
Terminée depuis quelques jours, la Charentes-Maritime/Bahia 2011 peut déjà dresser un bilan provisoire des plus positifs. Les mini 650 sont de très loin la classe de coursiers océaniques la plus en santé. Cette année, elle a rajouté au surcroît l’innovation à son impressionnant palmarès.
La victoire sans équivoque de David Raison sur son voilier à étrave arrondie est sans contredit l’évènement de l’année en architecture de voiliers de course et même, dans le monde de l’architecture navale tout court. Team Work Evolution a été scruté par tous les cabinets du monde et ce pari audacieux s’est finalement révélé être gagnant. Si la première partie de la course lui a échappé, c’est uniquement parce qu’il y avait un peu moins de portants sur cette première portion du parcours.
Il faut rendre hommage également à David Raison. C’est un marin intelligent expérimenté et un excellent gestionnaire de course. Il pilotait une machine nouvelle et il n’y avait pour lui aucune certitude quant à la façon dont allait se dérouler cette course et la manière dont allait réagir cette nouvelle bête de course. David raison a donc relevé tous ces défis avec brio.
En voiliers de Série un jeune ingénieur naval Breton de 27 ans seulement Gwenolé Gahinet sur Asso Watever a eu le dessus sur Pierre Brasseur sur Voile Océan par un peu plus de 3 heures et 45 minutes. À l’échelle de la course au complet, il s’agit d’une victoire par un nez. On se réjouit évidemment de voir tout le monde être à bon port, nonobstant la perte d’au moins un bateau.
Parlant d’abandons, on en compte six chez les protos et onze chez les voiliers de séries. Au total donc dix-sept sur les soixante-dix-sept voiliers ayant pris le départ. C’est 22% de la flotte soit un bateau sur cinq, ce qui est énorme, mais également prévisible et normal.
Le Canadien Bruce Gailey passe à l’histoire

Nous avions bien sûr un Canadien qui a fait cette course. Il s’agissait de Bruce Gailey qui a réalisé une belleperformance dans les bateaux de séries en terminant au 24e rang, soit en milieu de peloton. Voile en Ligne tient d’ailleurs à féliciter Bruce Gailey pour cette très belle performance sportive. Il est le deuxième Canadien à réaliser l’exploit d’une traversée de l’Atlantique dans le cadre de cette célèbre course et plusieurs autres sont en lice pour y prendre part.
Au Québec le nom qui revient le plus souvent est celui de Sylvain Lévesque. Malheureusement, ce dernier a eu du mal à boucler son budget et a mis son projet sur la glace pour un temps. Par contre, on est encouragé par l’émergence de la classe chez nous. Hormis Sylvain Lévesque, on retrouve six autres constructions soit celles de Guy Hernandiz à Lévis, de Nicolas Gibault à Greenfield Park, Pogo Loco de Philippe Laville en Estrie, le projet Marie-Zoé de Daniel Després à Trois-Rivière, le Mini-Veilleux de Carl Veilleux à Alma et finalement le projet Antidote de Jean-François Poliquin à Québec. Il y a aussi Christophe Gireau qui tente de mettre la main sur une unité et qui pourrait voir ses efforts aboutir moyennant un support financier.
En Ontario, on s’attend à ce que les ministes Diane Reid et Nathan Baron soient les prochains Canadiens à s’aligner au départ de la mini-transat. Il existe aussi quelques unités à St-Pierre et Miquelon, ainsi que plusieurs autres ailleurs en Amérique du Nord, notamment sur la côte est des USA ainsi qu’en Floride et en Californie. Le problème c’est d’intéresser et de regrouper tout ce beau monde. Une tâche qui n’est pas évidente compte tenu de la distance qui existe entre les villes de ce côté-ci de l’Atlantique. Il faut aussi mentionner qu’aucun d’entre eux ne bénéficie d’un support financier qui lui permettrait de vivre de son sport sur une base professionnelle. Or, les coûts des déplacements, d’hébergement et de restauration doivent être entièrement assumés par les coureurs eux-mêmes. Et cela exclut les jours de congé qui sont parfois nécessaires pour effectuer les convoyages, préparer les bateaux et faire les courses. Quand on a une famille, les sacrifices sont alors aussi nombreux que les risques.

Magnifique victoire d’étape de Sébastien Rogues sur la Charentes-Maritimes/Bahia.
Crédit photo: Site de la Transat Charentes-Maritimes/Bahia
C’est connu que plus les voiles sont grandes et plus elles frappent l’imaginaire des profanes. Mais pour les autres, ceux qui suivent la voile un tant soit peu, le défi sportif le plus emballant consistera toujours à franchir la plus longue distance sur la plus petite des coquilles de noix. C’est un peu comme le club de 20-20 chez les saumoniers. On doit capturer un saumon de 20 livres avec un bas de ligne de 2 livres test. C’est sportif !
Et si d’entrée de jeu, la parade de grands voiliers toutes voiles dehors revêt un caractère spectaculaire, c’est encore l’aventure humaine qui attire le plus au fil d’arrivée. L’histoire avec un grand H s’écrit dans des cuillères à soupe ayant servi de monture pour traverser l’océan. Qu’on pense seulement à Laurent Bourgnon qui en 1986 avait traversé l’Atlantique en Hobie Cat avec son comparse Fred Giraldi.
C’est ce genre d’exploit que répètent les participants à la mini transat Charentes-Maritimes/Bahia. On n’a qu’à s’approcher d’un mini 650 et de s’imaginer quelques secondes ce que peut être la vie sur la mer à bord de ces engins à peine plus gros que notre voiture pour comprendre la mesure de l’exploit.
À 500 mètres du quai de Pointe-au-Père l’an dernier, le public observait avec incrédulité les creux de 6 pieds qui cachaient périodiquement les minis de Philippe Laville et de Nicolas Gibault. « Ils ne feront pas le tour d’Anticosti avec ces petits bateaux-là ? » était la question qui revenait le plus souvent. C’est tout dire!
Au moment d’écrire ces lignes, la Mini Transat 650 Charentes-Maritimes/Bahia voit son rideau tomber sur la première partie de cette traversée qui se termine à Funchal dans l’archipel de Madère. Deux classes de bateaux concourent. Les prototypes et les bateaux de séries. 79 fous arrivent graduellement sur l’île pour se refaire une santé et se ravitailler avant de repartir pour la deuxième partie de la course qui les mènera jusqu’à l’arrivée au Brésil.
Le vainqueur chez les protos est Sébastien Rogues. Rogues a enregistré une superbe victoire d’étape suite à un combat épique avec son poursuivant David Raison. Ce dernier était aux commandes d’un bateau révolutionnaire muni d’une étrave arrondie. Il s’agit du Teamwork Evolution. Finalement, le toujours menaçant Jorge Riechers a terminé troisième.
Chez les bateaux de séries, Benoît Mariette a mis la main sur cette première étape. Il est suivi de Clément Bouyssou et Davy Beaudart. Ce dernier est un jeune de seulement 26 ans qui collectionne les succès comme d’autres alignent des timbres dans un album. Le Canadien Bruce Gailey fait aussi partie des concurrents en classe Séries. Il a terminé au 23e rang, ce qui est un résultat plus qu’appréciable.
Voilà pour la première étape de cette course mythique sur laquelle bien entendu, nous reviendrons dans les jours qui viennent. Vous pouvez suivre le déroulement de la course en visitant l’adresse suivante :
www.charentemaritime-bahia.transat650.net
Pour revenir maintenant à ce survol du monde du mini 650, mentionnons qu’à deux exceptions près, ces bateaux sont en tous points des répliques de leurs grands frères, les Open 60 IMOCA. Ils sont munis de doubles safrans, d’une quille basculante et de plan de dérive. Le carbone est autorisé autant dans la construction que dans les appendices et les espars. La seule chose qui manque, ce sont les moulins à café et les ballasts. Le prix d’un proto peut varier dépendamment de ce que vous comptez en faire. Si vous voulez seulement figurer en relevant un défi personnel, de bons bateaux de série peuvent être récupérés pour un prix raisonnable tournant entre 35 et 50 000 dollars canadiens.
Par contre, si vous cherchez la gloire et désirez vous battre parmi les premiers, là, c’est une autre histoire. Un proto flambant complètement équipé et préparé peut atteindre les cinq chiffres… en Euros! Bref, un méchant paquet de fric pour naviguer sur un voilier très loin du confort.
Si certains peuvent mettre en doute la santé mentale des ministes et pour cause, l’étude de la jauge de ces bateaux dissipe vite les doutes. La sécurité est capitale dans cette classe où tout est vérifié dans les moindres détails. Bien entendu, on ne pourra jamais construire une monture capable de résister aux mers les plus déchaînées et décidées à avaler n’importe quel bateau. Mais les minis 650 sont très bien conçus. Ils sont de véritables cellules de survie. Du coup, leur grosseur les rend structurellement plus résistant que leurs grands-frères, les IMOCA Open 60 ou les Class 40. Le poids est aussi étroitement surveillé par les jaugeurs de la classe. Pas question de jouer sur les échantillonnages.
L’humilité demeure toutefois de rigueur. Quand on navigue au beau milieu de l’océan sur un mini, on ne se sent pas très gros dans ses culottes. On sait que c’est la nature qui est le patron et l’on est à sa merci totale. Les voyages forment la jeunesse dit-on. Les minis forment les marins. Mais d’entrée de jeu, il faut avoir un cran pas ordinaire pour s’aventurer sur ces machines très réactives, inconfortables, mais aussi très rapides. Pas de doute, l’eau salée coule dans les veines des ministes.
Le plus bel exemple de cela est sans aucun doute celui de Carl Veilleux. Le jeune homme originaire d’Alma au lac St-Jean a réalisé un exploit pas ordinaire l’été dernier en devenant le premier Québécois à effectuer une traversée de l’Atlantique d’est en ouest sur un mini 650 à une longitude où les vents et les courants dominants sont à sens contraire de la route.
Avec à peine trois années d’expérience en voile , Carl Veilleux a pris livraison d’un mini en Europe d’où il est parti pour ramener en solitaire le voilier jusqu’à Gaspé. Tous les marins à qui nous avons parlé de cela sont unanimes. Carl Veilleux est une exception.
Si cet exploit paraît insensé pour les terriens que nous sommes, il en est tout autrement pour Carl Veilleux qui affirme avoir géré de manière très méthodique les risques et s’être doté d’une excellente préparation, autant physique que psychologique.
Car là est un des aspects les plus difficiles de la navigation en solitaire. Savoir gérer son stress et être en mesure de contrôler ses angoisses au beau milieu de l’océan n’est pas toujours simple. Déjà épuisé par des semaines de navigation, Carl Veilleux a dû rebrousser chemin sur une bonne trentaine de milles devant une bascule impossible à négocier alors qu’il s’aventurait sur les bancs de Terre-Neuve.
Rien de facile donc. Mais quand on l’a en soi, et que l’on a l’assurance d’un Desjoyaux, on ne s’énerve pas. On résout les problèmes un à un méthodiquement et on finit pas passer au travers.
Il faut aussi mentionner qu’étrangement, la région du Saguenay-Lac St-Jean regorge de marins hors normes. Qu’on pense seulement à des coureurs tels qu’Yves Gaudreault, Marc Perron ou René Lavoie. Ce dernier qui est d’ailleurs le précurseur de l’engouement pour la classe Mini au Québec, étant le premier à en avoir eu un et avoir pris part à la mini Transat.
Dans les jours qui viennent, nous parlerons de cette deuxième génération de marins qui achètent ou construisent des Minis dans le but de s’amuser avec des voiliers se rapprochant à la fois de ce qu’il y a de plus océanique et de plus rapide.

Crédit photo: Breschi / les sables-les Açores © 2010
Les minis 650 européens seront bientôt de retour en piste. 19 prototypes et 17 bateaux de séries prendront le départ de l’épreuve Les Sables-Les Açores-Les Sables dont le départ est prévu dimanche le 1er août. Il s’agit d’un aller-retour comptant environ 2600 milles nautiques au total. Le prologue a lieu jeudi le 29 juillet.
Cette course qui se tient tous les deux ans a mis eu jour quelques talents decette classe de bateauxx tels qu’Isabelle Joschke, Francisco Lobato et Adrien Hardy.
En classe proto, tous les yeux sont tournés vers le duel qui opposera le plan Lombard de Sebastien Rogues (Eole Generation-GDF Suez) au plan Manuard de Bertrand Delesne (Prati’Buches) tandis qu’en séries, Davy Beaudart est pointé comme le grand favori.
Fait à noter cette année que la présence de quatre protos de génération 90, dont celui de Hugues Chollet qui fût construit en 1992. Un Américain, (Ray Finn sur Myrna Minkoff) un Allemand, (Jörg Riechers sur Mare.de) Un tchèque (Milan Kolacek sur Follow me) et un Italien sur Andrea Caracci sur Speedy Maltese) sont aussi du nombre des partants pour cette course.





