Bien sûr, d’aucuns rappelleront l’épisode Helen MacArthur qui avait rattrapé Desjoyaux en 2000 malgré un retard comparable. Le problème est que cette fois ci, il y deux concurrents à rattraper. On ignore les options qu’ils choisiront une fois revenus dans l’Atlantique, mais il serait pour le moins étonnant que deux têtes telles que le prof Desjoyaux et Bilou Jourdain se trompent dans la lecture qu’ils feront de leurs fichiers météo. De plus, si l’un d’eux fait défaillance, l’autre prendra assurément le relais pour contrôler les poursuivants. Le seul espoir qui reste à Jean LeCam demeure de mettre le pied au plancher. Encore faut-il le faire sans casser. Il y a toujours le Pot-Au-Noir, mais avouons que cela relève davantage du hasard et surtout, de la chance.
La course se joue maintenant entre deux concurrents. On a beaucoup parlé du premier à cause de sa remonté spectaculaire du peloton. Après être parti des Sables d’Olones avec plus de 400 milles de retard suite à un retour obligé pour cause de soucis électriques, le prof a écrit un scénario hollywoodien en revenant sur tous les concurrents pour ensuite prendre la tête. Mais depuis, Roland Jourdain ne le quitte plus d’une semelle.
Bilou navigue à moins de 100 milles nautique du monocoque Foncia. Les deux se livrent un duel titanesque. Le skipper de Véolia Environnement se tient en filigrane et attend patiemment son heure pour doubler Desjoyaux. Il applique à ce dernier une pression constante de telle sorte que le prof n’a aucun droit à l’erreur. Il doit garder en tout temps l’œil sur les performances du bateau et sur ses routes. Desjoyaux a bien tenté de distancer Roland Jourdain mais en vain. En bon gestionnaire de course Jourdain ne s’est pas énervé et a pris le temps qu’il fallait pour le rattraper. Depuis, il le garde à vue.
Si on est émerveillé par la course de Michel Desjoyaux, celle de Roland Jourdain force aussi l’admiration. Il faut rappeler que Bilou est fort d’une expérience dans les tours du monde qui fût parfois douloureuse, En 2000, il termine troisième derrière Michel Desjoyaux et Lady Helen MacArthur. En 2004, il est contraint à l’abandon. Après avoir cravaché pendant des semaines pour revenir au contact des meneurs, sa tête de quille se fendille. Bilou doit alors se détourner vers la Nouvelle-Zélande. En 2007, il voit sa course se terminer après un démâtage durant la Barcelonia World Race, course en double qu’il avait entrepris avec son comparse, routeur et conseillé technique Jean-Luc Nélias. En 2006, il remporte in extremis la Route du Rhum devant Jean LeCam après avoir reconstruit sa bôme cassé lors de son passage aux Açores.
Bilou, qui a abandonné à deux reprises une course autour du monde à peu près au même endroit, a avoué avoir soupiré d’aise lors de son passage en Nouvelle-Zélande. Un peu comme si, cette fois-ci, le mauvais sort avait été conjuré une bonne fois pour toutes. Avec plus de 7000 milles nautiques encore à faire, il ne fait aucun doute que tous les espoirs sont permis pour le marin au bateau rouge et blanc. Mais pour voir son rêve se concrétiser. Roland Jourdain a une tâche à accomplir et pas la moindre. Il doit battre le prof Desjoyaux.
Deux jours de moins auront suffit pour franchir cet océan de misère. C’est non seulement dire jusqu’à quel point on va plus vite, mais aussi et surtout, que le vent a soufflé beaucoup plus fort. Car si le mauvais temps a mis ses embuches sur le chemin des coureurs au point de jouer les arbitres, il a aussi permit à d’autres de s’envoler.
Sur cette case là, l’impayable Michel Desjoyaux a encore prouvé qu’il est une coche loin au dessus des autres. Il a rivé le clou de Vincent Rioux et Armel LeCléach au point de reléguer ces deux là à plus d’une journée de navigation du premier rang. Il est en train de faire le même coup à Jean LeCam qui est ce soir à plus de 220 milles et à Sébastien Josse qui est à plus de 180 milles. Seul Roland Jourdain continue de lui tenir tête. Mais il est maintenant à 77 milles.
Tous diront que la fin de la course est encore loin. Mais admettons que ce qui se joue présentement a de quoi laisser songeur ceux qui, jusqu’ici, ne voyait Desjoyaux que derrière et non devant. Reparti des Sables d’Olones avec plus de 400 milles de retard après ses problèmes de ballasts, le prof impose depuis ce temps un rythme infernal. Il a doublé le peloton en entier…
Bien sûr, la course a été pleine de rebondissements jusqu’à maintenant et il peut se passer bien des choses encore. Mais ce qui se joue présentement est déterminant pour la suite de ce Vendée-Globe. On a en tête de flotte un grand champion avec un super bateau qui cavale depuis les Sables d’Olones et qui creuse l’écart sur ses poursuivants. La question est maintenant de savoir qui va arrêter le prof ? Ou quoi ?… Comme disait si bien l’ancien entraîneur du Canadien de Montreal Claude « Piton » Ruel et je cite : « Y en aura pas de facile » pour les poursuivants.
Mais ce qui fait le sport, son côté spectaculaire, sa beauté et ses exploit, ce sont les femmes et les hommes qui nous gratifient de leurs performances.
On l’appelle le professeur et ce n’est pas pour rien. Michel Desjoyaux est en train de démontrer ce qui fait la hauteur de sa réputation. Beaucoup le croyait battu lorsqu’il est reparti des Sables d’Olonnes avec plus de 400 milles nautiques de retard. Plusieurs pensait que le prof allait faire le tour pour la forme…
You hou… C’est nous!
Or, c’était mal connaître l’homme. Le vainqueur du Vendée Globe 2000 n’allait pas faire le tour du monde en touriste en regardant ses petits copains se bagarrer devant. Desjoyaux occupe présentement le 11ième rang du classement à 185 milles du meneur. Il donne la chasse jour après jour et il ne s’arrêtera pas là. D’ici quelques jours à peine, le gaulois va foncer dans le tas et engager le combat avec les gladiateurs du devant. Pas question de les laisser s’amuser sans lui.
Les experts disaient que plus d’une dizaine de coureurs pouvaient prétendre au titre. Certes mais à voir la façon dont Desjoyaux et Guillemot mène leur guerre depuis quelques jours, certains parmi nous et ceux qui sont devant en mer doivent commencer à se gratter le coco.
Quoi qu’on en dise, la rapidité des bateaux et la chance de voir se succéder des fichiers météo favorables n’expliquent pas tout. Il y a le talent. Desjoyaux est unique. C’est le genre de bonhomme qui transforme tous ce qu’il trouve en or. Ce gars là serait capable de gagner une transat avec deux ancres flottantes attachées à ses baskets.
Au classement de 10h00(HNE) Sébastien Josse occupe toujours le premier rang, 37 milles de vant Yann Éliès et 56 milles devant Jean-Pierre Dick qui fait montre d’une très belle régularité depuis le début. JP est le genre à attaquer quand ça l’arrange. Vraisemblablement, il n’a pas encore eu son heure. Il est à surveiller. Son nouveau Paprec-Virbac est rapide et éprouvé.
On approche la première porte Atlantique et une fois celle-ci traversée, la flotte risque de se disperser considérablement. L’heure des choix stratégiques approche donc. Je rappelle que cette porte peut être franchie du nord au sud, du sud au nord et finalement on peut carrément l’esquiver par le nord. Généralement, les coureurs s’éloignent du cap de Bonne Espérance pour aller chercher les vents forts et adonnant qui se trouvent au minimum à environ 250 à 300 milles des côtes. Ils évitent ainsi le courant des aiguilles qui descend le long de la côte ouest africaine. Une option sud est donc prévisible pour une bonne partie de la flotte qui amorcera l’océan Indien.
*Ce matin, parmi les 10 premiers, Jean LeCam occupait le haut du tableau pour la vitesse de rapprochement sur 24 heures. 15,2 nœuds. Il n’était devancé que par Michel Desjoyaux à 15,3 nœuds…
*Johnny Malbon a endommagé sérieusement une dérive lors d’une collision avec un cétacé. Il fera le point bientôt sur la situation et surtout, sur la façon dont il entend s’y prendre pour réparer. fort heureusement, le puit de dérive ne semble pas avoir subit des dommages.
*Dee Caffari est toujours sous haute surveillance médicale. Le Dr Spike Briggs, médecin de l’équipe suit l’évolution de l’infection au genou de la blonde anglaise. Il est conseillé par le Dr Jean-Yves Chauve, médecin en chef de la course. Il semble que jusqu’ici, Dee réponde bien au traitement antibiotique prescrit et que son état s’améliore.
*Raphaël Dinelli n’a pu se mettre à la cape pour réparer mais il a tout de même pu grimper au mât et effectuer un début de réparation. Bien qu’il soit de retour en course, il cherche toujours une opportunité pour compléter les travaux pour rendre de nouveau fonctionnelle sa drisse de grand-voile.








