devais abandonner suite à un problème, on ne me retirera pas ce que j’ai fait. Il se trouve que j’ai eu la chance d’aller jusqu’au bout et j’en suis content et un même peu fier aussi quand même.
V.E.L. Vous deviez avoir une bonne préparation physique et mentale?
M.D. Physiquement je ne suis pas un adepte du jogging ou des salles de musculation. Je préfère faire du bateau. En 2007 j’avais beaucoup navigué à bord du 60 pieds Foncia mais je suis également allé faire la solitaire du figaro. Et cela participe forcément un peu à la préparation physique et beaucoup à la préparation mentale que de voir si j’avais encore envie de naviguer en monotype. C’est toute cette préparation et cette motivation mise en action que j’ai retrouvée à plein régime durant le Vendée-Globe. Maintenant, on ne refait pas l’histoire. Je ne sais pas quelle course j’aurais fait si j’étais parti avec tous les autres sans avoir de problème technique majeur. La course a été géniale de l’intérieur et visiblement d’autres semblent avoir apprécié de l’extérieur. »
V.E.L. Après autant de succès, y a-t-il encore des défis qui vous tentent?
M.D. « Je ne suis pas très motivé pour prendre ma retraite. J’ai encore le goût de m’amuser et de faire du bateau avec de très bons résultats. J’ai besoin de sport, de technologie et de confrontations et pas seulement de belles navigations. C’est une passion pour moi et pour l’instant, elle ne s’effrite pas. Maintenant, le niveau d’exigence de ces bateaux impose que le corps suive. Pour l’instant, ça va mais il m’arrive comme tout le monde de penser que je devrai tôt ou tard faire autre chose. »
Fin de la première partie
Demain: Michel Desjoyeaux parle des nombreuses avaries lors du dernier Vendée-Globe.
.

Québec, le 1er mai 2009
Chers lectrices et lecteurs,
Nous avons inauguré aujourd’hui le nouveau site de Voile En Ligne. Il nous en a fallu du temps pour venir à bout de la multitude de problèmes de programmation que nous avons vécus au courant des derniers jours. Mais maintenant, nous nous orientons vers une suite plus positive qui nous apportera de bons moments de voile et de lectures.
Bien sûr, il nous reste quelques ajustements mineurs à faire. Nous devons classer les articles et ajouter les premiers éléments à notre bibliothèque multimédia. D’autres produits s’ajouteront également dans notre boutique. Mais cette période d’adaptation ne nous empêche plus d’aller de l’avant.
Ainsi donc, dès demain, nous entamons l’écriture des nouvelles pages avec la publication en deux volets de l’entrevue avec le skipper français Michel Desjoyeaux. Cette entrevue fût réalisée le 26 mars dernier. C’est dire combien l’attente fût longue. Cependant, les sujets que nous avons traités sont toujours d’actualité et revêtent un intérêt certain pour tous celles et ceux qui se préoccupent de l’avenir de la voile.

Cette entrevue vous sera présentée par Formation Nautique Québec. L’entreprise Formation nautique Québec, œuvre en enseignement, en soutien pédagogique et en sécurité des sports nautiques. Formation nautique partage les valeurs de Voile En Ligne quant à une pratique du nautisme qui soit saine, sécuritaire et respectueuse de l’environnement.
En terminant, nous réitérons notre invitation à vous approprier ce site. Faites-nous part de ce qui se passe chez vous. De plus, au cours des prochains jours, nous serons heureux de lire vos commentaires sur ce nouveau site. Dites-nous comment vous le trouvez et ce que nous pouvons faire pour l’améliorer. Ce site est à vous.
Bonne visite !
Daniel Lévesque
Rédacteur
Voile en Ligne est fière d’annoncer aujourd’hui l’ouverture prochaine de son tout nouveau site Internet.
Pour souligner dignement l’occasion, Formation Nautique Québec s’associe à cet évènement en offrant à tous les lecteurs de Voile en Ligne une entrevue exclusive avec le grand gagnant du Vendée-Globe: nul autre que le skipper Michel Desjoyeaux.
Vous pourrez lire le compte-rendu écrit de cette entrevue fleuve avec l’un des plus illustres et des plus grands champions du monde de la course océanique alors que cette interview sera mis en ligne d’ici quelques jours en même temps que le nouveau site internet.
À l’aube d’une nouvelle saison qui sera riche en évènements-voile, la perspective d’un nouveau média spécialisé ne peut qu’offrir une visibilité tout à fait méritée par les fervents de ce sport et être fortement bénéfique à celles et ceux qui le pratiquent.
Formation Nautique Québec offre donc à Voile en Ligne ses vœux de succès ainsi que le meilleur des vents !
Pour ce faire, Formation Nautique Québec démystifie le monde de la voile avec une offre de service généreuse, adapté aux besoins et surtout à la hauteur de tous les budgets. Avec Formation Nautique Québec, le mythe voulant que la voile soit un sport réservé aux classes aisées est chose du passé.
En terminant, Voile en Ligne tient à remercier en son nom personnel ainsi qu’au nom de tous ses lecteurs l’organisme Formation Nautique Québec. Pour celles et ceux qui souhaiteraient contacter cet organisme, vous pouvez le faire en vous adressant à l’adresse suivante:
Formation Nautique Québec
1173, boulevard Charest Ouest, bureau 300-6
Québec, (Québec)
G1N 2C9
Téléphone: 418-683-8815
Télécopieur: 418-683-0951
Site Web: www.formationnautiquequebec.com









